‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 13 sur 85 · TE · texte numérisé non relu

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sition impose aux évêques le silence sur ce document. Cela n'a pas empêché Mgr. l'Archevêque de déclarer à son clergé en retraite, après la réception de

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cette lettre du Card. Patrizi. “que le programme catholique avait été coiffé par Rome du bonnet des condamnés.”

Cette défense du St. Siège d'ailleurs a été fidèlement observée jusqu'à l'été dernier, où la presse libérale est venue réaffirmer la prétendue condamnation du programme, et a provoqué la publication dans les journaux de la lettre de S. E. le Card. Patrizi à ce sujet.

Tel est, Eminentissimes Seigneurs, l'exposé succint et fidèle de ce grave incident du programme catholique qui a eu tant de retentissement dans la province de Québec, et qui y à fait éclater pour la première fois un désaceord entre les évêques sur la question politique. Un des caractères les plus saillants de cet incident a été la violence injuste avec la quelle les libéraux catholiques, tant du parti libéral que du parii conservateur, ont poursuivi et poursuivent encore

les auteurs de ce programme, même jusqu'à leur causer de graves dommages dans leurs affaires privées, ce qui ne se voit pas ordinairement dans les luttes sur les autres questions politiques.

Lo. Fail, Mandement du 25 Mar 1876.

Le second fait qui a causé une nouveile divergence d'opinion entre les évéques a été le Mandement que Mgr. Taschereaun à publié le 25 Mai 1876, pour donner une nouvelle direction au.clergé et aux fidèles de son diocèse dans les

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élections.

La violence avec la quelle les Hibéraux attaquèrent le clergé après les élections de 1875 et les menaces de poursuite qu'ils faisaient entendre contre les prêtres sous le prétexte d'une prétendue influence spirituelle indue, ainsi que je l'ai dit plus haut, firent comprendre aux évêques la nécessité d'une entente commune sur la question politique, et de donner au clergé et aux fidèles de toute la provincè une direction wniforme sur la conduite à tenir dans les élections politiques. C'est ce qu'ils firent dans la Pastorale du 22 Septembre 1875 et dans la Circulaire au elergé qui l’accompagnait. Ces deux documents produisirent les heureux résultat. tu'en attendaient les Prélats. (P.J. N. ITet TI).

Cependant les libéraux qui étaient demeurés convaincus depuis l'incident du programme catholique que l'Archevèque leur était favorable, virent avec chagrin que le Métropolitain s'était rallié courageusement à ses suffragants dans la Pastorale du 22 Septembre qu'il avait lui-même rédigée et signée avec eux

et qui était, de fait, en harmonie parfaite avec les principes de ce programme si violemment combattu. C'est ce que comprenaient les hommes capables d'en juger et qui se le disaient tout haut. Mais l'union des Evôques qui avaient pu-

blié collectivement ce document était une force que les libéraux auraient essayé en vain de combattre ouvertement et directement.

Ils reprirent donc leur tactique ténébreuse et hypocrite, ils attaquèrent dans l'ombre cette Pastorale en soulevant des doutes sur ces principes et des objections sur sa mise en pratique, en les faisant parvenir habilement aux oreilles de l’Archevêque. Ils firent si bien qu'au mois de Février suivant, N. G. était déjà ébranlée, et croyait qu’il serait bon, pour apaiser ces esprits inquiets, de donner collectivement des explications sur ce document. Les suffragants savaient que c'était inutile, par ce que les libéraux ne comprenaient que trop bien cette Pastorale qui condamnait avec tant de clarté et de précision leurs principes pervers et leurs tendances dangereuses, et qu'ils ne pouvaient échapper à l’application qu'en feraient les fidèles. Voilà pourquoi ils auraient voulu arracher à la bonne foi des évêques quelques explications qui leur auraient permis de la commenter de manière à lui faire dire ce qu'ils désiraient, c-a-d, le contraire de ce que ces Prélats y avaient clairement enseigné. C’est ce que ces derniers comprirent : aussi se donnèrent-ils garde de donner dans le piège, et sans s'être consultés, ils répondirent à leur Métropolitain qu'il n’en fallait rien faire.

