LOUVAIN
Louvain dans le XIV siècle était une des villes les plus importantes de la Belgique. Tous les écrivains ont répété qu'en i3ij il s'y trouvait deux mille quatre cents métiers Dr, P i « T » de drapiers , dont chacun employait au moins 3o à 4<> personnes, et qu'en i35o ce nombre était allé à 4ooo (1). Les marchands de Francfort, de Paris et de Londres assiégeaient Louvain. Les nobles mêmes y fabriquaient des draps. La toile y était d'une qualité supérieure (a). Mais les sédi- saitiom. tions dont cette ville fut le sanglant théâtre, détruisirent le commerce. En i36o les drapiers se soulevèrent contre les patriciens, à la voix d'un nommé Cou te ici le. En 1879, les rebelles précipitèrent leurs magistrats par des fenêtres, sur des piques dressées pour les recevoir. Le duc Wenceslas entra dans Louvain , en maître irrité ; on mit à mort quelques mutins , on désarma les autres ; le plus grand nom-
(1) Lipsius oper. tom. III , p. 771. — Gramaye, Lovan. , p. 14. — Loyens p. 24. — Théâtre Profane de Bribant , p. 11. — Divins dit 3 000 dans ses Res Lovanienses , p. n6, et 4ooo dans ses Annales, p. (4; c'est sans doute une faute d'impression.
(a)Divœui in Ann., p. 14. Lot. 17^7 fol. — Mém. couronné en 1777.
tfa DU COMMERCE,
bre se sauva en Angleterre, où ils portèrent l'art de la draperie, et la ville se dépeupla peu à peu (i). Ce fut pour réparer ces désastres que le duc Jean IV y fonda une université. Le Pape Martin V délivra les bulles nécessaires en i4a5.
Cependant en 1477 il s'éleva une nouvelle sédition cùm motu minisque magis, dit Juste Lipse, quant prœsenti noxâ. Les vignerons que Divaeus appelle ultima fœx plebù, peutêtre pour avoir le plaisir de faire un bon mot, entraînés par un boucher nommé Paul Loenkens , se joignent aux drapiers et aux bouchers, tandis qu'on délibérait sur le mariage de Marie avec Maximilien. Cette princesse elle-même qui venait se faire reconnaître suivant l'usage, vit son au torité bravée par les factieux. L'arrivée de Maximilien les retint dans le devoir; mais l'archiduc ne voulut prendre aucune mesure de rigueur avant son mariage ; aussi dès qu'il fut parti, les satellites de Loenkens reprirent-ils leur audace. Engelbert de Nassau, sénéchal de Brabant, accourut avec ses troupes. Loenkens s'enfuit en Zélande, où ayant été reconnu , il fut exécuté. Un grand nombre d'habitans , fatigués de ces discussions , se retira aux champs ou ailleurs. La somme énorme de ai,83o livres tournois à laquelle on imposa Louvain, acheva la décadence de cette ville (2).
vu,.. Nous venons de voir les vignerons jouer un rôle dans
(1) Lipsius ubi supra, pp. 778 et 787. Divams, rerura Lot. pp. 1x7, laa. — Ann. pp. aa, a3, 4. — Valer. Ann. Fast. Acad. p. 4.
(a) Lipsius ubi sup. p. 783. — Divœus, rer. Lov. p. iaa. Ann. p. 58. — Gramaye, p. 5. in Lov.
les troubles de Louvain. André Re&endius parle ainsi des campagnes voisines :
Jam quidquùl babet déclive Ly*o Colle viret.
Ortelius ( in Theatro ) confirme cet éloge : « Hujus terri- » torii beneficio hoc honoris accedit, quod de Vindemiâ glo- » riari quoque potest. » Il est vrai que, dans un autre endroit, il s'exprime moins honorablement sur le compte de ce vin : « situs amaenus, scu quem silvae , seu altis in » col li bus vineta délectant , et vina quidem < juje securus » bibat musarum alumnus (i). » Barlandus va encore plus loin : < cujus vini ea natura ut non facile inebriet, non » facile ad arma protrudat, et luctam veneream. Bibant hoc » vinum initiati, quos divinae litterse perpetuô sobrios et » continentes esse volunt (2). » Molanus parle aussi de ce vin dont Divaeus prend chaudement la défense : généreux exemple suivi de nos jours par un de nos compatriotes , qui prétend nous gratifier de la vigne. « Compertum tamen, » dit Divseus, aestatibus calidissimis , si uvae sub caniculo » maturescant, vina Lovania vehementissima esse, adeô ut » amphore una plus inebriet, quàm Rhenani aut Francici » binae, etc. etc. (3). »
(1) Ortelii et Vivianï Jùner.ad Divci opéra, p. 3.
