‹ Mémoire couronné en réponse a cette question proposée par l'Academie Royale de Bruxelles Quel a été l'état de la population, des fabriques et manifactures, et du commerce dans les provinces des PaysBas, pendant les 15me et 16me siècles? Par Fr. baron de ReiffenbergChapitre 49 sur 84 · LA HOLLANDE ET LA FRISE · texte numérisé non relu

LA HOLLANDE ET LA FRISE

APERÇU GÉNÉRAL

Motdepy- Pythagore disait que trois sortes de gens prennent part ittgore. au commerce : les d eux premières s'occupent de vendre et

d'acheter : le repos leur est inconnu; l'autre ne songe, en visitant les magasins et les boutiques, qu'à se distraire et à regarder; et c'est la seule heureuse (i). Ces oisifs ont presque toujours été inconnus en Hollande.

contrée « Le commerce, observe Montesquieu, a du rapport avec i économie. l a constitution. Dans le gouvernement d'un seul il est ordinairement fondé sur le luxe; et quoiqu'il le soit aussi sur les besoins réels, son objet principal est de procurer à la nation, qui le fait, tout ce qui peut servir à son orgueil, à ses délices et à ses fantaisies. Dans le gouvernement de plusieurs, il est souvent fondé sur l'économie. Les négocians,

(i) ■ Pythagoras lolum mercatum dividebat in tria hominum gênera : « quorum alii prodiissent ut venderent, alii ut emerent : hoc utrumque • genus aiebat sollicitum esse , proindè nec felix; alîos non ob aliud vt-nire

■ in forum, quàm ut spectent quod illic proferatur aut quid agatur : hos

■ solos esse felices, quôd vacui curis, gratuit A voluptate fruerentur. • Erasm. Colloq. op. édit. Çler. , tom. I, p 76t. D.

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ayant l'œil sur toutes les nations de la terre, portent à Tune ce qu'ils tirent de l'autre. C'est ainsi que les républiques de Tyr, de Carthage, d'Athènes, de Marseille, de Florence, de Venise et de Hollande ont fait le commerce (i). »

Ce commerce occupait toutes les classes de la socie'té et leur imprimait une activité merveilleuse. Rien n'arrêtait la laborieuse persévérance des Hollandais : ni l'envie des étrangers, ni l'insuffisance des moyens, ni les difficultés du sol; de sorte qu'on pouvait leur appliquer, en le détournant de son sens primitif, cet adage rapporté par Strabon (a) : Éfiirep« xarà kWiotv iliXoù. Mercator naviga et exporte (3).

Aloysius Marlianus de Milan, qui visita la Hollande au T „ IU(le milieu du XVI e siècle, rend compte à un de ses amis de «»««•». l'effet que produisit sur lui la vue de ce pays. Parmi plusieurs traits de mœurs, on remarque des détails sur l'extrême propreté des habitans que l'auteur peint tout d'un trait par ces mots : exspuendi locus non datur. Junius s'étend aussi sur la propreté et l'économie des Hollandais : il admire la netteté de leurs vitres, leurs pavés toujours parse- iw més de sable. Il affirme en outre que l'usure leur fut longtemps inconnue, et que, de son temps, elle l'était encore aux Frisons cis-rhénans (4).

Marlianus s'explique ensuite' ainsi : c Insensiblement le Tanoipuge commerce de tous les peuples a passé dans la Gaule bel- *

(i) Esprit des lois , liv. XX , ch. 4.

(a) Lit. XIV.

(3) Erasm. Adag. Chil. IV, Cent. V,pror. 8a, tom. II, 1071. B.

(4) Batavia , pp. 2 20- 22 5.

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gique , et dans la basse Germanie. La nature semble applaudir à la Germanie qui recèle d'utiles métaux dans ses flancs; elle applaudit au cours fertile du Rhin et de la Meuse et l'Europe aime à voir leurs vaisseaux flotter sur toutes les mers; naguères l'Afrique, l'Asie et les Indes sont entrées en relations familières avec la Belgique qui est devenue le marché et le centre de l'univers (i).

