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Comme thèse générale, je n'ai pas la moindre hésitation à dire que ce qui se passe aujourd’hui à Manitoba et dans le Nord-Ouest, par rapport aux écoles, est une violation flagrante et inexplicable des assurances données à la population catholique de cès vastes contrées. On m'avait confié la transmission de ces assurances, précisément parce que j'étais le premier Pasteur de cette population. Mon caractère d’évêque n'a pas empêché les autorités civiles de demander mon aide dans la solution des difficultés politiques et aujourd’hui je suis d'avis que la mission politique, qui m'a été confiée et que j'ai remplie, doit aujouter du poids à ma voix, lorsque je dis qu'on a trompé la population de la Rivière-Rouge, en lui demandant d'accepter un arrangement, qu'elle aurait repoussé de la manière la plus énergique, si on lui avait donné à entendre, ou si elle avait pu soupçonner ce qui se passe aujourd’hui.
Pour établir mes prétentions d’une manière plus claire, je dois d'abord rapporter quelques faits. C’est en Mars 1869, et à Londres, que l'on arrêta les conditions du transfert de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest à la nouvelle Confédération Canadienne; les parties à cet arrangement étaient le Gouvernement Impérial, les Commissaires du Canada et la Compagnie de la Baie d'Hudson. Au cours des négociations, on ne fit aucune mention des anciens habitants du pays. Plus tard, Lord Granville, dans une dépêche à Sir John Young, Gouverneur-Général, avertit le Gouvernement du Canada
“ Que les anciens habitants du pays devront écre traités avec tant d'attention et.de “ considération qu'ils puissent être preservés des dangers du changement qui se pré- « pare.
On ne tint aucun compte de cet avis si plein de sagesse, au contraire, les mesures prises alors furent telles que Lord Granville, dans sa dépêche du 3 Novembre 1869, n’hésita pas à dire :
“ Le Gouvernement du Canada a, par cette mesure, occasionné une explosion de ‘ violences dans les Territoires.” Le noble Lord ajoutait plus tard :
“ Ces procédés ont certainement augmenté la responsabilité du Gouvernement “ Canadien.”
Les autorités impériales redoutèrent tellement les conséquences du mécontentement populaire qu’elles se chargèrent elles-mêmes de la direction de cette affaire, afin d’après l'expression de Lord Granville :
# D'épuiser tous les moyens d'explication ét de conciliation avant de recourir à la “ force.”
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C'est sous l'inspiration de cette politique de conciliation que le (rouvernement Canadien demanda, à mon Vicaire-CGénéral, M. Thibaut, et à mon ami M. de Salaberry, de vouloir bien se rendre à la Rivière-Rouge, pour y calmer les appréhensions du peuple. Kir Donald À. Smith reçut une commission, sous le grand scean du Canada, et partit pour le Fort Garry, afin d'y exercer sa salutaire influence comme médiateur et pour employer à cette fin les ressources de son habileté et les moyens, que sa position élevée mettaient à sa disposition.
J'étais à Rome, jouissant du bonheur que les grandes et imposantes cérémonies et délibérations du Concile Œcuménique du Vatican ne psauvaient manquer de procurer à un évêque, tout dévoué
à la sainte Eglise, lorsqu'une dépêche télégraphique me demanda à
Ottawa. Par considération pour le, Gouvernement, le Sonverain Pontife voulut bien me dispenser des règles ordinaires prescrites par le Concile, lorsqu'un évêque devait s'absenter. Sa Sainteté voulut bien de plus m'accorder la faveur d'une audience privée. Le Pape me bénit, ainsi que la mission que j'allais accomplir et ajouta d’un ton ému :
“Je benis le peuple de la Rivière-Rouge à la conditio® qu'il prête une oreille atten-
“tive à vos conseils et qu'il vive dans la paix et la charité.”
Je laissai la Ville Eternelle le 12 Janvier 1870 ; rendu à Montréal, je rencontrai Sir Georges Cartier qui me dit avec sa franchise ordinaire :
Je suis heureux de vous voir, nous avons fait des fautes, vous devrez nous aider ‘à les réparer.”
