RESUME
Le règne de Philippe-le-Bon répandit le goût du luxe et aiguillonna l'industrie qui s'efforça de satisfaire les nouveaux 1 besoins dont la civilisation tourmentait la société. Les négocians, qui étendirent la sphère de leurs entreprises, comprirent qu'en rassemblant leurs forces, ils remédieraient à une concurrence mal entendue : ils commencèrent donc à s'unir en corps. Ces sociétés, faibles dans leur origine, lurent le modèle de ces compagnies puissantes que les siècles suivans virent s'élever dans les Pays-Bas (i).
La guerre ébranla le trône de Charles le Téméraire et de Ch " , ~ Maximilien : l'activité des opinions politiques passa dans les JJjjjjjjV 1 transactions commerciales : la population, pour ainsi dire, refoulée sur elle-même, en prit plus de souplesse et de ressort. D'un autre côté l'extinction de la maison de Bourgo- Extinction de gne, le gouvernement de Louis XI, et sur-tout la nouvelle 1 *' manière de faire la guerre, contribuèrent peu-à-peu à abolir ce qu'on appelait la clievalerie. Cette abolition , loin de nuire au commerce, lui donna plus de considération. La profession des armes ne fut plus la première : l'héroïsme chevaleresque ne détourna plus d'une honnête industrie; il parut
(i) Traduction du mém. du S. L. I. E. Pluyier, couronné en 1776 , pp. ao, ai.
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aussi honorable de s'enrichir par d'utiles travaux, que de distribuer ou de recevoir inutilement de grands coups de lance; l'orgueil des nobles reçut d'ailleurs une sensible atteinte : l'invention de la poudre à canon fit déroger la gloire des armes. On a permis au canon de tuer aussi les vilains : la lance des tournois n'abattait guères que des preux, qui commençaient par faire preuve de noblesse.
Philippe- Philippe-le-Beau répara les malheurs des discordes civiles. La police intérieure, l'administration se formèrent sous lui et il transmit à Charles des provinces riches et florissantes. Parmi les preuves qu'on pourrait donner de l'opulence de cmminom-la Belgique au XV e siècle, il ne faudrait pas omettre cette b« <ie mo BU -f ou i e d e mo numcns publics, qui portent un caractère d'in- £™\ e ^destructibilité que nous ne savons plus imprimer à nos ouvrages.
Ourlet Quint. Charles , qu'un écrivain moderne a peint d'une manière éminemment originale, dans une épopée peut-être comparable à celle du Dante (i), fit la guerre aux privilèges, et, tout en ménageant le caractère national, marcha sourdement au pouvoir absolu. Cependant, sous son règne, les Pays-Bas augmentèrent de prospérité. Le Brabant et la Flandre l'emportaient alors sur la Hollande et la Zélande : Anvers, aux bords de l'Escaut, recevait le tribut de tous les peuples du .monde. Le commerce du nord doublait nos ressources et nous procurait le moyen de foire avec avantage celui du midi. Nos relations au-dehors se multipliaient et nos villes, traitant avec les souverains d'égal à égal, soutenaient la di-
(i) Le Mercier, dans sa Panhypocrisiade.
AUX XV ET XVI SIECLES. *5o,
gnité du commerce. Les nobles , plus sages que dans les con*d«mum autres gouvernemens , sollicitaient 1 honneur a être inscrits COMMtce . sur les rôles des métiers (i) : exemple que nous avons légué à l'Angleterre où des princes du sang ro\al ne dédaignent pas de s'asseoir parmi de simples artisans. En 1426, Jean Mulard , vendeur de marée , porta l'étendard de la ville de Bruges (2). Les Gantois soulevés donnèrent à un coutelier le pays et comté de Waes (3); et en i56a, dans ces jeux que l'on a comparés ("assez mal à propos) à ceux d'OIympie, la chambre de rhétorique des violiers d'Anvers, proposa cette question entre plusieurs autres : « Combien les marchands qui se comportent justement sont profitables aux hommes (4) ? L'anecdote relative à Charles -Quint et à Daens, marchand d'Anvers, est connue de tout le monde, et c'est en vain que la morgue espagnole essaya de rabaisser des citoyens utiles (5).
La fortune publique n'était plus tout entière dans les mains cier g «. du clergé. Tandis que les manufactures enrichissaient le midi
(1) Van Meteren , fol. 4 verso.
