‹ Mémoire au Cardinal Barnabo [microforme]Chapitre 1 sur 4 · Mémoire au Cardinal Barnabo [microforme] · texte numérisé non relu

Mémoire au Cardinal Barnabo [microforme]

Serait-il permis à un prêtre, à un curé, de porter ses reclamations et ses plaintes auprès du Saint-Siège et de demander une justice qu’il ne peut obtenir de son Evêque ?

Deux accusations graves sont portées contre moi par Sa Grandeur, Monseigneur Charles François Baillargeon, Archevêque de Québec : Premièrement ; d'avoir soutenu un procès injuste et malhonnète. Secondement; d’éxiger d’un certain nombre de mes paroïssiens, une contribution à laquelle je n’ai aucun droit; par conséquent de m'être rendu coupable d’injustice, et d’avoir en ce cela exercé la simonie.

Pour ne rien perdre de la valeur de ces accusations ainsi portées contre moi, je citerai dans toute son integrité, la lettre que m'a adressé Sa Grandeur, en date du 14 mars dernier.

Archevêché de Québec, 14 mars 1868.

“ MONSIEUR LE CURé, ”

“ Malgré les représentations et les conseils de vos “ confrères et de vos amis, contre l'évidence des faits, “ contre votre conscience, vous vous êtes obstiné à soutenir un procès injuste et malhonnéte, qui vous

NT

“a attiré une condamnation humiliante. C'est une “ flétrissure publique pour vous et un déshonneur qui “rejaillit sur tout le corps du clergé dont vous êtes “ membre.” ,

“ Vous exigez une contribution d’une piastre de “ chaque famille qui n’a point de dime à vous payer.”

“ Vous n'avez point ce droit. Lisez Votre lettre de “ mission pour la paroisse de St, Flavien : vous verrez “ qu'elle ne Vous le donne pas.”

“ Cette exaction est donc une injustice qui vous “ oblige à restitution.”

“ Vous avez menacé du haut de la chaire de refuser “votre ministère à ceux qui ne vous auraient pas payé ‘“ cette piastre, de refuser de baptiser leurs enfants.”

“ Cetie menace est injuste et scandaleuse ”

“ Vous avez de fait refusé de faire des baptêmes “ pour cette raison, et vous n’avez consenti à les faire “ que lorsque la piastre vous a été payée.”

“ C'est siméniaque et le comble du scandale ”

“ Voilà des faits et des conséquences que vous ne ‘pouvez pas nier, et qui demandent vos sérivuses ré- “ flexions devant Dieu en attendant le jugement de “ votre Evêque et le remède qu'il jugera à propos “ d'apporter au ma.”

“ Votre dévoué serviteur,” Æ C. F. Archevèque de Québec.

D'abord, établissons les faits qui ont pu donner lieu à la première accusation portée par Sa Grandeur, dans sa lettre du 14 mars. Je m'abstiendrai de longs commentaires sur cette lettre, et me contenterai de quel-

ques remarques, car elle parle d'elle-même et porte son cachet.

ee à >

PR ee

Sur la fin de l'année 1865, ayant été appelé à la cure de St. Flavien, j'achetai de mon prédécesseur, Monsieur G. F, Casgrain, une partie de son ameublement, se montant à une somme d'environ soixante-etsix piastres : pour laquelle somme il m'accorda un certain délai. Nous réglâmes et fixämes les différents époques de paiements.

Peu après, cependant, ce monsieur ne se trouva point content du réglement de compte, en exigea un autre et me traita d'une manière révoltante. Me voyant assailli par lui, j'y consentis, et je me déchargeai de ce soin sur deux de mes confrères qui furent accepté par lui, puis je lui signai un billet. Mais, cette lois, il y eut erreur à mon avantage. Je le reconnus plus tard, et me proposai de payer fidèlement tout ce que je lui devais, aussitôt qu'il me serait possible. Mon confrère, cependant, ne parla plus de réglement de compte, et profita d’une prétendue admission que j'aurais faite, pour me demander un plus haut montant que ma dette réelle. Je lui fis écrire par un des arbitres que nous avions choisis, pour en venir à une entente, et lui démontrer que ce qu’il demandait était au dessus de la somme que je lui devais. Mais il ne voulut rien entendre. Pour moi, il n’était point facile d'entrer de nouveau en discussion avec lui, sans mexposer à en recevoir des injures.

Désespérant, sans doute, de m’amener lui-même à ses prétentions injustes, il s'adressa à l'évêque et me fit donner par Sa Grandeur une monition en ces termes : “ Pourquoi donc refusez-vous, depuis plus d'un an, de régler de compte avec M. G. Casgrain et de le payer.”

J'assurai Sa Grandeur que j'avais déjà réglé deux

er 7e

fois avec lui, et je fus assez heureux pour lui prouver par des reçus, que j'avais payé les termes échus jusqu'à cette époque.

