ENVIRONS DE CHATILLON-SUR-LOING , LOIRET
J'ai des pommes à vendre, Des rouges et des blanches, La couleur est tout autour ; Mademoiselle faites un demi-tour.
Louis Beauvillard.
BIBLIOGRAPHIE
The Folk Lore of China and its affinities with that of the Aryan and Semitic Races, by N. B. Dennys. Hong- Kong, 1876, IV, 156-vn p. in-8\ London, Trubner. Prix : 13 fr. 15 c.
The Religion of the Africans, by the Rev. Henry Rowley. London, Gardner, 191 p. in-12. Prix : 4 fr. 50 c.
The Dieyerie Tribe of Australian Aborigènes, by Samuel Gason, Police - Trooper, edited by George Isaacs, Adelaide, Cox , 1874, 51 p. in-8".
L'omniprésence de l'Angleterre sur notre globe ( par ses possessions coloniales et par ses explorateurs et ses touristes) explique la richesse de la littérature anglaise en œuvres de voyages. Les traditions et usages des peuples étrangers ou sauvages y sont souvent décrits et parfois même ils forment l'objet d'ouvrages spéciaux, comme ceux que nous annonçons ici.
Celui de M. Dennys est la réimpression d'articles publiés dans une revue anglaise de Hong-Kong, la China Heview. Il a le mérite de réunir et de classer un certain nombre de faits curieux, d'usages, de traditions et de superstitions chinoises. Le Follc-Lore d*' la Chine est d'autant plus intéressant à connaître qu'il s'agit d'un
peuple également étranger aux races Aryenne et Sémitique , et dont l'antiquité historique se perd, sans métaphore, dans la nuit des temps. En même temps les Chinois sont restés un peuple superstitieux et ritualiste par excellence. Tandis qu'ailleurs , chez les Européens, nombre de pratiques ne sont conservées que par la partie la plus ignorante et la plus négligée de la population , en Chine, tout le monde s'y croit assujetti comme à un devoir, depuis le Fils du Ciel jusqu'au coulie.
M. D. a divisé son sujet en treize chapitres ainsi intitulés : Introduction ; — Naissance , mariage et mort ; — Jours et saisons ; — Présages , nombres heureux , songes ; — Charmes , amulettes , divination ; — Superstitions diverses ; — Esprits , apparitions et êtres surnaturels ; — Sorcellerie et démonologie ; — Fées et monde des Fées ; — Serpents , dragons et animaux fabuleux ; — Superstitions concernant les puissances de la nature ; — Légendes locales et contes ; — Fables et proverbes.
M. D. parle dans son titre de la parenté des traditions chinoises avec celles des peuples Aryens et Sémitiques ; mais il mentionne ce sujet plus qu'il ne le traite. Nous le lui reprocherons d'autant moins que pour aborder cette grande question , il faudrait plus de renseignements sur la Chine que n'en contient son livre. Ce sous-titre , quelque peu ambitieux, représente en fait un certain nombre de rapprochements avec des traditions et usages principalement de l'Angleterre, tels que M. D. les connaît par ses souvenirs et l'ouvrage d'Henderson. Nous en mentionnons la plupart après lui.
P. 2. En Ecosse , on ouvre les fenêtres de la chambre où une personne est morte , pour que l'âme puisse sortir. Dans quelques parties de la Chine , on fait un trou dans le toit au même effet.
//;. Présages fournis par la première personne que l'on rencontre le jour de l'an.
P. 12. Bercer un berceau vide porte malheur à l'enfant, le fait mourir , ou tout au moins le rend malade , en Angleterre et en Chine. On pourrait ajouter en Allemagne, en Bretagne et sans doute ailleurs encore.
P. 15. En Chine, on répand du riz sur la tête de la mariée quand elle entre chez son mari ; dans le nord de l'Angleterre et ailleurs encore , on jette du froment.
P. 18. On veille à ce que les pieds de la mariée ne touchent pas le seuil de la maison.
P. 22. L'esprit du dernier mort d'un endroit monte la garde jusqu'à ce qu'il soit remplacé par un autre; en Ecosse, dans le cimetière , en Chine , à la porte du purgatoire.
P. 37. Malheurs amenés par des cloches sonnées hors de propos.
P. 151 et suiv. Les analogies de proverbes sont très-nombreuses.
11 serait aisé d'augmenter le nombre de ces rapprochements. Nous n'en ferons qu'un, assez curieux, ce nous semble. M. D. raconte (p. 18) que dans le sud de la Chine l'épouse présente à l'époux une paire de souliers, exprimant par là qu'elle se met entièrement sous ses ordres. Bien plus , d'après « un ouvrage publié en 1640. » (M. D. ne le cite pas d'une façon plus précise ) , on touchait la tête de l'épouse avec la semelle du soulier de l'époux , pour mieux indiquer cette sujétion. — Or on se rappelle l'expression par laquelle les Allemands désignent la situation de l'époux débonnaire que les Romains appelaient uxorius , ils disent unter den Pantoffeln « sous les pantoufles ( de sa femme ) ! »
Le livre de M. D. est surtout propre à donner une idée générale des traditions et usages des Chinois , et à montrer l'intérêt de ce sujet par des rapprochements avec l'Europe, mais il est loin d'être exhaustive , comme disent les Anglais. M. D. apporte même peu de faits d'observation personnelle ; il a surtout mis à contribution des livres et articles déjà publiés, surtout ceux des journaux et revues périodiques anglais de la Chine. 11 serait aisé de le compléter en dépouillant les voyages en Chine et la collection de notre Tour du Monde. Le champ choisi par M. D. est si riche qu'on voudrait le voir revenir avec une plus ample moisson. Cette réserve pourtant ne doit pas nous empêcher de reconnaître le mérite et l'intérêt de son livre ; car c'est, croyons-nous, la première fois qu'on présente en un tableau d'ensemble les usages , traditions et superstitions de la Chine. — Ajoutons, à l'éloge de M. Dennys , que son ouvrage est accompagné d'un index détaillé et que les recherches y sont faciles.
