YONNE (JOIGNY
Une jeune fille qui désire savoir qui elle épousera , doit dire trois fois de suite en regardant la lune avant d'aller se coucher :
Salut, beau croissant, Fais-moi voir en rêvant Qui j'aurai dans mon vivant.
Paroles qu'il faut répéter avec volubilité sans se tromper»
J'avais un mouchoir à ourler , broder et barlificoter ; je l'ai porté chez l'ourleur, le brodeur et le barlificoteur ; l'ourleur, le brodeur et le barlificoteur n'y étaient pas, je suis revenu; en mon chemin faisant, je l'ai aussi bien ourlé, brodé, barliticoté, que si l'ourleur, le brodeur, le barlificoteur, l'avaient ourlé, brodé, barliticoté.
Je te vends mon petit pot de beurre; il est bien lié, bien bandé, bien calimalifalibaté; si tu ne me le rends pas bien lié, bien bandé, bien calimalifalibaté, tu me payeras la liure , la bottelure et la calimalifalibature.
BIBLIOGRAPHIE
La Mythologie dans l'art ancien et moderne, par René Ménard, suivi d'un appendice sur les origines de la mythologie, par Eugène Véron. Ouvrage orné de 600 gravures dont 32 tirées hors texte. Paris , Delagrave , 1877, gr. in-8°, livraison 1-21. (L'ouvrage complet se composera de 30 à 60 livraisons, au prix de 40 c. l'une.)
M. René Ménard s'est proposé dans cet ouvrage de répandre la connaissance de la mythologie au moyen de textes empiuntés aux principaux auteurs de l'antiquité et au moyen de représentations choisies dans l'art grec et romain ainsi que dans l'art moderne. Il s'est placé, pour employer les termes mêmes dans lesquels la pu—
hliealion a été annoncée, sur le terrain commun où l'artiste qui copie le groupe de Laocoon se rencontre avec le lycéen qui traduit l'admirable récit de Virgile. Faire comprendre à la l'ois les grands écrivains classiques dans leurs rapports avec la mythologie et les chefs-d'œuvre de nos musées , tel est en un mot le but qu'il a poursuivi.
A une entreprise de ce genre, s'adressanf principalement au grand public , il tant demander avant tout la clarté et l'élégance. Ces deux qualités se trouvent d'un bout à l'autre de l'ouvrage, c'est-àdire des vingt el une livraisons que nous avons sous les yeux ; eues lui assurent un succès légitime.
Nous n'avons pas qualité pour apprécier le côté mythologique du travail de M. SMénard; il nous suffira pour notre part de dire un mot de la partie consacrée aux beaux-arts.
Sous ce rapport, la Mythologie mérite toute espèce d'éloges. Les monuments qui y sont reproduits au moyen de la gravure sont choisis avec beaucoup de goût. L'auteur a recherché, dans les différentes écoles et daus les différents genres , les représentations les plus caractéristiques de chaque mythe. Vases peints, terres cuites, médailles, camées, entailles , marbres , bronzes , fresques, etc., etc., il a tout mis à contribution. Bien des sujets , qui n'étaient guère connus du public que par des bas-reliefs de la décadence romaine, se présentent ici sous un aspect tout nouveau , avec une distinction, une pureté de formes infiniment supérieures. M. Ménard n'a pas craint à l'occasion de remonter jusqu'à la période archaïque : c'est là une innovation dont on ne peut que le féliciter. 11 a jugé utile d'un autre côté de descendre jusqu'aux temps modernes , d'opposer aux créations de Phidias celles de Michel Ange , de Raphaël , du Titien , de Rubens , de Prudhon. Nous passons ainsi en revue les différentes faces sous lesquelles les peintres, sculpteurs, graveurs, etc. de tous les temps , ont conçu et exprimé les symboles inventés par la civilisation hellénique. Ce parallèle ne peut manquer de contribuer au succès du livre ; il est notamment fait pour intéresser les artistes.
Mais en voilà plus qu'il n'est nécessaire pour recommander la Mythologie de M. Ménard aux lecteurs de Mélusine, en attendant que notre recueil lui consacre un compte-rendu plus détaillé.
Fourtier (Alphonse). Les Dictons de Seine-et-Marne. Provins, 1873 , in-8° de 116 p. (Paris, Viaut). Prix : 2 fr. 50 c.
