II
ECONOMIE ET EFFICACITE DU PLAN PROPOSE POUR L'ETABLISSE- MENT D'UNE ECOLE NORMALE AUX TROIS-RIVIERES.
La direction d'une école normale pour les Institutrices aux Trois-Rivières, confiée à une Congrégation religieuse enseignante, est assurément le plan le plus économique ; et il est possible de trouver une telle Congrégation qui se chargera de la faire fonctionner d'une manière tout-à-fait eflicace et convenable, sous la direction d'uu prêtre choisi par l'Evèque et nommé Principal par le Gouverneur en Conseil, pour la somme de quatre mille piastres, savoir : $3,000 pour le soutien de l'école et $1,000 pour aider les élèves pauvres. Le grand nombre de jeunes filles qui se présentent tous les ans pour obtenir des diplimes d’institutrices, permet de dire sans exagération que cette école normale aura facilement 75 à 80 élèves, ce qui fera une somme de $50 à $53 par élève.
Cette somme paraitra assurément modique si on la compare à celles qui ont été allouées jusqu’à présent pour les écoles normales actuelles.
En effet il appert par les comptes publics, que depuis l'établissement de ces écoles en 1856, il a été alloué par la législature pour leur soutien et leur fonctionnement une somme de $817,482, et environ $100,000 pour l'acquisition des terrains et la construction des édifices pour ces écoles, soit la somme de $917,482.
La législature alloue annuellement $42,000 et plus pour le soutien des trois écoles normales ; en y ajoutant l'intérêt des fonds de construction à 5 par cent, on a la somme de $47,000 payées annuellement par la province pour ces écoles normales. Or le nombre des élèves admis en 1878-79 est de 327, c'est done une somme de $144 que le gouvernement paie par anné: pour chaque élève de ces écoles, c’est-à-dire $44 de plus que ne paient les élèves du cours classique du Séminaire de Québec.
Mais le prix de ces écoles est réellement plus élevé, comme il appert par les rapports officiels On voit par le rapport de 1877-78, que les revenus de toutes les sources des écoles normales ont été de $60,800, et que cette somme considérable a été dépensée dans la même année. Le nombre total des élèves pour la même année étant de 303, il s'en suit que chaque élève a coûté #$200.67.
En supposant que cette somme de $60,800 a été partagée également entre les trois écoles normales, la part des deux écoles Catholiques Laval et Jacques-Cartier aurait été des deux tiers, c’est-à-dire $40,533.34 ; ce qui aurait donné $241.26 pour chaque élève dont le nombre était de 168 pour les deux écoles. Or c’est plus que la pension et l'instruction de trois elèves dans les collèges classiques des Trois-Rivières et de Nicolet.
Il est donc évident qu'une école normale tenue par une Congrégation re-
ligieuse pour la somme de $4,000 sera de beaucoup plus économique. Elle sera aussi plus efficace, parce que les jeunes filles qui en suivront les cours, n'auront guère d’autres carrières devant elles que la tenue des écoles pour la direction desquelles elles auront reçu l'instruction pédagogique convenable.
Les rapports officiels ne constatent pas à la vérité le nombre des élèves scrtis des écoles normales qui se livrent à l’enseignement ; cependant les recherches tendent à démontrer que le nombre des instituteurs surtout n'est pas de dix sur cent. En supposant qu'il serait de 15 par cent, il s'en suivrait que le gouvernement qui a payé $817,482 pour former des maitres et des maitresses d'écoles, se tronverait aujourd’hui, en réglant ce compte, avoir payé $694,859, pour des jeunes gens qui ont pris une autre direction que celle de la direction des écoles, et qu'il n'y aurait réellement que la modique somme de $122,622 qui aurait été efficacement appliquée à la formation de maitres et de maîtresses qui se livrent effectivement à l’enseignement. C’est semer beaucoup pour récolter bien peu ! L'éducation quasi-classique donnée dans ces écoles, et trop élevée pour l’humble et méritoire profession de maitre d'école a pu contribuer à cet insuccès. On peut donc présumer qu’un enseignement pédagogique plus modeste attirera davantage des personnes qui se destinent sérieusement à la direction des écoles, et qu'après avoir reçu cet enseignement plus en harmonie avec cette noble fonction de l'instruction des jeunes enfants, elles seront moins exposées à la tentation d'aller chercher fortune ailleurs, et que par conséquent cette école normale sera réellement plus efficace tout en coûtant beaucoup moins cher.
La somme de $4,000 demandée pour cette école paraitra moindre encore, si l'on considère que, tandis que le gouvernement paie les sommes si considérables mentionnées plus haut, pour le soutien des écoles normales actuelles, dont la plupart des élèves ne se livrent pas à l'enseignement, les noviciats des communautés enseignantes du diocèse des Trois-Rivières, qui fournissent à l’enseignement un si grand nombre de sujets les mieux qualifiés, ne reçoivent cependant aucune subvention du gouvernement, et qu'il leur faut se soutenir par des sacrifices privés et le dévouement de leurs membres.
Il est à espérer que l’on voudra bien essaver le plan proposé, et allouer la modique somme demandée à cette fin. Ce ne sera d'ailleurs qu'un acte de justice pour la circonscription des Trois-Rivières qui n’a retiré jusqu'à présent aucun bénéfice des écoles normales actuelles, et quia cependant droit à sa part des sommes considérables que le gouvernement alloue avec tant de générosité pour l'enseignement pédagogique.
Le tout humblement soumis,
+ L. F.. Evêque des Trois-Rivières.