(a) Germait, infer. urb. Gaulog. Braun a copié ce passage , tom. a.
(3) Cleynarts dans ses lettres s'exprime ainsi: — «Quid? nihil domi habetis aquœ ? — En tibi sei hydrias plenas*, indè jumentis subventum est tanti liberalitate hospitit, ut in singula capita imputaret tema regalia , hoc est eorum symbolum qui Lovanii politant vinum vemaculum.» Edit. d'An*. i566, p. ai.
En i535 Charles- Quint accorda à la ville de Louvain l'étape des vins étrangers (i).
§ HOUGAERD.
1 <"- Ce n'est pas le vin, mais la bière qui a fondé la réputation de cet endroit. Goropius Becanus,en i 5Gg , fait un éloge magnifique de la bière d'Hougaerd. Rien , dit-il , n'est plus propre que ce breuvage à dissiper les sombres vapeurs du cerveau , à exciter la gaieté , à inspirer la poésie et l'amour, et à remplacer le vin. « Hogardicâ cervisiâ nihil est » ad cerebrum tristîbus cogitationibus exuendum pnesentius, » nihil ad hilaritatem , ad carmina modulanda , ad amores et » csetera qua? largos vini cyathos sequuntur , plus habcns j> incitamenti (a). » L'empereur Julien n'aurait pas été de cet avis, lui qui dans une épigramme a si fort maltraité la bière (3).
Ses draps étaient renommés longtemps avant l'époque qui nous occupe. Un édit du roi de France, de 1376, prouve qu'ils étaient plus estimés que ceux des autres villes (4). Des lettres de Charles VI, du ao juillet 1399, favorisent les
(1) Gramaye in Lot., p. i3.
(a) Goropius, Becan. orig. Antv. ex off. Pl. . in-fol. p. 9a. Ce passage est copie dans Braun Civit. orb. ter. tom. II, Jnd. lit. III, in voce Thenee.
(3) Vid. Plin. Hist. nat. ed. Hard. t. I, p. jzg , $. XXIX. 2, et Desroches, Hist. anc. de la Belg. p. aai.
(4) Analyse du Mém. de M. VerhoeTen
draps de Bruxelles, de Malines et de Lière et leur donnent l'entrée exclusive à Provins (i).
En i444 on passa pour la première fois au plus offrant Aed.». l'amodiation des accises de la bière , pour la somme de 37,3oo florins par an (a).
On bâtit en i463, sur les remparts, une grosse tour ronde nommée tour des drapiers, wollendries-toren.
La ville de Nuremberg obtînt vers 1467 , du duc de Comn*re* Bourgogne, l'exemption du droit de thonlieu, pour toutes £* Norem ' les marchandises qui viendraient de cette ville jusqu'en Brabant et à Anvers. En reconnaissance de cette concession, ceux de Nuremberg envoyaient tous les ans au chancelier et au conseil de Brabant, une grande épée antique et une lettre de compliment de la part de leur régence (3).
Le duc Philippe le Bon avait permis aux habitans de m^nion. Bruxelles, par une ordonnance du 19 novembre, d'approfondir et d'élargir la Senne par tout le Brabant, pour l'avantage de leur commerce. En i477 l a princesse Marie accorda le second octroi pour établir la navigation de cette rivière, jusques dans le Rupel et l'Escaut. Ce projet avait été agité sous Charles le Hardi; mais la guerre y avait rais obstacle et l'opposition de Malines en retarda l'exécution.
En i486 l'archiduc Maximilien et Philippe son (ils, accor-
(1) Ordonn. des rois de France , tom. VIU, p. 33a.
(2) Annales MSS. de Foppens , à la bibl. roy. de Bruxelles.
