LA LEÇON T)ES FEMMES COQUETTES
L'image populaire russe dont nous donnons ici la reproduction.a été publiée par le même éditeur que celle qui a déjà paru dans le numéro 3 de Mélusine. Elle a été autorisée par le censeur de Moscou, le 5 mai 1874. Elle comprend deux tableaux différents, dont on trouvera l'explication dans le texte. Il est en vers médiocrement rimes. En voici la traduction :
Leçon pour les maris, les paysans, les pauvres diables de villageois et les femmes coquettes.
Une femme songe à avoir la plus belle toilette. Elle dit à son mari : — Vends ton cheval et ta vache , et achète-moi un vêtement tout neuf. Le malheureux , bien malgré lui , pour acheter le vêtement neuf, vend son cheval et sa vache, par égard pour sa femme. — La femme met le beau Sarafane (sorte de casaque) , prend un chalumeau et enjoué, amuse sa chèvre et la fait danser. Elle joua ainsi tout l'été. — L'hiver arrive : le mari n'a point de bois. — Que faire, mon amie, de-
manda-t-il à sa femme? Tu as joué tout l'été, je n'ai pas de bois pour l'hiver. Ote ton kaftan de tous les jours, mets ton beau sarafane, et, sans nous quereller, je t'attellerai au traîneau; sers-moi de cheval, et traîne mon bois. Il attelle aussitôt sa femme , il la fait marcher avec le fouet. — Allons, il fait froid dehors. Allons, traîne-moi bien vite ; je suis moins bête maintenant. La femme pousse des cris désespérés. — Reprends ton beau sarafane , et délivre-moi. Revends mon beau costume , rachète un cheval et une vache ; mais , pour
Dieu ! ne m'attelle plus !
Louis Léger.
PRIERES POPULAIRES
(WARLOY-BAILLON, AMIÉNOIS.)
Une Vierge ravissant , En passant par les champs , Rencontra messire saint Jean.
— N'avez-vous point vu mon fils Jésus?
— Si fait! Dame, je l'ai vu, Attaché à l'arbre de la croix , Ses pieds cloués , ses bras étendus , Sa tête couronnée d'épines ,
' Ses yeux au ciel
Celui qui la dira, Cette raison-là , Au soir quand il se couchera , Au matin quand il se lèvera , Jamais le Paradis ne perdra.
Il l'a ouï-dire, Il la récitera; Au grand jour du jugement Il s'en réjouira.
Saint François , dites-moi , Le jour que je suis né?
— En pleurant, en embrassant, J'ai vu la croix de mon Sauveur.
Judas est venu ; Judas a vendu La chair de mon Jésus, Trente deniers de sa monnaie.
J'étais là que je regardais, Comme quatre petits anges Quatre cornets (4) ont corné.
Les anges du ciel ont appelé :
Venez , petits et grands.
A l'heure du jugement ,
Les bons s'en vont en chantant, Et les mauvais en maudissant :
0 maudit l'heure que j'ai été né, Puisqu'à l'Enfer m'y faut aller !
Seigneur, me voilà; je me couche.
Dedans mon lit je m'étends.
Si la mort me vient, A vous, mon sauveur J.-C, je me rends. Seigneur ne me prenez pas, Dans mon sommeil, de mort, Crainte que ma langue manque de jugement. Je vous le dis , maintenant , Jésus! Maria! Jésus! Maria!
Seigneur, recevez mon âme entre vos bras !
Je me suis couché dans un bon lit ; Il y avait moult anges.
Jésus-Christ est mon père , La sainte Vierge, ma mère, Saint Pierre est mon parrain, Saint Jean-Baptiste, mon cousin.
Je puis bien passer la nuit, J'ai quatre bons amis , Qui gardent ma place dans le Paradis.
Henri Carnoy.
Moderato