‹ MélusineChapitre 58 sur 235 · LOIRE-INFÉRIEURE · texte numérisé non relu

LOIRE-INFÉRIEURE

Mjnette m'a perdu mes roulettes ! J'ai dit à Minette : Rends-moi mes roulettes ! Minette m'a dit : Je ne te rendrai tes roulettes que si tu me donnes croutette.

J'ai été à ma mère lui demander croutette. Ma mère m'a dit qu'elle ne me donnerait croutette que si je lui donnais la clef.

J'ai été à mon père lui demander la clef. Mon père m'a dit qu'il ne me donnerait la clef que si je lui donnais hure de loup.

J'ai été au loup lui demander sa hure. Le loup m'a dit qu'il ne me donnerait sa hure que si je lui donnais tête de veau.

J'ai été au veau lui demander sa tète. Le veau m'a

(!) Pont-à-Moussofi.

m'a dit qu'il no me donnerait sa tête que si je lui donnais lait de rache.

J'ai été à la vache lui demander son lait. La vache m'a dit qu'elle ne me donnerait son lait que si je lui donnais herbe de pré.

.l'ai été au pré lui demander son herbe. Le pré m'a «lit qu'il ne me donnerait son herbe que si je lui donnais coups de l'aulx.

J'ai été à Bertaud lui demander sa faulx. Bertaud m'a dit qu'il ne nie donnerait sa l'aulx que si je lui donnais graisse de porc.

J'ai été au porc lui demander sa graisse. Le pore m'a dit qu'il ne me donnerait sa graisse que si je lui donnais glands de chêne.

J'ai été au chêne lui demander ses glands. Le chêne m'a répondu qu'il ne me donnerait ses glands que si je lui donnais vent de mer.

J'ai été à la mer lui demander son vent. La mer m'a dit : Prends-en tout ton content ! !...

La mer m'envente, ,1'envente le chêne; Le chêne m'englande , J'englande le porc; Le porc m'engraisse, J'engraisse Bertaud ; Bertaud m'enfauche , J'enfauche le pré; Le pré m'enherbe, J'enherbe la vache; La vache m'enlaite , J'enlaite le veau; Le veau m'entête, J'entête le loup; Le loup m'enhure, J'enhure mon père ; Mon père m'enclète, J'enclète ma mère ; Ma mère m'encroûte, J'encroûte Minette ,

Et Minette m'a rendu mes roulettes.

Chant du Coq imité par la Poule.

On trouvera des renseignements très-complets sur le chant du coq imité par la poule (Voy. Mél., col. 47) dans un excellent ouvrage de M. Roulin (Hist. Naturelle et Souvenirs de. Voi/aye, Paris. Hetzel, p. 337). Le fait en lui-même était connu d'Aristote et des anciens, et n'est pas propre à la poule, ni même aux gallinacés, coin me le prouvent de nombreux exemples.

.M. A. de Gubernatis parle de cette croyance dans sa Mythol. Zool., ou Légendes animales (traduction de M. P. Elegnàud. Paris, Durand, 1874, t. II, 299).

Il existe une superstition très-répandue en Italie, en Allemagne et en Russie, d'après laquelle une poule epu' se met à chanter comme un coq est du plus sinistre augure, et l'on croit généralement qu'il faut la tuer surle-champ si l'on ne veut pas mourir avant elle. La même croyance existe en Perse D'apj'ès un proverbe sicilien, In poule qui chante comme le coq ne doit être ni vendue, ni donnée, mais mangée par le propriétaire. »

A. Dominique.

BIBLIOGRAPHIE

Webster. Basque Legends, collected chiefly in the Labourd, by the Rev. Wentworth Webster. With an Essay on the Basque Language, by M. Julien Yinson. London, Walbrook, bs77, in-6° de 233 p. Prix : 9 fr. r.oc.

Cet ouvrage contient une soixantaine de contes basques , recueillis directement dans la tradition populaire et écrits en anglais. Il doit nécessairement trouver place dans la bibliothèque du mythographe, quoiqu'on puisse reprocher à l'auteur d'avoir l'ait des théories mythologiques risquées et que les rapprochements avec les autres contes européens soient incomplets. Parmi les contes publiés par M. W. il en est un intitulé : La Fille jolie, mais paresseuse, dont nous avons sous les yeux une intéressante variante. Nous allons la faire connaître à nos lecteurs. Voici d'abord le résumé du conte basque :

La Fille jolie, mais paresseuse.

