‹ Mémoire couronné en réponse a cette question proposée par l'Academie Royale de Bruxelles Quel a été l'état de la population, des fabriques et manifactures, et du commerce dans les provinces des PaysBas, pendant les 15me et 16me siècles? Par Fr. baron de ReiffenbergChapitre 38 sur 84 · IU.J · texte numérisé non relu

IU.J

expédiait des joyaux, de l'argent non travaillé, du mercure, des draps d'or, d'argent et de soie; de l'or et de l'argent filé; des camelots, des gros grains de Turquie; des drogues, du sucre, du coton; du cumin, des noix de gale; des toiles fines et grosses, des serges, des demi-ostades, de la tapisserie; de la garance, des houblons; du poisson salé; des miroirs, des armes et même des ustensiles de ménage et des meubles.

ATrrrt>ou«. L'Ecosse fournissait des peaux de mouton, de lapin et autres, surtout des martres; des cuirs, des laines et des draps, mais de mauvaise qualité; des perles moins belles que celles d'Orient. On y envoyait peu de chose, tant à cause de la pauvreté de cette contrée , que parce qu'elle trafiquait principalement avec la France et l'Angleterre. Cependant elle tirait d'Anvers quelques épiceries, du sucre, de la garance, quelques draps de soie, des camelots, des serges et des toiles.

A»wiiiu.d.. L'Irlande envoyait des cuirs crus et secs, des pelleteries et quelques draps de peu de valeur et se fournissait à Anvers des mêmes marchandises que l'Écosse.

ATeempa- De l'Espagne arrivaient des pierreries, des perles d'Amérique, moins belles que les perles orientales, d'innombrables lingots d'or et d'argent ; des drogues auxquelles on attribuait alors des vertus extraordinaires ; du safran , de l'écarlate , de la soie écrue , des draps de soie , des velours de Tolède, des tafetas; du sel, de l'alun de Mazzeron, de Torchis, des laipes fines, du fer, des vins, des huiles douces et grasses pour la draperie; des vinaigres, du miel, de la mélasse, de la .gomme d'Arabie, du savon, des fruits secs

et autres , tels que limons , oranges , citrons , grenades , olives, melons, dattes, figues, amandes, raisins; des vins et du sucre des Canaries. Anvers lui transmettait du cuivre , du bronze et du laiton , non travaillés ou mis en œuvre; du plomb, des draps de plusieurs sortes, surtout de Flandres, et quelques-uns d'Angleterre; des serges de tous prix , des ostades , demi-ostades , des tapisseries , des toiles, des camelots, du lin, du fil; de la cire, de la poix, de la garance, du suif, du soufre, du blé, dè la viande et du poisson salé, même du beurre et du fromage; de la quincaillerie, des ouvrages de soie, de filoselle et autres; de l'orfèvrerie, des armes offensives et défensives; des munitions de guerre , des meubles et des ustensiles de ménage. En un mot, l'Espagne se pourvoyait en Belgique de tout ce qui demandait de l'industrie et du travail, chose dont les Espagnols ont été long-temps ennemis.

Du Portugal se tiraient des pierres précieuses, des per- ATeei« Portes d'Orient, de l'or, des épiceries, des drogues, de l'ambre, du musc, de la civette, de l'ivoire, de la rhubarbe, de l'aloë, du bleu d'azur, du coton, des parfums, du sucre de S l .-Thomas, du brésil, du vin de Madère, des racines de la Chine (la radice délia CinaJ, du sel, de l'huile, du pastel , de Torchis , des fruits secs , frais ou confits , etc. ; on y adressait les mêmes marchandises qu'en Espagne.

Enfin de l'Afrique on tirait du sucre, de fazur, des go m- Avec l'Afrimes et coloquintes, des cuirs, des pelleteries, des plumes quc d'oiseaux rares et surtout d'autruches, que l'on cliangeart contre des draps, des toiles, des serges et de la quincaillerie.

