CHARTRES
Un demi-deux, demi-trois, demi-quatre, Coup d'eanif m'a voulu battre, J'ai voulu le battre aussi Coup d'eanif s'en est enfui.
Une poule sur un mur Qui picote du pain dur,
Picoti, picota, Lève la queue et s'en va.
Un loup passant par un désert, Avmit le trou du c. . . ouvert, Il fit un pet. — Pour qui?
— Pour toi.
BIBLIOGRAPHIE
L. von Sybel. Die mythologie der Ilias. Marburg, Elwerl, 1877, in-8u, 317 p.
11 est à craindre que les lecteurs de cet ouvrage aient une déception. D'après le titre, on s'attendrait à une analyse, peut-être à une interprétation des nombreux mythes renfermés dans l'Iliade. Or, l'ouvrage ne répond pas exactement à son titre. La mythologie de l'Iliade qui remplit le chapitre VIII, le plus développé du livre (p. 129-W3) n'est autre chose qu'un recueil méthodique de tous les passages qui concernent les dieux et les personnages héroïques du poème. Ce travail est complet , consciencieux ; il a son utilité ; l'utilité que pourrait avoir un bon index ou un bon dictionnaire de l'Iliade. Le seul mythe qui soit analysé et interprété (chap. II) est celui des grues et des Pyymées. Pourquoi avoir l'ait choix de ce mythe peu important, quand tant d'autres, plus intéressants ou plus obscurs , étaient laissés de côté ? L'auteur répond à cette objection en nous disant que, s'il a choisi ce mythe, c'est qu'il lui a paru d'une interprétation facile (et nous croyons en effet qu'il a réussi ;i l'expliquer) : mais, n'est-ce pas nous avouer qu'il eût été sans doute fort embarrassé de rendre compte des autres?
Les chapitres préliminaires (sur la conception du mythe dans l'Iliade, sur la dérivation de la conception du mythe de la science de la connaissance , sur la théologie et la religion, etc.) sonthénssés de formules abstraites , de conceptions a priori , de raisonnements subtils, qui ont peut-être quelque valeur philosophique, mais qui servent peu à élucider la question. L'auteur, préoccupé de combattre les doctrines d'Adalbert Kuhn et de Max Millier, nous parait avoir fait fausse route. Ce n'est point par des abstractions que le problème mythologique peut être résolu; c'est par l'étude et la comparaison des faits. — On trouvera cependant, au chapitre VII, une bonne revue des différentes théories mythologiques , depuis Kanf et Herder jusqu'à Max Millier et Steinthal. P. D.
Poésies populaires en langue d'oc , recueillies par Aimé Atger ; Montpellier, 1875, in-8", 98 pages; avec musique.
La mort de l'auteur de cet intéressant recueil, M. Aimé Alger, arrivée à Montpellier en 1874 , a été une perte sérieuse pour les études de inythographie auxquelles il élait dévoué et qu'il traitai! avec un grand esprit de méthode et de critique. Un ami qui lui a ' consacré une notice biographique, juge ainsi son recueil de poésies populaires : « Le travail restreint de M. Atger est intéressant par l'exactitude avec laquelle son auteur notait lui-même ou faisait noter les variantes d'un seul village el jusqu'aux gallicismes des chanteurs. Notre confrère aimait à saisir la poésie rustique dans .-on étal réel, avec toutes ses défaillances, accidentelles ou non, et il ne tolérail à cel égard, ni correction, ni retouche. C'étail , que l'on me pardonne cette comparaison, peut-être ambitieuse, comme une Statue dont il ne voulait pas enlever la rouille, crainte de porter atteinte à la matière donl elle était formée. »
Les chansons languedociennes publiée- par M. Atger sont 1resjolies au point de vie' poétique; elles ne sont pas moins inléresressantes au point de vue musical, comme M. B. D. notre collabo-
rateur, si compétent en cette matière, le démontre dans les lignes ci-dessous. E. R.