« Grands Dieux, s'écrie-t-il plus bas, quels hommes, quelles femmes, quels chevaux, quel bétail, quels troupeaux pro-

N.»igitioo. duit la Hollande! La fortune a voulu qu'à tous ces avantages elle en joignît d'autres et que ses navires fussent si nombreux quelle parût la reine des mers d'Allemagne, d'Angleterre et de France. Elle se sert de ces bâtimens pour étendre son commerce dans toutes les contrées. En outre

*-'- t i elle cultive avec tant de soin l'art de travailler la laine , qu'on ne sait si ces îles sont plutôt consacrées à Vénus qu'à Toiie. de ijb. Minerve. Les toiles de lin qui s'y fabriquent sont d'un grand prix et les plus estimées. Enfin pour que la mer ne paraisse point le céder à la fécondité du sol et à l'adresse des habi-

Pffb «. tans , elle est si poissonneuse et si productive, que la pêche rapporte aux Batavcs plus de trésors que les autres peuples n'en arrachent péniblement du sein de la terre (a). »

Relation* Les bâtimens hollandais . écrit Junius, cherchent en France «i». du vin et du sel; en Espagne, des aromates, des épices, du sel, de l'huile, du vin, de l'alun, du sucre, etc Les uns vont

(i) Batavia illustratt ex nuisaeo Pétri Scriverii , Lugd. Bat. 1609, in-4<>, pp. lai-iaa.

(a) Apud Scrirerium , p. ia3.

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en Livonie, en Prusse, en Pologne, en Danemarck, à Dant- Rick, etc., pour y prendre du blé ; les autres apportent du poisson sec de l'Irlande et de la Norwége , ainsi que des mâts et du bois de construction, de menuiserie et de tonnellerie (i).

Les peaux de lapin étaient une branche de commerce particulière à la Hollande (a), de même que les tourbes (3). Cette province envoyait des œufs et de la volaille en plusieurs endroits et surtout à Anvers; cetait-là un des principaux revenus des gentilshommes (4).

Depuis plusieurs siècles la Hollande commençait avec l'Angleterre, vers laquelle penchait la politique de la maison de Bourgogne, comme l'a observé M. de Nenny (5). En i435 Philippe ayant fait la paix avec la France sans les Anglais, ceux-ci furieux massacrèrent dans les rues quelques négocians hollandais établis à Londres. Car le commerce y avait appelé plusieurs habitans de Dordrecht, de Haarlem (G), de Gouda, de Rotterdam, de Schiedam,Monnikendam, Alkmaar, . Heusden, Middelbourg et Zirickzée, lesquels furent contraints de se mettre sous la protection du roi d'Angleterre et de lui prêter serment. Ce prince alla jusqu'à solliciter les villes de Hollande et de Zélande à la révolte, et leur écrivit à nos seigneurs et grands amis les bourgmestres, échevins, conseillers et communes, etc. Aucune ville ne répondit, et la

(i) Batavia, p. ao6.

(a) Id. , p. aïo.

(3) Id. , p. ao 7 .

(4) Guicciardin, i" ëdit.

(5) Mém., tom. I, p. iy5 , a"" édit.

{6) Les Français écrivent Harlem.

plupart envoyèrent leurs lettres, sans les ouvrir, au duc de Bourgogne (i).

Ricfew». po- Remarquons néanmoins que la Hollande avant la réforme paunon. égalait pas le midi de la Belgique (a), quoique Glanvil ait écrit : « Et est terra dîvitiis quae transeunt per mare et « per flumina plurimùm opuleuta. 9 De longues années avant la révolution Chrysostomw NeapoUtanus donnait cet aperçu de la population : « Vici , compita et magalia » (praeter urbes) sic passim interjecta, ut vix quôquam oculos » vertas ubi non aliquod aedificii occurrat genus (3). » Quand on chargea les habitans de nouveaux impôts en i5i5, on trouva qu'il n'y avait en immeubles contribuables que aoo,o3o arpens de terre, 45,ooo maisons, et 172,000 personnes propres à supporter la capitation. Les autres terres et maisons apartenaient à des couvens ou à des maisons de charité, et le reste des habitans était ou des ecclésiastiques ou des personnes hors d'état de contribuer à ces impôts (4). Mais les persécutions des Espagnols forcèrent la Hollande à s'élever au-dessus d'elle-même.