Guicciardin récapitule ensuite , en argent, à combien te

montait ce négoce; il estime celui d'Angleterre à plus de 12,000,000 d'écus; de sorte, ajoute-t-il, qu'à peine l'un de ces peuples, c'est-à-dire, des Belges et des Anglais, pourrait se soutenir sans l'autre. Le blé tiré du Danemarck, de l'Osterland , de la Livonie , de la Pologne et du reste du Nord , est évalué à environ 1,680,000 ecus d'or par an. L'Allemagne envoyait tous les ans environ 1 0,000 tonneaux de vin , coûtant un million et demi d'écus d'or , et la France une pareille quantité pour un million d'écus. En résultat, le montant de la vente et de l'achat des marchandises atteignait, année commune, la valeur de seize cent soixante - deux millions cinq cent mille florins de notre monnaie actuelle , sans y comprendre la négociation des efiets de change.

Cette relation est confirmée par Scribanîus qui écrivait à Anvers même et pouvait être contredit à chaque instant. Son ouvrage , il est vrai , n'est qu'un panégyrique dédié au magistrat et aux habitans de cette ville, et il faut se défier de l'exagération des panégyristes : mais enfin Scribanius répète sans cesse je l'ai vu, et il est d'accord avec les écrivains contemporains : « J'ai vu plus d'une fois, écrit - il > T«m à An' jusqu'à a5oo navires dans l'Escaut, dont les derniers restaient deux ou trois semaines à l'ancre, avant de pouvoir s'approcher des quais et décharger leurs cargaisons; il n'était pas de jour qu'il n'entrât dans le port ou n'en sortit plus de 5oo bâtimens. J'ai même ouï conter que parfois environ fao voiles y avaient été poussées à la fois par la marée (1). »

(1) Scrib. orig. AntT., p. y4. Item, in Antv. , p. 3o.

AUX XV ET XVI SIÈCLES. ia5

On lit, dit Van Meteren, dans les comptes des poisson- p*d, e . niers , qu'un jour arrivèrent à Anvers 75,000 schelvisch frais et vivans qui furent tous vendus dans le courant de la journée (1).

Le nombre des chariots de commerce qui venaient de l'Aile- Nombre de» magne , des villes Anséatiques , de la Lorraine et de la c,, ■ tiou • France, n'e'tait pas moins considérable : il se montait par semaine au-delà de mille (2).

Les fabriques d'Anvers ne laissaient pas que d'être floris- nfetam e| santés, quoique les esprits fussent presque tous tournés vers m»nor»ctore«. le trafic du dehors. Les verreries y furent introduites en 1 54 1 et les manufactures de tapis en i544i avec celles des toiles de Bretagne, des étoffes de lin à l'italienne et d'armes à la manière allemande (3).

Les vitres peintes, comme nous l'avons vu, étaient un article important, et des artistes distingués ne dédaignaient pas d'y mettre la main. Les fenêtres de la chapelle du S'-Sa- vem* peiau. crement dans l'église de S te .-Gudule à Bruxelles , qui représentent l'histoire du juif Jonathas, ont été peintes par le fameux Rogiers et les portraits sont faits d'après les originaux des princes qui les ont donnés ; ces princes étaient l'empereur Charles - Quint ; son frère Ferdinand, roi des Romains ; François I« r , roi de France ; Marie , reine de Hongrie; Jean, roi de Portugal (4).

(1) Scrib. orig. Antv., fol. a5i.

(a) Pp. 74 - 75-

(3) Gramaye, Antv. , p. a4.

^4) Vénérable hUt. du St. Sacr. par Pierre de Cafmeyer, Irad. en 1730, fol. dans l'avis au lecteur.

i2t> DU COMMERCE.

La construction des navires méritait de fixer l'attention ainsi que les fabriques de toiles , de futaines , de cuirs , teintures, couleurs, dorures, passementeries d'or et d'argent, soie , fil et laine ; de draps , de velours , de satin , damas , taffetas, etc.; on tissait même à Anvers de la soie indigène, mais en petite quantité et l'on y excellait à travailler les métaux, la bijouterie, la cire, le sucre, le vermillon (i).

