TOURNAI
« Tournai , selon Braun , a toujours été une ville grande , » florissante et livrée au commerce. Ses artisans ont une » facilité merveilleuse d'invention, de sorte que si quelque » marchandise vient à tomber en désuétude, ils imaginent » de suite quelque chose de neuf (i) Ils fabriquaient prin- Sergri cipalement des serges et composaient soixante -douze corps de métiers (a).
Les habitans de Tournai, ainsi que l'a observé Masson, atrohr. étaient d'un esprit remuant et ami du trouble. En i4?5 les
(i) Braun, tom. II, liv. 4. 9.
(a) Guicciardin , première édit. orig., p. a43. — Gramaye, p. ar6.
G(j DU COMMERCE,
Peiie.
Traité*.
tisserans, les foulons et les serruriers se révoltèrent. En i4a6 la peste qui régna plus de quatre mois dans la ville, la dépeupla : les citoyens les plus aisés se retirèrent en Flandre, en Hainaut et en Artois (i). Pour surcroît de maux, déchirés au- dedans par la sédition, ils étaient au- dehors assiégés d'ennemis. Cependant ils ne négligaient pas leurs affaires. Comme leur ville ne subsistait que du commerce de la Flandre et du Hainaut, et que le duc de Bourgogne interceptait toutes ses relations, ils firent, sous le consentement du roi de France, divers traités avec Philippe. Quelques députés se rendirent à Bruges, où le duc tenait alors Riche»*. ^ cour c t , moyennant la somme de 7000 écus d'or , ils négocièrent une trêve jusqu'à la S^ean-Baptiste de l'an i4a5, laquelle fut prorogée jusqu'à pareil jour de l'an 1426.
La seconde trêve étant expirée, on en obtint une troisième de deux ans, finissant le même jour de l'an »4a8; elle coûta 1 5,ooo écus d'or; mais il y eut plus de difficulté pour la quatrième, et ce fut à cause de l'imprudence de quelques Tournaisiens qui avaient pensé surprendre Mortagne, sous prétexte que cette place faisait partie du Tournait. Enfin le duc, fatigué de sollicitations, étendit la trêve à un terme de six années , c'est-à-dire , jusqu'à la SWean-Baptiste de l'an i434, moyennant 31,000 écus d'or pour la première année, et pour chacune des cinq autres 10,000. Les impositions extraordinaires auxquelles il fallut avoir recours, produisirent de cruelles révoltes, mais on céda à la nécessité. Le duc se rendit moins difficile à l'époque du renouvellement du traité, qu'il confirma pour six ans, en i434 et qu'il acc orda pour 6000 écus de moins
li) Cousin, tom. IV, pp. ao3— ao4— ao6.
que le précédent. Le roi de France ratifia ces conditions le 29 juin de la même année (1).
En 1437 Tournai fut désolée par la famine qui dura ttaint. jusqu'en 1439; on prohiba la sortie des grains, et même à Gand on défendit de brasser de la bière et de nourrir des chiennes, si elles n'étaient châtrées (a).
Tournai avait une monnaie fort renommée. Le 27 octo- ■*«■««•• bre i447 ■» Charles VII ordonna que, sans avoir égard aux lettres du mois de mai précédent, on continuât à Tournai, à fabriquer les monnaies d'or conformément aux lettres de janvier i44f (3); « c'est-à-dire que les écus d'or y fussent » faits, ouvrés et monnayés à 23 karats et demi, ^ de karat » de remède ; et que de chacun marc d'or qui y serait li- » vré, fût donné 71 écus et un onzième d'écu d'or (4). »
Tournai donna plus d'un témoignage d'attachement à Louis XI, ce Tibère de la France. Elle lui prêta même 20,000 livres pour le rachat des villes situées sur la Somme, engagées au duc Philippe de Bourgogne par Charles VII (5).
Quelques plaisanteries des Tournaisiens, auxquelles Charles, surnommé le Téméraire, fut trop sensible, engagèrent ce prince à défendre, sous peine de la vie , à ses sujets de Flan- »<:». dre et de H ai 11 au t, de communiquer avec Tournai. Cette ville éprouva alors les angoisses de la disette. Le beurre y valut
(1) Histoire de la ville de Tournay. La Haye, 1750, pp. 275—276. (a) Cousin, tom. IV, p. 217.
(3) Ordonn. des rois de France, tom. XIII, p. 5i4.
(4) M., tom. XIV, pp. iai — 3*7 — 357 « 358.
(5) Hist. de Tournay , p. a83.
jusqu'à trois sols la livre. On envoya douze députés au duc qui , dans sa colère, faillit à leur faire appliquer sur le front un fer chaud aux armes de Bourgogne. Mais ces députés, après plus de trois mois de prison, furent renvoyés, et obtinrent levée de la défense (i).
Friviiégt. Le roi de France, en , pour récompenser Tournai de son zèle et l'indemniser de ses pertes , exempta du droit d'aubaine les étrangers qui y viendraient L'année suivante les habitans traitèrent de nouveau pour le commerce avec Charles, et le aa octobre 1478 avec Maximilien (a).
Il paraît que cette ville était fort déchue, si Ton en croit une complainte, publiée en son nom en 18M ou i477i et rapportée par Cousin. Entre autres sujets de doléance, elle déplore la solitude qui accompagnait les fêtes de la vierge :
Or voicy l'année présente ,
Et la procession venue,
Flandres, ne G and ne s'y présente , etc. (3)
Pu*. En i5io, la peste justifia ces plaintes (4); trois ans après les Anglais assiégèrent Tournai, la prirent et exigèrent 100,000 ducats pour le rachat des biens et de la vie des habitans. L'an i5i8, ils la rendirent aux Français; enfin, elle passa sous la domination de Charles-Quint. Son commerce prit un nouvel accroissement et même, en i543, les consaux ordonnèrent de couvrir de tuiles les maisons jusqu'alors couvertes
(1) Cousin, tom. IV, p. a3G.
(a) Hiât. de Tournai , pp. 187 , a88 — 398.
(3) Cousin, tom. IV, p. 349.
(4) id p. 274.
de paille ( 1) ; ce qui fait présumer que plus d'aisance s'était répandu dans les classes inférieures du peuple.
Cest à la fin du seizième siècle que Braun écrivait l'éloge que nous avons rapporté.
La FLANDRE FRANÇAISE rivalisait de richesse avec la «i« h Flandre proprement dite; sa population était considéra- f " D " ble; ses moindres bourgs ou villages renfermaient 4oo, 1000, i5oo, 2000 habitans et même plus; les uns occupés dans les champs, les autres à filer le lin ou à tisser différentes espèces de toiles et de draps (a).