‹ Mémoire couronné en réponse a cette question proposée par l'Academie Royale de Bruxelles Quel a été l'état de la population, des fabriques et manifactures, et du commerce dans les provinces des PaysBas, pendant les 15me et 16me siècles? Par Fr. baron de ReiffenbergChapitre 71 sur 84 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE LA NAVIGATION, DE LA PÊCHE, DES RELATIONS EXTÉRIEURES ET DE QUELQUES AUTRES OBJETS.

Thomas, en commençant l'éloge de Duguay-Trouin, re- v-uiintconnaît que de tous les spectacles que l'industrie de l'homme ""J*"*' a donnés au monde, il n'en est peut-être aucun de plus MT, * ,,ea "' admirable que la navigation ; un être faible et mortel , s'écrie-t-il , attaché à la terre , a osé se transporter sur un élément inconnu, suspendre des édifices sur les eaux (i), donner des lois aux vents, et voler aux extrémités de l'univers sous un ciel qui n'était pas fait pour lui. C'est dans l'histoire de notre patrie que ce spectacle est à la fois plus intéressant et plus auguste. La Belgique, pressée de tous côtés par la mer, ressemble â l'antique Atlantide ; mais, comme elle législatrice, elle a su résister à l'avide océan :

. . . J Fiamminghi ira G air* nie (i) e Braggia , Temendo 1 fiotto, che in ver lor s'awenta , Fanno lo schenno, perché '1 mar sifnggia.

( Ibfuho , cant. XV. a. )

Cl' Uolani lor che d'alla sponda Riparo famî à l'océan vorace; L'océan , che non par le merci e i legni ; Ma intere inghiotte le citladi e i regni.

( Gebusal. libbk. C. I. 48. )

(1) Fragiles

Commisit pelago raient, etc.

Uoa. lib. I, Od. 3, ▼. 10.

(a) Cadrant Voyez ch. IL Delille et d'autres poètes français ont peint avec

des couleurs très-heureuses les barrières opposées à l'océan par la Belgique.

Si parfois il s'est frayé un passage dans nos campagnes, si la rame a sillonné les plaines que déchirait la charrue , il semble que ce triomphe ne lui a été accordé que pour le consoler des entraves que nous lui imposons, des lois auxquelles nous l'avons soumis.

Basnage (i) compare les Bataves aux Phéniciens; c'est aussi sous cette dénomination allégorique que les désigne l'illustre Err * nr «^ <r »- auteur du Télémaque. Il existe une erreur trop générale et i« commune. ^ ^ geryj à répandre l'ouvrage de Raynal (a),

si plein d'inexactitudes, d'éloquence, de vues profondes et de déclamations. On aflecte de croire que les Hollandais avaient attendu qu'ils eussent brisé le joug de Philippe pour lever la te'te hors de leurs marais. Libres long-temps avant la révolution, ils tenaient le premier rang parmi les peuples navigateurs, et les Flamands étaient leurs dignes émules. •

ttraitrie*. Au commencement du XV e siècle la mer était en proie au brigandage. Meyer, sous l'année i4o5, parle d'un pirate flamand qu'il appelle Galterus Joannes (Jean Gaultier), lequel remporta un avantage considérable sur les Anglais, et il ajoute que plusieurs Flamands faisaient alors un grand butin sur ceux de cette nation : qu'ils s'emparaient des marchandises achetées à Anvers et n'épargnaient personne. Les négocians qui fréquentaient les trois villes principales de la Flandre se plaignirent vivement à ce sujet, et, pour leur donner satisfaction en réprimant la licence, les pirates furent bannis (3). Au mois de décembre de l'an 1439, des pirates

(1) Annales des ProT.-Unies, a vol. in-fol. La Haye, 1726. T. I, p. lao. (a) Toro. IV,p.a44-

(3) Meyer., Ann., pp. a54-55 , édit. de Francf. i58o, in-fol. Voy. F Appendice m la fin.

zélandais capturèrent, à la vue de Blankenberg, plusieurs bâtimens espagnols ( i ). L'avantage netait pas toujours de notre côté dans ces guerres particulières. Les pirates français, en i475, infestaient nos parages et nuisaient surtout à la pêche : les endroits qui souffrirent le plus furent Schevening, Ghorée, Cadwyck et le Texel. Cinquante pirates furent pris par des pêcheurs qui délivrèrent leurs compagnons. Les Hollandais essuyèrent plus d'une perte. On enleva à ceux d'Amsterdam au-delà de cinquante vaisseaux qui faisaient partie d'une flotte marchande et revenaient de l'ouest (2). Quatre ans après , les Flamands perdirent quatre-vingts vaisseaux chargés de blé et de harengs, qui tombèrent au pouvoir de Coulon, vice-amiral de France (3).

Néanmoins les Belges savaient faire respecter leur pavillon. lupporuc»»- La ville de Bruges se plaignit, en i4oa,au conseil du roi d'An-*""**"* gleterre, des vexations qu'avaient éprouvées plusieurs Fia- 1An5,,!,wr * mands, et entr autres un pauvre pêcheur d'Ostende, mis en prison contre toute justice, avec quinze de ses compagnons et quatre enfans (4). 11 y a une observation importante à faire ici et que nous avons eu plus d'une occasion d'appliquer, c'est que la plupart des villes de la Belgique exerçaient le droit de protéger elles-mêmes leur navigation , nonseulement pas des réclamations en leur nom , mais par des traités qu'elles faisaient avec les nations étrangères , ainsi

(1) Meyer. , Ann., p. 337, ejusd. edit. (a) Id. , ibid. p. 4 16, ejusd. edit.

(3) Buzelin, Ann. Gallo-FI. , p. 458.

(4) Rymer, tom. VIU , pp. 376-277.

aa8 DU COMMERCE,

que par des arméniens à leurs frais et de leur chef; ce qui dura jusqu'à rétablissement des

En i4o3 le roi d'Angleterre donna des lettres pour le redressement des contraventions aux trêves conclues précédemment avec les ducs de Bourgogne et les comtes de Flandre (i). La même chose eut lieu l'année suivante (a). En i4o6 un traité entre les deux puissances permit aux pêcheurs de parcourir la mer en sûreté (3). Le roi d'Angleterre prit, en 1407, des dispositions pour la protection et l'ordre du commerce de ses sujets en Hollande (4)- La même année, liberté fut accordée par l'un et l'autre gouvernement, « aux » marchands de laines, de cuirs, de vitailles ou de quelx- » conques marchandises (except armiers, artilleries, canons et » aultres choses semblables et invasibles) (5). » De pareilles conventions furent renouvelées souvent dans la suite (6).

La puissance maritime de Philippe-le-Bon le rendait for-

rilime de Phi- ... % • 1 . . .

uppe-j.-B<m. midable aux autres princes et attachait un grand prix a son alliance. Aussi dit-il dans son épitaphe :

la fuy chrétienne maintenir en vigueur J'envoyai me» galères jusque» à la mer majeur (7).