Division iur D'après ce que nous avons dit tout-à-l'heure sur la foi de i« voiture.. Scribanius, on sent que l'art du carossier ne peut être oublié parmi les arts mécaniques. L'unique voiture des deux sexes en France, jusqu'au règne de Charles VI, était le dos du cheval ou du mulet. Les rois , reines , princes , sujets , en un mot, tous n'en connaissaient pas d'autres. Sous Charles VI, parurent les litières portées sur deux chevaux : elles étaient découvertes et ne servaient qu'aux dames de la cour. C'est ainsi qu'en i468 Marguerite d'Yorck fit son entrée à Bruges (a). Sur la fin du règne de François premier, les coches ou chars se montrèrent; l'usage en venait d'Italie; il n'y en eut alors que deux en France, l'un pour la reine, l'autre pour Diane, fille naturelle de Henri II; et en i588, sous Henri III, il n'y en avait qu'un dans Paris, qui était celui du premier président. Ils se multiplièrent ensuite, mais en petite quantité , jusques vers la fin de la ligue , sous Henri IV, temps auquel ayant changé de forme, ils changèrent aussi de nom et furent appelés des cai-osses. Les premiers étaient suspendus avec des cordes ou des courroies; on y montait avec une échelle de fer : le reste de la descrip-

(i) Guicciard., i«" édit. orig. , fol. mita) Olivier de la Marche, coll. de Mém. , tora. XI, p. i3g.

tion manque; mais il est certain qu'ils étaient bien différens de ceux da-présent ( i ). Scribanios comptait de son temps environ ôoo voitures de luxe, appelées Rhedœ dans son livre : c taceo in animorum laxamcntum, in I uxura etiam » fastumque destinatas rhedas facile quingentas (2). » Vers ce temps Simon Stevin de Bruges, mathématicien du prince Maurice d'Orange, inventa les chariots à voiles, dont on trouve la figure et la description dans Blaeu, et que Grotius a célébrés en beaux vers (3).

M. Koning a trouvé dans les archives de Harlem que le P. P i f r. papier qu'on y employait jadis dans l'administration municipale venait d'Anvers. En effet au milieu du XV e siècle, la Hollande n'avait pas encore de moulins à papier et devait avoir recours au Brabant. M. Scheltema, d'après son docte ami, observe qu'en Brabant c'était la coutume, lorsqu'il survenait un changement dans la maison du souverain , de changer aussi la marque du papier , ce qui fait que le papier de ce pays offre une succession chronologique (4) Ce n'est pas le lieu d'examiner ici cette assertion.

De la fabrique du papier à celle des cartes il n'y a pas Cl,t,,i i 0,,fr loin. Cet amusement bien plus ancien que ne l'insinue le

(1) Description des arts et métiers, tom. WYI1I; l'art du bourrelier et du 'sellier, avant-propos , p. a.

(a) Orig. Antv. , p. ?5.

(3) Theatr. urb. Belg., a vol. fol.

(4) Dissertation de M. Koning sur l'art de l'impr. , extraite de son ouvrage hollandais sur le même sujet, p. 33 , et lettre de M. J. Scheltema aux réd. de la Galerie des Conterop., p. x5.

père Ménétrier, doit avoir été connu de bonne heure en Belgique. Ceux que ce sujet intéresse trouveront dans la note ci -jointe l'indication des sources auxquelles ils pourront recourir (i).

piuiei ru«. Il est vraisemblable que les plantes rares entraient aussi dans le commerce. Goropius Becanus , dans la dédicace de ses origines au magistrat et au peuple d'Anvers, s'étend sur le goût excessif des Anversois pour les productions végétales et les curiosités botaniques : « His accedit tanta urbis » elegantia, tantus vicorum splendor, tanta domorum com- » moditas et ornatus, tanta suppellectilis et copia et mun- » ditics, tanta suburbanorum amœnitas, et aedificiorum in

(i) i Ménétrier, Biblioth. curieuse et instructive tom. II. a Ilgiuco delU carte, poème du Bettinel/i.]

