‹ Mémoire couronné en réponse a cette question proposée par l'Academie Royale de Bruxelles Quel a été l'état de la population, des fabriques et manifactures, et du commerce dans les provinces des PaysBas, pendant les 15me et 16me siècles? Par Fr. baron de ReiffenbergChapitre 25 sur 84 · SEIGNEURIE DE MALINES · texte numérisé non relu

SEIGNEURIE DE MALINES

Gramaye compte à Malines 44 métiers dont six seulement entraient jadis au conseil, savoir : les boulangers, les brasseurs, les charcutiers et les bouchers; on y joignit ensuite les corroyeurs et les poissonniers. Le nombre des drapiers était tel qu'en 1370, ils occupaient 3aoo métiers. Que seraitce si l'on pouvait compter les lainiers , les tondeurs de draps, les brodeurs, les tisserands, les faiseurs de matelas, de bonnets et de ceintures, etc. (a)?

Le 1 5 avril 1 4og , Jean duc de Bourgogne accorda deux foires Foirw. annuelles; le 20 du même mois le roi de France confirma ce privilège et déclara qu'il prenait les habitans sous sa sauve-garde (3).

L'année suivante se réveilla l'ancienne querelle qui exîs- é«»p« tait entre Malines et Anvers pour le droit d'étape; Jean duc de Bourgogne et comte de Flandre favorisait la première, Antoine duc de Brabant la seconde, et avec une telle animosité que ces deux princes furent divisés pendant quel-

(1) Mém. de l'Àcad., tom. V, p. 74.

(a) Gramaye, Mechl., p. 1a.

(3) Ordonn. des rois de France, tom. IX, p. 4*8.

que temps. Les Anversois construisirent un fort près de Rumst et firent beaucoup de mal à leurs adversaires (i).

Charles le Hardi, ayant pris Dinant, transporta en i46a une colonie de chaudronniers à Malines. Mais bientôt ils retournèrent chez eux (a). Ce fut aussi pour favoriser Malines que ce prince y institua son parlement. En i475,pour la récompenser des services que ses habitans lui avaient PriùMge». rendus au siège de Nuys, il les combla de privile'ges jusqu'à exciter la jalousie de leurs voisins , et les exempta de divers impôts ainsi que de tout droit de douane, excepté de celui qu'on payait à Gravelines, lequel était considérable, parce qu'alors c'était le passage des marchandises d'Angleterre. Cependant en \:\S\) , au mois d'octobre, Maximilien et son fils Philippe leur en firent la remise (3).

OmH«* En i3i6 il s'établit à Matines un chantier de construcr«dSr*ti° n > ^ ort en réputation depuis. Gramaye ajoute que sous clocbe* et de les princes de la maison de Bourgogne , il y avait à Malines des fonderies de cloches et de canons (4)- Guicciardin et Braun en parlent comme d'une industrie contemporaine, c II » n'y a pas d'endroit , dit l'auteur [italien , où l'on coule » si habilement l'artillerie de bronze ; on y fait aussi toutes » sortes de barques et de bateaux. C'est à Malines qu'est » l'arsenal du prince, où se trouve une quantité immense

(i) Haraeus, Ann. Amy. i6a3, fol., tom. I, p. 378. (a) Gramaye , Mechl. , p. ia.

(3) Van Gestel, Hist sac. et prof. Arch. Mechl. Hagœ Comitum , 1725, in fol., p. a a. — Voy. plus haut, pag. 64, art. de Gravelines.

(4) Gramaye, p. ia.

» de pièces d'artillerie de fer et de bronze , d'instrument » de guerre , de ponts , de chariots et de munitions ; 1 ). » La foudre ayant, en i546, mis le feu à une tour qui contenait plus de 700 banques de poudre, l'explosion faillit à abîmer toute la ville. Pontus Heuterus a recueilli de longs de'tails sur cet événement (a).

Les drapiers qui, enorgueillis de leur puissance, avaient Dwpim causé plus d'une fois des désordres et en avaient été punis par la privation d'une partie de leurs privilèges , étaient fort diminués en i568; cependant leur corporation s'appelait encore le grand métier. Les tisserans , les teinturiers et les cor- iwtni . royeurs jouissaient d'une grande aisance. Ceux-ci, surtout, Teintum» , faisaient à eux seuls presque le quart de la bourgeoisie. Entre roTeor * autres privilèges, ils avaient le droit d'aller à la chasse de toute espèce de gibier, ainsi que les seigneurs et gentilshommes (3).

Malines souffrit beaucoup pendant les discordes civiles. En 157a le duc d'Albe la fit piller pendant trois jours, malgré l'intercession du clergé et de l'évêque d'Ypres, et l'on y commit plus d'excès que dans une ville prise d'assaut. Les marchands d'Anvers donnèrent à cette occasion un grand exemple de générosité. Les soldats avaient porté presque tout leur butin dans cette ville et le vendaient à vil prix. 1 Quelques marchands, sur la proposition d'un jésuite , rachetèrent tous les objets qu'ils rencontrèrent, pour une somme modique, et les rendirent au même prix aux anciens pro-

(1) Première édition orig. p. i5i. — Braun, tom. I. (a) Rer. Aust, p. aga. — Je* a Christoval, fol. ai5. (3) Guicciardin, I. édit. orig. p. i5t. — Pontus Heut rerura Burg. p. ia6\

priétaires. Les effets dont les maîtres ne se représentèrent pas, furent distribués aux pauvres, et l'on envoya même des secours à ceux de Malines qui avaient le plus souffert. Le jésuite Strada qui raconte ce fait, semble en rapporter tout l'honneur aux Jésuites. Van Meteren au contraire prétend que les fils d'Ignace bâtirent leur maison d'Anvers avec les dépouilles de Malines que les Espagnols leur avaient abandonnées en partie (i). Au reste, il vaut mieux conseiller des actions généreuses que d'armer le bras de quelques fanatiques (a).

Malines , s'étant déclarée pour le roi, eut encore d'autres désastres à essuyer. Le 9 avril i58o, elle fut de nouveau pillée par les Anglais au service des états, et les gens de Tympel, gouverneur de Bruxelles. Les Anglais se distinguèrent par la licence la plus effrénée (3).

Page 1