CONTE NÈGRE
Transporté du créole en français par Loys Brueyre.
(Voir le texte créole ci-dessus).
Un jour, au temps d'autrefois, compère Bouc alla dîner chez son voisin, compère Lapin. Compère Lapin n'avait pas une goutte d'eau à boire. Alors compère Bouc dit comme ça à compère Lapin :
— Moi non plus, je n'ai pas d'eau; si tu veux venir par là , nous allons creuser un puits.
Compère Lapin secoua la tête :
— Non, compère Bouc; le bon matin je bois la rosée sur l'herbe et dans le jour, quand j'ai soif, je bois dans la piste de la vache.
Alors compère Bouc fouilla son puits tout seul. Après qu'il eut fouillé le puits , quand il courut chercher de l'eau de bon matin, il vit la trace de compère Lapin au ras du puits. 11 se gratta la tête et s'écria :
— Mon compère, je vais t'attraper.
Il court prendre ses outils et il fait une grosse catin (j) avec du bois de laurier. Il la goudronne, la goudronne jusqu'à tant qu'elle fût noire comme négresse de Guinée. Le soleil tombé , compère Bouc courut planter sa catin debout au ras du puits. Dans la nuit, la lune tapait clair; compère Lapin vint avec son baquet pour chercher de l'eau. Quand il voit la petite négresse, il s'arrête, se baisse et la regarde bien.
— Quelle bête est-ce là ?
Il la hèle; petite négresse ne bouge pas, ne répond pas. Compère Lapin avance un peu et la hèle encore ; petite négresse ne répond pas. Il prend courage et il s'avance au ras du puits. Quand il regarde dans le puits , petite négresse regarde aussi. Compère Lapin commence à être colère.
— Petite, si tu regardes dans ce puits-là, je vais te f... sur la gueule.
Il se baisse au ras du puits et il voit la petite fille le regarder. Il lève sa main droite et la lui envoie. Pan!
Hé ! sa main reste collée.
— Lâche-moi petite négresse, ou bien je vais te f... sur les yeux avec l'autre main. Il la lui f...
— Bim !
La main gauche se colle aussi. Compère Lapin lève son pied droit.
— Petite négresse congo , tu vois ce pied-là , si je te le f..., tu croiras qu'un cheval t'a envoyé un coup de pied. Il le lui f...
Boum !
Le pied se colle. Compère Lapin lève l'autre pied.
— Tu vois ce pied-là? si je te l'envoie, tu croiras que c'est pierre de tonnerre qui te cogne. Il le lui f...
Tarn!
— Le pied se colle encore.
Compère Lapin tenait bien sa catin !
— Sacrée Guinée ! j'ai déjà battu bien du monde avec mon front; si je te cogne, je casse ta caboche en petits
(') Catin en patois normand e^t une poupée.
morceaux. Il assemble toute sa force et il cogne sa tête comme une masse. Ah ouais ! elle se colle bien.
Quand le soleil fut levé , compère Bouc vint chercher son eau.
— Hé! hé! compère Lapin, que fais-tu là? je croyais que tu m'avais dit que tu buvais la rosée sur l'herbe et l'eau dans la piste des vaches! je vais te punir de me voler mon eau.
Compère Bouc court dans le bois , ramasse un gros tas de branches sèches, il allume du feu, puis court chercher compère Lapin pour le brûler. Il passait ensuite au près d'un tas de ronces, avec compère Lapin sur son épaule, quand il rencontra sa fdle Bélédie qui se promenait à cheval.
— Papa Bouc, pourquoi ne pas jeter vilain compère Lapin dans ces ronces? Compère Lapin, tout penaud/ dresse ses oreilles.
— Non ! non ! compère Bouc , ne me jette pas dans ces ronces; les piquants me déchireraient les yeux; jette-moi tout de suite dans le feu.
— Ah , coquin , tu ne veux pas courir dans ces ronces? Eh bien! je vas te f... là dedans.