Je me rendis à Ottawa «vec Sir Georges et demeurai dans la Capitale pendant une dizaine de jours. A plusieurs reprises je rencontrai le Gouverneur-Général et ses Ministres. Son Excellence m'appela plusieurs fois en audience privée soit seul, soit avec quelques-uns de ses Conseillers. J’eus une entrevue avec le ministère et plusieurs avec les principaux membres. Quand on crut que j'étais au courant de toutes les circonstances de la situation, mon départ pour
le Nord-Ouest fut fixé au 17 Février. La veille de ce départ j’eus | J
l'honneur d’un long entretien avec le Gouverneur-(rénéral. Son Excellence me remit elle-même une lettre autographe que je traduis ici :
(jrrawa, 16 Février, 1870, ‘ Mon cher Scigneur Evèque,
“Je désire vivement vous exprimer avant votre départ, le sentiment profond de “ reconnaissance que je sens vous Ôtre dû pour avoir quitté votre séjour à Rome, abandon
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‘ nant les grandes et intéressantes affaires dans lesquelles vous y étiez engagé, pour entre- “ prendre à cette saison rigoureuse la longue traversée de l'Atlantique et un voyage prolon- «“ gé à travers ce continent, dans le but de rendre service au Gouvernement de Sa Majesté ‘en acceptant une mission dans l'intérêt de la paix et de la civilisation.
“ Lord Granville était très désireux de profiter, dès le début, de votre concours si “ utile, et je me réjouis cordialement de ce que vous avez bien voulu l'accorder avec tant ‘“ de promptitude et de générosité.
“ Vous êtes pleinement au courant des vues de mon Gouvernement, et le Gouver- “ nement Impérial, ainsi que je vous en ai informé, désire ardemment voir le territoire du ‘“ Nord-Ouest faire partie de la Puissance à des conditions équitables.
« Je n'ai pas besoin d'essayer à vous fournir des instructions pour vous guider au- ‘“ delà de celles contenues dans le message télégraphique qui m'a été envoye par Lord “ Granville de la part du Cabinet Britannique, dans la proclamation que j'ai rédigée en “ conformité à ce message et dans les lettres que j'ai adressées au gouverneur McTavish, “ à votre Vicaire-Général et à M. Smith.
“ Dans cette dernière j'écrivais : Tous ceux qüi auraient des plaintes à faire ou des ‘“ désirs à exprimer sont invités à s'adresser à moi comme au représentant de Sa Majesté"? «“ et vous pouvez affirmer avec la plus entière confiance que le Gouvernement Impérial “ n'a pas l'intention d'agir autrement, ni de permettre que d'autres agissent autrement ‘ que dans la bonne foi la plus entière vis-à-vis les habitants du Nord-Ouest. Le «“ peuple peut compter que le respect et l'attention seront étendus aux différentes “ croyances religieuses, que le titre à toute espèce de propriété sua soigneusement «“ sauvegardé et que toutes franchises qui ont subsisté ou que le peuple se montrera “ qualifié à exercer seront dûment continuées ou libéralement contérées,
‘ En déclarant le désir et la détermination du Cabinet Britannique de Sa Majesté, “ vous pourrez en toute sureté vous servir des termes de l’ancienne formule : Le droit ‘“ prévaudra en toute circonstance,
“Je vous souhaite, Mon Cher Seigneur Evèque, un heureux voyoge et le succès de s“ votre bienveillante mission. Crovez-moi avec tout respect.
“ Fidèlement vôtre,
“ (Signé) JOHN YOUNG."
Avec une pareille lettre en main, il n’y a certainement pas témérité de ma part à affirmer que j'ai le droit et même l'obligation d'indiquer la violation manifeste des promesses qu’elle contient. La législation de Manitoba et du Nord-Ouest sur les écoles est contraire aux assurances données ; et tant qu'on ne remédiera pas d’une manière eflicace et convenable à cet état de chose, je resterai convaincu que l'équilibre social est rompu en Canada et que cette perturbation est le résultat :