Sa Grandeur un peu mécontente, m'annonça une enquête sur cette affaire; ce que je saisis avec empressement. Je lui écrivis, même après, pour la demander avec instance, Mais, elle me répondit: ‘“ arrangez. “ vous avec M. Casgrain….donnez-lui le billet qu'il “ vous demande, et que jen’entende plus parler de cette ‘ affaire.

Je lui adressai un mémoire pour me justifier, mais elle me déclara qu’elle ne voulait point en prendre connaissance.

M. Casgrain continua de la méme manière, à vouloir m'imposer ses prétentions, sans me laisser l'avantage de faire valoir mes droits. Cependant, il était important pour moi, de faire reconnaître mon innocence, encore plus que de sauver quelques piastres, que j'aurais sacrifiées volontier, si on eut voulu m'’entendre : car il n'avait point manqué de me diffamer, et de se servir pour cela, du parti que l'Evêque avait pris contre mui.

Les choses en restèrent là, et Jj'attendis que mon confrère, pour le payer complètement, me prévint, suivant l'usage constant, de l'échéance du billet que je lui avait consenti lors du dernier règlement de compte. Mais, au lieu de cet avertissement qui eût été charitable et juste, je “eçus une poursuite au civil. Je payai donc, sans délai, la balance du billet complètement échu, et en sus, la somme de quinze piastres, montant de l'erreur commis par les arbitres; ce que je croyais lui devoir

À en bonne conscience, me fondant pour cela, sur ses

PA SERRE PART AETE oratar e M 0

Tu

propres documents, Mais, il fit continuer la poursite, en me causant des frais énormes, produisit des témoins sur ma prétendu admission, que je lui devait un plus haut montant, et me fit condamner à le lui payer, sur ce principe, que j'était lié par le billet promissoire et par la dite admission d’un plus haut montant.

Alors mon procureur m'avertit, que M. Casgrain avait donné contre moi, “les instructions les plus sévères et les moins miséricordieuses ” pour me faire payer de suite, la balance de sa reclamation et les frais : ce qui me mit dans une gêne inexprimable.

J'avais toujours espéré, que mon Evêque ferait apporter devant lui, cette affaire d'un prêtre contre un autre prêtre, surtout comme il avait paru le vouloir dès le coumencement, et que je m'y soumettais et le désirais ardemment, pour l’examiner attentivement, et rendre justice à qui de droit

Il eut été si facile de cette manière d'éviter cette “ flétrissure publique et ce déshonneur qui rejaillit sur tout le corps du clergé.” Cette flétrissure et ce déshonneur, Sa Grandeur les a donc voulu, l’a per-

mis, etils ne sauraient m'être imputé.

Tel est le procès injuste et malhonnête que je suis accusé d'avoir soutenu. J'ai succombé, il est vrai, mais ce n’est point la première fois, depuis Jésus Christ jusqu’à nous, que l'innocent est condamné et que le coupable triomphe.

Ce n’est point la seule fois que j'ai eu a souffrir de ce confrère. Il.a, en bien des occasion, tenté de détourner mes engagers du service; ce qui dans les lois de notre pays constitue une faute punissable par l'amende. Voilà un fait en autre, bien propre à dé-

DA GNT nn

PER er

montrer la conduite extravagante de cet homme. 1» mense auguslo, anno millesimo octingentesimo sexlo, inter pium exercilium spirituale, vulgo, retraite in Seminario Quebecensis, furtivè abiit et vadit in paræciam meam, et famulum meam, sine licentid adduxil in domum secularis, per lolam noctem, in fidelium scandalo. Procul dubio, hanc agendi rationem, tantummodo tenuit, ut eam in famulatui suo induceret, cum mihi detrimento et injurid. J'en fis avertir l'Evêque avec toute la charité et les précautions possibles, cependant cela n'empécha point qu'il fit encore des tantatives dans le même sens.

Il est une chose digne de remarque et qui frappe naturellement dans la réprimande que m'adresse l'Evêque, c’est qu'au lieu d’être faite avant de me laisser consommer cette injustice, comme il le dit, elle ne vient qu'après l'événement du procès. Voulait-il donc, s’il était convaincu de ma culpabilité, où me trouver plus répréhensible, si j'eusse remporté la victoire, ou m'humilier d'avantage en me voyant succomber.

Sa Grandeur me dit, que j'ai agi “ contre ma conscience.” Et qui mieux que moi peut juger de ma conscience ? Je croyais ma défense, et je la crois encore, juste et légitime. “ Contre les conseils de mes confrères et de mes amis.” Je n’en connais aucun qui m’ait conseillé de ne point me défendre contre mon persécuteur ; car jusqu'au moment du procès, j'ai gardé la dessus, le silence le plus absolu. ‘“ C’est un déshonneur qui rejaillit sur tout le corps du clergé.” Il pouvait facilement étre empêché, puisque je demandait à être jugé par Sa Grandeur elle-même. Et pourquoi m'en imputer la faute, à moi, et à moi seul, quin'ai fait que me défendre ? On afige celui qui est déjà aflligé, ct on frappe sur celui qui a été le plus faible, et qui a eu le malheur de succomber.

Page 1