LILLE
Lille tenait le premier rang après Anvers et Amsterdam , et même elle avait eu le pas long-temps sur celle-ci. Elle commerçait avec la Livonie, la Pologne, la Norwége , le Danemarck, la Moscovie, la Frise, la Hollande, la Zélande, TÉcosse , l'Angleterre , l'Irlande , la France , et recevait des marchandises de l'Espagne, des Indes, de l'Afrique, de la Sicile et de l'Italie. Les mulets de transport de la Suisse et de la Savoie, les chariots de l'Allemagne, de la France, de la Lorraine, de la Bourgogne et du reste de la Belgique, lui apportaient une foule d'objets de négoce. Elle avait une foire solennelle et privilégiée le lendemain de la fête de
(1) Cousin , tom. IV, p. 394.
(a) Guicciardin , première édit. orig. , p. a4o. — Marchant, p. i"»;. — Buzelin, Gallo-Fl., sacra et prof., p. 3.
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St -Jean-Baptiste, à laquelle pendant cinq jours, tous ceux qui avaient contracté ailleurs des dettes ou commis quelque délit, pouvaient venir sans craindre dëtre arrêtés. On venciie^Dx^tcdait aux marchés ordinaires des chevaux, des moutons, des bœufs. Depuis la St.-Remy jusqu'à la St.-Martin, il y arrivait une si énorme quantité de bœufs, qu'on en vendait jusqu'à aooo et plus en un seul jour. Il se traitait aussi sur cette place qui refluait d'étrangers, de grandes opérations oaa t t. de change, avec la plupart des pays que nous venons de Métier» nommer. Parmi les différens métiers, les principaux étaient les teinturiers , les tondeurs, les peigneurs, les cardeurs et les pareurs de draps. Leur multitude égalait leur opulence : ils excellaient à employer la cochenille. Les deux autres classes comprenaient les fabricans d'étoffes de laine plus légères. Elles étaient plus considérables que les précédentes et occupaient presque le tiers de la ville. Ceux qui les composaient s'appelaient sayetiers et bourgetiers{i). Les premiers faisaient delà serge et de la saie; les autres de la bourrette ou du bourrât M.nor.cf r«. ou bourrache , étoffe très-légère de laine et de coton. Leur travail était subordonné à la surveillance de deux tribunaux : celui de la Vingtaine et celui de la Perche, qui tenaient la main aux ordonnances et apposaient la marque aux étoffes qui n'y contrevenaient point (2). La saie ne pouvait être que blanche; le bourrât verd ou rouge ou d'une autre teinture. On confectionnait encore d'autres tissus appelés changeant , à cause de leurs couleurs, des gros-grains , à la manière du Levant ; de la soie faite avec la matière première
(1) Bourrachers, Ducange, Gloss. in voce Bouratium, p. xaGa.
(a) Guicciard., p. a4o, prém. édit. — Buzelin, Galio-Fl. p. 5i3, ici. pp. i3, 14.
qu'on tirait de l'Espagne (1), et des trippes, sorte de velours qui semble être de soie (a).
Depuis plusieurs siècles Lille était commerçante et riche. Guillaume Le Breton que nous avons déjà cité, en parle ainsi :
losula villa placent, gens callida lucra sequendo , Insula quae nitidis se mercatoribus ornans , Régna coloratia illuminai estera pannia, Undè reportanlur solidi , quibus illa superbit.
En i454t fat célébrée à Lille la fameuse fête connue sous M* *■»»»• le nom du Faisan d'or, qui fait connaître la magnificence Mndor ' de la cour de Flandre, et se rattache à l'histoire du commerce, en mettant sous nos yeux quelques chefs-d'œuvre des arts et du luxe. Olivier de la Marche est entré à ce sujet dans des détails très-circonstanciés au chapitre XXIX du premier livre de ses mémoires (3). Un moderne en a fait une analyse , insérée dans la Collection universelle des Mémoires particuliers, relatifs à l'histoire de France, avec un supplément tiré de Mathieu de Coucy (4). L'ancienne bibliothèque de Bourgogne possédait un très-beau manuscrit, orné de miniatures et qui contenait la description de cette fête. Nous remarquons dans la narration d'Olivier de la Marche, de magnifiques vêtemens de soie, brodés d'or ou d'argent; de velours sur velours, de damas, de drap d'or fourré de martres, et de satin ; des vases de cristal , une
(t) Meyer, rerum Fland., fol. 43.
(a) Buzelin , ubi suprà.
(3) Voir l'édition publiée en i56a, et placée à la suite de la Chronique de Flandre, dont Denys Sauvage a été le continuateur.
(4) Tom. IX, p. i etaeqq. Buzelin, Annal, pp. 4 1 5, et seqq.
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quantité immense de vaisselle d'or et d'argent, d'ouvrages d'orfèvrerie et de mécaniques, etc.
Priviirgn ^ n l ^7^i ceux de Lille obtinrent de l'archiduc Maximilien et de la princesse Marie , sa femme , confirmation de leurs privilèges (i).
Charles V porta en i5ao un édit sévère contre les brasseurs à la demande de la régence et des trésoriers du prince. Il prit ensuite d'autres mesures contre ceux qui , affranchis de l'impôt mis sur la bière , abusaient de leur immunité (a).
Lille , qui fut presque toujours étrangère aux troubles civils, n'en ressentit pas les suites, et en i6o5 elle agrandit l'enceinte de ses murailles (3).