ANVERS
Le nombre des drapiers n'y e'tait que de 200 en 1396, soit Dnpim. que les maîtres drapiers possédassent chacun plusieurs métiers, soit que les progrès du commerce extérieur, auquel les habitons se livrèrent avec empressement, eussent diminué le nombre des fabriques. Cette conjecture de M. Des Roches (1) est très- vraisemblable. En effet Anvers, quoique très-inférieure à Bruges, au commencement du XV e siècle, s'apprêtait déjà à lui enlever la prééminence du commerce. Sa situation avantageuse presqu'au milieu des dix-sept provinces, sur les bords de l'Escaut et dans le voisinage de la mer, la faisait regarder comme un des lieux les plus commodes pour le trafic. Pendant la guerre que le duc Albert fit dans les Pays-Bas, comme lieutenant du roi des Romains, Anvers, songeant à étendre son commerce, se montra atta- AMroi(W]Deilt chée au parti de Maximilien, ce qui lui valut de grands a van- d'AnTe». tages et d'utiles privilèges. Louis, comte de Flandre, à qui le duc de Brabant l'avait engagée, l'avait dépouillée auparavant de ses immunités pour les donner à Malines, en i358; ce qui excita de longues querelles et alluma la guerre entre ces deux villes, en i4io (a). Philippe-le-Bon les réconcilia
(1) Analyse du Mém. de M. Verhoeven.
(2) Harsus , tom. I , p. 378.
io8 DU COMMERCE,
en i434 ( 0- Mais en i485 les Gantois construisirent un fort entre Zaftingen et Calloo, sur les bords de l'Escaut, d'où ils pillaient tous ceux qui allaient à Anvers ou en revenaient. Les Anversois se joignirent aux troupes envoyées par Maximilien, enlevèrent le fort, égorgèrent ceux qui le défen- Koir». daient et les pendirent à des arbres (a). Enfin deux foires restèrent à Anvers. Elles étaient franches, et, pendant la franchise, toute personne pouvait venir et demeurer dans la ville, puis s'en retourner avec ses biens et marchandises , sans qu'on pût l'arrêter pour dette. Chaque foire durait six semaines, y compris i5 jours de prolongation accordés par une coutume passée en force de loi. La franchise expirée, les paiemens avaient lieu le 10 août pour la foire de la Pentecôte, et le 10 novembre pour celle de St.-Remy ou de St.-Bavon, à moins que le prince ne les retardât (3). Shaw observe
(1) II h. vus, ton». II, p. 4i6.
(a) ld. ib. p. 464. — Van Meteren, fol 5 et 6.
(3) Guicciard. i»« édit orig., p. 83. Cette édition dont nous nous sommes servis de préférence est excessivement rare et fort recherchée à cause du passage relatif à Laurent Coster, qui pourtant n'y est pas nommé, Prosper Marchand la chercha long-temps, et on s'adressa même du fond du Nord à Rome pour en avoir l'extrait. Nous en avons vu un exemplaire dans la bibliothèque de Bruxelles. En voici le titre : Première Mi- • Descrittione di M. Lodovico Guicciardini patritio Fiorentino, di tutti i Uon de Gaie- , Paesi Bassi, altrimente detti Germania inferiore. Con piu carte di geograckrdini. k phja del paese, e'.col ritratto naturale di pi» terre principali. In Anversa ■ M. D. LX.YII, apresso Guglielmo Silvio, Stampatore regio. »
L'épître dédicutoire al gran Re Cattolico est du ao octobre (566; celle qui précède la description d'Anvers, et qui est adressée ail' illuttrissimo Senato, est de la même date, et le privilège du 39 septembre i565.
Le volume bien imprimé, orné d'une carte générale de nos provinces,
que rien n'est plus agréable que la description de la foire d'Anvers, faite par Erasme {\) C^- notre dissert, sur Erasme).