Un châtelain rencontra un jour une jeune fdletout en larmes. Elle venait d'être battue par sa mère à cause de son incurable paresse. 11 l'amena à son château et lui dit que si elle lui cousait sept chemises par jour, il l'épouserait. Comme elle ne savait pas coudre, elle s'assit toute désolée , n'essayant même pas de commencer sa tâche. Une sorcière se présenta, qui lui dit: « Je coudrai pour vous ces chemises, mais à la condition que si, dans un an et un jour, vous ne pouvez répéter mon nom , vous m'appartiendrez ; je m'appelle Marie Kirikitoun. » Elle accepta. Les chemises étant laites , le roi l'épousa, comme il l'avait promis. La nouvelle mariée tomba bientôt dans une tristesse mortelle, en pensant au terme fatal qui s'approchait de jour en jour, car elle avait oublié ou avait peur d'oublier le nom delà sorcière. Une fois, une femme raconta devant elle, qu'elle avait vu une vieille sauter en disant : « Houp! houp ! Marie Kirikitoun ! personne ne peut se rappeler mon nom. » Aussitôt la jeune châtelaine se dérida , écrivit le nom qu'on venait de lui remettre en mémoire, et récompensa richement la femme qui lui avait conté cette histoire.

Voici maintenant la variante de ce conte , qui semble avoir été recueillie dans le Nord-Ouest de la France.

Le Lutin Furti-Furton.

Il était une fois un seigneur riche et puissant... II pouvait faire plusieurs lieues sans sortir de ses domaines, tant ils étaient vastes. Un jour qu'il se promenait dans la campagne, il l'ut attiré près d'une chaumière, d'où semblaient partir des cris douloureux. Il entra : une vieille femme était assise sous le manteau de la cheminée, faisant tourner son rouet. Une jeune fille se tenait à ses côtés, son ouvrage devant elle, et pleurait. « Qu'avez-vous donc à pleurer de la sorte, la belle enfant? » dit le seigneur en se montrant tout à coup. « Ma mère m'a battue, répondit la jeune fille. » — « Pourquoi donc? dit le châtelain en se tournant d'un air sévère vers la vieille femme. » — Hélas! mon bon seigneur, répondit celle-ci, les yeux pleins de larmes, c'est une méchante fille qui, malgré tout ce que j'ai fait pour elle, ne veut pas travailler, et cependant, sur mes vieux jours, j'ai bien besoin de son aide. — Est-ce une raison pour la batlre. — Hélas! non... mais voilà longtemps que je la prêche , que je la prie et elle ne m'écoute pas; alors la patience m'a manqué, et je l'ai frappée. — Ecoutez, ma pauvre femme, confiez-moi votre fille, et dans un an, à pareil jour, de paresseuse qu'elle est, je vous la rendrai la meilleure fileuse du pays. — Grand merci ! mon bon seigneur, j'accepte ce que vous m'offrez ; car véritablement je ne savais plus par quel bout la prendre. » — La jeune tille fut conduite au château, où le riche seigneur la lit placer dans une grande chambre toute remplie de filasse. « Voila, lui dit-il, l'ouvrage que je vous donne, et dans un an, à pareil jour, il faut que tout soit filé; et si voire lâche alors n'était pas terminée, je vous le dis, malheur à vousl » La jeune fille se jeta sur un siège, et, à la vue de tout ce qu'elle avait à faire, elle se mit à pleurer.

Pendant plusieurs mois, la jeune fille pleura, mais elle ne Ira-

MELUS1NE.

vaillait pas. Le printemps passa, l'été passa, les feuilles tombèrent des arbres, les premiers froids se firent sentir; elle ne travaillait pas encore! Un jour, il ne lui restait plus que deux mois, elle se rappela ces terribles paroles: « Malbeur à vous! » Ah! mon Dieu! s'écria-t-elle avec désespoir, pour faire l'ouvrage d'une année, je n'ai plus que quelques semaines! bien sur, il m'arrivera malheur; je suis perdue! qui viendra à mon secours?

