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COSTUME DE RELEVAILLES

La population salicole de la presqu'île Guérandaise (Loire-Inférieure) a été signalée plus d'une fois' pour la richesse et la singularité de son costume qui , malheureusement, se perd ou, pour mieux dire, est à peu près perdue.

L'une des pièces les plus originales de ce costume est une sorte de cape que portent quelquefois les femmes et que représente la figure que nous donnons ci -contre. Elle est faite d'un tissu extrêmement grossier, garni en dehors et surtout au bord supérieur, de longs poils de laine peignée.

Le manteau (er ventel) , c'est ainsi qu'on le nom-

me , est vert ou noir selon les circonstances.

Toute femme qui est devenue mère doit, aussitôt après son complet rétablissement, se présenter à l'église pour la cérémonie des relevailles. Elle met alors ses vêtements de noces, s'enveloppe toute la partie supérieure du corps dans un épais manteau vert (quelquefois bleu) et, prenant au bras un panier rempli de petits morceaux de pain , elle se dirige vers le bourg accompagnée de quelques proches parentes.

Après la cérémonie terminée et la messe pieusement entendue , la nouvelle accouchée parcourt l'église offrant aux assistants le pain que le prêtre a béni , puis elle reprend la route de son village.

Chemin faisant, elle offre encore aux personnes qu'elle rencontre quelques morceaux de pain bénit, qu'on mange en se signant et en récitant à l'intention de la jeune mère un Pater et un Ave.

Costume de relevailles, bourg de Batz (Loire-Inférieure).

Dessin d'Éd. Garnier, d'après une photographie communiquée par M. Pinard, photographe, à Nantes (').

Le manteau noir est le vêtement de deuil des femmes mariées. Elles le portent à la suite d'un convoi, lorsqu'elles assistent à un service funèbre et le dimanche , à la grand'messe , pendant toute la durée du deuil d'un proche parent.

Après un enterrement, les personnes de la famille se rendent à la maison mortuaire , y récitent ensemble un De profundis, et ce n'est qu'après avoir dit au défunt ce dernier adieu que les femmes se débarrassent enfin de leur lourd manteau.

L'usage de cet emblème de deuil est évidemment antérieur à toute tradition, mais, le plus surprenant, c'est que la provenance des manteaux eux-mêmes est inconnue. Les vieilles femmes des villages ont entendu dire qu'autrefois les sauniers apportaient ces manteaux du

fond de la Bretagne où ils faisaient de fréquents voyages pour aller vendre leur sel. Cette tradition conserverait-elle, par hasard , le souvenir d'une ancienne parenté entre nos paludiers de Batz et quelque autre tribu Bretonne dont elle serait une colonie ? Je sais que cette hypothèse a été proposée plusieurs fois, mais sans preuves. On pourrait peutêtre trouver dans une étude attentive de la langue et des noms propres, comparés à ceux du reste de la Bretagne, des arguments qui jusqu'à présent me sont inconnus et qui viendraient appuyer ou combattre cette opinion.

Toutefois, en ce qui concerne la langue, je crois que, pour marcher avec un peu d'assurance , il faut attendre que la phonétique bretonne et l'étude des dialectes aient fait quelques progrès.

Ce qu'il y a de certain , pour en revenir à nos manteaux de Batz, c'est que depuis un temps immémorial on se transmet, dans les familles, ces singuliers vêtements dont la

(J) Prière à MM. les photographes de la France et de l'Étranger qui ont pour spécialité de vendre des représentations de costumes nationaux de nous en donner avis.

trame est inusable , et qu'on les entretient toujours neufs en y repiquant, de temps à autre, une nouvelle toison.

Grâce à cette précieuse faculté qu'ils ont de conserver ainsi une éternelle jeunesse, on eût pu voir les manteaux de deuil figurer pendant bien des années encore dans les cérémonies funèbres de la presqu'île de Batz ; mais le flot toujours montant de notre civilisation qui engloutit tous les vieux usages, et surtout un agent égalisateur, bien autrement actif, la misère! achèvent d'en-

lever à la population de nos grandes salines de l'ouest lès derniers caractères originaux qui la signalaient à

l'attention du voyageur au temps de sa prospérité ( ').

Léon Bureau.

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