3 Bul/et, Recherches historiques sur les cartes à jouer. Lyon, 1757, in-8.

4 L'abbé Rives. Éclaircisseraens historiques et critiques sur l'inven-

tion des cartes à jouer. Paris, 1780, in-8.

5 Breitkopf. Ursprung der spiel-karten. Leipzick , 1784.

6 Le Baron de Heineck. Idée générale d'une collection d'estampes. Leipzick et Vienne, 1771 , in-8.

7 Nicolaî. Berlinische MonaUchrift , années 1808 , 180g.

8 Monde primitif de Court de Gibelin, tom. 8, Paris, 178t.

9 Dissertation sur les cartes, dans les mémoires de Littérature et Belles- Lettres, année 1720.

10 Rescarches into the history of playing cards, etc. Recherches sur les cartes à jouer, par Samuel Weller Singer , vol.in-4, avec beaucoup de gravures, imprimé seulement à a5o exemplaires. Londres , 1816.

11 Mémoires d'une société célèbre etc. publiés par l'abbé Grosier, tom. 1, art. X, pag. 3a4 - 354 1 etc. , etc.

» iis magnificentia, ut regum, non civium esse videantur; » in quorum hortis crescentium varietatem si describendam 9 mi lu sumerem, integrum naturalis historiœ mihi volumen » esset implendum, cùm nihil ferè usquàm sit herbarum, » quod hîc non studiosè, non à pharmacopolis modo, sed » ab aliis etiam civibus cultum reperiatur (1). »

Pendant que l'Escaut apportait à Anvers les richesses des deux mondes , les arts et les lettres y étaient en honneur. La peinture et la gravure étaient portées à la perfection. Quelques zélateurs adroits s'occupaient, de leur côté d'un Trafic de»;», genre d'industrie digne de l'observation du philosophe. Vers daletn "*" l'an i5aa , ceux qui avaient obtenu des bulles du pape pour le trafic des indulgences, en donnaient les profits à ferme, dans Anvers , à des marchands italiens qui recherchaient partout les meilleurs et les plus éloquens prédicateurs afin de bien priser les indulgences et mettre en vente comme une marchandise au plus grand profit des affermeurs (a).

Les Osterlins construisirent en 1 568 , la maison appelée 1* bc-o™ aujourd'hui Hanséatique (3). La bourse fut bâtie en i63i. On y allait le soir et le matin , et là , par le moyen des courtiers , se terminaient des affaires immenses. Les souverains mêmes ne dédaignaient pas de prendre part à ces transactions. Les rois d'Espagne et de Portugal et la reine d'Angleterre entretenaient des facteurs ou consuls qui négociaient

(1) Gor. Bec. A ru y. 1 r >6g, fol. ad S. Pq A. M. Van Hulthem a inséré ce passage dans un discours sur les progrès de l'agriculture et de la botanique.

(a) VanMeteren, fol. II.

(3) Guicc,éd. de i58i,p. 16a.— Bruzen La Martinière, au mot Anvers, etc.

i3o DU COMMERCE,

pour eux des emprunts. Celui de Portugal, quoique son maître fût chargé de dettes, vint à bout dans un seul marché ou bourse, de faire un emprunt de plus de trois millions d'écus d'or, qui furent remboursés ponctuellement aux échéances. Le change se faisait aussi pour Rome, Venise, Milan, Florence, Gênes, Ausbourg, Nuremberg, Francfort, *Burgos, Séville, Lisbonne, Lyon, Paris, Rouen, Besançon, Londres, etc. (i).

M«rch«nd« Lç S pi us renommés des négocians contemporains de Guio rraommfc. ç j ar( | m Paient les Fugger, originaires d' Ausbourg (a). Antoine , le chef de la famille , laissa en mourant la valeur de plus de six millions d'écus d'or, sans compter ses autres biens ; le tout acquis à Anvers , par le moyen du commerce, et cela dans une période de 70 années. Cette maison possédait non-seulement des terres seigneuriales en Allemagne , mais encore des terres dans d'autres parties de l'Europe et même dans le nouveau monde. Son nom est encore en proverbe (3).

