‹ MélusineChapitre 61 sur 235 · UN CONTE DE L'EXTRÊME-ORIENT · texte numérisé non relu

UN CONTE DE L'EXTRÊME-ORIENT

Nous recevons la lettre suivante :

Messieurs ,

Permettez-moi de vous communiquer un conte qui me paraît offrir la plus curieuse ressemblance avec le conte picard les Fées et les deux Bossus, publié par M. Henri Carnoy, dans le n° 5 de Mélusine (col. 113). C'est un conte de l'Extrême-Orient, recueilli cbez un peuple de race aussi peu aryenne que possible, chez les Japonais. Le voici :

lies Lutins et le Voisin envieux.

Un jour, un homme se trouvant surpris par l'obscurité au milieu des montagnes, fut obligé de chercher un refuge dans le tronc d'un arbre creux.

Au milieu de la nuit, il se rassembla près de là une grande troupe de lutins, et l'homme, les apercevant de sa cachette, eut une peur épouvantable. Cependant , au bout de quelque temps , les lutins commencèrent à festoyer et à boire du vin, à chanter et ta danser, si bien qu'à la fin l'homme se sentit lui aussi pris de gaîté, et, oubliant sa frayeur, il sortit de son arbre pour se joindre à leurs ébats. Quand le jour fut au moment de poindre, les lutins dirent à l'homme : « Vous êtes un gai compagnon; il faut que vous reveniez pour danser encore avec nous.

Promettez-le nous et tenez-nous parole. » Puis, croyant obliger l'homme à revenir, ils lui enlevèrent une grosse loupe qu'il avait sur le front et la gardèrent en gage;après quoi ils quittèrent

cet endroit et retournèrent chez eux. L'homme revint à la maison fort content d'avoir passé une si joyeuse nuit et d'être par-dessus le marché débarrassé de sa loupe. Il raconta l'histoire à ses voisins, qui lui tirent leurs compliments. Or cet homme avait un voisin qui, de longue date, était lui aussi affligé d'une Loupe; quand il apprit la bonne chance de son ami, il en courut de I envie et il s'en alla chercher l'arbre creux; l'ayant trouvé, il s'y blottit.

Vers minuit, les lutins arrivèrent, ainsi qu'il s'y attendait; ils commencèrent à festoyer età boire, chantant et dansant selon leur coutume. Dès qu'il les vit,

Bacchus enfant. Peinture murale (Voir la Bibliographie).

l'homme sortit de son arbre1 creux et se mit à danser et à chanter, comme avait l'ait son voisin. Les lutins, le prenant pour leur joyeux compagnon de l'autre nuit, furent ravis de le voir et lui dirent : « Vous êtes un brave garçon de vous rappeler votre promesse; nous allons vous rendre voire gage. » Et l'un des lutins, tirant la loupe de sa poche, la mit sur le front de l'autre par-dessus celle qu'il avait déjà. Ainsi le voisin envieux s'en retourna chez lui en pleurant, avec deux loupes au lieu d'une. Voilà une bonne leçon pour les gens qui ne peuvent voir sans la convoiter la bonne chance des autres (').

On le voit , dans les traits essentiels , la ressemblance est frappante; et ce n'est pas le seul récit qui, dans le très-petit nombre de contes japonais connus en Europe, soit au fond identique à tel ou tel de nos contes européens. Du reste, — et j'en vois à chaque instant de

nouvelles preuves, — nos contes prétendus aryens existent dans bien d'autres nations n'appartenant pas plus que les Japonais à la souche aryenne ou indo-européenne.

Ainsi , sans parler des Arabes, on en a retrouvé chez les Tartares de la Sibérie, les Kalmoucks, les Avares du Caucase, les Kariaines de la Birmanie, les Siamois, les Cambodjiens, les habitants de l'île de Zanzibar, etc.

