‹ MélusineChapitre 164 sur 235 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Il y avait une fois un roi qui avait trois fds. Il voulut se défaire de la couronne. Dans son royaume , c'était l'usage de la donner à l'aîné , mais comme ce roi aimait également ses trois enfants, il ne put se résoudre à obéir à la coutume et à exclure d'avance les plus jeunes. Il voulut que chacun de ses enfants eût d'égales chances de lui succéder. Il décida que la couronne appartiendrait à celui de ses fds qui lui apporterait la plus belle fleur. Il les réunit et leur dit : « A celui qui m'apportera la plus belle fleur , appartiendra la couronne ; allez et cherchez. »

Les trois fds partirent, chacun de leur côté, après être convenu qu'ils se retrouveraient dans un champ bien connu d'eux. Le premier qui arriva dans ce champ fut l'ainé. Il apportait une belle fleur. Le cadet arriva le second avec une fleur encore plus belle. L'aîné, la voyant, se dit avec amertume : « Je n'aurai pas la couronne ! » Le plus jeune vint le dernier. Si belle était sa fleur qu'elle éclipsait celle de ses frères. « Je n'aurai pas la couronne ! » se dit avec colère l'aîné , et saisis-

sant le couteau qui pendait à sa ceinture, il en frappa son jeune frère et le tua.

Le père, chagrin de ne pas voir revenir son plus jeune enfant, l'attendait toujours avant de se démettre de la couronne. Le cadet avait si peur de l'aîné qu'il n'osait parler.

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis le meurtre, quand une bergère qui gardait ses moutons dans le champ où les trois frères s'étaient donné rendez-vons, trouva un os fait comme une flûte.

Elle l'approcha de ses lèvres et souffla. Il en sortit une voix qui chantait :

« Souffle doucement, bergère, » Souffle, souffle doucement, » Le couteau de la ceinture » M'a tué cruellement ! »

Le roi apprit que la bergère avait trouvé un os semblable à une flûte et qui rendait des sons harmonieux. Il se le fit apporter, le mit à sa bouche et souffla. L'os chanta :

« Souffle doucement, mon père,

» Souffle, souffle doucement;

» Le couteau de la ceinture

» M'a tué cruellement ! »

Le roi appela son fils cadet, lui présenta l'os et lui dit de souffler dedans. Le fils souffla, l'os chanta:

« Souffle doucement, mon frère, » Souffle, souffle doucement; » Le couteau de la ceinture » M'a tué cruellement ! »

Le roi appela son fils aîné, lui présenta l'os et lui dit de souffler dedans. Le fils souffla, l'os chanta:

« Souffle doucement , mon frère , » Souffle, souffle doucement; » Le couteau de ta ceinture » M'a tué cruellement ! »

A ces mots : « Le couteau de ta ceinture » le père comprit tout. Il fit, sur l'heure, écarteler son fils aîné.

Conté à Fraisses (Loire), par Jacques Bayon, ce 19 août 1877.

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