Ces franchises, jointes à la beauté du port, attirèrent peu à peu les étrangers, non sans exciter la jalousie de ceux de Bruges qui, malgré la paix, bâtirent le château de Haestinge, sur les bords de l'Escaut , afin d'entraver le passage à Anvers. Mais les habitans de cette cité équipèrent quelques navires pour maintenir la liberté de la navigation; ils sortirent même à main armée, sous la conduite de leur margrave Jean de Ranst, s'emparèrent du château, le rasèrent, tirent des courses dans le pays de Waes et revinrent chez eux chargés de butin (2).
dressée par C D. Hooghe, et de planches en bois, a ay6 pages sans les préliminaires et les tables.
Prosper Marchand, qui , dans son dictionnaire, a inséré un fort bon arti- Emanls cle sur Guicciardin, est tombé dans une erreur assez étonnante. • La plusPn»p<r M*rbelle et la meilleure édition , dit-il , de ce bel ouvrage est celle d'Anvers, thuid chez Plantin, en i588, en italien, en latin et en français.... On ne saurait douter que ce français ne soit de Bellefurest, mais pour le latin on ne sait de qui il est. Il ne saurait être de Vitellius, qui affirme dans son épître dédicatoire, datée de i6i3, que ce n'était que depuis peu qu'il avait fait sa traduction latine: il ne saurait être non plus de Jean Brant> s'il est vrai, comme nous l'apprend Valère André, que, se voyant prévenu par d'autres, il supprima sa traduction. Ce mot d'autres désignerait-il le latin anonyme de Flantin ? • (Dict.hist. La Haye, 1758, a vol. in-fol. Tom. I, p. 395 , note B.) Ce latin anonyme n'existe pas. Plantin ne publia en i588 qu'une édition en italien, sous le même titre que la précédente, in-fol., 43a pages sans les tables et préliminaires. Il donna une autre édition italienne en i58i , in-fol., 558 pag. sans les tables etc., et une version française en i58a.
(1) Essai sur les P. B. A. p. 73.
(2) Van Meteren, fol. 5 et 6.
no DU COMMERCE,
En i444i il n'y avait à Anvers que quatre marchands et six bâtimens pour la navigation des rivières seulement; elle n'avait point de commerce maritime, mais la compagnie connue en ce temps-là sous le nom de marchands de la confraternité, quitta Middelbourg, où elle résidait, pour venir s'établira Anvers; son commerce s'étendait aux laines, draps, plombs, cuirs, étain et autres marchandises d'Angleterre (i).
compagnie L'accroissement du commerce d'Anvers est évidemment «w ( °cuiu. d e ' montr é p ar l'ordonnance du 5 mai i485, pour l'établissement du consulat. Dans le préambule de cette ordonnance on lit ce qui suit : « Les marchands ordinaires et habitans » de cette ville d'Anvers, trafiquant hors du pays, nous » ayant donné à cognoistre , selon que cela leur touche et » qu'il importe qu'un chacun d'eux, en particulier pour le » trafic et l'exercice des marchandises, qui se fait tant par » eux, que par leurs facteurs et serviteurs, voyageant jour- » nellement par mer et par terre, allant et conversant en » diverses contrées, pays et royaumes, y apportant ou ame- » nant de là, diverses marchandises desquelles ladite ville » est pourvue et autres où elles arrivent, ce qui depuis » quelques années en ça, a augmenté grandement le trafic, » au grand avantage et profit de la république : qu'en ce » trafic et train de marchandise se rencontrent journellement » et de plus en plus divers empéchemens , charges et oppo- » sitions es autres pays, comme en Oostlande, Norvegue, » Angleterre, Escosse, France et Allemaigne, etc., par le » moyen de divers tributs, péages et autres exactions, comme » aussi de divers commandemens, défenses et restrictions, etc.»