(3) Note MS. de labbé Mann.
loim. dèrent à ceux de Bruxelles deux foires franches par an t dont l'une pendant la semaine qui précède la Pentecôte et l'autre pendant les deux semaines qui suivent la fête de S'-Luc, au mois d'octobre.
privai,, m- Quelques bourgeois ayant, durant les guerres civiles, introduit dans la ville, Philippe de Clèves avec 5oo cavaliers, Maximilien dépouilla Bruxelles du privilège de thonlieu et d'étape, par ordonnance du 28 décembre i488 et le transporta à la ville de Malines (1).
Boucher». Le corps de métier des bouchers fit défense à tous les bouchers étrangers de vendre de la viande les vendredis, jours du franc marché. Ceux-ci, protégés par le magistrat, obtinrent en i5ia des lettres de maintenue du conseil de Brabant (a).
Kedtet - En i5i 5 il y eut de nouvelles discussions entre le clergé et les magistrats , touchant l'exemption des accises du vin et de la bière, que le premier revendiquait comme un droit. Charles qui n'était encore qu'archiduc, donna en son conseil le i3 de janvier de cette année une ordonnance qui se trouve dans le Luyster van Brabant, et par laquelle il fut réglé que le chapitre de St'-Gudule aurait une cave à l'usage du clergé, où l'on pourrait mettre, sans payer de droits, 120 aimes de vin du Rhin par an ou le double d'une moindre sorte, avec 1200 tonneaux de bierre, et que les accises seraient exigées pour l'excédant.
(») Harœus, tom. II, pp. 477 et seqq. Mann, à ces différentes dates, (a) Luyster van Brabant, III Deel, bl. 84.
Ceux de Bruxelles voulaient creuser un canal et le con- c.»»' duire par la Senne, en traversant une partie du territoire de Malines. Les habitans de cette dernière ville prétendaient maintenir leur droit d'étape et de thonlieu sur la Senne, dont ils défendaient le passage , près du village de fia tien, par une chaîne de fer qui la traversait, et une redoute. Une sentence du 7 juin i53i donna gain de cause à Malines. Les Bruxellois, avec le consentement des états du Brabant, se résolurent à creuser leur canal entièrement sur le territoire de leur province, c'est-à-dire qu'il devait côtoyer la Senne depuis Bruxelles jusqu'à Vilvorde ; ensuite laissant à droite cette rivière et le territoire de Malines, se diriger presqu'en ligne droite sur le village de Willebrouck , visà-vis de Boom, l'un et l'autre sur le Rupel ; de sorte que le canal aurait eu une étendue de cinq lieues qui se seraient réduites à quatre si Malines eût été le terme de son cours. Néanmoins les Malinois ne s'opposèrent pas moins à cette résolution, alléguant le préjudice que leur porterait l'exécution de ce plan. Le différend ne fut vidé qu'en i55o (1). A l'occasion de l'ouverture de la navigation , le magistrat proposa des prix en faveur des bateaux qui arriveraient les premiers, et avec les meilleures marchandises. Les Anversois vinrent avec treize bateaux et remportèrent le premier prix : les autres furent donnés aux habitans de Gorcum et de Zirykzée (a).
Jean Christoval Calvete de Estrella , Braun et Guicciardin , tv dans sa description des Pays-Bas, dont la i re . édition parut
(1) L'abbé Mann, tom. I, p. 10a.
(a) Id. p. 114.
en 1567, vantent les tapisseries de haute-lisse ou à l'aiguille, de soie d'or et d'argent , que l'on travaillait à Bruxelles avec une perfection admirable : ils n'omettent pas non plus l'ha- Armarifr.. bileté des armuriers, dont les harnois d'un travail achevé, étaient, par leur trempe, à l'épreuve de l'arquebuse ( 1 ). Braun compare ces armes aux boucliers d'Achille et d'Hercule que décrivent Hésiode et Homère (2). Quand on considère tout l'attirail qu'il fallait encore au XV« siècle pour l'attaque et la défense; quand on se souvient que les citoyens étaient armés, que les châteaux étaient des forteresses, on se persuade facilement que la fabrique des armes était une branche de commerce très-fructueuse. Charles le Hardi entretenait à sa solde deux mille deux cents hommes d'armes , en y comprenant les Archers, gens de pied armés, arbalétriers, coulevriniers et picquenaires. Un chevalier maître de l'artillerie, dirigeait cette partie. Ce seul article coûtait 60,000 livres par an. Le duc avait 3oo bouches à feu, sans compter les arquebuses et coulevrines, 2000 chariots servaient au charoi de l'artillerie (3).