Et il l'y envoie tomber ! Compère Lapin roule en bas du tas de ronces et rit : — Kiak! kiak ! kiak ! compère Bouc, tu n'étais pas capable de me jeter dans une meilleure place. C'est dans ces ronces que ma maman m'a fait.
CROYANCES, SUPERSTITIONS, PRÉJUGÉS, USAGES ET COUTUMES
DANS LE DÉPARTEMENT DES VOSGES
(Suite.)
Phalangium. — Les araignées de ce genre, que tout le monde connaît, pour les avoir vues montées sur leurs longues jambes , sont appelées chances dans le pays. Les entants disent, en les tenant par une ou deux pattes:
« Chance , dis-moi où est le loup ou je te tue. »
Et la première patte de devant que l'araignée lève indique la direction dans laquelle se trouve le loup.
Une phalangide, posée sur quelqu'un, signifie que cette personne aura de la chance.
Poches. — Annoncent, quand elles sont mises à l'envers , que la personne qui les porte en cet état doit bientôt aller plaider, même dicton au sujet du bonnet, des bas mis à l'envers.
Poules. — La poule qui chante le coq, indique une chicane , un incident , un malheur prochain. Quand les poules se battent ensemble, signe que quelques parents ou amis dont on n'a plus eu de nouvelles depuis longtemps, sont décèdes. A Pouxeux, pour empêcher les poules de s'éloigner de la maison, on leur pique la crête avec une épingle. A Sapois, on obtient le même résultat en faisant, le matin, une croix à la cheminée. Quelques femmes de la montagne disent que les coqs et poules provenant d'œufs pondus le Vendredi- Saint changent tous les ans la couleur de leur plumage.
Remèdes secrets. — Voici quelques recettes d'empiriques-sorciers :
— Pour les faux-pas , entorses , lésions des articulations, etc.
Il faut dire : « Je te guéris f anté f antété f et super antété -j- dans le moment, ainsi soit-il. Amen. »
— Pour charmer des armes: à feu.
Il faut prendre de la poudre à tirer, trois grains, puis bien les écraser dans les doigts, et la souffler au vent du côté de l'arme que vous voulez charmer et dire : Arcum covteret et confringuel arma et senta comburet igni et le charme scia pnssé pour le temps que vous voudrez en disant quand vous avez proféré ces paroles : c'est pour vingt-quatre heures, ou pour dix, comme il vous plaira. »
— Pour garantir les bêtes rouges d'envie.
« Il faut prendre du polieul (serpolet), le bien broyer et en frotter la tête de la bête entre les deux cornes, et puis dire: Et verbum caro faclum est, trois fois et mettre la bête dans l'écurie , hardiment , sans crainte. »
— Pour guérir la jaunisse.
« Prenez une pièce de 5 francs en argent, faites avec cette pièce trois fois le tour de la figure du malade, en disant « je t'adjure et te commande, au nom du grand Dieu vivant, d'Emmanuel et de saint Abraham de quitter le corps de cette personne (dire le nom) , et de descendre au fond de la mer, ou dans les entrailles de la terre. Ainsi soit-il. Amen. »
— Pour arrêter le saignement de nez.
« Cueillez de la main gauche, et sans regarder, une poignée d'herbe au hasard , en disant : « Je suis de Noé , herbe qui n'a été ni plantée , ni semée , fais ce que Dieu t'a commandé."» Il faut placer cette herbe sous les narines, et le sang s'arrête aussitôt! Pour plus d'efficacité , il faut cueillir l'herbe au clair de la lune.
— Pour guérir l'arête (sorte d'inflammation provenant de contusions ou de la piqûre d'une épine).