L'ouvrage de M. Rowley, sur la Religion des Africains, fait partie d'une série de traités sur les religions non-chrétiennes, publiés sous le patronage de la Société pour la propagation des connaissances chrétiennes. Cette série doit contenir un volume de M. Rhys Davids sur le Bouddhisme et d'autres promis par des savants éminents d'Angleterre. Cette circonstance explique le titre adopté par M. B. La Religion des Africains, titre contre lequel on pourrait élever quelques objections. En effet , il ne s'agit ici ni d'un corps de doctrines, ni de la domination d'un sacerdoce, mais des idées religieuses de peuples, réunis pour nous sous le nom d'Africains, mais en réalité divers à bien des égards.
M. R. a tiré les faits qu'il rapporte et des récits de voyage et de sa propre expérience. 11 a été missionnaire en Afrique et l'on s'en aperçoit à la façon particulière dont il traite et envisage son sujet. U le partage en quatre chapitres : I. Dieu ; — II. Bons et mauvais esprits; — III. Les Esprits des morts; — IV. Sorcellerie; — V. Fétichisme.
Dans le premier chapitre, M. R. tâche d'établir que les différents peuples de l'Afrique croient à un Être-Suprême , à un Dieu créateur et souverain. 11 est bien forcé de formuler quelques réserves. « Cette croyance, dit-il, n'est pas développée en la grande conception de Dieu que nous possédons > (p. 15). Ailleurs (p. 21), il convient que certaines tribus connaissent le Seigneur du Ciel, mais n'avaient pas de nom particulier pour le désigner. Ce sont les missionnaires qui en ont créé un. — II faudrait connaître bien profondément les croyances religieuses de ces populations qui ne passent pas pour avoir jamais philosophé , pour leur donner une base monothéiste. M. R. donne comme preuve une cérémonie à laquelle il assista à Magomero , qui avait pour but d'obtenir de la pluie et dont il donne une description intéressante. On demandait de la pluie à Mpambi. — Voilà Dieu et la croyance en un Dieu Suprême, dit M. R. — C'est ce qu'il faudrait démontrer, et jusqu'à plus ample informé , nous tenons ce Mpambi pour un dieu de la pluie , ou des nuages, ou du ciel, ou pour un dieu topique ou pour tout autre dieu particulier.
Au surplus, cette croyance hypothétique à un être suprême n'a pas grande influence sur la vie et les pensées des Africains , car M. R. nous dit au début de son chapitre II : « Les Africains croient à l'existence de Dieu sans anxiété, parce qu'ils pensent que vraisemblablement il ne leur fera pas de mal et qu'il n'interviendra en aucune façon dans leurs affaires. » P. 54 ; mais ils croient aux esprits. Cette croyance a des êtres intermédiaires entre Dieu et l'homme, est, dit M. R., un des traits principaux du paganisme. (P. 53.)
La croyance aux esprits , c'est-à-dire à des êtres surnaturels qui entourent l'homme à tout instant et dans tout objet , et dont il doit capter la bienveillance ou détourner la malveillance, est en effet la principale religion de l'homme à l'état de nature. Le culte des ancêtres et la sorcellerie en découlent naturellement. Les faits rapportés par M. R. mettent parfaitement en lumière cet état moral des populations africaines , qui constitue « la Religion des Africains ».
La monographie consacrée à la tribu Dieyrie des indigènes de la province Australienne d'Adélaïde, contient, quoique succincte, des faits intéressants. On y trouve quelques renseignements linguistiques , les noms de nombre , un court vocabulaire et un résumé de leurs usages et traditions. Cette tribu pratique la circoncision , la perforation du nez et l'extraction de certaines dents ; elle est cannibale et mange ses morts, mais avec certains rites, et il y a des morceaux qui reviennent de droit à tel ou tel membre de la famille. La cérémonie pour obtenir de la pluie est racontée avec détails. 11 est regrettable qu'une pudeur hors de propos ait empêché l'auteur de nous parler de ce qu'il appelle des indescribable customs. La science a le droit de connaître tous ces faits , et lorsque les observateurs les trouvent trop shocking , ils peuvent les raconter en latin , comme le fait Sir John Lubbock dans l'appendice d'un de ses livres. Les sauvages doivent être décrits comme ils vivent — in naturalibus. H. G.
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Le Gérant, Eugène ROLLAND.
Chartres. — Edouard Garnier, Imprimeur.