(1) Rymer, tom. VIII, pp. 3a7-344- (a) Jd., ibid., pp. 374-391.

(3) /ai, 0*. p. 45 9 .

(4) Id., ibid., p. 464-

(5) Jd., ibid., P . 469.

(6) Jd., ibid., pp. 486,49i,53o.

(7) C'est ainsi que Maurice Toison d'or, rapporte ces rimes mises en ▼ers latins par Meyer. V. le Blason de tous les chef. La Haye , i665,fol. p. a.

Olivier de la Marche fait dire à l'ambassadeur grec envoyé à Philippe que l'empereur de Constantinople « cognoissant le » duc estre bon amy et vray catholique , mettoit sa fiance » et son confort , après Dieu , en luy seulement ; car tant » avoit desjà approuvé et sceu de son noble vouloir et de » son pouvoir, que ses naves et ses navires, à grands frais » et à grande puissance avoient vaucré la mer du Levant, » et fait grand secours à la chetienneté, etc. (1). »

En effet en i446 le duc Philippe envoya à Rhodes etAccrou.«B«t vers la Palestine, trois galères bien armées, commandées par deno,,e m un nommé Jean de Portugal, homme d'une intrépidité re- lta *' connue (a). En i463 Philippe équipe , dans les ports de la Zélande , douze galères et d'autres navires de transport montés par dix mille hommes choisis sous la conduite de ses deux bâtards, Antoine et Baudoin. Plusieurs nobles, à la tête desquels étaient Simon de La lai n g et Philippe son fils, se vouent volontairement à cette pieuse expédition. Les Gantois arment à leurs frais 33o citoyens. Ces préparatifs eurent il est vrai peu de suite (3) ; mais ces détails et d'autres que nous avons consignés ailleurs , montrent la force et l'étendue de notre marine. Celle des Hollandais prenait un accroissement sensible. A l'entrée du XV« siècle, on les avait vus prêter des vaisseaux aux Anglais pour transporter des troupes en France (4)- Une flotte est dirigée en i438 contre les villes anséatiques

(1) Collection de Mém., tom. VIII, p. 67. — Hist. de Bourg, déjà citée tom. IV, p. a53. — Histoire du bon chevalier Jacques de Lalaing, p. a8.

(2) Meyer., Ann., p. 3oo, édit. de i56i.

(3) Olivier de la- Marche, coll. de Mém., tom. IX , p. 94. — Haraeus, tom. H, p. 4*5.

(4) Rymer apud Wagenaar, tom. IV, a e part. , p. 109.

du Nord. Nos marins, chargés des dépouilles de leurs ennemis et fiers du succès , attachent un balai aux mâts de leurs navires , et cet emblème d'une énergie triviale annonce qu'ils ont nettoyé les mers (i).

ÉutdeUm»- Un édit, cité par Wagenaar, contient la répartition des ,!oeb f* Ddai "bâtimens que chaque lieu devait fournir. On ne sera pas

»e au XV' sic- i ï ••»•■» ,

de. fâché d'en trouver un extrait, puisqu'il sert a constater le

degré de puissance où la marine hollandaise était parvenue.

Vaisseaux.

Haarlem fournit 4

Delft a

Leyde a

Amsterdam 4

Gouda a

Alkmaar a

Hoorn et dépendances. . . .

Rotterdam

Vlaerdingen

Schoonhove

Heusden

Oudewater

La ville et le pays de Voerden

Gorinchem 1

Enkhuisen a

Grootebroeck a

Medenblik a

(i) Chronique de Hollande, par Le Petit, toin. I , p. 4<>o.

Vaisseaux.

Monnikendam et Edam avec les villages du Wa-

terland et du Zeevang

Purmerend et Purmerland i

Scheliinkhout z

Hem, Venhuizenet Zybekarspel i

Hoogrwoude i

Spanbrock i

Abbekerk i

Wetwoude i

Tous les villages dépend ans du bailliage de Ken-

nemerland et Friseland 5

Schagerkogge i

Koedyk avec tous les villages dépendans de

Nieuwbourg i

Bevcrwyck et Wykop-Zee i

Westzaanden et Krommenye . i

Naarden , Muiden et Wesp avec les villages du

Gooiland 3

Les villages de l'Amstelland i

Le pays de Texel a

Celui de Wieringen i

Middelbourg, un grand bâtiment.

Zirickzée , un grand bâtiment.

Reimerswaale i

Goes i

Thoolen i

Poortvliet i

Brouwershaven i

Westerschouwe i

Vlissingen i

Veere a

Vaisseaux.

Kortgeene r

S. Martensdyk i

Briel a

Goedereede i

obMrvaiion H parait par cet e'tat que la Nord -Hollande ou West- ■ar cet eut. ^ ri&e p rena it cette guerre plus à cœur que la Sud-Hollande ;

si l'on n'y trouve aucun vaisseau de Dordrecht , il faut en conclure que le magistrat de cette ville ne l'approuvait pas , et ce fut peut-être la raison qui porta Philippe à le changer en 1441 (i).

Les Bataves justifièrent leur fierté par de nouvelles victoires. En i44<> ils s'emparent dans un combat de tous les vaisseaux des alliés du nord, dont ils mettent les équipages en liberté (a). Les Danois mécontens du gouvernement d'Erick, appellent au trône Christophe de Bavière son neveu. Les Hollandais, espérant obtenir des conditions plus avantageuses pour leur commerce, envoient une autre flotte au secours du roi détrôné (3). En i453 on voit une autre flotte de Hollandais et de Zélandais au service de Charles VII, roi de France, bloquer la ville de Bordeaux (4).

Marine ioo« Olivier de la Marche , dans le portrait qu'il fait du duc femoMMordi je Charolois encore enfant, dit : Et de sa nature des i roi t. la mer, et les bateaux sur toutes riens (5). La marine de ce

(i) Vaderlandsche histor. , loin. M , pp. 534-35-36. (a) Alb. Krantx Vandal. libr. XI, C. 19, p. ao4-

(3) IV Méraor. de Rose, col. B. a., fol. éfi et 56— Item, apud Wagenaar.

(4) MoMtrelet, vol. III, fol. 58. —Vaderlandsche hist, tom. IV, p. 43.

(5) Coll. de Mém., tom. VIII, p. 379.

AUX XV ET XVI SIÈCLES. a33

prince se distingua dans la guerre contre la France et le comte de Warwick (i). C'est en i47<^ que, pour la première fois, une (lotte fut équipée par ordre du souverain et mise en mer sous le commandement d'un amiral. Cet amiral était Henri de Borselen ; plusieurs nobles s'embarquèrent même avec lui ; ce qui était digne d'attention , car la noblesse avait cru jusqu'alors déroger en cherchant les périls de la mer , quand il ne s'agissait point de religion. L'amiral chasse les vaisseaux ennemis sur les côtes de la Normandie, les suit dans leur débarquement, les bat, en prend dix des plus gros et en brûle plusieurs autres (2).

