‹ MélusineChapitre 168 sur 235 · AIR DE LA CHANSON « LE MARI CRUEL · texte numérisé non relu

AIR DE LA CHANSON « LE MARI CRUEL

Moderato.

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La pre . mier' an . née que je m' suis ma . ri

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Il m'a fait mar . cher tout le

long

an

née

Des . sus des é . pin's qu'on ve . nait de plan

ter.

CHANSON

H«e ]MC&ï»i cruel.

(LORIENT, MORBIHAN

La premier' année que je m' suis mariée, Il m'a fait marcher tout le long d'une année , Dessur des épines qu'on venait de planter.

La deuxièm' année que je m' suis mariée, Il m'a tiré mon cher petit enfant, Il l'a jeté à ses chiens dévorants.

La troisièm' année que je m' suis mariée, Il m'a fait monter là-haut dans la tour, C'était pour voir si mon frèr' revenait.

Si ton frèr' demand' où ell's sont tes couleurs , Tu lui diras : « C'est malade que j'étais. » Prenez-y gard' à ce que vous direz.

— Bonjour, ma sœur, où ell's sont tes couleurs? EU' dit tout haut : « C'est malad' que j'étais. » EU' dit tout bas : « Méchant mari que j'ai ! »

— Bonjour, ma sœur, où est ton cher enfant? EU' dit tout haut : « Il est mort et enterré ; » EU' dit tout bas : « A ses chiens dévoré. »

— Bonjour, ma sœur, où est ton cher mari? Eh" dit tout haut : « A la chass' il est allé ; » EU' dit tout bas : « Derrièr' l'armoir' caché. »

— Sors de là, bourreau, sors de là que j'te tue, De mon fusil, je vais te fusiller,

De mon épée, je vais te traverser. '

Variante de la chanson précédente.

Je trouve dans les œuvres de Moncrif (Paris, 1751), 3e vol., p. 331 , une espèce de complainte dont le fond appartient évidemment à la poésie populaire, mais qui a subi des remaniements destinés à l'adapter au goût de l'époque. On trouvera ci-dessous cette romance (c'est

le titre que lui donne (Moncrif). J'en ai éliminé les passages qui sont trop évidemment l'œuvre d'un bel esprit.

lies Infortunes inouïes

De la tant belle , honnête et renommée Comtesse de Saulx.

Sensibles cœurs, je vais vous réciter,

(Mais sans pleurer, las! comment les conter?)

Les déplaisirs , les ennuis et les maux Qu'a tant soufferts la comtesse de Saulx.

Elle étoit sœur du vaillant Olivier ; A donc pourquoi ne la mieux marier ?

Dans son châtel , entre quatorze tours , Comme en prison, la tint-il pas toujours?

Sans damoiselles, sans nuls cavaliers, Pages aucuns et pas plus d'écuyers.

Mais pis encor, la pauvrette n'avoit Serf, ni servante , et son mari servoit.

Le pain cuisoit, pâtissoit, rôtissoit; Faisoit le lit , et volaille engraissoit.

Or, si l'époux lui fit tel traitement , C'est qu'il étoit jaloux étrangement.

Las ! voici bien un autre désarroi !

Comte de Saulx , te faut servir le roi !

Vivres chétifs pour trois ans lui donna ; Dans la grande tour on vous l'emprisonna.

Or, bien qu'époux fussent depuis cinq ans , Elle n'avoit été grosse d'enfant.

Et dans la nuit, veille du départ, Enceinte fut , admirez le hazard.

Mais il s'en va sans en être certain.

Comtesse , hélas ! quel sera ton destin ?

Deux ans passés, deux ans et seize jours Elle habita la plus sombre des tours.

Mais un matin , source de plus grands maux, On ouvre l'huis ; c'est le comte de Saulx !

Sa moitié voit tenant sur son son giron Et caressant le plus gentil poupon.

Morne et tremblant il reste avec effroi ; Il fut absent, elle a faussé sa foi.

Sa dague alors prenant avec fureur, A l'innocent l'enfonça dans le cœur.

Puis sur sa femme , avec un noir regard , Il va levant l'ensanglanté poignard.

Mais quel bruit à l'entour du châtel !

Ah ! Dieu ! grand Dieu ! c'est le brave Olivier Qui l'escalade avec maint cavalier.

Madame , allons au bel appartement.

Les y voilà : ça mettez sans retard Juppes de soie et le corps de brocard.

Car Olivier vient occir par courroux Cil qu'en l'église avez fait votre époux.

Vos cavaliers , s'il demande , où sont-ils ? Au loup chassant avec chiens et fusils.

S'il vous demande : Où sont vos aumôniers ? Allant à Rome avec mes écuyers.

S'il vous demande : Où damoiselles sont? Pèlerinage à Saint-Claude elles font.

Si chambrières ? Lors répondrez : bon ! Au clair ruisseau blanchissent le linon.

S'il vous demande : Où est le petit né ? Dieu l'a repris comme il l'avoit donné.

Bref, s'il disoit : Votre époux je ne voi; Mandé par lettre, il est au camp du Roi.

Mais à la porte Olivier mène bruit, Et ja le comte est caché sous le lit.

Où est ma sœur? que l'emmène d'ici.

Mon frère , hélas ! me méconnoît ainsi ?

Ma sœur, ma sœur, est-ce bien vous ? hélas ! Pâleur avez comme au jour du trépas.

Tout haut répond : J'ai failli de mourir. Et puis tout bas : Las ! j'ai bien à souffrir.

Ma sœur, ma sœur, je ne vois d'aumôniers, De clercs aucuns, aussi peu d'écuyers.

Tout haut : Pour Rome un chacun est parti. Tout bas : Mon frère, hélas ! j'ai bien pâti.

Ma sœur, ma sœur, n'avez page aucun, Point de hérauts, de cavaliers pas un.

Elle, tout haut : Ils sont chassant au bois.

Et puis tout bas : Par jour me meurs cent fois.

Ma sœur, ma sœur, où donc est votre époux, Qu'il ne me vient recueillir quant et vous?

Tout haut : Il est allé le roi servir.

Et puis tout bas pousse un profond soupir.

Ma sœur, ma sœur, cher objet d'amitié Quoi ! de vos maux me cachez la moitié ?

Il est céans , ce tant barbare époux Qui méconnaît son vrai trésor en vous.

Lors l'aperçoit , et du lit l'arrachant Tire sur lui son coutelas tranchant,

FORMULETTES

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