Portion. Cette merveilleuse opulence étendait rapidement la population : aussi tés logemens étaient-ils d'un prix excessif. Les années où Anvers fut le plus fréquentée sont celles qui s'écoulèrent de 1 556 à 1577. Scribanius a extrait d'un ancien

(1) Guicc. , I er ' édit. orig., p. 117.

(a) Rabelais en parle dans son Gargantua, liv. 1, c. 8! « Car Hanscar- » yel, grand lapidaire du roi de Melinde , les ( des pierres précieuses) es- » tintait à la valeur de soixante-neuf millions huit cent nonante et quatre » mille dix et huit moutons à la grande foire. Autant l'estimèrent les Four- » ques rf'Auxbourg. »

(3) Guicc p. "7-

AUX XV ET XVI SIECLES. i3i registre, le recensement , par quartiers, de l'année i568 (i).

. . . 58io

Total 89,996 citoyens.

Etrangers ayant pris

domicile i4#85

Dans cette énume'ration ne sont pas compris les matelots, les voyageurs , ni les habitans des faubourgs au nombre de 5o,ooo jouissant des droits de cite'. En i549 — 56 — 61 , on comptait en tout à Anvers au-delà de 200,000 ames. Vers i566 il s'y trouvait 3oo peintres et sculpteurs; 169 maîtres boulangers; 78 bouchers; 7 S marchands de poisson de mer, 16 ou 17 de poisson d'eau douce; 110 barbiers ou chirurgiens; 5$4 tailleurs et chaussetiers ; 124 orfèvres, sans les lapidaires et graveurs (2). La nouvelle ville fut commencée en i543 par ordre de l'empereur (3).

Anvers, sous Philippe II, se vantait d'être vierge, c'est-à-

(1) Scrib. orig. Aniv. , pp. 73 et 74. (a) GuiccianL, 1" édit., p. 11 5.

(3) Haraeus , tom. II, p. 63a.

i3a DU COMMERCE,

dire , de ne s'être jamais soulevée contre son souverain. Mais , en lui gardant fidélité , elle ne laissait pas que d être attentive à l'imposition des nouvelles taxes et de prendre les armes contre" ceux qui les levaient. C'était en défendant sa liberté qu'elle vivifiait son commerce. En i554iau mois de juillet, il y eut une sédition parmi le peuple. Une défense de brasser de la bière ailleurs que dans la nouvelle ville à moins de payer une contribution, échauffa les esprits. Mais le trouble fut bientôt appaisé et la défense de brasser fut levée (i).

Décadence Nous avons contemplé Anvers à l'apogée de sa gloire ; Anrm. nous a u ons maintenant la voir décliner. Elle avait déjà subi quelques désastres , mais ils avaient été bientôt réparés. Les inondations de i446, 1462, i4G8, i477 et i53a; les tempêtes de 1439, i479i ï5i3 et i5i6; les incendies de i499î i456, i54i et i546 (a), n'étaient rien auprès de la tyrannie des Espagnols et des fureurs de la guerre civile. La joie qu'avait causée la paix de Cateau-Cambrésis ne fut pas de longue durée. On avait fait une nouvelle répartition de diocèses et l'on voulait forcer Anvers à recevoir son évêque. Le a3 janvier i56a, les Anversois remontrèrent à la gouvernante que l'on craignait de voir l'inquisition marcher à la suite de ce nouvel évêque; que les étrangers au seul mot d'inquisition n'osaient aborder dans le port; que les négocians les suivraient et transporteraient le commerce ailleurs ; qu'il n'était plus question de vente , d achat ni de traite; que les artisans demeuraient sans ouvrage; que les manufactures étaient désertes et la circulation de l'argent

(1) Van Meteren.fol. i5.