La navigation était encore abandonnée à des règles arbi- Etabli****.*» traires et l'on manquait sur ce sujet de système complet dw UBir, '"««de lois. Ce ne fut qu'en 1487, le 8 janvier, que Maximilien, tant en son nom qu'en celui de Philippe, son fils, rendit une ordonnance pour l'institution des amirautés. Le préambule en est extrêmement curieux et de nature à entrer dans ce mémoire :

« Comme il soit venu à notre cognoissance , que soubs » ombre de guerres et divisions , qui par ci-devant ont esté, » et sont encore régnants en nos pays de par deçà, aulcuns » de leur autorité privée se sont ingérés, et ingèrent en- » core journellement de mettre sus, et armer navires par » mer, desquelles ont esté et sont journellement faites plu- » sieurs emprinses, pilleries, raberies et aultres dommages » et griefs innumérables, aussi bien de la charge et dom-

(1) Phil. de Commincs, tom. VIII, p. 149.

(a) Meyer., Aon., p. 348, «jdit. i56*.— Pontus Heuter., Rer. Burg.,p. l3.

» mages de nos propres subjets, et de ceulx de nos alliés » et bienveillants, comme d'aultres, qui, sur lettres de seu- » reté et sauf-conduit de notre admirai , hantent et fréquen- » tent marchandement nos dicts pays par la dicte mer, et » que plusieurs abus, excès, débets, crimes énormes et raa- » lefices , se commettent par ceulx qui hantent et fréquen- » tent la mer, sans ce que d'i ceulx aucune punition ou cor- » rection en soit faicte. Qui n'est pas seulement à la foule, » lésion et contemptement de notre haulteur et seigneurie, » mais aussi au détriment et dommages irréparables de la i^u^lbi! 8 marcnana ise î laquelle est le principal fondement et enaox Payi Bm. * tretenement de la chose publique de nos dicts pays et sei- » gneuries, et singulièrement de nos pays de Flandre, de Hol- » lande, de Zélande, Frise et aultres séants sur la dicte mer, 3 et auxquels ne peult advenir bien, prou/fit ni utilité aul- » cune, sinon par le faict et moyen a"icelle mer. A quoy v voulant pourvoir: sçavoir faisons, que nous, ces choses » considérées, et ayant regard aux grandes clameurs, com- » plainctes et doléances, tant de la part de nos dicts subb jeU, comme de nos dicts allies, et aultres ainsi endom- » mages, au moyen que dict est, des ira us comme raison est, » le bien, entretenement et augmentation de nos dicts pays et » préserver nos dicts subjets et aultres fréquentants eniceulx, » de toutes foules, oppressions et dommages, mesmement » aussi, afin de la conservation de nos droits, haulteur, sei- » gneurie et prééminence, considéré qu'il n'est licite, et pery mis à nul de prendre les armes sans notre congié, bcence v et ordonnance et permission, et afin de mettre ordre sur « la conduicte des affaires de la dicte mer et les règles en » justice, de laquelle exercer, régir et administrer notre » admirai a la charge, administration et gouvernement au

.60 Dy Vj

oogle

AUX XV ET XVI SIÈCLES. a35

a nom de nous, avons par advis et délibération d'icculx de > nostre grand conseil , des gens de nos finances et de plu. » sieurs aultres notables personnes, eulx cognaissant en telles » matières : faict, ordonné et déclairé, ordonnons et déclai- » rons , par la teneur de ces présentes , les ordonnances , » édicts et déclarations qui s'ensuivent. »

Il y a cinq choses à observer sur ces préliminaires : i° c'est céimhUom que les déprédations de mer commises impunément sont™ r u le fTt * m ~ alléguées pour motifs de la loi ; a° que Maximilien prétend qu'il n'est permis et licite à qui que ce soit de prendre les armes sans son congié, licence, ordonnance et permission; 3° que la juridiction des affaires de mer est attribuée à un amiral ; 4° que l'administration et le gouvernement y sont pareillement attribués à un amiral ; 5° que l'amiral y est dit tenir sa charge au nom de Maximilien.

Après cette introduction , Maximilien passe aux disposi- Aotipe de tions de la loi. Le premier article ôte la juridiction des af- 1 ordo " ninc<! faires de mer à tous ceux qui pourraient l'avoir exercée, et la donne à l'amiral pour l'exercer, soit par lui-même, soit par ses lieutenans.

Le second ôte le droit d'armer en guerre à tous ceux qui pourraient en avoir fait usage, et leur laisse uniquement le pouvoir d'en user avec la permission de l'amiral, ou de son lieutenant, auquel il donne encore droit et charge d'examiner le navire et de juger s'il est bien et suffisamment équipé.

Le troisième tend à régler les précautions à prendre pour prévenir les déprédations et pour les punir : il établit en quelque manière la subordination; et dans l'article suivant

Maximilien rend le maître et quartier-maître du navire responsables des dommages que leurs gens pourraient causer.

Par l'article XI e l'amiral obtient le droit de créer un lieutenant et d'autres o fi ici ers de justice, en tel lieu que bon lui semble; ce qui est encore confirmé dans l'article suivant.

Les articles XVI e et XVII e sont relatifs aux arméniens et expéditions de mer à faire par Maximilien et à sa charge; il les met sous l'administration et la disposition de l'amiral.

Les XVIII e et XIX e articles sont destinés à empêcher que la juridiction des affaires maritimes ne soit remise et confiée à des personnes que l'on présume susceptibles de corruption , et à assurer en outre l'administration de la justice.

Dans le XX e , Maximilien défend à son amiral de prendre au-delà de son dixième et de ce qui lui est adjugé d'ailleurs; et de l'article XXI e , il fait défense au même amiral de prendre plus que le dixième de la vateur des prises, faites par des navires armés et équipés par des particuliers. Le XXII e a pour but de faire rendre prompte justice, et le XXIII e établit les principes d'après lesquels la justice devra être administrée. Maximilien finit par la subordonner entièrement au rapport de l'amiral.

Difficulté Ce prince ne put faire exécuter son ordonnance dans ,OÏ hTT k P roymce ^ e Hollande où les villes prétendaient jouir du leMcnUoode droit de connaître des affaires maritimes, de les juger en foxioaiuiu» dernier ressort, et que leur jugement n'était sujet qu'à réforme , laquelle encore devait être demandée , non pas à l'amiral, mais au stadhouder de la province. L'ordonnance de l'empereur Charles V, de l'année i54o, destinée en partie

à renouveler celle de Maximilien,n'y fut pas publiée non plus; de sorte que la connaissance et le jugement des affaires de jner restèrent sur l'ancien pied (i), même plus tard malgré les prétentions de Leycester.

L'auteur des Recherches sur le Commerce a donné la figure o«.inictioa et la description d'un vaisseau du XV e siècle, d'après un *" Tâi »*" 11 ouvrage italien intitulé : Del origine di Alcune arti principali appresso i Veneziani per Girolamo Zanetti. Venezia 1758. L'art a fait depuis lors des progrès immenses, mais il était déjà cependant à un très-haut degré de perfection, surtout si l'on considère qu'il avait commencé chez nous par de simples barques de pêcheurs. La pêche qui jeta les N** fondemens de notre prospérité en affermit ensuite l'édifice. Erasme, dans ses colloques, n'a pas dédaigné d'introduire un vendeur de marée qui défend sa profession et disserte gravement sur plusieurs sujets très-graves (2). La pêche tient aussi une place dans l'histoire du monde.