Au mois de juin de l'an i468, le duc Charles de Bourgogne, en recevant l 'investiture à La Haye, fit une demande aux états de a4o,ooo lions, ou 480,000 (schilden) écus; il exigea pour épingles dues à son épouse pendant huit années

(1) Vaderl. hist. , tom. III, p. 5a5.— Rymer act. publ. Angl. , tom. V, part. I , p. a8 apud eamdem. — Alomtrelet , Toi. II , fol. ia4-ia5.

(a) Van Meteren, fol. 7 verso.

(3) Apud Soi ver mm , p. i3l.

(4) Vaderlandsche histor., tom. IV, bl. 391.

ville» k di.'fr-

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3a,ooo écus ; pour présent aux gens de sa maison 16,000 , et pour dédommagemens et frais des nobles 4,800 ; le tout faisant ensemble 53a,8oo schîîden de Hollande, dans lesquels la Hollande et la West-Frise devaient contribuer pour une somme de 370,800 florins, à fournir en quinze années ou paiemens.

Les grandes villes comme Dordrecht et les villages environ n ans 1

payèrent seuls 3<>,aoo

Haarlem « < 3,594 wn ^ >oqn "

Delft 3,375.

Leyde 3,375.

Amsterdam 2,875.

Gouda 1,770.

Et les petites villes :

Alkroaar 800.

Rotterdam 1,1 5o.

Schiedam 35o.

Hoorn a ,000.

Medenblik 4 r '°-

Enkhuisen 470.

Les autres villes, seigneuries et villages devaient fournir le reste de la somme (1).

Ce tableau nous expose les ressources respectives des villes; fixons nos regards sur le même objet à une date plus récente.

(1) Commelin, tom. H, p. 914.

iGo DU COMMERCE,

«ubiUK»«t En i555, les fermes furent établies en Hollande, pour la a*. f. ra »s. fafa ^es impôts : voici le résultat de la première :

Monnikendam . .

. . 4oo

ii5(i>

La paix de 1^92 avait eu une grande influence sur nos « ,eUHolu » d «- provinces; le commerce et la navigation , entravés par ceux de l'Écluse, refleurirent de nouveau; de manière que les Hollandais dont les navires ne parcouraient que les côtes d'Angleterre, de France et de Norwége, poussèrent plus loin

(1) Regist. T«n Adr. Van der Goes, bl. 36. — » Wagenaar , op 't zelfde jaar, etc.. tom. V , p. 4".

et s'aventurèrent dans d'autres parages, y étant contraints par le dénuement auquel la guerre avait réduit leur pays (i). Les secours d'argent que Charles-Quint reçut des Pays-Bas pendant les guerres qu'il eut à soutenir, et qui sont évalués à 40,000,000 , somme dont la Hollande seule paya^ une forte partie, démontrent invinciblement la prospérité toujours croissante de cette contrée (a). La tyrannie de Philippe acheva d'aflermir sa fortune.

La Hollande eut souvent à lutter contre l'Océan. L'an i4oo, iooodâtion». elle souffrit beaucoup de l'inondation appelée La Haute Marée de Frise. En 1 4a 1, soixante-douze villages furent engloutis entre Gertruydenberg et Dordrecht. Il ne s'échappa , dit Chrysostomus Neapolitanus (3), qu'un enfant endormi avec un chat dans un berceau, sujet qui a fourni un charmant tableau à une femme peintre. Il y eut encore d'autres débordemens considérables en i5o8, 1609, i53o, i55a et

(1) Van Meteren, fol. 7 verso.

(a) Vaderlandsche hiat, tom. V , p. 44°.— Verantw. des Prins Tan Oran. by Bor, authent. stuk., t deel, bl. 3.

(3) Apud Semer. , p. i3o.

(4) Meyer , Ann., p. a64, édit. de i56i. — Meteren, fol. 66 verto. — Vaderlandsche hùtor., tom. III, p. 4^4 » etc., etc.

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