Cet ouvrage est un rccueU de dictons et de sobriquets géograph. dans le genre de celui que M. Canel a consacré à la Normandie {Blason populaire de la Norm. Rouen, 1859, 2 vol.). On y trouve, outre les qualifications injurieuses plus ou moins rimées dont chaque village est ordinairement gratifié, diverses traditions populaires et l'énumération des produits renommés de chaque localité briarde tels que les dazioles (darioles) deBazoches, les niflellcs (gâteaux de la Toussaint) de Provins connu aussi par ses roses, le sucre d'orge de Moret , etc. L'auteur parle encore des pèlerinages légendaires de la Brie et des saints aimés du peuple , comme saint Minge , saint Lié , sainte Larme , saint Prix , sainte Tanche qui a la vertu d'arrêter le sang, etc. Voici une prière qu'adressaient autrefois à Notre-Dame de Grisy (près provins) les jeunes filles désireuses de ne pas coiffer sainte Catherine :
Notre-Dame de Grisy
Accordez-moi un mari
Aussi beau que vous êtes belle ,
Et vous aurez une chandelle.
L'auteur, M. Fourtier, né à Provins en 1814, est mort à Paris en 1875. E. R.
Marlot (H.) Les Fêtes popul. et les Fêtes relig. de mai dans l'Auxois, in-8°, 16 p. s. d. Le Merveilleux dans l'Auxois , in-8°, 14 p. 1875. (Une 2° édit. de cctLe broeh. est en préparât.) Le dimanche des Brandons, in-8°, 13 p. 1877.
Dans ces trois br. imprimées à Semur (Côte-d'Or), M. M. rapporte qq usages de l'Auxois en les rapprochant de ceux d'autres pays, d'une façon bien incomplète, comme on peut s'en douter en
voyant combien petit est le nombre des pages de chaque plaquette. Citons qq. passages: « Voulez-vous guérir des engelures? Plongez les mains dans le fumier le premier jour de mai. » « Dans l'Auxois cl le Morvand , le dimanche qui suit l'Invention de la sainte Croix , on porte à l'église bénir de petites croix de bois qui sont ensuite plantées au milieu des champs qu'on met sous leur protection ; elles doivent empêcher la grêle, faire fructifier les récoltes; les moissonneurs, les retrouvant, les rapportent en triomphe ornées des plus beaux épis. » « Les paysans attachent une grande importance à la direction du vent le soir des feux (dimanche des Brandons), car c'est celui qui régnera pendant trois mois. » E. R.
Le Canard Potevin, journal non politique, paraissant depuis oct. 187G à Melle (Deux-Sèvres), in-12. (Paris, Viaut). Prix du n° : 10 c.
Les romanistes trouveront beaucoup à glaner dans cette humoristique petite feuille écrite en patois poitevin, tel qu'on le parle à Melle ; on y rencontre des mots qui ne sont certes dans aucun vobul. des pat. de l'Ouest et des formes de flexion curieuses comme : le disant, ils disent; o sil , ce fut; le siront , ils furent; loguit , il eut; i furons, nous fûmes; le dicit , il dit (prétérit); le fasit, il fit; i seguirons, nous suivîmes; veuyaue, voyez-vous; // faut que les hommes saigiant , il faut que les hommes soient, etc. Citons encore les négations rein et chut : le mossieu n'est rein content, le monsieur n'est pas content; le sant chut, ils ne sont pas. Le n° 8 contient une chans. popul. dont le thème est bien connu. Il s'agit d'un galant qui est repoussé par une bergère et gouaille par elle par dessus le marché. La voici :
Bon j ou, belle bregère, (bis) N'as-tu ja paue dau loue?
Dondon ma dondaine, N'as-tu ja paue dau loue ?
Dondon ma dondaine.... iou !
Nenni , nenni , dit-elle , [bis) I le veut (l) tous les jous, Dondon ma dondaine, I le veut tous les jous , Dondon ma dondaine iou!
L'at bé meingé ma chebre [bis) Et mon grand bouc otout, Dondon ma dondaine , Et mon grand bouc otout, Dondon ma dondaine iou!
• N'a leiché que les cornes , (bis) Mossieu, ail' srant pre vous, Dondon ma dondaine , Mossieu, ail' srant pre vous, Dondon ma dondaine iou! E. R.
Fr. Kurschaat. Grammatik der Littauischen Sprache, 1 vol. gr. in-8° de xn-476 avec de la musique et une carte. Halle, librairie de l'Orphelinat. Prix : 13 fr. 35 c.
Cette grammaire de la langue lithuanienne nous appartient par les renseignements qu'elle fournit sur la poésie populaire des Lithuaniens. M. Kurschaat, lithuanien d'origine, ne s'est pas seulement appliqué à fixer les règles de son idiome maternel ; il a recueilli el joint à sa grammaire, un grand nombre de ces chants connus sous le nom de daïnos et qui sont depuis longtemps célèbres par leur grâce et leur touchante mélodie. Les daïnos sont toujours des chanl s de guerre OU d'amour; ils oui nue tendance marquée à idéaliser les
personnages de la vie réelle. Les chevaux qui portent le héros amoureux sont ferrés d'or; la voile de sa barque est lissée d'or; sa fiancée porte une brillante couronne. On ne Irouve dans ces chants que
(i) 1 le veul (je le vois).
très-pou d'allusions aux traditions païennes ou aux rites chrétiens.