Celle du hareng était regardée comme la première; aussi l'appelait-on la grande-pécîie , et elle est désignée ainsi dans une foule d'ordonnances dès le XVI e siècle. Au XV e fut inventé ou plutôt perfectionné l'art d'encaquer les harengs. Ce sujet a fourni à M. Rapsaet l'occasion de développer son érudition ; nous renvoyons à son livre , ne voulant point revenir sur une question qu'il a résolue.

La pêche du hareng s'établit dès le commencement du XV e siècle à Enkhuisen et à Hoorn. Ce poisson avait changé

(1) Luzac | tom. I, p. 94. V. plus bas p. a48. (a) Oper. edit. Clerici, tom. I , col. 787 , E.

a 38 DU COMMERCE,

de parages depuis plusieurs années : on le prenait auparavant sur les côtes de Schoone et, aux environs, sur celles de Suède et de Danemarck , qu'il parut avoir quittées pour se fixer sur celles de Flandre et d'Angleterre. Cette branche de commerce excita bientôt la jalousie des étrangers ce qui annonce qu'elle était florissante ; car on n'envie pas ce qui est faible et obscur. Les Français, en 147a, firent une course pendant l'hiver sur les frontières de la Bourgogne, et leurs armateurs s'avancèrent jusqu'à la hauteur de Catwyk. Ils enlevèrent dix-huit buysen, qui péchaient le hareng , amenèrent à Dieppe les commandans et les matelots et ne leur rendirent la liberté qu'au prix de cent couronnes d'or par tête. Cependant le roi de France s'était obligé par le dernier traité, conclu à Péronne en 1468, non-seulement à protéger le commerce, mais encore à indemniser les Hollandais et les Zélandais des pertes que leur causeraient ses sujets. Les Zélandais n'attendirent que d'eux-mêmes leur vengeance; ils armèrent à la hâte une flotte dont ils donnèrent, comme nous l'avons déjà rapporté, le commandement à Paul de Borseien , bâtard d'Henri marquis de Veere , avec ordre d'attaquer l'ennemi partout où il le trouverait. L'amiral les ayant aperçus sur les côtes d'Ecosse , se mit en état de combattre; mais les Français ne l'attendirent pas et se hâtèrent de gagner leurs ports (1).

Ces buysen, dont il vient d'être question, étaient de petits bâtimens qui n'avaient pas d'autre tillac que quelques planches et une voile par-dessus. Keygesbergen , dans sa Chroni-

(1) Meyer., Ann. p. 356, édit. de i56i.— Vaderlandsche h»st, ton». IV, p. ia3 et p. 198 de ce mémoire.

AUX XV ET XVI SIÈCLES. a3o.

que de Zélande, dit à l'année 1 533, qu'alors on commença en Hollande et en Zélande à couvrir les buysen.

Dans les Recherches sur le Commerce, on lit des faits curieux Prix d« sur le prix des navires au XVI e siècle. Voici un état des*" 8 *' pertes essuyées par les habitans d'Enkhuisen en i54a, avec

l'évaluation , en florins CaroU :

Un vaisseau nommé RarvelscUp de 3 oo lasts,

appartenant à Klaas Jacob Blaeuhulk. 7,000.

Un petit dont le maître s'est sauvé. . . 800.

/ t Un neuf de cent lasts 3,ooo.

Un idem de a5o 8,000.

Un petit 5oo.

Un petit 5oo.

Un grand de aoo 7,00a

Une grande carvelle de 3oo lasts . . . ' . 7,000.

Une de aa5 4*ooo.

Une autre 3,5oo.

Un autre vaisseau a,5oo.

Un de aoo lasts 5,ooo.

Un autre de a5o 6,000.

Une carvelle de a5o 6,5oo.

Une autre de 3oo lasts 7,000.

Une autre de 3oo 8,000.

Une carvelle neuve de 3oo 10,080. (1)

Mais nous nous sommes un peu écartés et il est temps de revenir sur nos pas.

(1) Hiat. d'Enkhuisen, p. 68. — Recherches sur le Commerce, tom. I, î De partie , pp. 45, 4&

En i477i pendant la minorité de Marie, furent délivrées T "' ge " les patentes connues sous le nom de grand -privilège, que les successeurs de cette princesse ne se piquèrent pas de respecter. Ces lettres ordonnaient la restitution des effets naufragés, nonobstant les édits qui les adjugeaient au fisc (i).

?x*\t* ar*c L'année suivante, Maximilien et Marie renouvelèrent le i Angleterre. Ia juillet ^ à Lille, les traités de commerce avec l'Angleterre. Les Frisons avaient pris l'initiative dès le 5 mars , et Édouard avait traité avec les villes, sans parler du souverain (2).

Henri VII , roi d'Angleterre , avait sommé Maximilien de lui livrer un juif de Tournai appelé Peercken , qui à l'instigation de Marguerite d'Yorck, duchesse douairière de Bourgogne , se faisait passer pour le comte de Warwick , neveu d'Édouard IV. N'ayant reçu qu'une réponse peu satisfaisante, il défendit tout commerce avec les Pays-Bas. Le roi des orind tr.it* Romains, de son côté, ferma ses ports aux Anglais. Mais decon.m.rc.. en le ja j^y^ on con clut le grand traité de com-

merce que nous avons cité plus haut. L'archiduc promettait de ne souffrir aucun Anglais rebelle dans ses états , même dans les villes appartenant à la duchesse douairière, et s'engageait à la contraindre par voie de confiscation à les chasser de ses domaines. Henri accordait aux sujets de Philippe la permission de commercer en liberté à Calais et dans tous les ports de son royaume , comme aussi de pêcher sur les côtes d'Angleterre. On convint de part et d'autre de la restitution des vaisseaux naufragés , quand

(1) VaderlaneUche hist. , ton». IV, p. 167.

(a) Ibid. p. 181 , et Rymer , tom. V , P. 3, pp. 79 , 85.

AUX XV ET XVI SIÈCLES. *4i

même il ne se trouverait dans le bâtiment échoué aucun indice vivant du propriétaire. La clôture du traité contient rafm f une promesse réciproque de rapporter la ratification des m I miser u villes commerçantes. Nous trouvons du côté de l'archiduc •"•'«• G and, Bruges, Ypres, Dunkerke, Nieuport, Anvers, Bergen-op-Zoom, Dordrecht, Delft, Leyde, Amsterdam, Middelbourg, Zirickzée, Veere, Malincs, Bruxelles et la Briel (i). Le traité fut renouvelé l'an 1 5oa par les états-généraux , durant l'absence de Philippe qui était allé se faire reconnaître en Espagne (a).