(a) Meyer. p. 284, édit. i56i.
(3) Olivier de la Marche , coll. de mém. , tom. VIII , p. 343.
(4) Van Meteren , fol. 38, — Notice sur la Bibl. de Bourgogne , p. 1 55.
(5) Shaw, Essai sur les Pays-Bas Autr., p. 5i.
Un cardeur de laine était jadis un personnage dans les villes commerçantes d'Italie. Écoutons Boccace : « Egli fu gia in Firencenella contrada » di san Brancatio uno stamaivolo, ilquale fu chiaraato Gianni Lottheringhi, » huorao piu aventurato nella sua arte , che savio in altre cuse, percio » che tenendo egli del simplice , era molto spesso fatto capitano de lau- • desi di Santa Maria Novella, etc., etc. Giorn. 7, nor. I, p. 142, tom. II . » M. decam. Lond. 1737, in-ia.
commerce j e i a Belgique, le commerce deconomie formait la puissance
* rrrtT""' ^ CS P rovmces d u Nord. Le fret qu'elles faisaient pour les nations étrangères était encore une cause de prospérité , qui a diminué à mesure que nous avons appris aux autres peuples à mettre à profit leurs propres moyens. Les com-
Auuraure. pagnies d'assurance et l'établissement des banques fàvori-
Banqae ' saient toutes les opérations mercantiles.
PopoUtion. Quant à la population que nous avons marquée chaque fois que nous l'avons pu, elle fut toujours en raison de la prospérité du commerce, sur laquelle elle réagissait à son tour. Mais il faut observer que , si quelques cités étaient alors plus peuplées qu'elles ne le sont aujourd'hui, les campagnes l'étaient bien moins. Chacun s'efforçait de partager les immunités accordée» bua villes, de se soustraire à la servitude qui pesait sur les champs, aux dangers et au pillage de la guerre contre lesquels des remparts étaient une défense ; au reste , on ne peut juger de la population à l'époque où nous écrivons, que d'une manière approximative. L'administration moins soupçonneuse, moins adroite ou moins expérimentée, ne voulait point encore avoir les premières et les dernières confidences de la vie , ni dresser procèsverbal des moindres mouvemens des citoyens. Le concile de Trente , qui ordonna la tenue des registres de baptême , trouva de nombreux et opiniâtres opposans; et, long-temps encore après que les canons eurent été reçus, on s'étudia à tromper cette vigilance administrative que l'on regardait comme une inquisition , oubliant qu'elle constatait les droits civiques.
phiiipptii. Philippe II changea ces beaux jours en jours de deuil. La flamme des bûchers dévora l'industrie. La Hollande , fille
aînée de l'inde'pendance , reçut dans ses bras les Belges perse'cutés , et les étrangers qui commençaient à faire leurs affaires eux-mêmes, saisirent l'occasion de profiter de nos pertes. On vit que l'arbre de la liberté porte aussi des fruits d'or. Alors, à travers le désordre et les violences de la guerre civile se perfectionna la théorie des droits d'entrée et de sortie (i), dont les effets bien ménagés peuvent être utiles; car ce qui gêne le commerçant, dit Montesquieu, ne gêne pas toujours le commerce (a).
Un homme s'était rencontré doué de ce génie calculateur, Gaiiumn. i, et prudent qui projette et qui combine, et de cette force dt> " d'action qui exécute ; habile à faire tourner ses revers même au profit de ses entreprises ; préférant des succès solides et tardifs à ces avantages brillans qui étourdissent d'abord et ne sont rien pour l'avenir ; austère dans ses mœurs , simple dans sa grandeur, il prêtait une oreille attentive à la voix du peuple. Il ne chercha d'abord qu'à redresser une injustice, car il n'est pas apparent qu'il ait conçu tout d'un coup le projet d'émanciper son pays. Cette idée sublime qui dormait peut-être à son insu dans sa tête vigoureuse, s'éveilla plus tard et se développa avec la tyrannie de Philippe. La Hollande, comme Delos, avait été le jouet des flots et des tempêtes; Guillaume la fixa et elle éleva au-dessus de l'océan sa tête parée d'une couronne rostrale , que va lui rendre le digne Successeur du fondateur de sa liberté.
(i) Le comte de Neny, mémoir. , tom. II, pp. i5i-i5a. (a) Esprit des lois, liv. XX, ch. ia.