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concert avec Mer, le Délégué Apostolique envoyé au Canada, s'entendent pour “ déterminer une ligne de conduite uniforme à suivre par tous et chacun d'eux ‘à l'égard des partis politiques. ”
Examinons d'abord les faits quijont occasioné ces divergences d'opinion entre les évêques, et sur qui doit en retomber la responsabilité.
Le premier de ces faits est le désaveu qu'à fait Mer. l'Archevèque d'un article de journal publié sous le titre de Programme Catholique dans le “ Journal des Trois-Rivicres ” le 20 Avril 1871 (P. J. N. XVI
Pour bien apprécier cet acte de Mgr. l'Archevéque, il sera utile de rappeler la règle établie dans la province pour la surveillance des journaux, et aussi la demande des Pères du 24 Concile de Québec de fonder une presse catholique. Voïei le règlement du 24 Concile provincial sur ces deux sujets :
“ 20, C'est à l'évéque qu'il appartient de juger de In nature de ces mauvais “Journaux, et de dénoncer au clergé, où au peuple, ceux qu'on ne peut lire en “ cons-lence,
“ 5o, Le besoin d'un journal français, pour propager les bons principes, se “fait de plus en plus sentir. Ce journal, rédigé par des laïques instruits el chrétiens, “ produirait plus de fruits, par ce qu'il rencontrerait moins de préjugés que s'il ‘ était sous l'entière direction du clergé, On aura done à aviser aux meilleurs # moyens de rendre ce service à la religion. ”
Pour répondre à cette demande des Pères du 24 Concile de Québec, si conforme à la recommandation du Nouverain Pontife Pie IX dans son Encyclique Inter mulliplices” aux évêques du monde entier en faveur des écrivains et des Journalistes catholiques, il s'est fondé en peu d'années, dans la province de Québec, trois journaux en ce sens, l'un à Québec, Le Courrier du Canada, Y'autre aux Trois- Rivières, Le Journal des Trois-Rivières, le troisième à Montréal, Le Nouveuu-Monde.
Ces journaux se sont appliqués à marcher dans la mesure de leurs forces sur les traces des grands journaux à la tête de presse catholique de l'Europe, et de combattre comme eux les erreurs contemporaines qui cherchaient à s'hnplanter au milieu des populations catholiques du Canadi
Ces journaux animés d'un esprit véritablement catholique ont eu à soutenir de rudes luttes contre la presse libérale et impie que j'ai fait connaitre plus haut et qui, elle, s'alimentait à la presse impie et libérale de la France. Ts ont eu aussi à lutter contre certains de leurs confrères encore entachés de plusieurs erreurs gollicanes répandues dans notre ancienne législation française,
Quand il leur est arrivé de manquer en quelques choses dans ces luttes ardentes, ils n'ont point manqué de se conformer aux avertissements qui leur ont été donnés par qui de droit, selon la recommandation du même Souverain Pontife.
I est hors de doute que ces journaux si franchement catholiques ont rendu
de grands services à la cause de la vérité et de la justice en battant en brèche, comme ils l'ont fait, la mauvaise presse, et en défendant courageusement les droits de l'Eglise quand il se sont trouvés attaqués.
L'un de ces journaux a même été honoré d'un Bref très élogieux du Nouverain Pontife Pie IX, adressé à son Rédacteur en chef, le chevalier Gédéon Desilets, ex-zouave pontifical. Ce Bref si honorable pour son destinataire était en méme temps une approbation bien précieuse de la direction donnée à son journal qu'il venait de soumettre à l'appréciation de Sa Nainteté.
C'est de l’article publié par ce journal en Avril 1871 sous le titre de Programme Catholique, et désavoué par Mer. l'Archevéque, que je vas naintenant parler. Cet article aurait certainement passé sans plus d'éclat que les articles ordiuaires de journaux, sans ce désaveu inattendu et impossible à prévoir, et qui cependant a provoqué l’une des luttes les plus ardentes que l'on ait vues dans la presse canadienne, et qui a mis en lumière, pour la première fois, une divergence d'opinion entre les évêques sur la question politique.
Voici en quelles circonstances et pour quels motifs cet article, ou Progrumme Catholique, fat rédigé et publié dans le “journal des Trois-Rivières, ”
La promulgation du décret conciliaire de Québec de 1868 sur les élections politiques ayant fait connaitre aux fidèles avec plus de précision les devoirs que la loi de Dieu leur impose comme électeurs, un certain nombre de catholiques des plus instruits et des mieux disposés crurent qu'il pourrait être utile de formuler certaines règles pratiques bases sur l'enseignement de ce décret que les évêques venaient d'exposer dans leurs Mandements. En conséquence, ils dressèrent en vue des élections qui approchaïent, un assez court progrunme qui pouvait se résumer à dire que les électeurs devaient donner leurs votes aux candidats qui s’engageraient à respecter les droits et les lois de l'Eglise, lorsqu'ils agiraient comme députés dans le parlement, et à faire réformer celles de nos lois existantes qui sont en désaccord avec les lois divines et canoniques en autant que les Evêques le demanderaient. (P. J. N. XVI).
