IMAGERIE POPULAIRE RUSSE
L'image russe dont nous donnons aujourd'hui la reproduction appartient à la série des images populaires qui sont pour le paysan russe ce que sont pour le paysan français les images de Metz ou d'Epinal. Elles sont d'une exécution beaucoup plus grossière que les nôtres et remarquables surtout par la façon bizarre dont les couleurs sont distribuées. Ainsi , dans l'original , la terre est peinte d'un jaune vif, relevé de bandes rouges (au plus fort de l'hiver). Le propriétaire du Grand Nez porte un pantalon vert dans le groupe du milieu; un pantalon jaune pour entrer au cabaret; sa redingote est rouge foncé dans le groupe du milieu, rouge clair devant la porte du cabaret, verte devant la porte de sa maison.
Nos lecteurs peuvent juger par eux-mêmes du dessin : le texte qui l'accompagne est imprimé avec des fautes d'orthographe , précieuses pour le linguiste en ce qu'elles lui permettent de noter exactement la prononciation du peuple moscovite.
La lithographie originale sort des ateliers de André Abramov, rue des Allemands (Nemetskaïa Oulitsa), à Moscou. L'édition actuelle a été autorisée par la censure le G mai 1874.
Voici la traduction de la légende rimée qui l'accompagne :
l«e dialogue du grand Nez avec le fort Gel (').
« Le Nez prétendit se vanter d'avoir chaud. — Il a l'audace de vouloir tenir tête au Gel. — Tout-à-coup
(') Ce vieux mot français qui ne s'est conservé que dans le dérivé Dégel , mais qui s'emploie encore en Suisse , est celui qui nous paraît rendre le mieux le russe Moron.
s'élève un fort Gel. — Le grand Nez part en guerre contre lui, — Il dit je suis un beau Ne/, rouge : — On a fait au Gel une ('aussi' réputation, — On dit qu'il gèle tous 1rs nez ; — Mais pour ceux qui sont fortement bourrés de tabac. — Moi je ne remarque pas cela, — Je ne suis rouge qu'en dehors. — Je ne m'abrite jamais contre le Gel; — S'il était ici j'entrerais en lutte contre lui.
» A ce moment le Gel regarda mon nez de travers, — Et dit. : c'est la première fois que je vois un pareil nez ; — Si tu ne fais pas attention à toi, — Tu vas bientôt blanchir. — Cependant le Nez n'eût pas peur du Gel, — Qui vint lui mordre le nez. — Tout-à-coup un peu de tabac coule de sa narine ; — il se précipite dans un cabaret ('). — En sortant il a l'audace de dire. —
Il dit : je vais encore me montrer. — Le Gel entra «m grande colère, — De ce que le Nez montrait autant d'impudence.
» Et le Gel le récompensa de la sorte; — 11 lit à ce Nez un grave dommage. — Tout-à-coup une pomme de pin tomba ; — Elle faillit gâter tout le museau. — Le Nez prit une teinte rouge clair, — Telle qu'on n'en trouve pas même chez les Coqs d'Inde. — Cette fois le Nez cessa de lutter contre le Gel, — Et s'empressa de rentrer au chaud. — Mais il rentra tout gâté ; — Ce qui était fort désagréable à son maître, — Il eut de cela
grand chagrin d'oie. »
Et soigna son nez avec la graisse
Louis Léger.
Fac-similé d'une image populaire russe.
PRIERE POPULAIRE
lia raison il'Dieu(2).
(Canton de Dornes, Nièvre.)
Disons la raison d'Dieu
Pour le nom De saint Pierre baron, [La raison d'Dieu] Qu'a fait le jour Qu'a fait la nuit, Le jour qu'est tant bel, La nuit qu'estancelle ,
(') Sur la maison qui dans notre gravure est à la gauche du spectateur, on lit: débit île boissons (piteiny dom). (2j | Raison est sans doute ici une corruption tforaixon. — Mi:i..]
Le jour d'un beau mardi Que le monde doit tout fini.
Non, non, nous n'finirons point!
Nous dirons trois fois :
Feuille de Màr, Feuille d'Avri, Feuille de tourmente, Qu'i pleuve, qu'i neige, qu'i vente.
Ouvrez-nous les portes du paradis !
— Les portes du paradis sont ouvries I lepuis hier à midi ; Dieu les a ouvries, Dieu les a bénies.
Saint Jean d'archange Dans le paradis a mis i M.- petite planche,
Pas pu longue, pas pu Large Qu'un ch'veu de la Sainte Viarge.
deux qu'saront la raison d'Dieu Par dessus passeront.
Ceux qu'la saront pas Au bout mourront.
Ils leu z'y dirent les uns aux autres, Zenfants , zenfants , Qu'avons-nous fait, qu'avons-nous dit?
a\ raison d'Dieu nous avons pas appris ! Jésus leur z'y dit :
Quand vous étiez dans l'autre monde Vous maudissiez mon corps, Vous maudissiez mon sang !
— Je m'en repens !
Ainsi soit-i.
— Mais Jésus leur z'y répond :
Tant que votre âme est diors De vout' corps, C'est pu temps d'vous en r'penti.
Henri Marion.
TRADITIONS POPULAIRES DE WARLOY-BAÏLLON
(somme).
I/Herbe qui coupe le fer.
Plusieurs personnes croient encore à l'herbe qui coupe h fer. Un jour, un de nos paysans trouva son englène (instrument destiné à donner du taillant à la faux) cassée, sur une botte d'herbe, sur laquelle il l'avait déposée. Son compagnon lui dit: cela ne m'étonne pas, tu l'avais déposée sur l'herbe qui coupe le fer.
I^e Champ aux Fées.
Il y a un endroit dans notre pays qu'on appelle le Champ aux Fées, c'est là, disent les vieillards, que les Fées tenaient autrefois leur sabbat. On y voyait un grand espace circulaire complètement inculte ; c'était l'endroit où elles dansaient en rond pendant la nuit.
lies Abeilles.
Quand, dans une famille qui possède des ruches, une personne vient à mourir, il est d'usage d'attacher à chacune de ces ruches un morceau d'étoffe noire, en signe de deuil. Sans cette précaution , on croit que les abeilles s'en iraient pour ne plus revenir.
On croit aussi que les abeilles célèbrent la Fête-Dieu, en élevant dans leurs ruches un Saint-Sacrement de cire.
Feux follets.
On attribue aux feux follets connus ici sous le nom de fioles, le pouvoir d'égarer les personnes qui se trouvent sur leur passage. Il y a un moyen d'échapper à ce péril, c'est de jeter son couteau à terre, autour duquel la fiole vient aussitôt tourner et pendant ce temps on doit se sauver au plus vite.
lie jour de Sainte Agathe.
Si l'on veut récolter des pois en quantité , il faut les semer le jour de Sainte Agathe (5 février). — [I y a uw proverbe picard qui dit:
Plantez le jour de Sainte Agathe Vous récolterez plein des jattes.
Le jour «lu Vendredi-Saint*
Pour préserver les oignons de la sécheresse et des insectes, il faut les semer le jour du Vendredi -Saint ; aussi, quel que soit le temps qu'il fasse ce jour-là, la plupart sèment leurs oignons le Vendredi-Saint.
Serment d'enfant.
(FORMULETTE
Quand un enfant jure de dire la vérité, il se tire la peau du cou en disant :
Bâton blanc , Bâton de fer ;.
Si je mens J'irai en enfer Avec un fagot Sur le dos Tout brillant Tout fricassant.
Henri Carnoy.