Mémoire appuyant la demande d'une école normale dans la ville des Trois-Rivières [microforme]
1° L'utilité des écoles normales a été admise en principe par le premier Concile de Québec, décret XVIIT, par le gouvernement qui les a décrétées, et qui a fait de si grands sacrifices pécuniaires pour :es fonder et les soutenir, et par le désir dernièrement exprimé par le Conseil de l'instruction publique de voir ces écoles main}enues.
, 2° Le besoin d’une école normale dans le diocèse des Trois-Rivières est attesté par les rapports officiels de MM. les Inspecteurs du district.
M. l'Inspecteur Laplante dit dans son rapport de 1877-78 : “ La plupart de ces Institutrices ne manquent pas seulement d'instruction, mais bien souvent, elles n'ont pas même l'éducation suffisante, comme l'attestent leur mauvaise tenue et la ma)propreté de leur classe.” -
M. l'inspecteur Lefebvre dans son rapport de 1877-18 dit aussi : “ Comme “ je le disais dans mon précédent rapport, presque toutes les écoles élémentaires ‘“ de mon district d'inspection sont dirigées par de jeunes Institutrices qui “ n'ont pas, pour la plupart, les connaissances pédagogiques nécessaires.”
Enfin M. l'Inspecteur Thétrault dit à son tour dans son rapport de 1878- 79 : * L'obstacle irrémédiable aux progrès dans ces dernières écoles, (36 écoles primaires) c’est l'incapacité la plus absolue des personnes qui les dirigent. Y'est un spectacle bien attristant pour quiconque s'intéresse à l'avenir de notre nationalité, de voir un si grand nombre d'enfants pleins d'intelligence confiés aux mains débiles de ces jeunes filles sans éducation, sans instruction, süns talents, sans la moindre connaissance pédagogique, et incapables même de critiquer une page d'écriture de leurs élèves. Tout le monde s'étonne a bon droit de voir le nombre de ces parasites augmenter chaque jour sans que l’on songe à porter remède à ce mal, la plus grande plaie de notre système d’instruc- S'UON
Il à INSUFFISANCE DES ECOLES NORMALES ACTUELLES.
3° Les écoles normales actuelles établies à Québec et à Montréal ne répondent pas aux besoins de la population du diocèse des Trois-Rivières, et ne sauraient y répondre dans les circonstances où il se trouve par rapport à ces écoles.
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4 Il v a dans ce dirrèse 460 écoles modèles ou élémentaires, à part 7 écoles &e Frères et 23 couvents. Or sur ces 460 écoles il n'y en a pas 10 qui sont dirigées par des maîtfes où maîtresses venant des écoles normales ; ce qui montre a l'évidence l'inefficacité des écoles normales actuelles pour le diocèse
des Trois-Rivières.
5° Les avantages considérables qu'otfrent les Congrégations enseignantes des Frères et des Sœurs leur assurent partout les écoles les plus importantes, et les sacrifices considérables que font les grandes paroisses pour se procurer Ces précieuses institutions, prouvent la haute estime que l'on en a. Les autres écoles offrant en général des émoluments moins considérables, peuvent diffcilement retenir longtemps dans cette carrière peu lucrative de l'enseignement, des instituteurs et des institutrices possédant les moyens de faire davantage ailleurs, par l'instruction normale, et quelques fois quasi-classique qu'ils ont reçue dans les écoles normales actuelles. D'où il suit que la plupart de ces écoles doivent être, et sont de fait laissées à la direction des jeunes institutrices. 6° Il est bien évident que les écoles normales Jacques-Cartier à Montréal et Laval à Québec ne peuvent donner d'Institutrices à l'enseignement, puisqu'elles sont destinées exclusivement à la formation des Institnteurs ; il n'y a donc que la seule école tenue sous la surveillance des Ursulines de Québec sous la direction d'un Professeur de l’école normale Laval qui donne l'enseignement pédagogique aux filles qui se destinent à faire l'école. Or l'expérience de 23 années a démontré l'inefficacité de cette école de pédagogie pour le diocèse des Trois-Rivières. Elle est pratiquement inaccessible à la presque-totalité des personnes du sexe qui se destinent à l'enseignement, à cause de son éloignement et du défaut de rapports qu'elles ont avec ces écoles qui leur sont complètement étrangéres : car, la plupart de ces jeunes personnes ont reçu leur éducation première dans les écoles modèles, ou dans les couvents du diocèse. Ne connaissant point cette école normale, elles ne s’y rendent point et il est tout à fait illusoir d'espérer les y attirer plus tard, comme le prouve l'expérience qui en à été faite depuis sa fondation. Les autorités scholaires ont fait sans aucun doute tont ce qui était en leur pouvoir en ce sens, el le gouvernement a dépensé des sommes considérables à cette fin, et le résultat auquel elles sont arrivées aujourd’hui démontre pleinement l'inutilité de leurs efforts et de leurs Sacrifices.