En 147 1 ce prince leva un corps de huit cents chevaux. Chaque cavalier était bardé et armé de pied en cape : il tenait en main une lance forte et pesante, avec laquelle il s'efforçait d'enfoncer l'ennemi. Quand elle était rompue, il se servait d'un sabre large mais court et à deux tranchans, d'un maillet de fer, d'un pistolet et principalement d'une
(1) Guicciardin, i'«.édit. , p. 58.— Viaie del principe , fol. 89. (a) Braun , in Brux.
(3) Estât de la maison du duc de Bourgogne, par Olivier de la Marche Coll. de Mém. tom. IX, p. 349*
AUX XV ET XVI SIÈCLES. 8g
hache avec laquelle, sautant à bas de son cheval, il faisait l'office d'un fantassin, quand la nécessité l'exigeait (i). Meyer décrit à peu-près de la même manière l'équipement d'une armée levée en Flandre en i j 1 1. » Armantur casside, collirio, » loricâ, p cetera li bus , brachiliis, manicis, chyrothecis ferai reis, ac super haec sinu ferreo super loricam ferè usque » ad genua deducto. Nulli armorum quicquam deest. Fuêre » autem suprà XXV millia virorum pugnatorum, hastis, se- » curibus, malleisque instructi (2). » On jugera d'après ces détails de l'étendue du métier d'armurier à cette époque.
Bruxelles fut le berceau de la révolution qui divisa les B<™i<»iioo. provinces Belgiques. De Thou vint alors dans cette ville, ainsi qu'il le rapporte dans les mémoires de sa vie, à l'année 1676. Ce passage est extrêmement curieux et parce qu'il présente un tableau fidèle de la situation des Pays-Bas, et parce qu'on peut y entrevoir les obstacles qui traversaient le commerce. En voici la traduction.
« Déjà le mécontentement des Belges prenait un caractère sérieux ; ils s'indignaient de l'indiscipline des vétérans Espa- Jj Th^*"" gnols, moins insolens encore envers leurs chefs, qu'envers les habitans du pays. Aussi tout était en armes, et des Français voyageant de compagnie, dans un moment qui parais" sait si mal choisi, ne pouvaient manquer, en éveillant les soupçons, de faire croire qu'ils étaient attirés par les troubles. Ils furent donc arrêtés comme ils se rendaient à Aldenburg, et, le matin, conduits à Bruges sous escorte, mais
(1) Pontus H eu tenu , Rer. Burg. p. i33, lib. V, c. 6. (a) Meyer. Ann. ad ann. i4ii.
sans essuyer aucun mauvais traitement. On les mena devant le conseil du Franc, qui est le premier corps de magistrature dans cette ville. Après les avoir interrogés séparément, on reconnut que ces jeunes gens ne voyageaient que pour voir le pays. François Nansi, l'un des premiers capitaines de la bourgeoisie, leur déclara qu'ils pouvaient parcourir Bruges en liberté, mais qu'ils feraient sagement de s'en retourner au plutôt chez eux. Là- dessus on les laissa aller. Nansi qui était un homme fort poli, demanda à De Thou des nouvelles des MM. Pithou et Du Puy, et lui s'informa, de son côté, d'Hubert Goltzius qui, né en Franconie (i), s'était fixé à Bruges , et , par hasard , était alors absent. De Thou admira la grandeur des édifices qui ressemblent à autant de forteresses ou de palais, les canaux multipliés, les ponts de pierre, d'où Bruges tire son nom et qui sont presqu'aussi nombreux que les rues. Mais la ville n'était plus aussi fréquentée : il semblait que l'outrage qu'elle avait fait cent ans auparavant à Maximilicn et qui était resté impuni, avait provoqué une sourde vengeance qui s'avançait lentement et sans bruit (a). Son commerce avait passé à Anvers avec ses privilèges, et la foule des marchands, diminuant peu-à-peu, l'avait désertée pour le Brabant. De Bruges les voyageurs allèrent à Gand , cité célèbre par ses dissensions domestiques qui lui ont été si funestes : l'état où. elle est réduite aujourd'hui peut faire apprécier son ancienne splen-
(i) Hubertus Goltzius naquit à Venloo en Gueldre.^Valer. And. tom. I, éd. Fopp. p. 4*6.
