DIALOGUES AVEC DES SOURDS
(seine-et-oise.) Claude le faucheur.
— Bonjour, Claude.
— Oui-dà, je fauche.
— Ça va ben?
— Oui-dà, je fauche ben.
— Ah! le drôle d'homme, quand on lui parle d'une façon, il répond de l'autre.
■ — Eh! si je ne fauche pas pour vous, je faucherai pour d'autres.
La Marchande u'<mifs.
(SEINE-ET-OISE
Bonjour, la femme.
J'ies vends six liards, madame.
Et vos enfants?
J'ies vends six. blancs.
Et votre mari?
Tout frais pondus de jeudi.
Mais vous êtes folle, la femme.
Je nen rabattrai rien, madame.
Îjc. Marchand «le Brebis.
( WARLOY-RMLLON , SOMME.)
Monsieur, quel est le chemin de Paris?
Ce sont des brebis.
Ce n'est pas ça que je vous demande.
Monsieur, je veux les vendre.
Je crois que vous êtes fou.
Je veux les vendre cinquante sous.
Henri Carnoy.
Thèbain terrassé par le Sphinx.
BIBLIOGRAPHIE
Gazette Archéologique, recueil de monuments pour servir à la connaissance et à l'histoire de l'art antique, publié par les soins de M. J. de Witte, membre de l'Institut, et François Lenormant, professeur d'archéologie près la Bibliothèque nationale, in-4°. Paris, A. Lévy. Première année, 1875, 140 p., avec 3G pi. hors texte; — deuxième année, 187G, 15G p. avec 36 pi. hors texte et 36 gravures intercalées dans le texte. — La troisième année est en cours de publication. Prix de l'année : 40 fr.
11 est difficile d'imaginer une publication plus splendide que ce recueil fondé il y a trois ans par deux éminents archéologues. II est destiné à faire connaître , par le burin et par la plume , une série de monuments importants de l'art antique peu connus ou imparfaitement décrits ou mal représentés dans des publications antérieures. Le plus grand nombre des monuments figurés de l'antiquité empruntant leur sujet à la mythologie, le recueil de MM. de W. et F. L. est en partie mythologique, et la collection de ses planches forme une éclatante galerie de dieux et de héros.
Ce recueil a encore un autre mérite, à notre avis du moins; il révèle nombre de monuments des musées et collections particulières de province , c'est-à-dire qu'il met aux mains des savants des matériaux peu connus et le plus souvent peu ou point accessibles, on doit en être (fautant plus reconnaissant à MM. de W. et L. que ces monuments sont souvent de magnifiques œuvres d'art, tête que l'Apollon du Vieil-Evreux, un sarcophage chrétien d'Arles, la mort d'Alcestc ( sarcophage romain conservé au château de Saint- Aignan (Loir-et-Cher), des têtes de marbre conservées à Nîmes, un Hercule et un Mercure de bronze du musée de Rennes, la Diane- Chasseresse, une Victoire et une .Junon-Rcine du musée de Lyon, un bas -relief de la même ville, l'Apollon d'Entrains (Nièvre), un Mercure de bronze trouvé en Savoie.
Noua ne citons ici, faute de place, que les monuments de nos provinces que la Gaz. Arch. a mis en lumière. Plus nombreux ensont les monuments grecs ( avec quelques monuments asiatiques); ceux-ci représentent pour la plupart des sujets mytho-
logiques et sont, pour les savants rédacteurs, l'occasion d'autant d'articles de mythologie figurée. C'est dans ce recueil qu'a été publié le travail de M. Ravaisson sur certains monuments grecs, où M. R. propose de voir des scènes de la vie élysienne.
Grâce à l'obligeance des directeurs de la Cas. Archéologique, nous pouvons donner deux des gravures intercalées dans son texte.
L'une (p. 1G2) reproduit une peinture murale antique qui figura en 1866 à l'exposition rétrospective des Champs-Elysées. « Le sujet retracé sur un fond blanc représente Bacchus jeune , accompagné de la panthère sacrée et une coupe vers laquelle le cep de vigne, auquel le dieu s'adosse, semble de lui-même abaisser ses grappes... C'est le Bacchus du type juvénile et efféminé qui accompagne la panthère, animal qui paraît emprunté à la symbolique du culte du Bassareus Lydien. »
Quant à la figure noire et d'apparence grossière que nous donnons ci-dessus, elle provient d'un de ces vases à figures noires sur fond blanchâtre , « que l'on rencontre si habituellement dans les
tombeaux d'Athènes Elle est donnée ici dans les dimensions de
l'original. Le sujet, nouveau sur les vases peints (car on ne l'a encore rencontré que dans une applique de terre cuite et sur des pierres gravées) est parfaitement clair et ne saurait prêterai! doute: c'est la Sphinx de Thèbes se jetant sur un Thébain qui n'a pas deviné son énigme et qu'elle va dévorer. » C'est, on le voit, un des plus anciens monuments figurés de l'histoire de l'énigme, et nous ne saurions la reproduire plus à propos qu'à côté de notre annonce des Devinettes de M. Rolland.