— Moi ! » s'écria en paraissant devant elle un petit homme étrange. Ses cheveux étaient noirs, sa barbe noire, ses yeux noirs; tout en lui était noir, môme ses vêlements. La jeune fille eut peur. Elle pensa que c'était le diable et fit un mouvement pour se signer. « Ne crains rien, je ne te veux point de mal , dit le petit homme ; je suis accouru à ton appel. Je me nomme Furti-Furton. Souviens-t'en, et je te confie cette baguette avec laquelle, en moins de rien, tout ton ouvrage sera fait. Dans deux mois, à pareil jour, je viendrai te la réclamer et tu n'auras qu'à médire : Tiens! Furti-Furton, voilà ta baguette. C'est tout ce que j'exige de toi, ma belle amie. — Merci, mon bon monsieur, dit la jeune fille avec reconnaissance. Le petit homme avait déjà disparu.

« Furti-Furton, Furti-Furton », disait la prisonnière en se frappant la tèle pour y faire entrer ce nom baroque

La baguette avait produit un effet merveilleux ; tout l'ouvrage était achevé; mais la jeune fille ayant un jour négligé de répéter le nom du petit homme, car elle était très-paresseuse et tout effort l'ennuyait, il sortit de sa mémoire. Elle pleura beaucoup, elle se désola, mais que faire? Dans vingt-quatre heures arrivait l'anniversaire de son entrée au château, et ce jour-là elle devait rendre compte de son travail, et , chose bien plus effrayante encore, restituer au nain sa baguette « Eh bien! dit le seigneur en paraissant tout à coup devant elle, allons! je vois que vous avez bien travaillé et demain je pourrai vous rendre votre liberté, après vous avoir, toutefois, donné la récompense que vous avez si bien méritée. Mais pourquoi êtes-vous triste?... Avez-vous donc été malheureuse dans mon château? Quelqu'un vous aurait-il dit de dures paroles?..... » La jeune fille ne répondit rien; elle serrait ses mains l'une contre l'autre avec désespoir. « Voyons, ma belle enfant, dit le seigneur avec bonté, pour vous distraire, je vais vous conter une singulière histoire. »

« Je me promenais à cheval, ce matin, aux alentours de mon château , quand tout à coup des chants bizarres sont venus frapper mon oreille. Me dirigeant alors vers l'endroit d'où partaient ces chants, c'est-à-dire vers une belle prairie verdoyante, j'aperçus une foule de petits nains qui dansaient en rond ; ils s'arrêtaient par moments pour frapper des mains en signe de réjouissance, puis ils reprenaient bientôt leur danse, et leur refrain, toujours le même, était celui-ci :

La belle ne sait plus son nom,

Furti-Furtaine!

La belle ne sait plus son nom,

Furti-Furton.

Et l'un des nains , qui paraissait être le chef de la bande , redisait d'une voix plus forte :

La belle ne sait plus mon nom,

Furti-Furtaine!

La belle ne sait plus mon nom,

Furti-Furton.

Sa barbe était noire, ses cheveux noirs, ses Ah! s'écria

la jeune fille en l'interrompant. — Quoi donc? — Oh! rien, Monseigneur, une pensée, une pensée singulière... Ah! merci, d'avoir pris la peine de me distraire. Oui! c'est bien cela ! Furti- Furtaine, Furti-Furton » Et, pour la première fois depuis

deux mois, elle poussa un joyeux éclat de rire. Serait-elle folle, se demanda son visiteur en la quittant, et l'épreuve que je lui ai fait subir n'aurait-elle servi qu'à troubler sa raison.

