‹ Mémoire couronné en réponse a cette question proposée par l'Academie Royale de Bruxelles Quel a été l'état de la population, des fabriques et manifactures, et du commerce dans les provinces des PaysBas, pendant les 15me et 16me siècles? Par Fr. baron de ReiffenbergChapitre 3 sur 84 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

de la veille, et ramène l'abondance dans ces contrées qui fument d'un carnage récent; d'un côté le pouvoir exile la justice qui 1 accuse , les connaissances qui servent à le mesurer et à lui assigner des limites ; d'un autre le commerce , ami de la liberté , établit des lois protectrices et

fertilise les sciences et les arts. En rapprochant des scènes si différentes , on apprend à pardonner à ses semblables T et le présent s'efforce de vaincre le passé. Nous ressemblons à ce philosophe, qui, jeté par la tempête sur une plage inconnue, se rassurait à la vue de quelques figures géométriques gravées dans le roc et s'écriait : a voilà des » pas d'homme! » Ne suivons point le passage de l'homme au milieu des cités embrasées, des champs détruits, des monceaux de morts, mais dans tout ce qu'il a fait pour le bonheur de la société : ces traces glorieuses sont empreintes sur le front des monumens consacrés à l'utilité publique, dans le sillon de la charrue, dans ces codes où l'équité a rassemblé ses oracles, et même sur la surface mobile des mers. Voilà ce qu'il faut interroger; et, si dans nos recherches nous heurtons un cadavre ou un débris, détournons bien vite les yeux : qu'une route apla-

INTRODUCTION. v

nie, un toit de chaume ouvert à l'indigent, un seul e'pi même nous fassent dire aussi :« voilà des pas d'homme ! »

La Grèce vaincue s'enorgueillissait d'avoir apprivoisé ses sauvages vainqueurs , en les soumettant au charme des lettres (i); et nous qui n'avons point été asservis, il ne nous serait pas permis de rappeler que nous avons enseigné à l'univers les deux choses sur lesquelles repose surtout sa prospérité , la liberté et le commerce ! Oui , tels sont nos titres de gloire : demandez -le à ces fiers Bretons qui , les yeux fixés sur nous , tremblent que nous ne ressaisissions le trident de Neptune, ce sceptre du monde (a); demandez -le au Nord que nous avons enrichi et civilisé ; demandez- le à la France dont nous avons partagé longtemps les destinées. Tous rendront hommage à la noble Belgique. O mes concitoyens! ce que vous avez, été, vous pouvez l'être aujourd'hui : n'abandonnez point à l'étranger

li) Gracia capta ferum Tictorem cepit, et artes

Intulit agresti Latio.

Hom E P .J,/fr.II,r.i56.

(a) Le Trident de Neptune est le sceptre du Monde.

On sait que Lemierre appelait ce vers , le vers du siècle.

ri INTRODUCTION.

une gloire qui vous appartient; que les leçons du passe vous instruisent. Ces leçons dans ma bouche seraient bien faibles : homme obscur, voue' à des e'tudes paisibles, je n'ai point étudie' l'éloquence qui a besoin d'un grand théâtre ; mon sujet même me défend d'être éloquent ; on me demande des détails précis, des citations exactes; je ne m'écarterai point de la route qui m'est tracée. On m'impose aussi l'obligation d'être court; je sens que le sujet qui ne doit me fournir qu'un mémoire, produirait facilement un livre ; la variété des objets où je vais entrer , semble donc m'autoriser à adopter les termes de l'immortel -auteur de l'Esprit des Lois, lorsqu'il commence à parler tlu commerce : « Les matières qui suivent demanderaient » d'être traitées avec plus d'étendue , mais la nature de cet » ouvrage ne le permet pas ; je voudrais couler sur une » rivière tranquille; je suis entraîné par un torrent (i). »

w««d*un. Au moment où j'entre en matière, l'Europe entière était

gique »t> com-

XfmSSt gouvernée par un système, sorti tout armé des ténèbres de la barbarie. La féodalité qui, faute d'être raisonnable

(i) Esprit des Lois, Ut. XX, ch. I.