On ne saurait trop encourager et remercier les personnes qui recueillent des chants populaires. En le faisant, elles rendent à la science et à l'art un service signalé. L'étude des chants populaires, qui instruit le savant, est non moins utile à l'artiste: elle lui révélera des moyens d'expression inusités jusqu'ici dans la composition musicale , et dont l'emploi , fait par des mains habiles, peut produire des effets très-heureux et très-nouveaux.
En examinant les mélodies notées dans la publication de M. Alger, nous avons regretté deux choses : que les mouvements des airs ne soient pas indiqués , et que le recueil soit aussi court. Toutes les mélodies de ce recueil méritent une mention spéciale ; toutes sont remarquables, soit par la saveur propre aux anciennes modajités, soit par l'attrait piquant du rhythnic.
La seconde reprise de la première mélodie ( vous voli marida ) est construite avec la même gamme que les mélodies du 8e mode de notre chant Grégorien. Cette gamme, qui se distingue de la gamme majeure en ce que le second demi-ton se trouve placé entre le sixième degré et le septième , était usitée dans l'antiquité sous le nom de hypophrygienne. On la retrouve encore dans la variété ayia du 4e mode de la musique ecclésiastique grecque.
La seconde mélodie du recueil est franchement en majeur; mais elle procède par phrases de trois mesures, et c'est là le secret de son allure vive et originale.
La troisième a un rhythme ravissant qui semble un défi jeté au principe de la carrure adopté dans la musique savante. Quelle indépendance !... mais aussi quel entrain , quelle verve dans le rhythme! — Si cet air était écrit à quatre temps (ce qui rendrait plus évidente sa construction rhythmique ) , on verrait que le premier membre de phrase se compose de trois mesures, dont deux à quatre temps et une à deux temps , et le second membre de cinq mesures à quatre temps.
L'air de la chanson intitulée YAmiga est une ravissante mélodie qui ferait un charmant effet , si elle était harmonisée et chantée en chœur. Celle-là est en mode majeur et obéit à la carrure.
Il n'en est pas de même de la mélodie suivante : YEserivoto. La personne qui a noté cet air, a fait usage d'une mesure uniforme : la mesure à deux temps. Cela nous paraît regrettable. Comme le rhythme de la mélodie n'est pas régulier, il en résulte un déplacement du temps fort qu'on aurait traduit avec précision en faisant de la quatrième mesure une mesure à trois temps. De cette manière, le temps fort se retrouverait d'aplomb dans les mesures suivantes et coïnciderait avec les deux syllabes accentuées : vo dans escrivoto et U dans joli.
La dernière mélodie de cet intéressant recueil est dans le mode hypodorlen (gamme mineure sans note sensible). Les anciens modes grecs ont persisté , on le voit , dans les chants populaires de notre pays, comme dans ceux de plusieurs autres contrées de l'Europe. B. D.
Charles Marelle. Perrault's franzœsische Maerchen, von G. Doré illustrirt, mit des Hartmann'schen Bearbeitung und der Grimm'schen Sammlung verglichen. Vortrag in der Gesellschaft fur das Studium der neueren Sprachen zu Berlin gehalten. ) Berlin , 1868, in-8° de 16 p.
M. André Lefèvre qui nous a donné une bonne édition des contes de Perrault (Paris, 1875) , ne mentionne pas dans la bibliographie qu'il leur consacre (pp. 167-179) cet opuscule de M. Marelle. Il est vrai qu'il ne mentionne non plus aucun des ouvrages relatifs à Perrault, écrits dans l'une des langues étrangères.
Charles Marelle. Les Contes et les Chants populaires français (extrait de « Herrig's Archiv fur das Studium der neueren Sprachen. » Braunschweig, 1876, 88 p. in-8° (en langue française).
M. Charles Marelle, un fervent admirateur du Folklore français,
a réuni dans ce travail des contes et chants popul. champenois
inédits avec une étude sur les recueils de poésie popul. de
MM. Tarbé, Bujeaud , Champfleury, Gaston Paris.
