‹ Mémoire au roi et aux deux chambresChapitre 10 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si, après plus de cinquante années de bons et utiles services, je suis non-seulement traité avec une entière indifférence , mais même avec dédain ,mais même intentionnellement vexé et tourmenté , ce n’est pas la faute de la Patrie : la Patrie n’est pas ingrate. Ce que j’éprouve est le fait d'un très-petit nombre d’individus, qui, dans les emplois qu’ils occupent , et desquels dépend le sort des administrés et la terminaison des affaires, ne songent qu’à eux , et traitent avec le mépris le plus parfait et la plus grande insouciance , tout ce qui n’est pas de leur intérêt personnel , ou dans le cercle de leurs vues particulières.

Non , la Patrie n’est pas ingrate ; ils ne m’empêcheront pas d’aimer ma Patrie, et de désirer constamment de lui être encore utile, sinon par des missions actives, administratives et extérieures, comme par le passé , du moins par les idées que je peux donner, et par quelques lumières que je suis dans le cas de répandre sur les opéra-

lions tentées ou projetées , dans un département et dans des localités qui ne sont pas à la portée de beaucoup de personnes.

Dans cette ferme et intime persuasion où je suis, de pouvoir être de quelque utilité , par les nombreux renseignemens que j’ai acquis, par mes services variés dans la Marine, et dans les établissemens lointains et coloniaux , par la connoissance que ces voyages et résidences mont procurée des hommes et des choses, et des circonstances de ces contrées, j ai plus d’une fois insinué, soit par écrit , soit verbalement , à quelquesuns des Ministres de Sa Majesté, le désir de mé voir rétablir dans le Conseil d’Etat, où j étois dès la première formation , et où je serois probablement encore , si je n’avois pas été chargé de tant de missions outremer, et si elles ne m’avoient occasionné de longues absences pour le service de l’Etat. On m’a donné, à cet égard, de bonnes paroles et des espérances qui ne sont pas réalisées , et , en attendant , je souffre , et suis sans secours ni attentions du Gouvernement.

Ayant supporté avec patience et résigna- • • ^ ^

tion, jusqu à présent, les longueurs, les

délais , la nullité d’action , dans les décisions ministérielles , à l’exception de celles du Ministère de la Marine, pour me tourmenter, me priver de ce qui m’est dû , et me faire payer ce que je ne dois pas , il faudra bien , malgré la lenteur, l’embarras et l’exigence des formes , qu’en définitif le Ministère des Affaires étrangères , dans lequel a été rempli mon dernier service , accorde au serviteur de l’Etat, qui compte cinquantecinq années effectives de service, un traitement analogue à son grade acquis, et à ses dernières fonctions, et enfin une pension bien légitimement acquise, si on ne continue pas de m’employer.

Je sollicite cette prompte détermination , et qu’on me laisse , au bout d’une pénible carrière , jouir en paix d’une mince retraite, et que l’on cesse de me retenir ce qui m’appartient en propre , sous un faux prétexte et une supposition erronée , je bénirai l’autorité, et ferai des vœux pour la Patrie.

Eh ! bien , dans cette dernière supposition même, d’être borné à une chétive pension presque pour tout bien, je préférerai encore me rendre utile par quelques travaux

analogues à mes connoissances et à mon expérience dans les affaires coloniales et maritimes , et je préférerai même rendre au Gouvernement de nouveaux services, en compensation d’une pension , quoique bien

gagnee et bien légitimement acquise pour les services passés.

Je repousse l’idée d’une oisiveté et d’une inutilité qui m’est pénible , et à laquelle je ne suis pas accoutumé.

Cest pénétré de ce sentiment profond de 1 amour de la Patrie, que j’ai osé présenter à l’auguste Chef de la Nation , et aux deux Chambres, qui sont le plus ferme soutien du trône et de la prospérité nationale, ma pénible situation, bien persuadé qu’il suffira de la faire connoître pour la voir cesser, et pour ne pas laisser continuer plus long, temps un traitement injuste et barbare, envers un ancien et louable serviteur de l’Etat : ce seroit un exemple bien funeste pour quelques-uns de ceux qui, commençant leur carrière, n’auroient pas une vertu à toute épreuve, et à 1 abri de toute séduction.

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