Ce que les libéraux désiraient surtout, c'était que les évêques missent en quelque manière les deux partis politiques, au point de vue des principes, sur un pied d'égalité devant les fidàles. Or une telle déclaration de la part des évêques n'était ni prudente, ni conforme à la vérité, ni juste ; et ces Prélats trouvèrent plus sage de suivre la conduite du Saint Siège en se tenant dans la région des principes, sans descendre sur le terrain des personnes ou des partis politiques, et que par conséquent il fallait se contenter dans les circonstances présentes de faire connaitre aux fidèles les doctrines dangereuses, et les principes mauvais et condamnés, afin de les prémunir contre les dangers de la séduction des erreurs courantes ; mais leur laisser le soin d'en faire eux mêmes l’application aux hommes ou aux partis politiques. C’est dans ce sens que je répondis à Mgr. l’Archevêque, le 26 Mars 1876 :

“ 40. Examinons d'abord la portée de la Fastorale sur ce point, et voyons ‘“ en quel sens et comment la condamnation qu'elle portait, pouvait atteindre ‘un individu ou un parti politique.

‘ Ce document contient la condamnation formelle et précise des doctrines * libérales et catholico-libérales ; par conséquent un individu ou un parti politique ‘“ imbu de ces doctrines condamnées, qui les suit dans la pratique, et qui s'ef- ‘ force de les faire prévaloir, tombe certainement sous le coup de cette condam- ‘ nation ; mais comment ? de quelle manière ? Il y tombe indirectement et par ‘‘ voie d'interprétation.

‘30. Les évêques n'ont pas jugé prudent ni praticable de faire eux mêmes

“ l'application directe et explicite de cette condamnation aux individus et aux “ partis politiques qui pouvaient se trouver en défaut et imbus de ces doctrines “ funestes et de ces erreurs; mais ils ont laissé ce soin à la conscience de cha- “ cun, en leur traçant cependant des règles sûres pour les conduire dans l’ac- “ complissement de ce devoir ete.” (P. J. N. V)

Telle est, Eminentissimes Neigneurs, la ligne de conduite que je me suis toujours eflorcé de suivre dans mon diocèse et que je n'ai point cessé de r’-om-

mander à mon clergé; aussi nous avons toujours eu, dans mon diocèse, la paix sous ce rapport jusqu'à présent.

Nonobstant l'avis de ces suffragants de s’en tenir à la Pastorale du 22 Keptembre sans donner aucune explication ni commentaire, le Métropolitain jugea à propos de le faire seul; et le 25 Mai 1876 il publia un Mandement dans le quel il omit tout ce que la Pastorale du 22 Septembre signalait aux fidèles sur les dangers des erreurs libérales courantes et condamnées par le St. Siége, et il y mit visiblement sur un pied d'égalité les deux partis politiques, et ferma la

bouche à son clergé en lui ordonnant de lire ce Mandement ‘sans commentaires

“aucuns, ni avant, ni pendant, ni après la lecture. ”

L'apparition de ces Mandement produisit un sentiment pénible dans le clergé et surtout dans le clergé du diocèse de Québec, qui se sentait humilié et compromis par le silence forcé qu'on lui imposait, et cela dans le temps précisément ou plusieurs de ses membres étaient trainés devant les tribunaux civils sous prétexte d'influence spirituelle indue ; ce qui pouvait être interprêté par le tribunal comme une reconnaissance de culpabilité de la part de leur Ordinaire. Tous les bons catholiques qui avaient été si heureux l'année précédente de voir la concorde rétablie entre les évêques par la Pastorale du 22 Septembre, furent aussi grandement aflligés de voir l’Archevêque se séparer de nouveau des autres évêques et donner à son clergé une autre direction à suivre au sujet des élections et différente de celle donnée unanimement par l'épiscopat l’année précédente, Ilen fut de mème à plus forte raison des suffragants. Dans une assemblée qui eut lieu quelques jours après la publication de ce Mandement au quel aucun d'eux ne s'était attendu, ils lui exprimèrent tous d’une voix la surprise qu'ils en avaient éprouvé, et le chagrin avec le quel ils voyaient leur Métropolitain se séparer d'eux sur une question ou l'accord et l’unanimité des évêques étaient indispensables au maintien de leur autorité, et à l’efllcacité de la direction qu'ils avaient donnée aux fidèles sur ce grave sujet.

Par contre, ce Mandement porta la jubilation dans le camp des libéraux, et quelques uns annoncèrent même d'avance que leur parti allait enfin être réhabilité par la plus haute autorité religieuse du pays. A l'apparition du Mandement le ‘“ Journal de Québec emboucha le premier la trompette et annonça que ce document émanant du chef de la hiérarchie ecclésiastique devait seul désormais faire autorité, qu'il remplagait la Pastorale du 22 Septembre, qui devait à l'ave nir être regardée comme non avenue.