Comme cet article-programme paraissait très important aux yeux de ceux qui l'avaient formulé, il fut soumis privément à l'Evéque des Trois-Rivières dans le diocèse du quel il devait être publié, et à Mgr. l'Evêque de Montréal dans le diocèse du quel on voulait immédiatement le reproduire.
Les deux prélats le trouvant parfaitement orthodoxe dans ses principes, légitime dans son but et ses moyens, ne blessant les droits de personne, l'approuvèrent sans difficulté.
Il fut donc publié dans le “ Journal des Trois-Rivières ” comme article éditorial le 20 Avril 1871, et fut immédiatement reproduit, avec pleine et entière
adhésion par les six journaux suivants : le Nouveuu- Monde, le Franr-Parleur, VOrdre, le Courrier du Canada, V'Union des Cantons de " Est, et le Pionnier de Sherbrooke. Les députés de l'Asssemblée législative commencaient aussi à envoyer leur
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adhésion à ce programme, lorsque le 26 du même mois, parut dans le ‘ Journal de Québec” la lettre suivante de Mgr. l'Archevêque de Québec.
“ Archevéché de Québec, 24 Avril 1871.
Monsieur,
“ À propos des élections prochaines, le Journal des Trois-Rivières et le Nou- “ veau- Monde ont publié un programme politique à l'usage des catholiques de la “ province de Québec.
“Je crois devoir vous informer que ce programme ne m'a été connu que “ par les journaux, et que par conséquent il a le grave inconvénient d'avoir été “ formulé en dehors de toute participation de l'épiscopat. Je déclare done qu'il “ ne saurait autoriser aucun membre du clergé de l’archidiocèse à dépasser les “limites tracées par le quatrième concile de Québec et que je vous ai rappor- “tées dans ma cireulaire du 3 courant.
(signé)
“f E. À. Archevèque de Québec.”
Le même jour Mer. l'Archevêque écrivait à l'un de ses suffragants :
“J'ai envoyé ce matin à l’imprimeur une petite circulaire au Clergé où
‘je proteste indirectement contre cet écrit. Vous en recevrez copie ces jours-ci, “ j'espère que vous en serez content, Elle sera aussi publié dans nos journaux de
‘ Québec, afin que personne n’en prétexte ignorance, Une couple encore de protes- “ tations indirectes de ce genre, et toute cette grande machine montée à grands frais “ dans une assemblée lenne au bureau de se détraquera d'elle méme. ”
Le même suffragant en communiquant à son clergé son adhésion à la protestation indirecte de l'Archevêque, disait :
“ Des informations des plus positives me permettent de vous dire que cette “ circulaire doit s'interprèter dans le sens d'un désaveu du programme politi- “ que dont il est question, et c’est en lui attribuant ce sens que je vous en “ donne communication oflicielle. ”
A ces deux protestations épiscopales s'y ajouta une troisième, ce qui divisait également les évêques.
Voici maintenant quelques observations que je soumets humblement à l’appréciation de Vos Eminences sur cette protestation inattendue et impossible à prévoir de la part de Mer. l’Archevèque.
lo. Sur sept journaux qui avaient publié le programme en y donnant leur pleine adhésion, pourquoi le Métropolitain ne désigne-t-il que le Journal des
Trois-Rivières et le Nouveau- Monde qui seuls avaient soumis cet écrit à leur Ordinaire avant de le publier ?
20, Pourquoi aussi N, G@, censurait-Elle rommément ces deux journaux que la règle disciplinaire des Peres du 24 Concile de Québec de 1854, mettait sous la surveillance émmédiate de leurs évêques diocésains ?
Ni l'Archevéque eût observé cette règle et porté sa plainte aux deux évéques chargés de la surveillance de ces journaux, au lieu d'en saisir l'opinion publique, il aurait d'abord évité la grave erreur de fait dans la quelle ilest tombé en disant que cet écrit avait le grave enconvénient d'avoir élé formulé en dehors de toute participation de l'épiscopat : ee qui était matériellement far, puisqu'il avait reçu l'approbation de V'Evéque respectif de chacun de ces journaux, aurait évité en second lieu une grave dyuslice envers ces deux journaux catholiques qui étaient certainement en règle avec l'autorité religieuse pour cet écrit, comme il vient d'être dit, et surtout le Métropolitain aurait évité de faire éclater un désaccord aussi regrettable dans l'épiscopat de la Province,
30. Mgr, l'Archevèque est tombé dans une autre erreur de fait en disant que ce programme politique était une grande machine montée & grands frais dans une assemblée tenue au bureau de...