Le malade doit aller trouver le charpentier , ou tout autre individu qui possède une espèce de hache , dite épaule de mouton. Le praticien fait placer le doigt, la main ou le pied malade, sur deux brins de paille disposés en croix sur un tabouret , et dit en coupant les brins de paille au niveau des bords du tabouret : « Arête, je te coupe comme saint Pierre coupa l'oreille à Malchus » Répétez trois fois ces paroles , et faites en sorte que les brins de paille coupés sautent en l'air avant de retomber. »
— Pour guérir le gihhe (Érésipèle).
a Faire fondre neuf gouttes de cire d'un cierge bénit que vous ferez tomber , à mesure qu'elles fondent , dans de l'eau bénite, lavez avec cette eau la partie malade, en disant : « Gihhe, je t'arrête et te commande de quitter le visage de... (nommer la personne) abracadabra. Amen. »
— Pour arrêter la colique.
« Procurez-vous une taupe en vie , prenez-la par la peau du dos , et de la main gauche ( c'est l'essentiel ) , et tenez-la ainsi jusqu'à ce qu'elle soit morte. — Il suffira que vous touchiez de la main gauche la personne atteinte cfe colique, pour qu'elle soit à l'instant guérie. »
— Pour se garder des voleurs et faire venir un objet dérobé.
« Le soir , après le coucher du soleil , faire trois fois, en marchant à reculons , le tour de l'objet que vous désirez garder des voleurs, en disant une fois à chaque
tour : « on a vu dérober l'enfant Jésus : la Sainte- Vierge dit à saint Pierre, liez saint Pierre : saint Pierre répond : je l'ai lié avec le lien de Dieu. Je te commande et t'adjure de rester sur place à moins que tu n'aies compté les étoiles qui sont au ciel, les grains de sable qui sont au bord de la mer et les gouttes de pluie. » Si malgré cette conjuration l'objet est volé, on peut être sûr que le voleur poursuivi par le remords s'empressera de le rapporter.
Sabbat. — Nous citons à ce sujet textuellement M.Richard: « C'était, suivant la plupart des déinonographes , dans quelques carrefours bien ignorés du vulgaire , dans un lieu d'un aspect triste et sauvage , au sein des forêts séculaires que se tenait cette assemblée. C'est-là , raconte-t-on encore, que pendant la nuit du mercredi au jeudi ou du vendredi au samedi, arrivait une foule innombrable de sorciers et de sorcières, montés à califourchon sur des manches à balai ou sur des faibles tiges de fève. Tous ayant été convoqués par maître Léonard, le grand diable, et en son absence par Jehan Mullin, dit le petit diable, son lieutenant, qui, avant de les faire danser en pure chemise, leur offrait un splendide festin, dans lequel on remarquait de grands plats remplis de chairs de sales crapauds ou des cuisses et des bras de petits enfants morts sans baptême, servis sur une belle nappe , entourée d'une riche frange d'or.
« Des comptes des grands échevins de Remiremont pour les aimées 1585, 158G et 1588 que nous avons vus dans les archives communales de cette ville , signalent des dépenses acquittées pour frais de geôle et de nourriture de neuf malheureuses femmes. Ces pauvres visionnaires avaient été accusées de sortilèges, de genohherée (magie sorcellerie) d'avoir fait un pacte avec Satan , et ce qui était fort grave , en ces temps d'exécrable mémoire, d'avoir fait de la grêle. Convaincues de ces crimes par des aveux arrachés dans les horribles tourments de la question ordinaire et extraordinaire, elles furent condamnées à être brûlées vives.
« De nos jours, bien des personnes sont encore persuadées que pour empêcher un sorcier ou une sorcière d'entrer furtivement dans une maison, il faut avoir soin de renverser à la cuisine le manche à balai. On croit aussi que quand on parle d'eux, on doit dans la comersation, nommer le jour de la semaine dans laquelle on se trouve, si on veut qu'ils ignorent le sujet de l'entretien. »
Soleil. — On dit quand il luit le vendredi après plusieurs jours couverts que c'est pour faire sécher la chemise de la Sainte-Vierge.
Songes. — Une jeune fille qui désire voir en songe le mari qu'elle épousera doit la veille de la fête de la Saint-André (30 novembre) manger en se couchant une pomme et dire :
Saint-André faites-moi voir Celui que je dois avoir.
