‹ Même sangChapitre 4 sur 6 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Le Canadien, penché dans ,1a fenêtre.

Personne ! . . .

(Léger repos pour secouer tristement la tête)

Ruine sombre où glisse un rayon d'astre ! Tout conserve en ces ilieux l'empre'inte du désastre l Ht ces tristes débris qui s'imprègnent de deuil D'un prince ambitieux nous révèlent l'orgueil. A voir tous ces dégâts où gisent les chaumières, Et dans ùe pêle-mêle énorme de ces pierres De ces toits enfoncés et des murs écroulés, On sent de toutes parts Iles mondes ébranlés. Tout tombe : les petits, l'es rois et les empires !

(autre repos)

Les coloni/bes. kier, ont 'chassé îles vampires.

De fleur m»d profanie par d'infâme ichasseur

K'I^e.s n'omt qu'un rayon bien mince en la noirceur

Pocir riâpalrer :'e mial^eJt <refaiiue i'dllcôve

Où, -seull'e, l'amitié reste craintive et sauve.

(Le sio/ldiat enjambera ila fenêtre pour pénétrer sur il a scène. M s'avancera (lentement tout en examinant Jres choisies avec «t-tteiofcion. Sur l'avalnt' de )lla scène iîl apercevera soudain un guéridon et sur (le guéridon un bouquet de imiarg-uenifres. l'I s'arêtera surpris et comme extasié, puis il ébauchera -un vague sourire poun reprendre : )

Des filetucs . . ,

(Léger repos .durant lequel il isre croisera lies bras, et repreri dra avec une isorte d'amertume : )

C'est ile ,soiurire émju qu'après iîes pileurs L'on voi(t ise dessiner au-des.-uis de:s -clouilieuTS. C'est lia rie ^émergeant 'des bébris delà 'tombe î Les fîleurs sont ile rayon joyeux et doiux qui tombe Du grand astre Nature, et sème en iF-univers Secoué de combats, et brisé >de reviens L'ineffable iccitrté, la divine ilurmière. Décor pour le palails, ha. f'eur pour lia chaufmière C'est la tendre gaieté, la (consolation, — B'iie est, après le deu.ll, lia résurrection î

(Ici la musique douce et lointaine sera couverte par les meme.'S eilaimeurs et grondements de •canon. Le iso'ldat demeurera un instant pensif, il"oe:ll attendri fixé sur /le petit bouquet, la tête légèremenft penchée veins /l(a poitrine. Puils, en même temps qu'un profond soupir, il ébauchera de la tête comme ann hochement de pitié. Puis il se promènera (lentement par lia scène pour s'arrêtcr de temps à autre pîliiïs pensif, comme poor miteux ^suivre le cours de sa pensée. Sortant idie sa rêverie ii; iScnuiliera de nouveau la de-mii-obscuriité, et reprendra ainsi, au moment où s'éteindront les bruits lointains : )

Pas un être vivant ! . . . Le plus profond silence Alourdit 'la noirceur eit lia tristesse immense. Pourtant d'une 'fenêtre — était-ce illusion ? J'avais 'vu s'échapper comme un mince rayon. Qui voudrait habiter un (logis sains toiture ? Un pauvre miséreux n'ayant que ila nature Qui puisse lui sourire et île prendre en pitié ? . . . Et (Sait-âB seuflement ce que c'est d'amitié ? . . .

(Haussant les épaullles avec nne sorte de dédain)

Aillons'! ]c m^attemdris déjà . . . (pourquoi ? . . . qu'importe ! . . .

(Il apercevra adfors, sur un côté, une draperie masquant une -.porte. Il s'approchera et soulèvera doucement la draperie) Bon ! urve draperie . . .. et, derrière, une porte ! Einicor, si c'était là quelque honnête bourgeois Qui pût m'offrir un Ht et quelque viin de choix ? . . . Car j'ai s*oiif ! Car j'ai faim ! Car, dams ma lassitude, N'ayant pas le confort du tout pour habitude, Et mes os dès longtemps s'accommodant du dur, Je dormirais très bien accoté saur ce mur. Et puis . .

(Il is'i'niterrompra, prêtant l'oreil'e. On entendra une voix jeune et fraîche et comme lointaine qui fredonne un air de romanice )

Tiens, tiens, qu'entend s- je 1 (H écoutera, puis : ) .

O voix harmonieuse, Mon âme en t'ecoutant devient tout anxieuse -!

LA VOIX, chantant

Xe sais- tu pas que je t'attends, ^

Toi qui m'as pris toute mon âme ? i . y

Ne saiils-tu que oodr toi s'enfla mmie j OIS

Et brûle mon coeur de viintgt ans ? J

LE CANADIEN, avec ravissement

Queil est llhieureux mortel vers qui ces mots s'en voilent ? A qui \-on)t ces accents si tendres qui consollent ?

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