PRÉFACE VIT
La troisième partie est destinée à montrer, par un certain nombre d'exemples empruntés à l’embryologie, à l'anatomie comparée, à la systématique, les confusions et les illusions qui sont contenues dans les théories transformistes. En embryologie on a confondu l’épigenèse, loi de toute construction, avec un développement évolutif, parce que l’on n’a pas su distinguer les ébauches, seules parties initiales des organismes, des organes primitifs ou ancestraux à qui on les a injustement comparées. En anatomie comparée on a sérié les organes d’après leur développement fonctionnel sans regarder si celui-ci s’accordait avec le développement de l’ensemble, seul capable de décider en faveur d’une descen- ‘dance. En systématique on a élevé à la valeur de caractères, c’està-dire de marques décelant une parenté, des dispositions anatomiques dont les ressemblances avec d’autres s’expliquent par tout autre chose que par la généalogie. Partout on a négligé les ensembles pour s'attacher aux détails. On a décrit avec complaisance les moindres modifications des parties isolées, sans jamais essayer de voir si elles n'étaient pas en rapport avec d’autres changements dans l'organisme. On a imaginé des transformations sans même chercher si elles étaient mécaniquement possibles.
Depuis cinquante ans les manuels sont une simple illustration du transformisme, ne mettant en lumière que ce qui lui est favorable, passant sous silence tout ce qui est en dehors de lui ou contre lui. Aussi la formation des organismes les plus compliqués est-elle considérée comme un problème simple, que les moins compétents croient comprendre et résoudre aisément en se basant sur de grossières apparences ou sur de simples rapprochements fonctionnels sans valeur,
[1 est bien difficile de réagir contre des habitudes d’esprit si profondément enracinées ; il est bon cependant de le tenter parce que la morphologie a beaucoup à gagner à se dégager des interprétations prématurées du transformisme et à reprendre, vis-àvis de ce dernier, toute sa liberté.