Philippe, se rendant de nouveau en Espagne l'année i5o6, et ayant été obligé par la tempête, de relâcher en Angleterre, Henri profita de son séjour pour changer quelques articles du dernier traité. Il obtint l'exemption des péages Tmiédhu de la Zélande pour les marchandises de son pays et alla jus-™ 40 " 1 *' qu'à obliger l'archiduc à renoncer au droit de pêcher sur les côtes d'Angleterre, si Ton croit Fauteur de la vie d'Henri VII; mais il semble que le silence réciproque des deux princes sur cet article, silence que Bacon allègue pour preuve, établit le contraire , puisque le nouveau traité , appelé le mauvais par les Belges, parce qu'il était à leur désavantage, confirmait et ratifiait au commencement tout ce qui avait été précédemment arrêté, à moins qu'il n'y fût expressément dérogé (3).

De nouvelles contestations d'intérêt causèrent un refroi-

(i)Rymer, tom. XII, pp. 378-591. — Vaderlandsche hist., tom. IV, p. 3oa. — Van Meteren, fol. 33 verso et seqq.

(a) Vaderlandjclie hist., tom. IV , p. 3ai.

(3) îbid. tom. IV , p. 334.

2 4a DU COMMERCE,

dissement entre les deux nations; mais Marguerite négocia si vivement qu'en i5oy elle vint à bout de conclure un traite' provisoire, qui devait durer jusqu'à ce qu'on eût levé . toutes les difficultés (i).

La guerre s'étant allumée entre le Danemarck et les villes anséatiques, les Osterlins, afin de priver l'ennemi de l'impôt levé sur les vaisseaux qui passaient le Sund, interdi- D.wiii .vec rent \ A nav igation de la mer Baltique , sous peine de la con- « totctiim. f lscat j on j es bâtimens et de leurs cargaisons. Les villes maritimes qui commerçaient avec le Nord , regardèrent cette prohibition comme une déclaration de guerre , et les armateurs de Lubeck ayant arrêté huit vaisseaux hollandais devant Grypswalde, les villes d'Amsterdam, de Hoorn, d'Enkhuisen, d'Edam et de Monnikendam armèrent à frais communs quatre navires, les plus gros qu'on eut encore vus dans ces mers. L'expédition ne fut pas heureuse : plusieurs bâtimens furent enlevés et les autres dispersés. Christierne II fit sa paix, sans s'embarrasser de ses alliés. La ville de Hoorn seule perdit , dans cette occasion , plus de 20,000 florins du Rhin; mais les Hollandais, pour s'indemniser, arrêtèrent les négocians Osterlins qui se trouvaient dans leurs ports , et les forcèrent de rembourser aux villes ce qu'elles avaient perdu (a).

Dans l'année i5i5 se signala le Grand - Pierre , célèbre i*gr«nd armateur, connu dans l'histoire sous le nom de Pyrrhus rie™. Magnus , et dont les pirateries infestèrent les mers de la Hollande (3). En i5i7 le commerce s'arma de toutes parts

(1) Vaderlandsche hist., tom. IV , p. 356.

(a) Ibid. tom. IV , p. 36a.

(3) Idid. p. 390, et p. 195 de ce mémoire.

AUX XV ET XVI SIÈCLES. n43

contre lui ; il fut bloqué dans le port de Bunschooten , et les communications devinrent plus faciles (i). Le Grand- Pierre, en i5i8, attaqua à la vue de Hoorn onze vaisseaux qu'il enleva , et plus de 5oo soldats autrichiens périrent dans cette action; peu de temps après il rançonna la flotte des Osterlins et descendit près de Hoorn ; mais la résistance des habitans sauva la place, quoiqu'il se fût déjà rendu maître de la digue (a). En i5i(), un certain Bredenbach , pirate célèbre, répandit la terreur sur le Zuiderzée, mais son embarcation ayant échoué sur les côtes de la Frise , il fut pris et pendu à Slooten (3).

Une flotte danoise enleva, en i5ao, nos vaisseaux qui Aff«iw» revenaient de la pêche du hareng. Un Zélandais du nombre des prisonniers , se voyant éloigné de la flotte , attaqua le vaisseau qui le conduisait, et le força de le suivre à Veere. L'amiral Sommersdyk fit radouber le bâtiment danois, donna des habits neufs à l'équipage et le renvoya à Copenhague avec des commissaires chargés de revendiquer les prises. Le roi de Danemarck, touché de ce procédé, fit droit à la réclamation et renouvela les anciens traités.

Le Cardinal Wolsey, avant de rompre le congrès de T ™»«- Calais, qui entraîna les Pays-Bas dans une guerre contre la France, fit signer une trêve , pour assurer la pêche et le commerce , et , par ce moyen , la Hollande et la Zélande furent déchargés de l'armement de six vaisseaux de guerre que les états avaient ordonné (4).

(i) Vaderlandsche hist. , tom. IV, p. 4o6.

(a) Ihid. p. 4 1 1«

(3) Ibid. p. 4ao.

(4) Ibid. p. 436.

p«rte. Le duc de Gueldre s'empara en i5aa de la flotte marchande qui allait dans la Baltique (i).

L'année suivante Charles défendit le commerce avec l'Ecosse et l'Irlande , alliées de la France (a). Celui qui existait avec ce pays était interrompu par la guerre. On songea en i5a5 à T «»«g««- conclure une trêve générale; l'armistice fut signé pour six r,,e ' mois , et la mer devint libre pour toutes les marchandises , à l'exception des munitions de guerre dont le transport resta défendu (3).

La même année on régla une trêve de deux ans avec ceux de Lubeck, pendant laquelle, chacun pourrait présenter un état des dommages qu'ils aurait soufferts, s'obligeant réciproquement à les réparer : ce ne fut pourtant que sur la fin de i5a6 que les villes commerçantes de la Zélande et du Brabant ratiaèrent cet accord (4).

M«!.a«. L'espoir des découvertes s'empara de nos marins ; l'Empereur Charles V ayant, par une libéralité singulière, accordé au seigneur de Beveren, la propriété du pays qu'il découvrirait, celui-ci équipa deux vaisseaux qu'il confia à Henri de Veere, lequel n'ayant pas réussi dans son projet, revint avec des marchandises, pour ne pas perdre entièrement le fruit de son voyage. Antoine Mulock,plus favorisé de la fortune , fut le premier Belge qui mouilla aux îles du Cap -Vert; il fut de retour à Zirickzée en i5a8. C'est à cette époque que

IUl UC ICIUUI cl /.U1UU.U vu i

(i) Vaderlandsche liist. , tora. IV, p. 438.

(a) Jbid. p. 44i.

/o\ 11.: J IK m

(3) Jbid. p. 45 1

(4) Jbid. p. 45 9 .

AUX XV ET XVI SIÈCLES. a45

les Hollandais se familiarisèrent avec les voyages de long v oy , gM ae cours qui devinrent plus fréquens, à mesure que Charles éten- lon « «»•"• dit ses conquêtes dans les Indes (i).

