CONTE DU PAYS MESSIN
Il y avait une fois un pou et une puce qui étaient mariés ensemble.
Un jour le pou dit à la puce : Je vais au bois où je resterai jusqu'à la nuit, n'oublie pas de préparer le dîner pour ce soir, car après cette longue course j'aurai grand appétit.
Dès que le pou fut parti, la puce mit sur le feu un chaudron qu'elle remplit de bouillie.
Elle commença ensuite à sautiller dans la chambre, s'approchant à tout moment de la marmite afin de
( ' ) Comparez le conte Pou et Puce, publié par M. E. Cosquin , dans la Romania, juillet 1877.
surveiller la cuisson et y fourrant la patte pour goûter la bouillie.
Enfin elle la trouva cuite à point, et en éprouva une si vive satisfaction qu'elle se mit à sautiller avec plus de vivacité, mais, à un certain moment, elle prit mal son élan et tomba dans le chaudron où elle périt horriblement brûlée.
Dans la soirée, le pou revint du bois et, ne voyant point la puce, il s'écria :
Eh! puce, où es-tu?
Eh! puce, où es-tu?
Plusieurs fois il renouvela cet appel... Enfin, las d'attendre, il s'approcha du chaudron, trempa sa cuiller dans la bouillie et, du premier coup, ramena la pauvre puce.
Alors il ne put maîtriser son émotion et se mit à pleurer sur le pas de la porte de sa maison.
— Pourquoi donc pleures-tu ainsi , pou , demanda la porte ?
— La puce vient de se noyer dans la bouillie, répondit-il en gémissant encore plus fort.
— Eh bien, moi, je sors de mes gonds, dit la porte! Le pou, toujours en larmes, alla sur un fumier.
— Pourquoi donc pleures-tu ainsi, pou, demanda le fumier?
— La puce vient de se noyer dans la bouillie et la porte sort de ses gonds !
— Eh bien, moi je me répands, répliqua le fumier! Le pou gagna la route où il rencontra une femme qui
se rendait à la fontaine avec deux cruches.
— Pourquoi donc pleures-tu ainsi , pou , lui demandât-elle?
— La puce vient de se noyer dans la bouillie, la porte sort de ses gonds , le fumier se répand !
— Eh bien, moi, je casse mes deux cruches, dit la femme en les jetant violemment à terre.
Le malheureux pou continua son chemin et ne tarda pas à croiser un cordonnier qui se dirigeait vers la ville voisine. ,
— Pourquoi donc pleures-tu ainsi , pou, demanda-t-il?
— La puce vient de se noyer dans la bouillie, la porte sort de ses gonds, le fumier se répand et la femme casse ses deux cruches !
Eh bien, moi, s'il en est ainsi, s'écria le cordonnier, je m'enfonce toutes mes alênes dans le c...!
Nérée Quépat.
Conté à Woippy, près Metz, par Mmc veuve Richet, âgée de 77 ans.