(i) Dict. univ. de Géog. Comm. t. II, p. 569. b.
ut
L'ordonnance établit une société mercantile, gouvernée par quatre personnes et dont les membres devaient contribuer à former une bourse commune, afin de pouvoir par ce moyen : « poursuivre duement toutes les provisions , res- » titutions, réparations, récompenses et autres remèdes né- » cessaires, qui leur pourraient servir et à chacun d'eux, » tant contre les prinses, dommages, préjudices, injures et » torts qu'on leur pourrait avoir faits, soit en particulier, » soit en commun, comme contre les nouveautés et charges, » lesquelles depuis peu d'années ont été mises snr le train s de marchandises, et sont encore mises journellement, con- » tre la coutume ancienne du pays , et pourroient être im- » posées cy après (i). »
Cette chambre était à peine créée qu'elle se plaignit à Maxim ilien des vexations que les marchands du pays essuyaient en Angleterre; car, par une fatalité singulière, dans txttûemt presque tous les temps l'Angleterre a été l'ennemie de notre "*ui««. prospérité. Après quelques débats, un traité ou entrecours E.u.««r. perpétuel fut conclu entre Henri VII, l'archiduc Philippe et les états, l'an i4q5 (V. S.) (2). On y remarque cet article :
« Item conventum est ut suprà : quod omnes mercatores, » tàm regni Angliae, dominii Hiberniae, villa? et Marschalliae » Calisiae, etc., quàm etiam mercatores terrarum et patriarum » Brabantiœ, Flandriae, Hannonise, Hollandiae, Zelandise, » villa? et terne Mechlinise , et aliarum patriarum et do ni i- » niorum domini Archiducis praedicti, tàm mercatores lana- » rum , coriorum , victualium , quàm aliarum mercantiarum
(1) Van Meteren , fol. y , 33.
(a) Id. fol. 7 , 33. — Rymer, Act. Angl. tom. XII, pp. 578. — 591. Mutatis aliquot verbis.
» quarumcumque , nec non eorum tact ores, familiares, neorjMnc». » gotiorum gestores et ministri , poterunt deinceps per ter- » ram pédestres aut équestres, aut alio modo quocumque » armati vel non armati (dummodo armati simul incedentes » quadragenarium numerum non excédant) cum suis bonis » et mercantiis securè et libère ire et venire, invicemque » c om mu m care et mercari, emere et vendere, ac commercium » facere et haberc, ta m de mercantiis lanarum, coriorum, 9 victualium , armorum , equorum , jocalium quam aliis » quibuscunque, ipsaque ducere et reducere, sive duci et » reduci facere, ad eorum libitum et voluntatem. »
Ce qui n'était pas un moindre appât pour les étrangers, <!«■» femaw». c'était j a prérogative dont jouissaient les femmes d'Anvers, de sauver leur dot des débris de la fortune de leurs maris et d'être préférées aux autres débiteurs (i). Aussi quelque temps après que Gama eut doublé le cap de Bonne-Espérance et eut ainsi déplacé Venise du centre du monde corn- Arrivée d«. mercial (a), c'est-à-dire en i5o3, les Portugais abordèrent à Portopu. Anvers, y apportèrent pour la première fois des marchandises des Indes et conclurent un traité avec les magistrats (3). Cinq ans après, deux vaisseaux de retour à Veere des îles Canaries, chargés de sucre, firent passer cette cargaison à Anvers; le sucre s'y vendit alors moins de trois gros la livre. On le garda pendant six mois, jusqu'au mardi -gras, dit l'auteur de la Chronique de Zélande, et on eut encore toutes les peines du monde à en obtenir trois gros (4) ; car cette
(i) Mirai Chron. p. 390. — Gramaye in Antv. p. a5.
(») Et do centre du monde • dènUd Venfa*.
(Le Comte tCKgmont, tr»gcd. Ac». I, Se. 3.J
(3) Mirai Chr. ii.
(4) J. Rygersbergen , Chronyk van Zeeland, etc., in-4°> i644 jaar i5o8.
