C. J. Jiuecek
(Traduit du Tchèque par M. Denis (■).
TRADITIONS POPULAIRES DE LA NEUVILLE - CHANT -D'OISEL (Normandie).
Lellre à M. Guidoz.
Mon cher Ami ,
Vous avez bien voulu me demander, pour inaugurer la Revue que vous fondez avec M. Rolland, de communiquer à vos lecteurs un souvenir des cultes anciens que j'ai surpris, tout vif encore, dans mon pays de Normandie. Le voici tel qu'il est, et trouvant l'occasion bonne pour les fixer, j'y joins le peu de notes personnelles que je possède sur les superstitions de cette contrée. Il s'agit du canton de Boos, près Rouen, et spécialement du village de la Neuville-Chant-d'Oisel (2).
Sacrifice
ifice d'un Coq. U i^cU^^.Tf
11 n'y a pas plus de quinze ans que, de peur de mourir dans l'année, un paysan de la Neuville n'aurait pas consenti à habiter une maison neuve, si préalablement on n'avait égorgé un coq en faisant couler quelques gouttes de son sang sur le seuil. On venait à cette époque de bâtir une nouvelle mairie, et personne ne s'y voulait marier, tant on craignait qu'il n'arrivât malheur au ménage. Pour vaincre cette répugnance, le maire, homme éclairé et peu enclin à la superstition, fut obligé de fermer les yeux et de laisser opérer, comme à son insu, le sacrifice du coq pour consacrer l'édifice. Je dis sacrifice, car c'était visiblement la tradition inconsciente d'un sacrifice à quelque divinité oubliée depuis treize ou quatorze siècles.
Les autres superstitions que j'ai recueillies trouvent ailleurs beaucoup d'analogues, mais il est toujours bon de les noter ici pour en marquer l'extension.
JLes Demoiselles»
Dans le « Clos -Madame » au triége (lieu dit.) du Parquet, et sur les bords de la mare d Corsains, toujours à la Neuville, on voyait, la nuit, apparaître et danser les Demoiselles, c'est-à-dire les dames blanches. Une
(1) [Cette notice forme un chapitre de '['Histoire des Bulgares que M. C. J. Jirecek vient de publier à Prague, et dont M. Denis prépare une traduction française. ]
(2) La Neuville-Champ-d'Oisel selon l'orthographe administrative. Mais le Regcslrinn visitationmn d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen en 1248, donne Chandoiscl, que le Pouillé manuscrit du diocèse de Rouen, cilé par M. Bonnin, dans l'édition qu'il a publiée du premier ouvrage (Rouen, 1852, p. 35), traduit par Canins Avis.
vieille femme de mes amies les avait, aperçues autrefois par un léger brouillard, dans un rayon de lune. Il est vrai qu'en repassant par le même endroit le lendemain malin, elle reconnut que la prétendue apparition n'était qu'une charrue dételée dans les champs. Mais le fait même d'avoir pris une charrue pour les Demoiselles , rouve l'existence du mythe dans son imagination (*).
1/ Herbe qui éçare.
Une fois, (pu; je m'étais égaré dans un bois que je connaissais pourtant assez bien, un paysan me dit : c Ce n'est pas étonnant; vous aurez sans doute pétillé (mis le pied) sur une mauvaise herbe. » C'est la croyance à l'herbe qui égare. J'en ai indiqué l'origine dans mon étude sur les mythes du feu {Revue Gerrnanique, t. XV (1861), p. 26.
Revenants.
Dans la forêt de Longboël , dont les restes occupent encore une grande place dans la commune de la Neuville, quand le vent souffle mélodieusement à travers les arbres, on s'imagine entendre la voix des anciens verdiers (gardes forestiers), dont les âmes reviennent.
Trou de saint Patrice.
La forêt de Longboël, avant les grands défrichements qui l'ont bouleversée, possédait un trou de saint Patrice. qui donnait entrée dans l'enfer. Il va sans dire que ce trou était purement idéal et que jamais personne n'a pu me le montrer.
Pronostics météorologiques.
On croit à la Neuville que le temps qu'il fait, le jour île Noël et les onze jours qui le suivent, annonce le temps qui dominera dans chacun des douze mois de l'année suivante. M. Bergaigne a retrouvé les racines védiques de cette superstition, qui était encore générale aux siècles derniers ('2).