C'est-à-dire, que c'était le programme d'un nouveau parti politique que les auteurs de cet écrit avaient l'intention de former.
La vérité est qu'il n'en était rien, comme l'ont déclaré solennellement, sous la foi du Nerment, les auteurs mêmes de ce programme, affirmant qu'ils n'ont point eu l'intention de former un nouveau parti politique, mais tout au contraire de rendre plus uni le parti conservateur qu'ils reconnaissaient comme le seul dont les principes et les traditions pouvaient nous assurer la plénitude de de nos droits religieux et nationnaux ; et qu'il était également faux que le programme catholique eût été une grande machine montée à grands frais, dans une assemblée tenue au bureau...
Rien de semblable n'a eu lieu, et ces prétendus faits n'ont jamais existé.
En agissant avec moins de précipitation, et en prenant le temps de se renseigner avec exactitude sur ces faits, Mgr. l’Archevèque se serait facilement convaincu, comme les évêques de Montréal eï des Trois-Rivières, que ce programme n'avait ni l'importance ni la portée que &.es hommes politiques intéressés s’efforçaient à tort de Tui imputer; N. @. ve se serait pas exposée à avancer dans un document officiel des assertions feusses qui ont eu les conséquences les plus déplorables et mêmes fort injustes pour les auteurs de ce programme, hommes de la plus haute respectabilité.
À la suite de ce désaveu de Mgr. l'Archevèque et de ses deux suffragants, les journaux libéraux attaquèrent avec violence les auteurs du programme et leurs amis qu'ils désignèrent sous le nom de Programmistes, émettant en même
temps les doctrines les plus opposées aux droits de l'Eglise.
— jf —
Deux journaux conservateurs seulement firent écho à la presse bbérale dans cette levée de boucliers, l'un de Montréal, déjà compromis par son opposition à l'autorité diocésaine dans l'affaire de la division de la paroisse de N, D. de Montréal, et le Journal de Québec qui passa peu de temps après dans le camp libéral, Ce dernier surtout fut d'une violence extrème, non seulement à l'égard des auteurs du programme, mais aussi à l'égard des évêques de Montréal et des Trois-Rivieres, qui avaient du en justice rendre publique l'approbation privée qu'ils avaient donnée à ce programme, afin d'en protéger les auteurs contre les attaques aussi violentes qu'injustes de leurs adversaires, Ce journal alla jusqu'à accuser ces deux prélats de conduire l'Eglise du Canada au schisme, et à leur lancer la malédiction du prophète: % Vo pasioribus qui dispergunt gregem !”
Et le Métropolitain, si sévere à l'égard du Journal des Trois-Rivières et du Nouveau-Monde qui ne relevaient point de sa juridiction, n'eut pas un mot de blûme pour défendre ses collégues contre de telles injures qui s'imprimaient à la porte de son paluis dans un journal enticrement sous sa surveillance,
Cependant qu'y avait-il de répréhensible dans ce programme ? Nous le disons sans crainte, Rien. Les principes en étaient inattaquables, le but légitime, les moyens justes et honnêtes.qe blessant les droits de personne. Voilà comment il a été jugé par les thé aione les plus distingués à l'examen des quels il a été soumis. È
Enfin l'affaire ayant été déférée au Nt, Niége par Mgr, l'Archevéque luimême, voici comment les lminentissimes Peéres, inquisiteurs généraux et le Card. Patrizi ont jugé la coxdimnalion Au programme catholique faite dans les journaux par Sa Grandeur :
“it les mêmes Eminentissimes Pères n'ont pas cru devoir approu- “ver votre conduite, sans doute trop précipilée, en condamnant dans les journaux “le programme concernant les élections politiques: conduile qui «à été la source de “tant de divisions.”
Ainsi donc la responsabilité des divisions qui ont éclaté entre les évéques au sujet du programme catholique retombe sur Mgr. l'Archevêque et non sur les évêques de Montréal et des Trois-Rivières qui l'ont approuvé privément, sans pouvoir soupçonner l'attitude si regrettable que prendrait leur Métropolitain sur ce document.
“ De plus, continue $. E.; ils ont pensé devoir imposer silence, à chacun ‘“ de vous sur le programme catholique en question et sur tout ce qui peut s’y “ rattacher. Mais que tous les évêques, alin de procurer pasmi les fidèles lac- “ cord des esprits au sujet des élections politiques, se conduisent d'après ce # qui a été sagement et prudemment réglé et ordonné dans les conciles provinciaux. ” (P.J. N. XVII).
Ainsi le programme catholique n'est point condamné. Mais par mesure de prudence et pour appaiser l'irritation des esprits à ce sujet, la K. C. de l'Inqui-
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