(a) Bruzen La Martinière , tom. I , p. 4!>9-

AUX XV ET XVI SIÈCLES. i33

arrêtée ; que les Flamands accoutumés à la douceur d'un gouvernement dirigé par les lois , ne pouvaient supporter la domination espagnole ; que ce serait réduire au desespoir un peuple ennemi de la vexation; qu'on étendait la persécution jusques sur les étrangers, qui, se voyait exposés au supplice sur le moindre soupçon, fuiraient des lieux qu'on ne pouvait aborder qu'avec des preuves de catholicisme ; et que leur désertion entraînerait nécessairement la ruine du pays. On répondait vaguement à ces représentations ; mais à force de solliciter, on obtint que l'évêque Sonnius ne prendrait pas possession de son évêché (i). La rigueur des placards touchant les opinions religieuses répandait déjà l'exaspération parmi le peuple. Les Anglais mmUmUImi considérant que les Pays-Bas étaient pleins de troubles et Britannique, que , dans les réclamations contre l'inquisition , on appuyait sur l'inconvénient qu'il y aurait à les repousser par la terreur qu'inspirait ce tribunal , songèrent à profiter de leur position. Sans avoir égard aux traités, ils augmentèrent presque de la moitié, les droits sur l'entrée des marchandises et imposèrent une foule d'autres taxes. Pour les draps qui sortaient d'Angleterre, le péage exigé des étrangers était haussé de la valeur d'un angelot, de sorte que les Anglais pouvaient fournir à Anvers, un drap d'Angleterre à six florins meilleur marché que les marchands du pays. Ceux-ci endurèrent ces vexations jusqu'à ce que la gouvernante, excédée de plaintes, envoya l'an i563 en Angleterre, le conseiller Christophe d'Assonville : mais loin de lui faire satisfaction on bannit d'Angleterre les produits des manufactures belgiques, tels qu'épingles, couteaux, rubans, ceintures, etc.

(ij Van Meteren , fol. 3» verso, — Branrit, histoire de la reforme, tora. I , p. 160.

Les Pays-Bas prirent de leur côté des mesures prohibitives. Le 8 décembre i563, il fut défendu de porter en Angleterre aucune des matières premières servant a la confection des marchandises qui y étaient défendues. On prohiba aussi l'importation des marchandises anglaises, excepté des draps et l'on ordonna de se servir de navires belges, de préférence aux navires anglais. Mais un accord eut lieu le 24 décembre 1 564, et en i566 le commerce fut repris, comme nous l'avons dit ailleurs.

Cette même année les religionnaires prêchèrent publiquenn.it à Anvers; les églises furent pillées, les images brisées. 11 y eut une émeute en 1667; en f ^74 les soldats espagnols, mutinés faute de paiement, entrèrent dans la ville; ils y revinrent en 1576 et la saccagèrent pendant trois jours. fom ei(»-Cet horrible attentat est connu sous le nom de Furie espa- |,,0, *• gtwle. On n'épargna les marchands d'aucune nation, pas même les Espagnols. Le butin fut si considérable que des soldats exposèrent au jeu jusqu'à 10,000 écus en un jour; quelques-uns se firent faire des gardes d'épées , des poignards et des corselets tout entiers d'or massif, qu'ils noircissaient afin qu'on n'en connût point le prix (1). Anvers présenta alors un tableau funèbre : « Tarn opulentum, dit » Braun (a), et nobile totius Europse emporium , cujus pla- » tese vix mercium et incolarum et raercatorum stipata quasi » agmina capere solebant, nunc rarum mercatorem osten- » dere, silentio, luctu, et horrore cuncta passim possiden- » tibus. Jam ver& durissimo discedente Ibero respirare, et » quasi revivescere urbs ipsa vidctur. »

(1) Strada Dec. 1., p. 4*8, édit. de Rome , 1648. (a) Tom. I.