Le rhythme consiste dans la succession iambiqu i trochaïque des
syllabes accentuées. La musique, généralement élégiaque, affecte le ton bémol el se rapproche de celle des chants populaires bohèmes.
La première collection des daînos a été publiée en 1825 par Rhésa (Koenisgsberg, 1825). EUe a été réimprimée à Berlin avec quelques additions par Kurschaat, l'éditeur de la grammaire. Viennent ensuite celles de Stanewicz (Wilna, 1829), de Dowkont (Pétersbourg, 1840), de Nesselmann (Berlin, 1854).
A ces collections qu'indique M. K. nous pouvons ajouter un recueil publié en 1872 dans les Mémoires de l'Université de Moscou et dont M. K. n'a pas eu connaissance.
Le recueil de Nesselmann donne la musique d'environ JBO daînos; niais elle paraîl peu authentique. M. K. a recueilli par lui-même celles des 25 daînos qu'il nous offre. Nous donnons ci -dessous la mélodie qui porte dans ce recueil le n° 17, et nous avons disposé les paroles françaises sous les paroles lithuaniennes. Nous avons gardé dans notre traduction le mètre de l'original. Louis Léger.
Les clianls populaires lithuaniens (comme la plupart des anciennes mélodies nationales d'Occident et d'Orient) sont remarquables en ce qu'elles emploient une grande variété de modes. Un certain nombre de ces chants sont en majeur et en mineur; d'autres sont construits avec les gammes phrygienne, mixolydienne , hypodorienne... Ces derniers sont les plus anciens. Quelques-uns de ceux qui sont en majeur se terminent sur la dominante ou la tierce; ils n'en sont pas moins de création relativement récente.
Au point de vue des rhythmes, les mélodies lithuaniennes ne se conforment point à la loi de la carrure qui s'est imposée jusqu'ici dans la musique savante des nations modernes. Souvent, dans une mélodie, la première reprise est composée de membres binaires [àe, deux o\\ quatre mesures) et la seconde reprise est formée d'une ou de deux tripodies (phrases de trois mesures). Quelquefois c'est l'inverse. Enfin on trouve dans la même reprise d'un air une tétrapodie -(phrase de quatre mesures) jointe à une tripodie , — ce qui donne une phrase de sept mesures.
Par un autre procédé , analogue à celui que nous avons signalé dans les mélodies populaires de Grèce et d'Orient, les chants lithuaniens se dérobent aussi à l'uniformité de mesure consacrée dam l'art moderne. Dans la même mélodie , on voit souvent des mesures à trois temps entremêlées avec des mesures à deux ou à quatre temps.
Le caractère expressif de ces chants s'éloigne également de la joie vive et delà tristesse profonde; ils traduisent d'ordinaire un sentiment moyen et tempéré, suit une gaieté' calme, soit une mélancolie douce.
Dans la collection que nous avons sous [es yeux , les airs paraissent avoir été notés avec beaucoup de soin et de compétence. Mais, pour quelques mélodies, la présence de la note sensible dans la cadence finale forme une contradiction flagrante avec le mode lequel elles sont conçues. Y aurait-il là une retouche apportée par une main savante à l'inspiration populaire? il est regrettable aussi que nulle part l'indication des mouvements ne suit jointe à la notation.
La mélodie que Mèlusine offre ici à ses lecteurs nous paraît se distinguer entre toutes celles du recueil parla verve et le caractère. Elle appartient à la gamme de ré, sans accidents, basée surin ionique. Par sa quarte inférieure, cette gamme est semblable à la gamme mineure; par la quarte supérieure elle en diffère, car le si et Yut sont naturels.. La présente mélodie doit un peu dérouter les personnes habituées à l'usage exclusif du majeur et du mineur. Four des oreilles non familiarisées, la première phrase paraîl être en la mineur... mais le sol est naturel. Dans la seconde phrase nu se croit en ré mineur... et l'ut n'est pas dièse!
On remarquera l'emploi de ce procédé, si fréquent dans les vieilles chansons de notre pays , par lequel le second vers du premier couplet devient le premier vers du second couplet, et ainsi de suite. Cette application successive du même vers faite à deux phrases différentes de la mélodie produit un effet d'engrenage qui ajoute encore à l'entrain de la musique.