Mais en reproduisant ces gravures dont l'intérêt est dans les' sujets représentés , il nous faut ajouter qu'elles ne donnent aucune idée des planches hors texte qui foui de ce recueil un album des
plus précieux. H. G.
Eug. Rolland. Devinettes ou énigmes populaires de la France, suivies de la réimpression d'un recueil de 77 Jndovinelli , publié à Trévise en 1©28-, par Eug. Rolland, avec une préface par M. Gaston Paris, membre de l'Institut. Paris, 1877. XVI, 178 p. petit in- 12. Prix : k fr.
Cet ouvrage est un des recueils d'énigmes ou devinettes les plus
complets qui aient été publiés jusqu'ici. Il contient 415 énigmes
françaises qui sont pour la plupart recueillies directement dans la tradition populaire. M. R. a (ait une moisson d'autant plus riche que personne encore en France ( sauf M. Lespy pour le Béarn et M. Roque -Fcrrier pour le Languedoc) ne s'était occupé de cette branche de la littérature populaire. M. R. a grandement ajouté à la valeur de sa collection en faisant suivre chacune de ses devinettes des énigmes correspondantes publiées dans les autres pays (Angleterre, Italie , Espagne, Allemagne, etc.).
Ce volume contient en outre la réimpression d'un vieil et rare recueil d'énigmes italiennes et une introduction de M. Gaston Paris, trop courte au gré du lecteur. M. P. y montre par quelques exemples et quelques comparaisons l'intérêt et de la littérature populaire et de l'énigme en particulier. Il se demande si l'identité de contes , de proverbes , d'énigmes , de chansons chez des peuples et dans des temps fort éloignés, a sa cause dans une origine commune , ou dans la transmission de peuple à peuple ; mais il estime que la science n'est pas assez avancée à cet égard pour qu'on puisse résoudre aujourd'hui cet irritant problème. « Un jour peut-être, dit-il, les matériaux rassemblés et classés permettront d'arriver à une conclusion, et l'énigme que posent toutes ces énigmes finira par trouver son Œdipe. »
M. R. a donné une très-riche bibliographie des recueils d'énigmes et travaux sur les énigmes. On nous saura gré de la compléter ici par quelques ouvrages qui ont échappé à ses recherches :
Enigmes Albanaises, publiées par J. G. Von Halm dans ses Albanesische Studien. Jéna, 1854.
Enigmes Finnoises , publiées par Lonnrot dans Suornen Kansan Anvoituksia. Ilelsingfors 1851. — Sur les énigmes Finnoises, comp. un travail de H. Brockhaus dans les Silzungs-Berichte der K. Sœchsischen Ges. der Wissenschafte?i (Philol. Hist. CL), t. VIII, 1846-7.
Enigmes Slovaques, dans le recueil de la défunte Matiça Slovaque de Saint-Martin; Sburnik slovenskych narodnich piesni , povesti, etc. Saint-Martin, 1870-74.
Enigmes Kassoubes , -publiées par Cenôva dans Skôrb Kaszebskoslovjnski mové. Schwetz, 1866-68.
Enigmes Poméraniennes , publiées par Fr. Drohsin dans la Zeitschrift fur Deuische Philologie, t. V, p. 146 sq.
Enigmes Russes dans les Documents de l'ancienne littérature Russe (en russe) [par Pypine], t. III, p. 176 sq.
Enigmes Gaéliques dans le Celtic Magazine (d'Inverness), n° de septembre 1876, p. 332.
Enigmes en bas-allemand , publiées dans Aus dem Kinderleben, Spicle , Reime und Rœthsel. Oldenburg, 1851.
Enigmes Holsteinoises et Slesvigeoises , dans K. Ehlers , Schleswig-Holsteinisches Rœthselbuch. Kiel, 1865.
Enigmes alsaciennes, publiées par M. Aug. Stœber dans Elsœssisches Volksbuchlein , 2e éd., Bâle, 1859.
Enigmes créoles, publiées par M. Turiault, dans son Elude sur le langage créole de la Martinique. Brest, 1876.
H. Hagen, Antike und Miltelalterliche Rœthselpoesie. Bern, 1869; 2= éd., ibid. 1877.
SiimtocK, Das Deutsche Rœthselbuch, 3e éd. Francfort-sur-le- Mein, 1874.
0. von Heinemann , Drei Lateinische Rœthsel des Mittelalters dans YAnzeiyer fur Kunde des Deutschen Vorzeit , 4873, col. 360. H. G.