denrée n'était pas en usage. Cependant, si l'on en croit Kgrei»ion sm M. Noël, il est fait mention du sucre dans tous les tarifs ^* ocreet ,e de droits postérieurs aux croisades. .« Cette substance, ditil, que les anciens appelaient miel de roseau, parce que l'art de le rafiner n était point inventé, est déjà nommé sucre dans les actes du moyen âge en Espagne, en Italie, en France, etc. Consultez seulement les ordonnances de i34i et de 1 349 ? rendues par Philippe VI , vous y trouverez le sucre entier, le sucre brisie\ la poudre de sucre , etc. Consultez les anciens actes du royaume de Valence et d'Arragon. Avant que de posséder les colonies de l'Amérique, ajoute le même auteur, l'Europe recevait de l'Asie, comme aujourd'hui , du coton en balle et du coton filé de toutes les espèces. Les actes du moyen âge en font foi. Ils énoncent nonseulement la soie, le sucre, le coton, mais toutes les épiceries, les gommes, les drogues médicinales, les bois de teinture, etc., etc., qui font la matière actuelle du commerce. Le café est la seule marchandise qui n'y soit pas exprimée, et je suis tenté de soupçonner qu'il aurait été désigné sous un autre nom , si, dans une ordonnance des rois de France de i3i5, on ne trouvait énoncé le sucre ca félin... L'Amérique a étendu les branches du commerce , mais le tronc de l'arbre était dans l'Inde. (1) »
Telles étaient les productions que les Portugais apportèrent à Anvers , et qu'on allait chercher jadis en traversant l'Egypte et en empruntant le secours de Venise. Un facteur portugais se fixa à Anvers, au nom du roi de Portugal. On
(1) L'Amérique Espagnole, etc. par S. B. J.Noël, vol. in«8°. Paris, 1817, pp. 4a, 43.
n4 p t U COMMERCE,
envoya des épiceries en Allemagne où, par ignorance, on les crut sophistiquées. Mais peu à peu on sentit l'importance te,ëir« ng mde ce nouveau trafic et, en i5i6, presque tous les étrangers,
àAotrr,. excepté quelques Espagnols, abandonnèrent Bruges pour Anvers (i). Celle-ci prit un accroissement prodigieux et devint, comme l'ont dit plusieurs écrivains, le marché de l'uïWeiac- nivcrs. Elle augmenta néanmoins encore de richesses en 1 54^,
trouvaient. & ^ r ^ s l'incursion de Longueval et de Martin Van Rosscm qui, pendant deux jours, menacèrent la ville, à la tête d'un corps considérable de troupes. C'est à cette occasion qu'elle fut entourée d'une forte muraille. La sûreté qu'elle offrit y attira de nouveaux habitans de toutes les parties de la Belgique. Les faubourgs avaient été brûlés lors de l'expédition de Van Rossem, et Ton avait défendu de bâtir autour de la ville dans un rayon de 35oo pieds : une population immense se précipita en quelque sorte dans Anvers, et ces circonstances, jointes à la décadence de Bergen-op-Zoom , l'augmentèrent de plus de 3ooo maisons.
Entre* d* Au mois de septembre de l'an k>4;), le fils de Charles- PnUippe. Quint, qui n'annonçait point encore à la Belgique le tyran qui l'opprima, fit son entrée à Anvers, en qualité de souverain de nos provinces. Le commerce déploya une pompe qui paraîtrait incroyable, si l'on pouvait récuser l'autorité de Juan Christoval et de Cornélius Grapheus qui a publié un livre sous ce titre : « Spectaculorum in susceptione » Philippi Hisp. Princ. Divi Caroli V Caes. F. an. 1649, Ant * * verpi» editorum apparatus, per Corn. Scrib. Grapheum , » in-fol. » Cet ouvrage a été traduit en français.
(1) Guicciard. I. édit. orig. p. 84- — Graraaye in Brug. p. 97. — Sanderos Fl., ton». II, p. 7.