Les hostilités des Français sur mer suspendirent encore le commerce en i5a8 (a) ; dans le même temps les fabricans de Londres excitèrent une émeute. La gouvernante Marguerite qui craignait avec raison que les forces réunies de la France et de l'Angleterre ne ruinassent notre commerce, saisit ce moment pour proposer à Henri VIII de rétablir la vente des draps, en signant une neutralité pour les Pays-Bas, et le TilM traité fut conclu, malgré les représentations de l'ambassadeur ii de François I e * (3).

Les années i53i et 1 53a furent marquées par de grandes con- tote testations avec le Nord. Les traités précédens ne s'exécutaient tM. point, et les villes vandales, jalouses de notre commerce, excitaient le roi de Danemarck contre un peuple, qui avait donné asile à Christierne. Enfin, les préparatifs menaçans des Hollandais effrayèrent l'ennemi. La flotte devait être de 60 voiles avec 8,000 soldats : la ville de Hoorn seule fournit cinq vaisseaux. La paix fut signée en i53a. p, !x .

L'abondance fut telle alors que le blé tomba de 46 florins d'or à aa ; mais la dissension se ralluma bientôt. Neuf vaisseaux sortirent de Lubeck en i533, et l'on ne douta pas que cette escadre ne fût destinée à s'emparer duSund, ce qui au-

(1) Vaderlandsche hist. , loin, IV, p. 464. (a) Ibid. p. 477.

(3) lbid. p. 4ya-

rait ruiné véritablement la Hollande, en lui fermant la Baltique. D'un autre côté le roi de Danemarck prenait un ton de menace : après bien des délibérations , on équipa une flotte, et ceux de Lubeck furent bloqués dans l'Elbe. L'amiral Gérard de Merkere se rendit maître du passage, de manière qu'il n'était plus permis qu'aux vaisseaux des Pays-Bas d'entrer dans la Baltique, et que les Osterlins furent ainsi con- Trér* de 3o traints de signer une trêve de 3o ans (i).

An i535. Le roi de Danemarck , attaqué par Lubeck, demanda du secours aux Hollandais. Les opérations de la guerre ayant exclu ces derniers du passage du Sund, ils eurent recours aux vaisseaux de Hambourg, de Brème et de Gueldre, pour continuer leur commerce dans la mer Baltique; les receveurs des péages s'aperçurent de leurs manœuvres et redoublèrent de vigilance. Cependant la gouvernante prit prétexte de la cessation de ce commerce, pour défendre la sortie des Licence*, grains , afin de vendre les licences au profit du trésor ; cette mesure souleva une formidable opposition ; déjà la flotte de Brémen venait de passer en Angleterre , sans toucher nos côtes. Il fallut se relâcher de la prohibition. En i536, Chris- Tr«it««T*<>ietierne III renouvela les traités : l'effet de cette pacification Danemarck. mt si sens ibl e que le blé, qui valait 3a florins, tomba à 18, et les autres marchandises du nord diminuèrent de moitié (a).

Expédition c est a j ors q U 'eut lieu la fameuse expédition de Charlcs- «AfrKa.. Q mnt en Aj r iquc. Ce prince dans cette entreprise exposait

(i) Vaderlandsche hist., totn. V, pp. 33 et seqq. (a) Ibid. iota. V , p. ioa.

AUX XV ET XVI SIECLES. a/,7

sa gloire , et voulait peut - être disputer à François I er cette valeur brillante qui rappelait l'héroïsme de la chevalerie. Il partit de Cagliari le iê juillet i535, avec une flotte, composée de près de 5oo navires, à bord desquels étaient plus de 3o,ooo hommes de troupes réglées (i). La Belgique avait surtout contribué à cet armement ; la seule ville d'Enkhuisen équipa quatre vaisseaux, dont trois périrent avec leurs équipages (2).

Les Français interrompirent de nouveau le commerce en i536. La gouvernante publia la permission d'aller en course. Un capitaine de Dordrecht ayant équipé son vaisseau comme un marchand , se laissa prendre sans résistance ; mais pendant que les Français étaient occupés au pillage, son monde tait fiant qu'il avait caché sous le pont, sortit le sabre à la main, piJ ' ,e * € ** t ™" massacra tout ce qu'il rencontra et se rendit maître des deux vaisseaux ennemis. Malgré cette animosité, les deux nations belligérantes convinrent que la pêche du hareng p«he boiserait libre; ce traité épargnait une dépense en 6,000 florins ltn6 * que les états avaient accordés pour entretenir six vaisseaux qui devaient protéger la pêche; mais on ne put néanmoins obtenir la remise des cinq escalins imposés sur chaque ton- T "«neau de hareng pour couvrir cette somme (3).

Loin de mettre un terme à ces exactions , la gouvernante , pour subvenir au délabrement des finances, proposa une accise sur les vins , les bières , les étoffes de laine et de soie.

(1) Roberston , tom. IV, pp. 33i et seqq.

(a) Vaderlandsche hiat., tom. V , p. ia6.

(3) Ibid. tom.V, p. 139.

Sa proposition ayant été mal accueillie, elle la retira et prorogea les états -généraux jusqu'à la fin de l'année (i).

iS3 7 . Les besoins pressans du gouvernement avaient obligé les états de Hollande à changer le mode de perception des im- «« pots qui devinrent , pour ainsi dire , personnels , sans acception fa des ecclésiastiques; mais, en arrêtant ce changement, les états avaient stipulé que la pêche et le commerce du Nord seraient libres et qu'on achèverait de régler les contestations qui subsistaient encore avec les Danois. De concert avec la gouvernante ils conclurent peu après avec Christierne III un traité qui renouvela les anciens.

d< En i537, les exactions de l'amiral indignèrent les provinîwd ces. Adolphe de Bourgogne, seigneur de Beveren et de Veere, exigeait i5 sols de chaque pêcheur pour le poisson frais , et a5 des pêcheurs de harengs , depuis la S l .-Jean ; dès le mois de juin les états de Hollande mirent en mer cinq vaisseaux de guerre et six buysen pour escorter leurs escadres ; mais Marie , afin de les appaiser , leur envoya des passeports en son nom (a). L'amiral s'appuyait sur les patentes de iutific«tKDo Maxîmilien. Le ay décembre i54o, l'empereur les confirma, j" nu ^ D u ^en attribuant la révision des sentences des amirautés au »Qri«»mir» 0 - grand-conseil de Malines. Cet édit ne fut point mis à exécu- *■ tion en Hollande, où le stadhouder continua d'expédier les

congés et les sauf-conduits (3).

(i) Vaderlandsche hist. , tom. V, p. i33.

(a) Ibid. p. i3g.

(3) Ibid. p. 196.

Les provinces de Hollande et de Zélande armèrent, en i53a, cent voiles pour une expédition projetée avec éclat contre £7^" les Turcs , et à laquelle prenait part toute la chrétienté. Les affaires que l'empereur avait sur les bras en Allemagne, la révolte de la Gueldre et celle des Gantois , changèrent toutà-coup sa résolution. Il dépécha ses ambassadeurs à Soliman , conclut une trêve et reuvoya ses vaisseaux dans leurs ports (1).