Les contes qui sont très-amusants ont pour titre : Histoire du Bonhomme maugréant , Souhaits d'Auvergnats , Bout de Canard. Parmi les chansons de la Champagne, inédites, citons deux jolies variantes du Petit mari et une chanson à répétition, J'ai quatre sous pour mes étrennes. La chanson : Boum ! au paradis c'est aujourd'hui fête , ne me semble pas du tout populaire.
Coleccion de Aires Vascongados , arreglados para Canto y Piano , por J. A. Santesteban. San Sébastian, Almacen de Musica, Garibay, 1. — Precio de cada numéro 3 reaies vellon.
C'est une très-remarquable collection que celle des soixante chants basques recueillis et harmonisés par M. Santesteban. La musique de ces chants méritait bien d'être notée et publiée : elle n'est ni espagnole ni française, elle est vraiment basque; le goût de terroir qui la distingue témoigne du caractère individuel et du génie musical de la race qui l'a produite.
Tout d'abord on est frappé de l'emploi très-fréquent dans ces chants populaires d'une mesure peu usitée dans la musique savante : sur les soixante mélodies qui composent la collection , il y en a vingt-huit à cinq temps. Ce rhythme , hasardé de loin en loin et bien timidement dans la composition musicale, la musique basque l'emploie en se jouant , tout en conservant le cachet d'aisance et de naturel qui distingue la musique populaire.
11 y a là de quoi faire rêver les compositeurs. Si les musiciens d'instinct peuvent produire des mélodies gracieuses , faciles et originales, en sortant de l'ornière des rhythmes consacrés, pourquoi les musiciens instruits ne le tenteraient-ils pas?
L'art moderne a fait des conquêtes si prodigieuses au point de vue de la polyphonie et du timbre qu'on s'explique jusqu'à un certain point la lenteur du développement de l'élément rhythmique. Sous ce rapport , il est incontestable que la musique savante est moins avancée que la musique populaire.
Quelle puissance d'expression il y a dans le rhythme ! les mélodies basques nous le prouvent. Tel de ces chants dont le tour mélodique rappelle un peu certaines mélodies espagnoles ou napolitaines, garde cependant, grâce à l'emploi d'un rhythme spécial, un caractère d'originalité très-marqué.
M. Santesteban a commencé la publication de sa collection en 1868. Longtemps avant cette époque , il s'était voué à l'étude de la musique populaire de son pays et avait commencé à réunir les matériaux nécessaires à l'entreprise qu'il méditait. La réunion de ces matériaux a dû lui coûter de longues recherches qu'il n'aurait pu mener à bonne fin sans patience et sans ténacité. Leur mise en œuvre lui fait non moins d'honneur. Les accompagnements dont il a enrichi ces mélodies populaires sont écrits dans un style facile , élégant et toujours musical ; ses harmonisations se font souvent remarquer par leur délicatesse et leur distinction. Soixante mélodies ont déjà paru ; quarante autres sont en préparation.
Nous sommes heureux d'apprendre que les efforts si honorables de M. Santesteban ont été récompensés : sa publication a obtenu dans son pays un véritable succès. Grâce aux accompagnements qu'il y a joints , les chants basques peuvent être chantés par toutes les classes de la société. Non-seulement il est donné aux montagnards de les entonner en pleine nature , mais il est permis au dilettante de les savourer dans un salon en s'aidant du serviteur indispensable, le piano.
Heureuses les races qui connaissent et qui aiment leurs chants populaires! Cet amour est une preuve de cohésion et de vitalité; la communauté des goûts artistiques entre le peuple et les classes cultivées a pour effet d'entretenir et de vivifier le sentiment national.
Mais les chants basques seront bien accueillis partout, grâce à leur charme et à leur originalité. Et , qui sait ? les éléments de cette originalité, une fois constatés par les compositeurs, entreront peutêtre len circulation. Le jour où ils seront adoptés, ils introduiront une richesse de plus dans la langue musicale. B. D.
Le Gérant, EUGÈNE ROLLAND.
Chartres. — Edouard Garnier, Imprimeur.