[Louis Mohr]. Bibliographie der in Elssessischer Mundart erschienenen Schriften. Strassburg, R. Schultz, 1877, 22 p. in-8" (tiré à 100 exempl.). Prix : 1 fr. 35 c. Cette brochure , imprimée avec élégance , donne une bibliographie chronologique des œuvres publiées en dialecte alsacien. Cet inventaire avait été commencé déjà par Trœmel et dans la revue de Fromman : M. Louis Mohr l'a repris , en complétant l'œuvre de ses devanciers et en la continuant jusqu'à ce jour. On est étonné, en parcourant celte brochure, que le dialecte alsacien n'ait pas été cultivé davantage : à part les œuvres d'Arnold , de Ilirtz , de Lamey, et des Stœbe», et les publications de littérature populaire alsacienne d'Auguste Stœber, nous ne trouvons guère ici que de courtes œuvres humouristiques de circonstance , prose et vers. Quoi qu'il
Chartres. — Edouard
en soit de la valeur des objets inventoriés, les bibliographies dialectales sont d'autant plus utiles qu'elles fournissent à la philologie et à l'histoire littéraire des matériaux dont autrement on ne soupçonnerait guère l'existence. H. G.
L. Desaivre. Recherches sur Gargantua en Poitou avant Rabelais, 24 p. gr. in-8°. Niort, Clousot (Paris, Viaut), 18G9. Prix : 1 fr.
Le but principal de M. D. a élé de publier des traditions poitevines de Gargantua qui n'avaient pas été signalées avant lui , légendes et monuments mégalithiques appelés aujourd'hui par le peuple du nom de Gargantua). M. D. essaye d'identifier Gargantua au soleil, et, au cours de cette étude mythologique, il cite d'intéressants usages et traditions du Poitou.
Tradicions del Vallès ab notas comparativas, per D. Francisco Maspons y Labros. Barcelona. Estampa de la Renaixensa iv, 102 p. in-12.
L'auteur bien connu de Lo Rondallayre et des Jochs de la infancia , M. Maspons , nous donne aujourd'hui un recueil de légendes du Vallès , petite contrée de la Catalogne , située au nord de Barcelone. Ces légendes, au nombre de six : — Le fort Farell, l'Ondine ou la Dame d'eau (Dona d'Aigua), la légende du Dragon, les Fées ou Charmeuses (Encantadas) de Vallderros, le Saut de la Mariée et saint Michel du Fay, — sont suivies de notes aussi savantes que curieuses , dans lesquelles le patient collecteur a rapproché fort heureusement les traditions catalanes qu'il nous fait connaître de celles des autres pays tant romans que germaniques; il ne pouvait mieux rehausser l'intérêt de sa publication. — La première légende , celle du fort Farell , est l'histoire d'un géant d'une force prodigieuse, mais aussi doux que fort, et dont un des exploits rappelle celle de la jeune géante des Sagas et des contes deGrimm. Le second récit , l'Ondine , offre plus d'importance et donne lieu à des rapprochements avec des légendes françaises que M. M. ne paraît point avoir connues. L'Ondine catalane n'accorde sa main à l'héritier de Viaplana qu'à une condition, c'est qu'il ne l'appellera jamais « dame d'eau » ; on retrouve là un trait analogue à celui de l'histoire de la « Fée du manoir ( ' ) », racontée dans le numéro 4 de Mélusine ; mais ce qui distingue la légende catalane de celle de la fée normande , c'est que cette dernière , après avoir disparu , ne revient plus, tandis que l'Ondine du Vallès continue à prendre soin chaque nuit de ses enfants jusqu'au moment où son mari l'ayant voulu voir, elle disparaît pour toujours. La légende du Dragon est le pendant des légendes bien connues de saint Georges et du forgeron Wieland , ainsi que de l'histoire non moins connue du chevalier de Malte mise en vers par Schiller. Quant aux Charmeuses ou Fées du Vallderros, elles nous font voir comment les apparitions de la nature ont pris un corps et se sont personnifiées , et le commentaire étendu, qui complète le chapitre qui leur est consacré, nous montre quelle variété de formes elles ont affectées et quels noms divers elles ont reçus en Catalogne. — Le Saut de la Mariée rappelle le « Saut du Comte » de la légende badoise ; enfin , sous le titre de Saint-Michel du Fay, M. M. a raconté comment les nonnes du couvent de ce nom , en punition d'un moment d'oubli , furent englouties sous les ruines de leur monastère. On voit quel est l'intérêt du recueil que nous annonçons ; M. M. y a apporté le soin qui distingue toutes ses publications ; son nouveau livre est digne de ses aînés, et, comme eux, il devra prendre place dans la bibliothèque de tous les amis de la littérature populaire.
Ch. Joret.
(!) C'est le titre dont s'est servi M. de Charencey ; il eût mieux valu, je crois, dire la Fée de Rànes, puisque l'histoire est supposé se passer au château de ce nom; au reste cette légende n'est point particulière au département de l'Orne ; on la retrouve dans le Bessin , et l'histoire de la Fée d'Argouges , racontée par Pluquet semble avoir servi de modèle au récit du marquis de Loulay, auquel M. de Charencey a emprunté sa légende.
Le Gérant, EUGÈNE ROLLAND.
Garnier, Imprimeur.