‹ MélusineChapitre 60 sur 235 · CONTE BASQUE · texte numérisé non relu

CONTE BASQUE

Jadis une jeune fille, allant de Mendive à Otchagaria (d'Espagne), rencontra un ours dans la forêt d'Iraty(2). Si elle l'avait regardé d'un air délibéré , elle l'aurait fasciné, mais elle en eut peur et baissa les yeux. L'ours, encouragé par la timidité de la jeune fille, s'approcha, la prit sur son dos et l'emporta à son trou. Ils eurent ensuite un petit.

La mère et le fils vécurent dans le trou jusqu'à ce que le petit eût six ans. Tous les jours, l'enfant visitait la pierre qui bouchait, l'entrée et s'essayait à la soulever. Il disait à sa mère : — Petit à petit, je soulèverai ceci.

— Un beau jour, il en vint à bout, et la mère et le fils s'échappèrent.

Ils rencontrèrent un vacher qui les recueillit et nourrit le garçon du lait d'une de ses vaches qu'il tétait à même. Bientôt le garçon devint fort, de sorte que le vacher et les voisins craignirent qu'il ne leur arrivât malheur. C'est pourquoi ils s'entendirent pour le perdre avec les bergers d'un cayolar (3) voisin dont les chiens étaient redoutés pour leur férocité. Un jour donc que le feu était éteint, ils envoyèrent le garçon en chercher, et lâchèrent les chiens après lui. Mais, avec une simple baguette dont il était muni , le garçon battit les chiens et les éloigna. Ensuite il prit du feu et revint vers le vacher.

Les bergers s'enfuirent.

Le vacher, qui avait espéré que les chiens l'auraient dévoré, s'étonna et s'effraya ainsi que les voisins. On forma donc un nouveau plan pour le perdre ; car, malgré sa fidélité à son maître , il était redoutable par sa force. Un jour qu'une bande de loups rôdaient autour de la borde , alléchés par l'odeur des veaux qui y étaient enfermés , le vacher lui dit : — Va me réunir ces veaux.

— Le garçon y alla en courant, arracha un hêtre de douze ans, et s'en servit pour faire entrer les loups dans la borde. Il les enferma et revint auprès du vacher. Le vacher lui demanda: — As-tu enfermé les veaux?

— Oui , dit le garçon , ils sont dans la borde , avec les autres.

Le berger ne perdit pas de temps pour y courir. Quant au garçon, il s'en alla on ne sait où (4).

Récité par Jean Etchemendy, de Mendive.

J.-F. CeUQUANI).

( ' ) Hartcli urne , petit d'ours.

(2) Belle et vaste forêt sur la frontière, au sud-est de Saint- Jean-Pied-de-Port. Elle est inexploitée. Les ours ne se trouvent pas dans les Pyrénées basques, mais sur les sommets voisins qui dominent les vallées béarnaises d'Aspe et d'Ossau.

(3) Le cayolar et la borde abritent pendant la nuit les bergers et les troupeaux. Placés sur les pentes gazonnées des montagnes, loin des habitations, ils offrent toujours un accident pittoresque dans le paysage désert.

('*) La première partie de ce conte peut être rapprochée de Jean de l'Ours {Mèl., col. 110); la seconde parait rattachée aux légendes du Roland basque.

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