(•) Le sens étymologique des Neuvillois s'est fort exercé sur le nom de la mare à Corsains. Les uns imaginaient que, dans une certaine épidémie, ceux qui s'y baignaient étaient préservés et avaient des corps sains. Les autres racontaient qu'il y était tombé des reliques, ou des hosties, corps saints , ou même qu'un prêtre s'y était noyé. On reconnaît en toutes ces inventions la tendance populaire à expliquer les noms d'origine inconnue, par des jeux de mots pour lesquels on forge tout exprès des anecdotes. De mou côlé, sans prétendre avoir rencontré juste, je ne peux m'empècher, en songeant à cette pauvre vieille mare tout encombrée de prèles et autres planles aquatiques, de me rappeler que dans la branche britannique des langues celtiques corsen signifie « jonc, roseau. » Cela n'irait pas si mal avec les dames blanches, qui se ra Hachent par tant de points aux bansliis irlandaises.
("-) « Les anciens faisoient remarque des xii jours suivant 1, pour sçavoir la conduite et l'estre des xii mois de l'an, et disoient que le mois sera pluvieux ou venteux, selon qu'on verroit son jour...
Regarde comme sont menées Depuis Noél douze journées, Car en suivant ces douze jours, Les douze mois auront leur cours.
— De même, le vent qui régnera dans le reste de l'année est indiqué par celui qui souffle pendant la messe du Dimanche des Rameaux , au moment de la procession.
— A Boos, près de l'église, se trouve une petite mare : quand elle est pleine , c'est signe d'abondance ; et quand elle est sèche , c'est signe de mauvaise récolte pour l'année prochaine.
Ames €les Morts.
Pendant les douze jours de Noël aux Rois, sans qu'il y ait d'apparition, on croit' que l'esprit des ancêtres vient visiter les enfants et leur inspirer les résolutions qu'ils prennent.
— Dans la vallée de l'Andelle et dans celle de la Seine , qui bornent le plateau de Boos et de la Neuville, depuis Fleury-sur-Andelle jusqu'au Pont-de-1'Arche, il y avait, naguère, une coutume encore très-répandue : le soir de la Toussaint, quand on avait fini de souper, on servait un nouveau souper, de la soupe dans les assiettes et du cidre dans les verres; puis on se retirait en ouvrant les fenêtres; et à minuit, lorsque commençait le Jour des morts , les âmes des parents défunts étaient censées venir prendre part au repas de famille. Cette pratique touchante nous ramène aux époques si anciennes où l'on croyait que les âmes des morts erraient dans l'air et se ranimaient comme celle de Tirésias, quand Ulysse lui fit boire le sang du bélier noir. Hélas ! que n'en est-il ainsi ! que ne pouvons-nous évoquer les êtres que nous avons chéris et converser avec eux, ne fût-ce qu'une minute par an!
Telles sont les superstitions que j'ai recueillies à la Neuville-Chant-d'Oisel. On trouvera peut-être qu'elles se réduisent à peu de chose. Mais, par sa position et par l'envahissement industriel qui le gagne , ce pays est un de ceux où on devait s'attendre à en trouver le moins. Que sera-ce lorsque des curieux un peu zélés se mettront à colliger ce qui reste en des contrées moins atteintes par la civilisation urbaine?
Bibliothèque Mazarine, le 4 novembre 1876.
F. Baudry.
Le jour de Noël
Sainct Etienne
Sainct Jean l'Evarujéliste
Les Innocens
Sainct Thomas
Le lendemain
Sainct Silvestre
Jour de l'an
Octave de sainct Etienne
Octave de sainct Jean l'Evanyéliste
Octave des Innocens
Veille des Roys
(Almanach ou Pronostication des Laboureurs, par
M. Anthoine Maginus, dit l'Hermite solitaire. Troyes,
Nie. Oudot, 1683).
présente
janvier.
id.
fchvrier.
id.
mars.
id.
avril.
id.
maij.
id.
juin.
id.
juillet.
id.
aoust.
id.
septembre.
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octobre.
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novembre.
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décembre.