‹ Membres et ceintures des vertébres tétrapodes; critique morphologique du transformismeChapitre 25 sur 83 · Tortues marines · texte numérisé non relu

Tortues marines

Les Tortues marines se rapprochent davantage du type rampant parce: que leurs membres présentent l’orientation horizontale qui caractérise ces derniers, et que, dans la vie aquatique notamment, l'angle stylozeugopodique est à peu près toujours horizontal. Seule linclinaison sur le plan horizontal de leurs autopodes est plus marquée que chez les. Sauriens ; mais comme les deux derniers segments du membre sont toujours réunis chez eux en une seule formation fonctionnelle, la rame, le zeugopode n’a jamais la position verticale qu’il offre chez les semirampants et le tout se rapproche de l’orientation horizontale.

Membre antérieur. — Chez Chelonia imbricata, l'humérus est droit et non incurvé comme chez les Terrestres ; son condyle proximal n’est. plus aussi nettement placé sur la face dorsale de l’os, mais il est plutôt terminal, en même temps que placé sur le bord radial de l'os, de telle: façon que celui-ci ne tourne pas sa face ventrale en dessous, ventralement, comme chez les Tortues terrestres, mais en dehors ou latéralement (fig. 54). | | |

La cavité glénoïde, ouverte en dehors et en avant, est peu portante.

£” Sante bras à une situation singulière : la tête du cubitus est en dehors — comme elle doit l’être si l’on se rappelle la rotation de 1800 effectuée par le distum huméral et qui renverse forcément la position ordinaire des parties, — la tête du radius est en dedans, mais de là le corps de cet

F1. 54. — Chelonia imbricata. Ceinture pectorale et membre antérieur gauche, face ventrale.

€., coracoïde ; — cub., cubitus ; — ct., côte ; — L., ligament ; — L.r. c., ligament radio-carpien ;

— més. sc., mésoscapulum; — rad., radius;.— se.,scapulum; — tr. m., trochanter médial; — let V, premier et cinquième doigts.

os se porte en dehors, croise plus ou moins le cubitus, et son distum se place sur le bord externe du membre, entraînant avec lui la main dont Ja face palmaire est ainsi ventrale, la face volaire étant tournée en arrière ou du côté dorsal. On peut dire que l’avant-bras a tourné de 1800 $ur son axe longitudinal puisque le bord radial de la main, qui devrait être en dedans, est maintenant en dehors. On pourrait aussi exprimer les choses en disant que l’avant-bras et la main, en pronation chez tous les quadrupèdes, ont été mis 1c1 en supination si les choses n'étaient pas compliquées par deux conditions principales : la première, l’inversion de l’humérus et les conséquences qu’elle entraîne, c’est-àdire inversion des os du zeugopode dans le coude par rapport aux plans

du corps; la seconde, la manière dont cette supination s’est:opérée. Chez l'Homme et les Singes supérieurs, en effet, la supination et la pronation sont des mouvements réalisables uniquement parce que la main est portée par le radius seul avec lequel elle peut tourner autour de l’apophyse styloïde du cubitus. Partout ailleurs le eubitus porte une parte de la main et ces mouvements ne sont plus possibles.

Let, dans le cas de Chelonia, le distum du radius, ilest vrai, s’est déplacé en dehors, mais ce n’est pas cela qur a entrainé la main à renverser du côté ventral sa face palmaire toufnée du côté dorsal lorsque les os du zeugopode étaient parallèles, car la main n’est pas supportée par le radius qui ne lui est attaché que par un ligäment, mais bien par le cubitus qui est seul en rapport avec elle. Il a-donc fallu, pour amener la position décrite chez Chelonia, que le cubitus, Jui-même subisse une torsoin sur son axe longitudinal, à la suite de quoi son extrémité distale avec la main qu’elle porte, ont été retournées ou déplacées de 1800. Comme chez les embryons, au début, la main peut être dite en position de demi pronation, le bord radial étant tourné cranialement, si nous admettons que cette situation primitive a été conservée pendant le déplacement du bras, il est clair que, ce déplacement achevé, le bord radial se serait trouvé tourné du côté caudal. Comme il est en réalité externe ou latéral, 1l faut admettre qu'il a tourné en dehors de 909 une fois le déplacement de l’ensemble achevé, ou que, se déplaçant moins que l’humérus, il est resté de 909 en arrière sur lui. Tous ces chiffres ne doivent point, bien entendu, être pris dans un sens absolu, car on ne sait pas encore qu’elle est la situation exacte du membre au moment où il