Ce fut un beau spectacle de voir tant de nations diverses s'efforcer de me'riter l'utile hospitalité qui leur était accordée, et, s'unissant aux citoyens, sommer le prince sous la protection duquel elles se mettaient , de protéger leurs droits et leur industrie (i). La vanité éleva entre elles une querelle pour la préséance, mais du moins cette vanité partait d'un sentiment d'indépendance et de patriotisme. Les Italiens ambitionnaient de marcher les premiers : ils se souvenaient qu'ils avaient eu l'empire du monde. Cependant ils se désistèrent de leur prétention, en considérant que l'Italie n'était pas réunie sous un seul chef et qu'elle était même soumise en partie à des souverains étrangers. Les Danois et les Osterlins cédèrent le pas aux Allemands : les Espagnols n'eurent point la même déférence ; mais l'empereur jugea en faveur de la nation germanique. Les Anglais le disputèrent aux Portugais : ceux-ci, auxquels la décision de l'empereur fut contraire, se tinrent, dans leur dépit, absens de la cérémonie, quelques dépenses qu'ils eussent faites. Les Florentins voulaient l'emporter sur les Génois : Charles refusa de prendre une décision, et, pour éviter tout désordre, il ordonna que les marchands de cette nation, qui étaient magnifiquement vêtus et déjà prêts à monter à cheval , restassent dans leur logis. Les frais de cette fête montèrent à plus de cent trente mille écus (a), quoiqu* Anvers fut déjà assez
(i) Voici Tune des inscriptions mises sur les arcs de triomphe : « For-
• mosa Anrverpia, ejus marims Seal dis. Negociatio , Negociantiura na-
• tiones, mercium prsses Mercurîus , sub tanto hoc principe nihil hse-
• sitantes sese fore Beatiss. Venientem in hanc urbem flagranlissimo
• accipiunt desiderio. ■
(a) Guicc, i™. édit, orig. p. 86.
u6 DU COMMERCE,
parée de son industrie. Christoval Calvete de Estrella la Tabiwa d'An- comparait à Carthage (i). «Cette ville, dit-il, offre un aspect admirable : quelque quartier ou rue que l'on traverse, il s'ofïre de tous côtés quelqu'objet à regarder, à considérer; la vue est sans cesse récréée par l'extrême variété et l'abondance des plus riches marchandises. Là se charge une infinité de navires pour toutes les parties du monde, sans que la ville paraisse dégarnie , malgré les exportations qui se font pour tant de contrées diverses. Chaque espèce de marchandise se trouve dans les rues et places qui lui sont assignées , en telle profusion que c'est chose incroyable. La situation d'Anvers est forte et avantageuse. On y voit une multitude immense de barques, de navires, de houlques et de grandes embarcations qui arrivent dans l'Escaut de tous les points de la chrétienté et qui en sortent encombrés de marchandises, ce qui leur est très-facile, le fleuve étant vaste et navigable, et ce que favorise aussi le flux de l'Océan qui remonte par-delà Anvers bien quelle soit éloignée de la mer de plus de i5 lieues (2) » Cette admiration d'un étranger n'est
(1) Fol. aao. Don Carlos faisait peut-être allusion à cet ouvrage, lorsque, pour railler l'immobilité du roi Philippe II, son père, il écrivit en téte d'un livre blanc : « Los grandes jr admirables Viajes deVRey dom Philippe.» Et au-dedans, 'dit Brantôme, il y avait : « El V'iaje de Madrid al Pardo , del Pardo a PEscurial, de VEscurial a Aranjuez, etc. » OEuvr. de Brantôme, tom. Y, p. i3a. La Haye, 1740, in-18.
(a) ■ Toda la villa es admirable de ver, que por qualquier parte y « calle , que vayan , ay mucho, que mirar, que considerar, y - que emplear y recrear la vista con tanta variedad y abundancia de ri- « quezas y mercaderias , que de alla se cargan inGnitas naves , para todo « el mundo, sin parecer que falta en ella nada por mucho, que delta sale « para tantas partes , y cada genero de mercancia en sus propios lugares
pas suspecte. L'orgueil castillan rend ici témoignage à la Belgique.
En i56o la colonie anglaise des marchands aventuriers, vint d'Embden s'établir à Anvers. C'est vers cette année que M. Peuchet fixe l'époque de sa plus grande prospérité (1).
Guicciardin qui habitait Anvers, entre dans de grands DUà détails touchant le commerce de cette ville avec le reste du* monde. Nous ne pouvons mieux faire que de le suivre en l'abrégeant (2).
Anvers expédiait à Rome des draps de différentes qua- At « lités, des tapisseries, des serges, des ostades, des demi-ostades et des toiles, etc.