Sotré. — La croyance au sotré existe encore dans les montagnes. Le sotré , dit Richard , est un lutin d'un caractère ordinairement affable et obligeant, mais qui aussi jouait plus d'un tour aux ménagères.
Il est connu dans l'arrondissement de Remiremont, sous le nom de Culâ quand il apparaît comme un feu sautillant pour égarer les voyageurs dans la nuit sombre
et sous le nom de Sotré quand il emmêle la crinière des chevaux, brouille les fils du tisserand, etc. A Sapois, on chassait le Sotré en lui adressant de dures paroles. On croyait autrefois, dans diverses communes que les Sotrés se plaisaient à danser aux rayons de la lune sur les fumiers proprement tassés. Les vieillards ajoutent que souvent, le plus petit de cette bande joyeuse ne manquait pas de demander à la première personne qui passait devant lui , si le petit chapeau rouge dont il était était coiffé lui allait bien : mè chépiron mè vé té biè ?
Souris. — Quelques personnes croient encore qu'en faisant manger des souris rôties aux enfants affectés d'intempérance d'urine ils ne tarderont pas à être guéris.
Tintement d'oreilles. — Si c'est à l'oreille droite, signe qu'on parle favorablement de vous , à l'oreille gauche, qu'on ne fait pas votre éloge.
Trèfle. — La découverte d'une tige de trèfle à quatre feuilles quand on ne la cherche pas est un présage de bonheur. Si c'est une fille qui fait cette découverte , signe qu'elle sera bientôt mariée.
Trinité. — Les personnes qui voient ce jour-là lever le soleil du haut d'une montagne, voient trois soleils à la fois, pourvu qu'elles soient en état de grâce (i).
Vaches. — Pour que celle qu'on vient d'acheter ne cherche pas à retourner dans la maison d'où elle vient, il faut lui laisser à la tête pendant quelques jours la corde avec laquelle on la conduisait à la maison ; afin d'empêcher les vaches d'avoir des dartres , il faut suspendre dans l'étable une branche de houx dont les feuilles soient sans piquants.
Le lait de vache noire a la propriété d'éteindre un incendie
Veaux. — Quand on a vendu un veau , il faut le faire sortir à reculons de l'étable, afin qu'il soit moins regretté de la mère.
Vendredi. — On doit éviter ce jour-là de se marier, de se mettre en voyage , de conclure un marché important, et même de changer de chemise.
Dans beaucoup de maisons, on n'oserait pas tuer un animal quelconque le jour du Vendredi-Saint , ni semer aucune espèce de grain , ni faire la lessive. On croit même qu'une personne qui coucherait dans un lit dont les draps auraient été blanchis ce jour-là, serait en danger d'y mourir.
Verre a boire. — Quand on boit dans le verre d'une autre personne, on dit qu'on connaît sa pensée. Voilà pourquoi , dans les repas de noces , dans les fêtes de villlage, tant d'amoureux s'empressent de saisir l'occasion de boire dans le verre de leurs maîtresses.
Verrues. — Pour les faire disparaître, on emploie un des moyens suivants : 1° mettre autant de petits cailloux blancs qu'on a de verrues , dans un petit sac et perdre ce sac sur un grand chemin. La personne qui le ramassera et l'ouvrira aura les verrues qui vous quitteront aussitôt; 2° faire mordre les verrues par la saute-
(') Nous avons vu une fois pendant plus d'une heure le matin de la Trinité , une magnifique parhélie , où l'image du soleil était triplée. Ce phénomène naturel que nous n'avons jamais remarqué que celte fois, arrivant le matin de la Trinité, n'a pas peu contribué à accréliler pour longtemps dans le pays la croyance ci-dessus.
relie verte (Locusta verrucivora) ; 3° appliquer sur les verrues des pois qu'on enferme ensuite dans un cornet de papier qu'il faut jeter dans la fosse de la première personne qui vient à mourir; 4° Laver les verrues à la rosée de mai ; 5° les laver avec l'écume qui se forme dans les remous des courants d'eau ; 6° les frotter avec le jus de l'Eclairé (Chclidonium majus), etc.