Cette idée de contes Aryens, — dernier terme, à ce qu'on prétend, de la transformation de mythes jadis communs à toutes les nations indo-européennes, — cette idée n'aurait jamais, ce me semble, été émise, ni même conçue par les frères Grimm, si ces savants avaient eu sous les yeux la masse de documents qui , depuis eux , va tous les jours s'augmentant.

Mais je ne veux pas traiter ici un sujet sur lequel j'ai eu déjà plusieurs fois l'occasion d'exposer ce qui me paraît le point de vue véritable (2). Qu'il nie suffise de dire que, si l'on trouve les mêmes contes chez tant de nations différentes de race, de nueurs et de langage, c'est toul bonnement paire que ces nations ont puisé plus ou moins directement à la même source ces récits rveilleux ou plaisants, à cause de l'agrément qu'elles y trouvaient; les

(i) Taies of OU lapon , by A. B. Mitford (London, 1871 ) 1. 1, p. 276.

(-) Par exemple, dans le Correspondant du 25 juin 1873, et dans le Fiançais du 5 janvier 1876.

recherches de M. Théodore Benfey démontrent que

l'immense majorité de ces contes se sont formés dans l'Inde, d'où ils ont rayonné dans tous les sens, à des époques parfaitement historiques, se répandant de peuple à peuple et par voie d'emprunt.

Les deux autres contes picards du n° 5 de Mélusine, se retrouvent, comme le premier, en Orient. Au sujet de Jean de VOurs, M. Henri Garnoy a bien voulu renvoyer à la Bomania et aux rapprochements que j'ai faits dans ce recueil à propos d'une variante lorraine portant le même titre ; je me contenterai de rappeler qu'il existe des récits olfrant la plus grande ressemblance avec ce conte, chez les Kalmoucks, les Kariaines, les Avares , — tous peuples de race non aryenne. — Quant à Jacques l'Idiot, je me propose de faire connaître prochainement à vos lecteurs l'existence chez certaines tribus du Daghestan d'un conte tout-à-fait analogue. Du reste, on ne posera pas, j'espère, la question des mythes indoeuropéens à propos de cette facétie.

Revenant, avant de terminer, au conte picard, les Fées et les deux Bossus, qui a été pour moi l'occasion de cette lettre, j'ajouterai seulement quelques remarques. Ce conte correspond, comme il est facile de le voir, au conte allemand n° 182 de la collection Grimm , les Présents du petit peuple , variante assez altérée, la seule des variantes européennes de ma connaissance où il ne se trouve qu'un seul bossu. Ce conte allemand n'a pas non plus la chanson des jours de la semaine. Ce dernier trait se retrouve dans une version irlandaise (P. Kennedy , Legendary Fictions of the Irish Celts. London , 1866, p. 100), dans une version bretonne (ibid, p. 104) et aussi dans une version catalane (Rondallayre, publié par M. Maspons y Labros, 3e série, 1875, n° 18, p. 108). Dans cette dernière, la chanson des follets est celle-ci : Lundi, mardi , mercredi , — trois,

et c'est parce que le premier bossu a ajouté ce second

vers :

Jeudi, vendredi, samedi, — six,

qu'ils lui ôtent sa bosse. Le second bossu, envieux, a l'imprudence de terminer la chanson par ces mots : « Dimanche, sept. » Comme les follets sont grands ennemis du dimanche, ils le punissent en ajoutant à sa bosse la bosse de l'autre. D'après M. Maspons y Labros , il y aurait un conte provençal du même genre, publié dans Y Armand de 1869, p. 61. Je n'ai pu vérifier ce fait. Agréez, etc.

Emmanuel Cosquin.

DICTIONNAIRE DES NOMS

donnés aux habitants

des Diverses localités de la France.

(Suite.)

Bazadais, de Bazas, ch.-l. d'arc*, dép1 de la Gironde. a En 1157, un débat arma l'évêque Fort contre Amanieu d'Albret et lit couler le sang des paisibles Buzadats. » {Hist. des villes de France, par Ar. Guiïbert.)

Bazochais, de La Bazoche-Gouet, cne, con d'Authon,

arr' de Nogent-le-Rotrou, dép1 d'Eure-et-Loir. On dit

aussi, mais plutôt par moquerie, Bazochien.