(a) L'expression du président de Thou est plus énergique, en ce quelle fait allusion au principal commerce de Bruges, - quasi laneis pedilms incedente vindictâ. »
deur. Après avoir traversé l'Escaut, nos Français entrèrent dans Anvers, ville aussi belle par sa situation, que par la manière dont elle est bâtie, et qui était encore très-florissante quoiqu'on lui eût imposé une citadelle. Elle avait pour gouverneur Frédéric Perennot de Champigny, devant qui les étrangers furent conduits. De Thou, chargé de porter la parole, rejetta leur voyage intempestif sur le désir de voir, naturel aux jeunes gens. On les renvoya libres et chacun se mit en course. De Thou alla chez Christophe Plant in qui, malgré le malheur des temps, occupait encore dix-sept presses. Celui-ci lui découvrit l'état des provinces et lui dit que les choses en étaient venues au point que, si les états n'y mettaient ordre, les Espagnols consommeraient la ruine du pays. Après une halte de quelques jours, n'ayant point, à cause des troubles , l'espoir de pénétrer en Hollande , comme ils se l'étaient proposé , nos aventuriers songèrent à leur retour. Us vinrent à Malines, puis à Louvain où ils furent frappés de la multiplicité des écoles et des collèges auxquels sont consacrés de superbes bâtimens. La ville ne leur parut pas inférieure par son université et son étendue à la fameuse Padoue , dans le territoire de Venise. Ils visitèrent , au voisinage, un magnifique couvent de Célestins, bâti par Guillaume de Croy, Seigneur de Chièvres, précepteur de Charles-Quint, et dans lequel il choisit sa sépulture et celle de son illustre famiile. De Louvain ils partirent pour Bruxelles où , la veille , les états , à la suite d'uue conspiration dirigée par le comte de Hoorn, avaient fait arrêter les membres du conseil d'état qui tenaient pour les Espagnols. La sédition était très -échauffée ; aussi De Thou ne sarrêta-t-il que quelques jours : il visita la ville, le palais des princes et les hôtels des grands seigneurs, bâtis comme en cercle dans
oa DU COMMERCE,
la partie supérieure de la ville. Il obtint la permission daller saluer, non loin de là, Viglius de Zuichem qui était gardé chez lui à vue (i); Il eut aussi un entretien avec M. Montdoucet, chargé d'affaires du roi à cette cour, et se mit enfin en route. Il passa par Halle et par Mons, où l'on ne parlait que de l'expédition de Jean de Chaumont Guitry; arrivé près de Valenciennes , il n'y entra point, à cause du désordre qui y régnait et tourna vers Cambrai qui n'est éloignée de Péronne que d'environ VII lieues (2). »
Pf,,ï - Aux maux que traîne, à sa suite la guerre civile, se joignit la peste. En 1678 plus de 27,000 personnes en moururent à Bruxelles (3). Les doyens des nations s'avisèrent de se mêler aussi des affaires de religion, et, en i58i, ils prirent la résolution de faire cesser en général et en particulier, tout exercice de la religion catholique romaine, jusqu'à ce qu'on eût prouvé à leur gré qu'elle s'accordait avec l'écriture sainte et la doctrine des apôtres (4). Ce n'est point en disputant sur le dogme qu'on étend le commerce qui aime essentiellement la tolérance. L'orgueil espagnol ne lui lut pas moins fatal , en lui ôtant une partie de sa considéra-
(1) il semble donc que l'abbé Mann a eu tort de dire que les membres da Conseil ayant été enfermés dans la maison du Roi , De Thon y alla voir le Président Viglius (p. iao, tom. I,), à moins que proximo hospitio ne désigne cet édifice. Voici la phrase : et salutato in hospitio proximo Ulrico Viglio Zuichemo , nàm licuit hoc illi per satellites custodiœ adhititos, où le traducteur français , Nicolas Rigault , a fait un contresens.
(a) Thuanus, de *ita suâ ad seriem Histor. tom. Vil. Londini, 1733, fol. pp. a5, a6, 37. et pag. a8 — 3a tom. XI de la trad. in-4°. La Haye, 1740.