AUX XV ET XVI SIECLES. i35

Cependant le commerce était suspendu ; les marchands des Pays-Bas étaient exposés à mille exactions en Espagne et ne communiquaient au-dehors qu'à travers mille obstacles (i). La conquête du Portugal qui eut lieu en 1579 vint accroître l'embarras. En i58o on imprima, vraisemblablement par ordre du gouvernement, une lettre prétendue du prince d'Orange, Coriwii* u;»ornée de commentaires, qu'on ne trouve que dans les ca- ,oriT,c binets des curieux, sous ce titre : « Lettre intercepte du prince » d'Orange au duc d'Alençon avecq quelques avertissemens » sur icelle, pour ouvrir les yeulx aux bons sujects. Impri- » mée l'an LXXX. • Cette lettre est datée du dernier jour de juillet de la même année. Le prince y exprime ses craintes : « Puisque maintenant, dit-il, il sera en leur main (des Es- » pagnols ) d'empescher de tous costels la traite et yssue des- » dites marchandises dont l'Espaigne participait par l'entrée » dudict Portugal. Chose de quoy les marchands, et géné- » ralement ce peuple fondé sur l'entrecours, et prouffict de » leur négociation, merveilleusement intéressés, et ceulx de » la marine fraudez de leur entretien ordinaire, faict à crain- » dre, entreront en quelque remuement de menaige. Dieu » veuille que ce ne soit pas à notre désavantage. »

Le commentaire de ces paroles est fort curieux et prouve que les fauteurs de l'oppression ont toujours tenu le même langage, « C'est merveille, écrit l'annotateur, que ce hault » discoureur n'y a poinct adjousté que des royaulmes d'Es- » paigne et des Indes ne venoient que citrons, limons et » oranges, et que les toiles et tapisseries des Pays-Bas sont » marchandises daultre estoflfe. Car tout ainsi est-il accous-

(1) Grolii Ann. p. 67.

» tumé de cacqueter , quant il triumphe parmi le menu peu- » pic. Mais bien sçavent ceulx d'Anvers, et tous aultres gens » d'esprit ayant hante le monde, combien emporte par-des- » sus plusieurs autres denrées venant d'Espaigne, avoir du » sel, espices, laines, cochenille, et que plus est or et ar- » gent , tant en masse que monnoyé. Desquelles choses l'on » se peult beaucoup moins passer, que des toiles et tapisse- » ries, qui ne consistent que en manufactures et besoigne » de ceulx dudit Pays-Bas, lesquelz à faute de achapteurs » estrangers, demeurent oysifz, sans faire gaignage ou prof- » fit. Quoy advenant Ion verra le beau jeu , que Dieu par sa » justice, avec le tems, dressera à ce fàulx hypocrite. Si qui- » dem nesciat plebs jejuna timere dici, imo ne quidem Jup- » piter semper inermis esse volet » Ne croit-on pas lire la Quotidienne ou le Drapeau-blanc P

Comme notre dessein ne peut être d'e'crire l'histoire de la révolution belgique, nous ne dirons rien de la surprise d'Anvers , par le duc d'Alençon et nous ne citerons son fameux siège que parce que ce fut l'époque de sa perte, consommée plus tard par le traité de Munster. Amsterdam s'éleva sur ses ruines (i).

Nous n'ajouterons plus qu'un mot L'épuisement d'Anvers Pr« do fro- commençait à être tel en 1587 qu'un last de froment s'y vendait 935 florins 10 sols; et celui de seigle 900 florins. Cette même année le prix ayant baissé, on paya encore

(1) Phil. Ferrarius, novum Leùcon Geog. Tom. I. ( Venetiis, 1738 in-folio ).

AUX XV ET XVI SIÈCLES. i3 7

le last de seigle 56 florins 10 sols, ou environ 4o florins d'or (i).

On trouve dans le grand ouvrage de Braun , tom. HT, un plan très-détaillé d'Anvers , telle qu'elle était alors. Il a été dressé par Georges Hoefnag.

Voyez Vlissingen, Amsterdam, etc., etc.

(i) Descript. de la ville dAmsterd. par Commclin, in-fol., 1726, p. 9l3.

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