Ancône envoyait des camelots ondes et sans ondes de plu-Arec sieurs sortes; des épiceries, des drogues, de la soie, des feutres, des tapis, des maroquins et des couleurs qu'elle tirait du Levant; elle demandait en retour des draps d'Angleterre et des Pays-Bas, surtout ceux d'Armentières, appelés des
• y cal les en tanU copia , que es coaa increyble. El sitio délia es apazible « y fuerte. Es muy grande la multitud de barcas , navios , bulcas , « y naos gruessas,que vienen par aquel rio Escalde, detodas las partes de « la Christiâdad , y salen cargadas de mercaderias , con la gran como-
■ didad , que tienen , assi por ser el Rio tan caudaloso y navigable , cotno
■ por la creciente y meguante del oceano que viene por el rio y passa « mas adeiante de Anvers, laquai esta lexos d'el mar oceano mas de quinze
• léguas. » Fol. aaa.
(1) Dict univ. de Geogr. Connu, tom. II, p. 5?o a. (a) Première édit. orig. pp. 119 et seqq.
d'An»'.
quatre-couleurs ; des serges, des ostades, des tapisseries et de la cochenille venant d'Espagne.
Avec Bologne. Bologne échangeait ses draps de soie, d'or et d'argent, des bonnets , des crêpes et mille objets semblables , contre des serges, des demi-ostades , des tapisseries, des toiles, de la mercerie et quelque peu de draps.
ATecVmiie. Les Vénitiens procuraient des doux de girofle, de la canelle, des noix muscades, du gingembre, de la rhubarbe, de l'aloë, de la casse, de l'agaric, du sang de dragon, de la momie, du sené en feuilles, des coloquintes, etc., qui venaient du Levant. Ils y joignaient des draps de soie, de la soie écrue et non-écrue, des camelots , des gros-grains , des tapis, de l'écarlate, du coton, du bleu d'azur, avec d'autres couleurs propres à la teinture ou à la peinture. Ils tiraient d'Anvers des joyaux et des perles, des laines d'Angleterre, des draps, des serges de Honschot, de Lille, Valenciennes, Mons, Arras et autres lieux; des ostades et demi-ostades, des toiles et des tapisseries, de la cochenille, du sucre et quelquefois du poivre.
Areciupie,. Du royaume de Naples on envoyait des draps de soie, de la soie filée ou à filer, quelques pelleteries, du safran et de la manne : on prenait en échange des draps du pays et d'Angleterre, de la toile en grande quantité, des serges, ostades, demi-ostades, des tapis, de la mercerie et de la quincaillerie.
ATecu&ko.. Le royaume de Sicile envoyait par mer et par terre des noix de galle, du cumin, des oranges, du coton, des soies et quelquefois des vins de Malvoisie et autres, pour lesquels on recevait nos draps, nos toiles et serges, nos tapis et nos ouvrages de mercerie.
De Milan et des pays qui en dépendaient on faisait venir Av«cMii. n . de l'or et de l'argent filé; des draps d'or et de soie, des futaines, des basins, de 1 ecarlate, des étamines et autres fines étoffes, du riz d'excellente qualité, des armes, toutes sortes de merceries, même du fromage parmesan. On expédiait en retour des draps d'Angleterre et du pays, des serges, des demi-ostades, des toiles, des tapisseries, de la cochenille, des laines d'Angleterre et d'Espagne.
Florence offrait ses draps d'or et d'argent, frisés et nonArecFior«,c,. frisés ; des brocards et autres draps de soie aussi beaux que riches; de l'or et de l'argent filé; des draps appelés Rasce d'excellente qualité : des soies nommées capitons, doubles et filoselles; des martres et autres pelleteries. Elle s'approvisionnait de son côté de serges, d'ostades et demi-ostades, de toile, de lin, de frises et de laines d'Angleterre, quoiqu'elle pût s'en pourvoir sur les lieux mêmes.
Gênes nous faisait part de ses velours, satins et autres a»«cg* d « étoffes et expédiait du corail, du mithridate, de la thériaque, pour lesquels elle prenait des draps tant du pays que d'Angleterre, des serges, dçs demi-ostades, de la toile, des tapisseries, de la mercerie, des ustensiles de ménage et autres meubles.
