‹ MélusineChapitre 98 sur 235 · UN CONTE DU DAGHESTAN · texte numérisé non relu

UN CONTE DU DAGHESTAN

On a recueilli en Orient, dans le Daghestan , l'une des provinces de la région du Caucase, un conte tout à fait analogue au conte picard de Jacques l'Idiot, qui a été publié dans l'un des derniers numéros de Mélusine (n° 5), et qui correspond au conte allemand n° 143 de la collection Grimm , ainsi qu'à tant d'autres contes européens.

Voici ce conte , dont M. Ant. Schiefner a publié , en 1872, le texte en langue « hyreanienne, » accompagné d'une traduction allemande (Mém. de l'Ac. de Saint- Pétersbourg, 7e série, t. xvn, n° 8, p. 96). Nous le donnons sans aucune modification de forme.

lie Mollah Nasradin (*)

Le Mollah Nasradin, étant un jour en voyage, rencontra sur son chemin des fossoyeurs qui étaient à leur besogne. « La paix soit avec vous ! leur dit-il. Je vous souhaite toute sorte de bénédictions. » En l'entendant ainsi parler , les fossoyeurs se mirent en colère ; l'un prit une pelle , l'autre une pioche , et ils battirent le Mollah Nasradin. Celui-ci, fort effrayé, leur dit: « Que vous ai-je fait ? pourquoi me battez-vous ? » Les fossoyeurs lui répondirent : « Tous ceux qui rencontrent de nos pareils , lèvent les mains en l'air et récitent la prière des morts. » — « Voilà une bonne recommandation, dit le Mollah Nasradin ; je ne l'oublierai pas. » Et il poursuivit sa route.

Au bout de quelque temps , il aperçut une troupe de gens qui étaient en train de battre du tambour, de souffler dans des instruments et de danser à cœur joie : c'était une noce. Arrivé auprès d'eux, le Mollah Nasradin leva les mains en l'air et se mit à réciter la prière des morts. Les gens de la noce tombèrent sur lui et le

(•) Mollah, c'est-à-dire « Seigneur, » litre d'honneur accordé chez les Arabes et les Turcs, aux cheiks, aux jurisconsultes, et en général , à tout homme recommandable par son savoir ou sa piété.

battirent en lui disant : « Vaurien , ne vois-tu pas que c'est une noce ? C'est le fils du prince qui se marie. En semblable occasion, on met son chapeau sous son bras, puis on saute et on danse. »

« Bon ! » dit le Mollah Nasradin, et il s'en alla plus loin. Tout à coup, il aperçût un chasseur qui visait un lièvre. Aussitôt il met son chapeau sous son bras, et le voilà à sauter et à danser, si bien qu'il effaroucha le lièvre. Le chasseur, furieux , courut au Mollah Nasradin, et lui donna de la crosse de son fusil. « Que veux-tu que l'on fasse? » lui dit le Mollah Nasradin. — « En semblable occasion, il faut ôter ton bonnet et marcher en te baissant et te relevant. »

« C'est encore là un bon conseil pour l'avenir, » dit le Mollah Nasradin , et il s'éloigna. Après avoir fait un bout de chemin, il rencontra des bergers qui gardaient des moutons. Il se mit alors à marcher vers le troupeau en se baissant et se relevant ; il effraya les moutons , et là encore il attrapa des coups.

Il n'y a pas de mésaventure que le pauvre Mollah Nasradin ne se soit attirée par sa sottise.

Emmanuel Cosquin.

QUELQUES DEVIMILLES DU FOREZ ET Dl VELAY.

Trois communes ont fourni les devinailles que je soumets au lecteur : Marlhes et Fraisses du Forez , Saint-Didier-la-Séauve du Velay.

De Marlhes, elles m'ont été transmises par MM. A. -M. Peyron et J.-B. Riocreux ; j'ai écrit celles de Fraisses, sous la dictée de P. Padel, celles de Saint-Didier, sous la dictée d'Henriette Damon et de P. Salichon.

Il s'en faut de beaucoup que les devinailles que j'ai reçues ou transcrites, représentent toutes les énigmes qui ont cours dans ces trois communes ; elles ne sont qu'une faible partie d'un recueil qui serait assez étendu s'il était complet.

La plupart des devinailles se disent en patois , quelques-unes tantôt en patois , tantôt en français , d'autres en français seulement. Il est vraisemblable que ces dernières ont été apprises dans des livres spéciaux qui, rares aujourd'hui, ne l'étaient pas, m'a-t-on dit, il y a une quarantaine d'années. Je n'ai vu aucun de ces livres , mais des personnes , dignes de foi , m'ont assuré qu'il s'en trouvait dans telle ou telle famille qu'elles me désignaient. Le patois , langue usuelle , a dû lui-même faire quelques emprunts au français , et de ce qu'une énigme est en patois, il n'en faudrait pas conclure d'une façon absolue que ce langage a été dans notre pays sa première formule.

Comme les légendes, les contes et les chansons, les devinailles ont un caractère de diffusion qui surprend , et qui , il faut le dire , fait leur principal intérêt. On trouvera dans le livre de M. E. Rolland (1), auquel j'aurai de fréquentes occasions de renvoyer, des références nombreuses et de pays divers ; en dehors du livre de M. R., les quelques références que je signalerai ne dépasseront pas la France méridionale et la Catalogne.

( ' ) Devinettes ou énigmes populaires de la France. Paris , Yieweg, 1877

Les initiales M., St-D., F. indiqueront de quelle commune provient la devinaille, si c'est de Marlhes, de Saint-Didier ou de Fraisses.

DeTinailles en français»

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