INTRODUCTION. vij

sur la terre , va chercher des droits dans le ciel , régnait alors en despote ; mais la Belgique est peut - être le pays où le joug féodal fut le moins pesant. L'orgueil des grands était moins de l'arrogance qu'une sorte de bonhomie de fierté ; c'est que les fortunes étaient plus égales , que toutes les classes de la société jouissaient de l'aisance et que le vilain comptait pour quelque chose , parce qu'il possédait quelque chose. D'ailleurs les Belges avaient obtenu de leurs souverains ou leur avaient arraché un grand nombre de privilèges qui assuraient jusqu'à un certain point l'indépendance des petits. Il est vrai que, sous le bon duc, la féodalité qui s'affaiblissait, conservait encore un caractère marqué d'oppression. « En ce temps , dit » Du Clercq, partout le pays du duc de Bourgogne , sitost » qu'il advenait quaulcun marchand, laboureur et aulcune » fois bourgeois d'une bonne ville, ou officier trespassoit, « s'il estoit riche ou s'il deiaissoit femme riche, le duc, » son fils ou aultres de leurs gens vouloient marier les » dictes veufves à leurs archiers et à leurs serviteurs : il » falloit que les dictes veufves si elles se vouloient ma- » rier , quelles prinssent ceulx que les- dicts sieurs leur

viij INTRODUCTION.

» vouloient bailler; ou, donnassent de l'argent soit à ceulx » qui les vouloient avoir, soit à ceulx qui gouveraoient » les seigneurs, et aulcune fois au seigneur mesrae , en- » core estoient-ce les plus heureuses , celles quy par force » d'amis et d'argent en pouvoient estre délivrées ; car le » plus souvent de gré ou non, si elles songeaient à ma- 9 riage, il falloit prendre ceulx que leurs seigneurs leur » bailloient, et pareillement quand un homme estait riche, » avoit - il fille à marier , s'il ne la marioit bien jeune , » il estait travaillé comme ay dict ci-dessus (i). » Tout était privilège : la justice cessait detre un droit établi par le code de la nature , c'était une concession , un octroi du suzerain. Mais les abus que nous signalons n'étaient qu'innocens en comparaison des excès commis dans les autres contrées.

Tandis que les vengeances particulières armaient les uns contre les autres les membres des mêmes communautés et perpétuaient les haines et les rapines , une police plus

(i) Mémoires de Jacques Du Ciercq, escuyer, 11». 3, ch. VI, dans la collection univ. des mém. part, pour servir à l'histoire de France. Londres et Paris, 1785 , etc., ton». IX.

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sage, des mœurs plus douces prévenaient une partie de ces désordres en Belgique. Une loi de l'empereur Maximilien I, de Tan i4o,5 remédia à la licence, mais ce fut plus de trois siècles après l'établissement de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, donné à la commune d'Aire en Artois sous le nom de lex pàcis, et que M. de Nélis regardait, avec raison, comme digne de l'école de Platon ou plutôt de l'évangile (i). Quoique les villes, divisées d'intérêt, oubliassent souvent qu'elles ne formaient qu'un même peuple ; que le patriotisme enfin ne fût que municipal, égoïsme politique que le temps et les révolutions n'ont pu totalement corriger, la Belgique était assez heureuse pour laisser plus d'un regret à ceux qui sont venus plus tard, et un écrivain contemporain ne s'abandonnait point à une simple hyperbole poétique en l'appelant le jardin de la terre promise.

Presque toute la terre, excepté l'Italie, quelques mar-

général <oi

chands du nord et les Pays-Bas, ignorait le commerce. Les rtmn ^ tt nations occupées de meurtres et de superstitions n'avaient

(i) Hémoires de l'Académie Royale de Brax,, tom. II, p. 668—669.

x INTRODUCTION.

pas le loisir de songer à leur bonheur. Si nous regardons autour de nous, nous voyons un roi d'Angleterre dépouillé de son royaume ( i ) ; un empereur déposé (;»); un sultan égorgé (3); l'église en proie à un schisme; Bajazet traîné par Tamerlan dans une cage de fer ; la France aux prises avec l'Angleterre ; les empereurs grecs dogmatisant dans Constantinople : partout les hommes, selon la belle expression d'un poète , tels que des forçats l'un sur î autre acharnés et se battant avec leurs fers (4)- La Belgique ellemême n'était point exempte de troubles et se ressentait des agitations qui avaient marqué la fin du dernier siècle. Cependant le commerce dont M. Verhoeren (5), a suivi la marche pendant le XIII e et le XIV* siècles, avec autant de clarté que d'érudition, y brillait d'un grand éclat et s'apprêtait à prendre un nouvel essor.

(i) Richard II.

(a) Wenceslas.

(3) Isa-Belis.

(4) Je crois voir des forçais , l'an sur l'autre acharné» , Se bailre avec les fer» dont ils sont enchaînés.

( VOITAIM. )

(5) HisLurische tyd en ordeelkundige aanteekeningen, etc. die den prys behaelt heeft, in het jaar 1777. Publié avec des notes en flamand et une analyse en français, par Des Roches, 1778, in-4°- '

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