Béarnais, du Béajvn, anc. prov. « Le Béarnais a l'esprit de conduite plus subtil encore que tous les autres Gascons. » (Le Béarnais, par Old Nick. )

Beaucairien (') , de Beaucaire, ch.-l. de con , arr1 de Nismes, dép1 du Gard. « Passé l'époque de la foire, les Beaucairiens fument, jouent aux cartes, chassent et dorment. » (Le Languedocien, par Em. de la Bédollière.)

Beauceron, de la Beauce, pays, dép1 d'Eure-et-Loir. « Le Solognot ne ressemble pas plus au Beauceron que la Sologne à la Beauce. » (Le Solognot, par F. Pyat. )

Beauclairois, de Beauclair, c|1C, con de Stenay, arr* de Montmédy, dép' de la Meuse.

Beaujolais (2), de Beaujeu, ch.-l. de con , arr1 de Villefranche, dép* du Rhône.

Beaunois (!) , de Beaune, ch.-l. d'arr', dép1 de la Côted'Or. « Les Beaunois prétendent, comme les Dijonnais, que la ville doit son origine à Marc-Aurèle. » (Beaune, par Em. Jolibois).

Beauvaisien (''), de Beauvais, ch.-l. du dép1 de l'Oise. « Le 23 août 1417, les Beauvaisiens firent un traité avec le duc de Bourgogne. » (Hist. des villes de France, par Ar. Guilbert). On dit aussi Beauvaisin : « La chaire épiscopale fut établie à Beauvais par saint Lucian, apostre des Bcauvoisins. » (Antiquités des villes de France.)

Béconnais, de Bécon, cne, con du Louroux-Béconnais, arr1 d'Angers , dép1 de Maine-et-Loire.

Belfortain (s) , de Belfort, autrefois ch.-l. d'arr1 (Haut- Rhin), aujourd'hui territoire rattaché au dép1 de la Haute-Saône. « Gustave Dauphin , peintre belfortain , dont ses compatriotes avaient sujet d'être fiers. » (X. Feyrnet, dans l'Illustration, t. XXXI X. )

Bellêmois, de Bellème, ch.-l. de con, arr* de Mortagne, dép' de l'Orne.

Bellevillois (6) , de Belleville (Paris), dép1 de la Seine. « Ce n'est pas là le Sénat qu'on avait promis aux populations bellevilloises. » (Le Pays du 14 mars 1877.)

Bellilois ( 7 ) , de Belle-Isle-en-Mer , île du dép1 du Morbihan.

Berchériot, de Berchères-L'Evêque, c™, c°« et arr1 de Chartres, dép1 d'Eure-et-Loir.

Berguenard. de Bergues, ch.-l. de eon, arr1 de Dunkerque, dép1 du Nord. « La sous-race bovine artésienne s'éloigne de la race berguenarde. » (V. de Marne, le Pas-de-Calais.)

(') Beaucaire, cne, con de Valence, arr1 de Condom , dép* du Gers.

(2) Beaujeu, cne, con de la Javie, arr' de Digne (Basses- Alpes). — Beacjeu, cne, c°n de Fresne-Saint-Mamès, arr1 de Gray (Haute-Saône).

(3) La même appellation s'applique à quatre autres communes du nom de Beaune.

(4) Beauvais-sur-Matha , c"e, c°n de Matha, arr' de Saint- Jean-d'Angély (Charente-Inférieure). — Beauvais, cn«, c«n de Salvagnac, arr1 de Gaillac (Tarn).

(5) Belfort, cne, c«n de Belcaire, arr* de Limoux (Aude). — Belfort, cne, c«» de Lalbenque, arr' de Cahors (Lot).

(G) Huit autres communes du nom de Belleville ont la même appellation pour leurs habitants.

(7) Belle-Isle-en-Terre , ch.-l. de con, arr' de Guingamp, dép1 des Côtes-du-Nord.

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