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Ce fut au point que le Métropolitain se sentit obligé de protester contre les assertions hardies de cette feuille libérale, et de lui adresser, le 8 Juillet, une lettre dans la quelle on lit entr'autres choses ce qui suit :

“ Dans votre numéro du 21 de Juin......vous affirmez que mon mandement du 25 Mai dernier remplace le Mandement du 22 Septembre 1875.

“ Je crois devoir protester contre cette expression qui insinue que j'ai re-

gretté et révoqué la dite Pastorale collective. Les préncipes qui y sont contenus

sont, à mes yeux, trop vrais et trop certains, pour que je songe jamais à re-

gretter de l'avoir signée, et à la remplacer par un autre.”

Ce fut en vain que S. G. protesta contre les assertions de la presse libérale ; tout le monde voyait et comprenait que si les principes étaient les mêmes dans les deux documents, la direction donnée était fort différente. Le silence gardé sur les erreurs libérales, et imposé au clergé sur les explications à donner aux fidèles sur ce sujet, faisait du Mandement de l'Archevêque un document contraire à la Pastorale collective de l'épiscopat de la province. Voilà ce que tout le monde comprenait clairement, ce qui contristait le clergé et les fidéles les plus éclairés, et qui réjouissait grandement les liberaux et tous les ennemis de l'Eglise. L'Archevêque en désaccord avec tous les suffragants, et le clergé de l'Archidiocèse baillonné, était pour eux une trop belle aubaine pour n'en point profiter. Aussi vit-on leur hardiesse redoubler dans les poursuites scandaleuses contre le clergé sous le prétexte d'influence spirituelle indue.

Je suis convaincu que si le Métropolitain s’en était fermement tenu, comme ses suffragants, à la Pastorale du 22 Septembre, et eût retenu à son tribunal les plaintes qui y avaient été portées contre quelques prêtres, au lieu de les laisser aller au tribunal civil sans aucune réclamation, l’on n'aurait pas eu le triste spectacle des procès scandaleux de l'influence spirituelle indue.

De plus en se séparant ainsi des autres évêques sur une question aussi grave, Mgr. l'Archevêque a agi contrairement à la défense du St. Office ainsi exprimée dans la lettre de N. E. le Card. Patrizi, citée à l’occasion du programme catholique :

“ Mais afin de prévenir le retour de ces maux, et d’éloigner toute occasion “et sujet de discorde, les mêmes Pères Eminentissimes, en vertu de leur autori- “ té et au nom du St. Niége défendent strictement à votre Grandeur, et aux au- “tres évêques de la province de ne rien publier à l'avenir qui paraisse indiquer “un dissentiment ou une divergence d'opinion. ”

Voilà, Eminentissimes Seigneurs, les deux seuls faits qui aient pu servir de bâse à ce qui est dit dans les instructions du St. Office données au Délégué apostolique en 1876: ‘‘ Que la cause de si graves inconvénients se trouve dans “la division de ces Evèques entr'eux, tant au sujet de la question politique ‘ qu'au sujet d'autres questions qui s’agitent en ce moment au Canada. ” Permettez-moi de le dire, Eminentissimes Seigneurs, là n’est point la pre-

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mière canse de nos difficultés; la véritable cause se trouve dans les influences diverses que subit à son insu, je pense bien, Mgr. l’Archevêque, et qui l'inclinent tantôt à marcher avec ses suffragants, et tantôt à favoriser les libéraux. Voilà ce que tout le monde remarque et que beaucoup ne se gènent pas de dire. Les protestants eux mêmes le remarquent, comme le prouve l'extrait suivant d’un journal anglais de Montréal :

“ Pour Mgr. Taschereau qui parait toujours prêt à favoriser les libéraux, ou à

* sacrifier à la fois ses convictions et ses amis aux bigots; proclamant à un mo- ‘ ment des ordres éclairés, et s’humiliant ensuite devant les évêques Laflèche et

“ Langevin, c'est un rude coup. ”

On se rappelle aussi les paroles du chef libéral M. Laurier citées plus haut. ‘ Monseigneur l’Archevêque nous rend certainement service en inclinant tantôt “ d'un côté et tantôt de l’autre; mais il n’est pas l’homme qu'il nous faut pour “ un triomphe complet, il est trop girouette !?”

Vos Eminences pourront voir par cet exposé ce qu'il y a d’inexact dans le reprovhe fait aux évêques, et juger sur qui doit en tomber la responsabilité.

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