On recevait de Mantoue des draps de soie et de laine , A»«cMamooe de la soie non travaillée, des bonnets et plusieurs autres objets, et l'on y envoyait les marchandises dont nous venons de parler.
Le commerce avec Vérone, Bresce, Vicence, Modène était A JJJ^"™ le même. Lucques fournissait quelquefois des draps d'or et *
d'argent, mais d'ordinaire des draps de soie, quoiqu'ils fussent légers et de médiocre qualité.
L'Italie donnait encore les aluns de Civita Vecchia; les huiles de la Pouille , de Gênes et de Pise ; de la gomme ; des flammes appelées par les Florentins Diaggivoli , du souffre, de l'orpiment, etc.; et on lui procurait de létain, du plomb, de la garance, du brésil, de la cire, des cuirs, du lin, du suif, du poisson salé, du bois propre à lebenisterie; quelquefois du blé, du froment, du seigle, des fèves, etc.
Ar*c TAU». L'Allemagne envoyait, par terre, de l'argent en lingot, du m»gne. mercure , du cuivre brut et rafîné en immense quantité; des laines de la Hesse, du verre, des futaines, du pastel, de la garance et autres teintures; du sel de nître, de la mercerie et des meubles de ménage; des armes offensives et défensives, et des vins (i). En retour on lui envoyait des pierreries, des perles, des épiceries et drogueries, du safran , du sucre , des draps d'Angleterre et du pays ; des serges, des ostades et demi-ostades ; de la tapisserie, des toiles et toutes sortes de mercerie.
ÀTecieDine- Le Danemarck , l'Osterland, la Livonie, la Norvège, la Suède , la Pologne et autres contrées du Nord produisaient du blé, du cuivre, du salpêtre, de la gueude, du vitriol,
(i) Les vins du Rhin étaient fort célèbres dans le Nord. Hamlet, dan» Shakspeare , s'exprime ainsi en parlant de Claudius :
The king dolb wale to night, and tnkcs is route, Keeps wassel , and the svraggering up-ipring réel». And , as he drains bis draughts of Rhenish down, Tbe keitlc drum and irumpct thas brajr out
The trumpet of bis pledge. (Act. I. , Se. k-J
de la garance, des laines d'Autriche, du lin, du miel, de la poix, de la cire, du soufre, des cendres, des pelleteries, des cuirs, du bois debenisterie et de construction, de la bière, de la viande et du poisson salé ainsi que de l'ambre jaune. Anvers expédiait en échange les produits indigènes et ceux qu'elle recevait du dehors, notamment des vins d'Espagne.
De France il venait par mer force sel de brouage, du iw u pastel de Toulouse, des canevas et autres grosses toiles de Fr,nce - Bretagne et de Normandie ; des vins , des huiles , du safran , de la mélasse , de la térébenthine , de la poix , du papier, des miroirs, des pruneaux qui formaient un trafic important, et du brésil. On recevait par terre des dorures, des draps fins de Paris ou de Rouen ; des cramoisis de Tours, des bon rats de Champagne; des fils de Lyon et du chanvre ; du vert-de-gris de Montpellier, etc. , etc. Nous rendions aux Français des perles et des pierreries, de l'argent en lingot , du mercure , du cuivre , du bronze , du laiton , du plomb , de l etain , du vermillon , du bleu d'azur, de la cochenille, du soufre, du salpêtre, du vitriol, des camelots; des gros grains de Turquie; des draps d'Angleterre et du pays; des toiles fines, des serges, des ostades ou demi -ostades , des tapisseries, des laines d'Autriche, des cuirs, de la pelleterie, de la cire, de la garance, du houblon, du suif, de la viande et du poisson salé.
On amenait d'Angleterre beaucoup de draps tant gros at^ia».
que fins; des franges, des laines fines, du safran en petite 61 " 1 *"*'
quantité; des peaux de mouton et de lapin, des cuirs, de
la bière, du fromage, des victuailles et même du vin de
Malvoisie, Alalmsejr, que les Anglais tiraient de Candie. Anvers