Les armateurs écossais faisaient des courses contre nos bâtimens, et le roi Jacques V avait même déclaré qu'il ne COMe ' ïJ4t souffrirait plus la pèche du hareng. Un traité rendit toutefois la liberté de la mer. Il y eut aussi quelques difficultés avec l'Angleterre , qui ne purent être terminées aussi vite. Henri VIII avait défendu à ses sujets de se servir des vaisseaux belges , pour transporter leurs marchandises. La gouver- ,Tec VAa 4*nante, par représailles, fit la même défense aux sujets de l'empereur, par rapport aux Anglais (2).

Charles voulut reporter ses armées en Afrique, l'an i54i,et NoaTeHe«rassembla les forces maritimes de tous ses états. Enkhuisen j^!!'°. n . eon *

tn 1 Afrique.

fournit quatre gros vaisseaux ; mais la tempête dispersa cette 1*4*. flotte formidable (3). Les Danois, de leur côté tentèrent de oanou. s'emparer de Walcheren et échouèrent dans leur projet (4). ,5 * 3, Les Français et les habitans des Pays-Bas s'attaquaient sur f«mç»i». toutes les mers (5). La paix avec le Nord fut conclue en p "* »»« «•

Nord*

(1) VaderlaoïUche hîst. , tom. V, p. 157.

(a) Ibid. p. 209.

(3) Ibid. p. 210.

(4) Ibid. p. a ai.

(5) Ibid. p. a46.

u5o DU COMMERCE,

« 5 *7- i544(Oi et 1* guerre déclarée à l'Ecosse (2). Les pirates de ce pays troublaient le commerce et la pêche. Il semble que le Zuiderzée fournissait alors une pèche très- abondante et qu'Am-

rM *- sterdam débitait une grande quantité de poissons frais. Wagenaar cite un règlement qui fixe, pour les pêcheurs de cette ville , le carré des mailles de leurs filets , et qui leur défend de porter du poisson mort dans les marchés (3).

nrpmutums. On prit des mesures en 1 548 contre les déprédations maritimes des Anglais et des Français. Les villes de Haarlem , de Delft et de Leyde , se plaignaient aussi des Anglais , qui n'approvisionnaient pas l'entrepôt de Calais ; de façon que le prix des laines augmentait a proportion de leur rareté et ruinait Manbctire». les manufactures de draps. On ignore ce qui hit résolu sur cet article (4). Au commencement de i549 on 8e plaignit de l'augmentation des droits de passage au Sund, que le roi de Danemarck voulait étendre sur le vin et sur le hareng; et de ce que les Danois empêchaient, en Norwége, de charger les bois nécessaires pour les réparations du Hondsbosch, Tr»a< -«cprès de Petten (5). Un traité fut signé en i55o avec l'Ecosse iÉco«e. q U j pendant long - temps avait désolé notre commerce (6), comme le faisaient encore les Français. Remarquons ici que, malgré les doléances des villes qui , dans leurs représentations, ne cessaient de peindre le commerce comme anéanti

Riche»* du et le pays comme épuisé, les demandes du souverain se p*y»- _____

(1) Vaderlandsche hist. , tom. V, p. 26a.

(a) Jbid. p. 2G7.

(3) Jbid. p. 298.

(4*! Ibid. p. 3 16.

(5) Ibid. p. 327.

(6) Ibid. p. 354.

remplissaient avec facilité : l'aisance devenait plus générale

et la science du commerce se perfectionnait. Ou savait même

tirer parti de la contrebande. Un certain Melchior Schetz Contrebande.

trouva en x 554 I e moyen de tirer de la France, pendant le

fort de la guerre, plus de i^ooo ballots de marchandises.

L'abondance augmentait la consommation et le droit d'entrée

rendait au double (i).

Les agressions des pirates étrangers avaient fait naître l'idée Ajin«ne«. des assurances. En i54.9, Charles -Quint songea, par leur moyen, à faciliter le commerce et la navigation des Pays- Bas. Le magistrat d'Amsterdam, en 1698, érigea une chambre d'assurance et d'avarie. On peut voir dans Luzac les principales dispositions de ces deux ordonnances (2).

La marine marchande ne se bornait point à de simples Exploit*^ i< opérations de commerce, et savait, au besoin, repousser la m » rine «Efforce par la force. Il se livra à cette époque, dans la Man- dunJe * che, un combat terrible entre vingt -deux vaisseaux marchands hollandais qui revenaient d'Espagne et dix -neuf navires de guerre français, accompagnés de six ou sept brigantins. Après une action de six heures, le feu s 'étant communiqué des deux côtés, les flottes se séparèrent et les Hollandais se retirèrent couverts de gloire (3).

Philippe, monté sur le trône, acheva de mettre le désor- R^ e a e pbidre dans les finances de l'état. Ses persécutions furent en- hpp<!n ' core plus funestes que ses concussions ; déjà les édits san-

(1) Vaderlandsche hist., tom. Y, p. 4°6.

(a) Richesse de la Hollande, tom. I, pp. 110, na , etc.

(3) Van Meteren , fol. 17.

a5a DU COMMERCE,

Eflfctidetpoglans de Charles -Quint avaient porté un coup fatal à nos provinces : la tyrannie sombre , le fanatisme farouche de son

fils y répandirent partout le deuil.

i-iEXîT ^ d<fbatS com , merciaux entre l'Angleterre et les Pays- Bas avaient amené la suspension du commerce. Les draps anglais avaient été prohibés par la gouvernante Marguerite de Parme. Sur la preuve que cette prohibition portait à la Hollande un préjudice annuel de 12,000,000 et que les manufactures de Londres perdaient plus de cinq millions de leur côté, on rétablit \ entrecours de 1496 (1).

En i565, Elisabeth, piquée d'une augmentation sur les péages de l'Escaut, défendit le commerce. Les deux nations en souffrirent également. Marguerite se servit des Flamands pour lier une négociation et le tarif fut rétabli sur l'ancien pied (a). En i568 Elisabeth se brouilla avec Philippe, au sujet du duc d'Albe, qui accablait alors la Belgique de sa présence. Ce digne satellite de Philippe exécutait sans pitié les ordres de son maître. Dès 1667 les persécutions forcèrent une foule de citoyens à se réfugier dans les pays étrangers , où ils transportèrent leur industrie et leur fortune (3). On publia contre les émigrans des placards qui ordonnaient de dénoncer les personnes qui avaient l'intention de fuir ou qui faisaient les apprêts de leur départ; d'arrêter leurs effets aux péages, passages et frontières, sous peine d'être considéré comme coupable du même délit dont étaient accusés ceux qui fuyaient ; défense était faite de donner asile aux

(t) VaderlantUche hist., tom. VI , p. ^j, (a) Van Meteren , fol. 38.

(3) Sirada , Decas I , pp. a83 , 3o6.