Ah! oui, elle était folle, mais folle de joie... « Furti-Furton! Furti-Furton! répétait-elle encore. Oh! cette fois, je ne l'oublierai pas! » Toute la nuit elle ne cessa d'articuler ce nom! et celui

Chartres. — Edouard

qui fut venu la surprendre au milieu de son sommeil, eût encore vu ses lèvres s'agiter et murmurer : Furti-Furton! — Le lendemain, quajid elle ouvrit les yeux, le petit homme noir était à son chevet. Il se tenait là, debout sur une table, les bras croisés et la regardant d'un air narquois : « Eh bien! lit-il tout à coup — Tiens! Furti-Furton , voilà ta baguette .., s'écria la pauvre fille; oui, tu peux l'emporter ta baguette maudite! Dieu! m'a-telle fait souffrir! » Un regard de fureur fut la seule réponse du petit nain. Un trou se fit soudain dans le plancher, et il disparut en un clin d'œil, laissant après son départ une odeur de soufre.

Extr. de la Clef des Champs ou Us Enfants parisiens en province, par M"" Marguerite de Belz, in-8° de 279. Paris, s. d.(').

Reinsrerg -Duringsfeld. Katechismus des Kalenderkunde, VIII, 114 p. petit in-8°. Leipzig, J. J. Weber, 18TG. Prix : 1 IV. 50 c.

Cette dernière œuvre du regretté R. D. est un petit manuel de la science du calendrier, arrangé par demandes et réponses, d'où son nom de catéchisme. Il donne les notions sommaires relatives à la division et au calcul du temps, aux noms des mois, des semaines et des jours (en latin et en allemand), aux fêtes de l'année catholique, et aux divers calendriers différents du notre, Grec (ou Julien), Juif, Arabe et Révolutionnaire. Une table alphabétique des principaux saints, avec la date de leur fête, termine ce petit volume, qui forme un résumé commode et pratique de la science, souvent compliquée, du calendrier. H. G.

0. Delepierre. L'Enfer, essai philosophique et historique sur les légendes de la vie future, 157 p. in-8°. Londres, Trubner, 1876 (tiré à 250 exemplaires).

Si jamais sujet fut d'un intérêt brûlant, c'est bien « l'Enfer décrit par ceux qui l'ont vu. » Le savant bibliophile belge a réuni dans ce curieux volume, non pas tout ce qui a été écrit sur l'Enfer, mais l'histoire et l'analyse des visions dans lesquelles des hommes de foi et d'imagination ardentes ont cru visiter réellement l'enfer. Quelquefois des écrivains se servirent de cette forme de visions pour exercer des vengeances ou donner des conseils sévères; d'autres encore y trouvèrent un cadre tout préparé à des œuvres d'imagination : on sait le succès de l'une d'elles , la Comédie vraiment divine de Dante.

M. D. s'est borné aux visions authentiques , c'est-à-dire à celles que leurs narrateurs regardaient comme de terribles réalités. 11 analyse ainsi les visions de Godefroid (dans Trithème, 1321); — de Thespésius (Plutarque) ; — de Fursy ou Furseus; — de saint Sauve (Grégoire de Tours); — du moine Winfred (Vie de saint Ronilàce); — de Wettin ou Uguentin; — De saint Ansgar ou Ansher ; — de Charles le Chauve ; — du moine Drihtlielm ; — du jeune Albéric; — de Tondal; — du chevalier Owen; — du moine d'Evesham et de Thurcill; — d'un chanoine au sujet de la vie scandaleuse de l'archevêque Udon ; — de sainte Thérèse ; — d'Engelhrecht; — de Swedenborg. Quelques autres visions sont encore indiquées dans les notes bibliographiques qui servent d'appendice au volume.

Quoiqu'il abonde en descriptions vraiment horrifiques , ce volume est d'une très-intéressante lecture. En réunissant tous ces épisodes épais et souvent peu connus, M. D. a écrit une des pages les plus curieuses de l'histoire littéraire et morale du Moyen-Age. H. G.

I1) Dans ce même ouvrage, l'auleur a fait entrer un autre conte, provenant du pays de Cornouailles; il y est question d'une jeune fille que son frère a abandonnée dans la forêt, après lui avoir coupé les deux bras. Il en est puni, car une épine qui lui est entrée dans le pied devient un grand arbre. Sa sœur, après diverses aventures, revient chez son frère et lui enlève l'épine devenue monslrueuse.

Le Gérant, Eugène ROLLAND.

Garnier, Imprimeur.

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