(3) Chron. MSS. — Mann, etc. à l'an i5;8.
(4) Yen Meteren , fol. aoa. — • L'abbé Mann.
tion ; cependant Bruxelles , ville royale , devait fournir au luxe de la cour. Mais dans tous les temps , comme l'observe Guicciardin , la richesse principale des habitans a consisté en fonds de terre et autres biens immeubles (i).
Bruxelles est connue dans le commerce moderne , ainsi que Malines et Valenciennes , par une manufacture dont les produits sont recherches partout : je veux dire celle des dentelles. Nous ne voyons pas qu'il en soit question au XV e siècle. M. Roland de la Platière qui a rédigé dans l'Encyclopédie méthodique (a), la partie des manufactures, des arts et métiers, dit que le seul ouvrage qu'il connaisse sur cet objet, est du XVI e siècle. En voici le titre : les singuliers et nouveaux pourtraits du seigneur Frédéric de Vinciolo Vénitien , pour toutes sortes d'ouvrages de lingerie , dédié à la Royne ; de rechef et pour la troisième fois augmentés outre le réseau premier et le point coupé et lacis, de plusieurs beaux et différens pourtraits de réseau de point de côté, avec le nombre des mailles, chose non encore vue ni inventée; à Paris, par Jean Leclerc le jeune, rue Chartière, au chef St. -Denis, près le collège de Coqueret. Avec privilège du Roi, 1587. C'est un recueil, sans texte , de dessins dont les formes bizarres montrent l'enfance du goût; dessins tellement gravés, qu'ils ne donnent seulement pas l'idée de l'exécution, et qu'on serait tenté de les prendre pour des représentations de simples découpures.
Cependant, observe M. Roland, il y en a de deux sortes 7 les uns à-peu-près tels que nous venons de les indiquer,
(1) Première édit. orig. p. 60.
(a) Tom I. (manuf. arts et métiers.) Paris, Panckoute , p. a36.
offrent divers ornemens qui semblent ne pouvoir être exécutes que par des fils conduits à l'aiguille et enlacés de cent façons, se recouvrant les uns sur les autres et ne formant qu'un toile sans champ (i). L'autre sorte de dessins est à mailles comptées : c'est une espèce de réseau à jours carrés, très -réguliers, sur lesquels sont disposées les figures faites en toile. Si la présomption de M. Roland est juste, il est plus vraisemblable que les Belges qui avaient poussé au plus haut degré l'art des tissus et de la broderie, n'eurent rien à apprendre de Vinciolo. D'ailleurs il existe un pareil livre de la même époque, inconnu à Valère André, Foppens, Paquot, et même à l'estimable baron de Villenfagne (a). Nous regrettons d'être hors d'état d'en donner une notice* exacte. Un bibliophile, attentif à recueillir toutes les curiosités littéraires , dont il fait l'usage le plus noble et le plus généreux pour l'avancement des connaissances (3), ""possède une suite de dix estampes gravées vers i585 ou i58o par différens artistes, tels que Nicolas Dubruyn et Assuérus van Londerseel, sur les dessins de Martin de Vos d'Anvers. Elles représentent les occupations humaines aux différens âges de la vie. Dans la quatrième, consacrée à l'âge mûr, on remarque une jeune fille assise avec un coussin à tiroirs sur les genoux et travaillant de la dentelle aux fuseaux, à la moderne. Cet exercice devait être fort commun, puisque le dessinateur l'a choisi de préférence pour caractériser
(i) On entend par champ, le fond travaillé à jour d'une dentelle ou d'un point; et par toili les fleurs dont le tissu mat ressemble à celui d'une toile.
(a) Paquot, tom. Il de «dit. in fol., p. ai6, à l'article de Jean de Glen, de Liège, qui a gravé le livre dont il s'agit ici. — Villenfagne, Recherch. sur la prov. de Liège, t. II, p. 471. — ld. Mélang. de Litt., p. 117 et suiv.
(3) M. Ch. Van Hultheiu.
une époque de la vie. M. Heylen dans son mémoire de Inventis Belgarum, parait donc manquer d'exactitude en ne Élisant mention des dentelles que sous l'année 1647 (0