commence son mouvement d’inversion en avant, mais il faut les donner

pour permettre de se rendre compte des changements qui interviennent dans les rapports des parties au cours de leur développement. | L’entrecroisement des deux os du zeugopode et surtout le fait que le radius descend plus bas que le cubitus, font qu’il ne peut y avoir aucun mouvement de flexion ni d'extension entre le zeugopode et l’autopode et que ces deux segments n’en font physiclogiquement qu’un, dont tous les grands mouvements, d’ailleurs eux-mêmes assez limités, se lont seulement au niveau du coude. Dans tout le reste de son étendue il y a bien de légers déplacements des pièces squelettiques les unes sur les autres, notamment dans les lignes articulaires carpo-métacarpienne et interphalangées, mais ils sont extrêmement limités. La rame natatoire s’étend du coude au bout des doigts, d’une seule venue, les doigts étant réunis sous une peau commune, sauf l'extrémité onguéale du pouce qui est libre. Nous verrons d’autres exemples d'adaptation à la nage où la rame sera formée d’une autre manière, soit qu’elle dérive de

l’autopode seul (Pinnipèdés), soit qu’elle englobe en à plus du zeugopode le stylopode lui-même (Cétacés).

Membre postérieur. — Au membre postérieur le fémur est également droit. Sa tête, arrondie, est placée sur la face dorsale de l’os qui est dirigé horizontalement conservant la position primitive, c’est-à-dire perpendiculaire à l’axe du corps avec son bord tibial dirigé en avant, le péronéal en arrière, Le zeugopode est peu plié sur le fémur, l’angle stylo-zeugopodique est très ouvert, le genou'est légèrement en avant comme le coude, mais moins que lui. Le tibia est en avant (cranialement) le péroné en arrière. Le pied, tout en gardant certains caractères de celui des Tortues terrestres, et notamment la réduction des tarsiens internes qui amène la formation de l'angle pédieux, en diffère cependant en ce que les os de la première rangée du tarse ne se fusionnent pas en une seule pièce, mais forment deux os: un tibic-intermédiaire et un péronéal. Le métatarse et les doigts s’écartent les uns des autres et s’allongent pour former une rame, mais beaucoup moins longue qu’à la main. Le gros orteil, plus fort, a son extrémité séparée des autres doigts et saillante. Dans la nage la rotation du membre tout entier sur son axe longitudinal permet de présenter à l’eau les faces de la rame de la manière qu’il convient .L’appui sur l’eau ést donné lorsque la face plantaire regarde ventralement et caudalement à la fois, le bord tibial étant plus bas que le péronéal. Le genou paraît moins mobile que le coude, et malgré que la présence de l’angle pédieux ramène un peu en avant le bord tibial du pied, au lieu de le laisser continuer parfaitement le bord du zeugopode comme cela se produit à la main, la rame pédieuse est formée comme celle du membre antérieur par le zeugopode et l’autopode physiologiquement confondus. |

La marche sur le sol s obtient par un procédé un peu particulier. L’appui du membre antérieur se fait par le distum huméral, par tout le bord radial et aussi un peu par la face palmaire de la rame formée par le zeugopode et l’autopode réunis. Le déplacement produit n’est que celui de l'extrémité distale de l’humérus de sorte que, dans ce Cas, la marche est assurée par le mouvement d’un seul levier osseux, le stylopode. Partout aïlleurs la marche résulte de la combinaison de deux leviers osseux au moins, le stylopode et le zeugopode articulés angulairement lun sur l’autre comme chez les Siréniens et les Pinni pèdes, par exemple, animaux marins venant aussi à terre, où 1ls se meuvent lourdement, Au membre postérieur, chez Chelonia, la marche terrestre comporte bien une participation des mouvements du zeugopode sur le stylopode, mais celle-ci est peu importante, l'angle

poplité n’ayant que des mouvements de faible étendue. Bien que leur appareil locomoteur soit mal approprié à la marche terrestre, les Tor-

Fig. 55. — Thalassochelys caretta.

d’après DURAND DE GRos.

tues marines mises à terre regagnent l’eau avec une rapidité qui surprend ceux qui l’observent pour la première fois et qui ne l’auraient pas soupçonnée d’après la structure des membres.

Page 1