PlâCârd,.

réfugiés, de leur envoyer de l'argent, de leur écrire ou d'en recevoir des lettres, etc. Le 22 janvier 1569, le duc d'Albe fulmina un édit par lequel il défendit d'assister en aucune façon les fugitifs ; les femmes mêmes ne pouvaient conserver des relations avec leurs maris, sous peine de la vie. La terreur dispersa les artisans et les propriétaires de manufactures. Les Flamands allaient en si grand nombre en Angleterre qu'ils y relevèrent plusieurs villes ruinées et désertes, comme Norwick, Sandwick, Colchester, Magdston, Hampton, etc. Ils y obtinrent quelques privilèges qu'ils payèrent en transplantant dans ce pays l'art de travailler des bayes, sayes, changeons , moccades , trippes, gros-grains, etc. Le nombre de NonWe àu ceux du Pays-Bas, qui s'enfuirent et se retirèrent en diverses fu « Ui& contrées, se monte, suivant Van Meteren, à cent mille familles (1). On estime à plus de 8,000 ceux qui partirent dans le seul mois de novembre de l'an iS6g (2).

La Hollande, comme nous l'avons vu, à mesure qu'elle itération de secouait le joug, s'enrichissait des pertes des provinces en u "«"""fcproie à la domination espagnole. Dans la même année i56'a, le prince d'Orange délivra des commissions à ceux des exilés qui voulaient s'armer en course, et les négocians fugitifs firent les fonds. Ces aventuriers appelés gueux demer créèrent, 6wu de mer. malgré leurs désordres et leur licence, cette grande marine que les Hollandais élevèrent promptement à un si haut degré de puissance , et dont les avantages furent dans la suite si sensibles. Les désordres forcèrent néanmoins Guillaume, en 1570 , à nommer un autre amiral et à dresser un règlement

(1) Van Meleren, fol. 55-64-

(a) Viglius ad Hopper. Epiit. CXU , p. 547-

af>4 DU COMMMKRCE,

pour la marine (i). Rien alors ne résista à ces et l'orgueil castillan dut s'abaisser devant eux.

commerce Maigre' la guerre civile le commerce n était pas interdit en* «rrc ie*p-- t j^ reraent entre les Pays-Bas et l'Espagne. En i58o, les états craignant la confiscation de leurs vaisseaux, avaient défendu la navigation sur les côtes d'Espagne et de Portugal. Robert Leeman, bailli de Zélande, fut déposé pour avoir expédié des passeports à quelques vaisseaux qui , sous prétexte d'aller dans les ports de France, avaient passé plus avant à l'ouest. Mais, peu après, on rendit la liberté du commerce sous la caution juratoire des négocians, et sous peine de confiscation des bâtimens qu'on trouverait au-delà des parages de la France et de l'Angleterre. Alors les marchands s'accordèrent avec les Bordelais qui prenaient leurs cargaisons , et se chargeaient du débit en Espagne et en Portugal, d'où ils rapportaient en échange celles de ce pays (a).

Philippe d*- En i58i, Philippe fut déclaré déchu de la souveraineté de it uo . p r0 vinces-Unies et le despotisme s'effraya de cette leçon

vc raî oc te des #3

h^b«. sévère. Les Espagnols qui ne pouvaient se passer de leurs ennemis, eurent encore recours k leur activité et à leur adresse : Amsterdam jouissait même, ainsi que nous l'avons dit, d'une faveur particulière qu'elle ne perdit qu'en 1699. ProgriedebCe ne fut qu'à - peu - près vers ce temps , et cela après qu'on eut entièrement défendu, en i584, aux Hollandais et aux Zélandais, la navigation dans les ports de mer du Por-

(1) Wagenaar, tom. VI, pp. 3o8 et suiv. — Richesse delà Hollande tom. I , p. 94-

(a) Vadcrlandsche hist. , tom. VII , p. 353-

AUX XV ET XVI SIÈCLES. a55

tugal, qu'ils tournèrent toute leur attention vers les voyages lointains :

Duris ut il rx ton sa bipensibn»

Nigne fcraci frondis ia AJgido , Per dHM , per odes , «b ipso Ducil opes a m m uni que ferro.

Les habitans des Pays-Bas se jouaient avec les pe'rils de E*p*rf«Bce <•« la mer. Junius dit que, dans sa jeunesse, on ne s'embarquait' 1 qu'après avoir fait son testament et accompli ses devoirs religieux; mais qu'au moment où il écrivait, tout était bien changé. Goropius Becanus parle du goût des Anversois pour les voyages de long cours, et Albert Krantz remarque, à propos de l'expédition de i44* contre les Osterlins, que les Hollandais étaient faits pour la mer et naviguaient dans toutes les saisons (i). La science venait éclairer cette intrépidité. Michel Coignet, entre autres, écrivit en français une instruction pour les navigateurs (a).

Les Zélandais, en i5o,4, tâchèrent de s'ouvrir une nouvelle *N»*'«»i»oa, route vers les grandes Indes. L'année suivante, Houtman din * 1 " I,,d "' doubla le cap de Bonne-Espérance (3). Deux ans après, on pensa sérieusement à entreprendre une navigation vers les Indes occidentales (4). Cependant on ne négligeait pas le Nord qui avait fondé la grandeur de la république. Les Hol- da landais apprirent des Basques la route de Groenland, et le Nord '

(i) Krantz Saxon. , lib. X, c. 29, p. 3o4. — Junii Batay. , p. 206.— Gorop. Becnn. ad Sen. Pq. Atitv. in Originib.

(a) Foppens, Bibl., tom. II, p. 890.

(3) Vaderlanrische h ï st. , tom. IX, p. i3G.

(4) lbid. % p. i5a.

a 56 DU COMMERCE,

Araou^n seizième siècle fut couronné par les avantages que Van der »rti»»Qrj) oes rem porta sur les Espagnols aux Canaries et à St- Thomas, et pour lesquels on frappa une médaille et un jeton décrits dans Van Loon (i). On y voit l'effigie du prince Maurice, amiral-général, et le navire Argo avec cette légende :

En altéra qua» vchat Argo.

(Viao. Eclog. IV.)

commCTM Vers le même temps le duc de Wirtemberg fit proposer »v«« l'Aii*- aux États -Généraux, un commerce libre par le Necker, le '"long du Rhin, entre ses états et les provinces de la république. Ce fut aussi en i5o8 que les Bataves établirent leur commerce jusques dans l'empire ottoman. Luzac rapporte le contenu de la cession que leur fit la Porte (2).

NooTeUe* Enfui les progrès de la navigation et du commerce en gé- *' neral donnèrent naissance à de nouvelles manufactures; des produits exotiques occupèrent l'industrie indigène; telle est parmi les premières la fabrication du blanc de plomb, de la céruse, du sel de Saturne, du minium, de la litharge, etc.

Resaisissons maintenant d'un coup-d'œil cette suite de faits dont la conséquence est facile à déduire, et présentons-en le résumé en peu de mots.

(1) Van Loon, tora. I, pp. 5ig, 5ao.

(a) Richesse de la Hollande, tora. I, p. 159.

AUX XV ET XVI SIECLES. a5 7

Page 1