7° Cependant l'autorité ecclésiastique du diocèse a tâché de suppléer à cette lacune dans la mesure de ses forces, et elle n’a rien omis pour promouvoir l'instruction normale par le moyen des Congrégattons religieuses. C’est ains! que pour prendre la direction des écoles les plus importantes du diocèse, elle a procuré le secours de 46 Frères partagés en 7 écoles pour les garçons, et 140 Sœurs chargées de la direction de 23 convents pour l'éducation des filles. C'est
donc 186 Instituteurs et Institutrices, ayant reçu une bonne éducation pédago-
gique dans les noviciats de leurs instituts, que l'autorité ecclésiastique a procurés à l'enseignement primaire, secondaire et académique, contre 8 ou 9, qui viennent des écoles normales subventionnées par le gouvernement. Or combien le gouvernement a-til donné pourle soutien et le fonctionnement de ces écoles normales de première classe que l'on appelle les noviciats des instituts religieux, et lesquels fournissent actuellement à ce diocèse 186 Instituteurs et Institutrices bien qualifiés et devoués à l’enseignement pour la vie ? Pas un centin !
Et combien le gouvernement a-t-il payé pour les écoles normaies laïques qui fournissent présentement au même d'ocèse 8 a 9 maitres ou maitresses d'écoles qui n’enseignent en moyenne que trois ou quatre ans ? Au delà de $900,000 !
8° Les noviciats de nos Congrégations religieuses enseignantes sont des écoles normales parfaitement organisées pour donner l’enseignement pédagogique à leurs membres ; et comme leurs sujets sont liés et consacrés à l'enseignement d'une manière permanente par leurs vœux de religionils offrent par là même les plus sûres garanties de stabilité et de dévouement, et par conséquent d'aptitude et de capacité. C’est ce qui explique la haute estime qu’en ont nos populations. Ces instituts fondés et soutenus par le dévoument de leurs membres et par des socrifices privés, sont des témoins irrécusables des efforts et des sacrifices faits dans le diocèse pour promouvoir l'instruction normale.
Il reste aux autorités scholaires à seconder ces efforts et à les généraliser d'une manière efficace, en confiant à l’une de ces Congrégations la charge de faire fonctionner une école normale sous la direction d’un prêtre choisi par l'Evéque et nommé Principal par le Gouverneur, pour y donner à l'instar de lcur noviciat l’enseignement pédagogique aux jeunes personnes qui se destinent à la direction des écoles dans le diocèse.
9e Les districts qui le composent ont droit à leur part du bénéfice des sommes considérables œue la législature alloue chaque année pour l’enseignement pédagogique dans les écoles normales, et dont ils n'ont tiré presqu'aucun profit jusqu'à présent. Pour leur assurer cet avantage, il faut une école normale appropriée aux circonstances et aux besoins de la localité ; le mode proposé est assurément le plus économique, le plus efficace et le plus facile à mettre en pratique. C’est le cas de dire avec l’'Honorable M. P. O. Chauveau, proposant l’établissement des écoles normales en 1855 : “ Le succès de l'instruction publique “ doit passer avant tout, et lorsque des idées, qui, même envisagées sous leur plus “ beau jour, ne sont qu'une théorie de perfectionnement, menaçent d'empêcher ‘ l'existence d’une institution, ce n’est pas demander une trop grande preuve de “ sincérité à ceux qui la veulent réellement que de les prier de consentir à l'essai “ d'un système moins parfait à leurs yeux, mais qui a pour lui l'avantage d'étre praticable “ et possible ; autrement ce serait le cas de dire que le mieux est l'ennemi du bien.” (Rapport du Surintendant de l'éducation, 1855, p. 11.)