‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 14 sur 85 · La trop grande ingérence du clergé dans la politique · texte numérisé non relu

La trop grande ingérence du clergé dans la politique

La seconde cause des difficultés religieuses au Canada, mentionnée dans les instructions du St. Office, est la trop grande ingérence du clergé dans les affaires politiques, sans se soucier assez de la prudence pastorale.

Ici encore examinons les faits sur les quels repose cette accusation. Voici le premier mentionné dans ces instructions :

“ Par conséquent ceux là font mal qui, sans autre fondement, déclarent “ être condamné par l'Eglise un des partis politiques du Canada, à savoir le “ Je parti appelé Réformiste, parti ci devant chaudement appuyé même par quel- “ ques évêques. ”

Il y a dans cette accusation une confusion qui a été faite sans doute pour tromper le St. Office. En eflet, il s'agit ici du clergé de la province de Québec et non de celui de la province d'Ontario. Or il n’y a point de parti politique appelé ‘ Réformiste” dans la province de Québec, et jamais aucun évêque de cette province n’y a appuyé un tel parti qui n'y existe point. Le parti Réformiste appartient à la province d'Ontario; il ne faut point le confondre avec le parti libéral de Québec dont les principes sont bien plus dangereux, puisque le parti libéral de la province de Québec a les mêmes principes que le parti libéral de la France, tandis que le parti Réformiste d'Ontario répond au parti whig de l'Angleterre.

Ainsi ceux qui ont accusé les prêtres de la province de Québec d’avoir dit que l'Eglise a condamné le parti Réformiste qui avait été chandement appuyé par quelques évêques, ont porté une accusation fausse contre ces prêtres, et

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trompé le St. Office. La publication de cette fausse accusation dans la presse canadienne à montré à l'évidence comment on avait réussi à induire en erreur le St. Nièoe sur des faits aussi graves!

Mais le clergé de la Province de Qu'bec a-t-il réellement dépassé les règles prescrites par le concile provincial de 1868, au quel rférent les instructions du St. Office ? Voici la réponse que font les évéques à cette question dans leur supplique du 15 Juillet 1876: (PJ. No. VIL)

“ Les soussign{s se regardent comme strictement obliets de réclamer con- “tre cette assertion; ctils déclarent formellement à Votre Sainteté que la K. ‘ Congrégation a été certainement induite en erreur, en prétant l'oreille à des ‘hommes qui se tiennent cachés dans l'ombre, pour porter une accusation aussi “ odieuse contre le clergé de toute une province qui, grâce à Dieu, est attaché a “ses devoirs. Is se font forts de prouver que la conduite de leur elerg’, pen- ‘dant jies élections, à été celle fracée pur les décrets de leurs conciles provinciaut “ sur ce sujet, les quels n'ont été publiés qu'après l'examen qui en à été fait par “Le St. Nièvre, Ni quelques prétres eussent été juridiquement convaincus d'avoir “oublié ces règles si sages, ils en auraient été certainement réprimandés par “ leurs évêques respectifs.”

J'admets que dans quelques cas isolés, quelques prêtres ont pu aller trop loin, et dépasser les Hinmites qui leur étaient prestrites; mais je n'hésite pas à dire que le nombre en est peu considérable, comparé à la masse du clergé de la province qui a toujours rempli fidélement son devoir. Il y avait fausseté et injustice à le représenter ainsi devant le St. Niège comme coupable de la faute commise par quelques uns de ses membres seulement, et dont il ne pouvait aucunement être tenu responsable. D'ailleurs il était facile de remédier à ces écarts particuliers en portant ces plaintes devant l'autorité diocésaine ; mais les accusateurs s'en sont bien donné garde à cause des exagtrations et même des mensonges sur les quels il leur fallait les appuyer pour leur donner au moins une apparence de vérité et de gravité. C’est ce que constatent les évêques de la province dans la cireulaire au clergé du 22 Septembre 1875 :

“ Ces adversaires de la relision, qui cependant prétendent au titre de ca- “tholique, sont les mêmes partout: ils flattent ceux de ses ministres qu'ils “espèrent gagner à leur cause ; ils injurient, ils outragent les prêtres qui dé- “ noncent ou combattent leurs desseins pervers. Ils les accusent d'exercer une “ influence indue, de convertir la chaire de vérité en tribune politique ; ils “ osent quelques fois les trainer devant les tribunaux civils pour rendre compte “ de certaines fonctions de leur ministère.”

Il est facile de comprendre que si nos libéraux canadiens, a'nsi notés par l'épiscopat dans un document ofliciel, traitent de la sorte de bons et saints prétres qui ne font que remplir courageusement leur devoir, ils ne se gêénent pas d'exagérer et d'envenimer les manquements qu'ils peuvent remarquer chez

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quelques autres moins prudents. Aussi est-il arrivé que mis en demeure par l'Evêque de prouver leurs accusations, ils ont à peu près toujours décliné de le faire. Vos Eminences comprendront facilement par là, avec quelle défiance de tels accusateurs doivent être écoutés lorsqu'ils se cachent dans l'ombre pour faire leurs dénonciations.

Une autre accusation contre le clergé est d'avoir nommé en chaire les personnes pour les discréditer, à l’occasion des élections.

Cette accusation est encore plus dénuée de fondement que la première.

Il n'est pas à ma connaissance que pareil fait soit arrivé, ni dans mon diocèse ni ailleurs.

Le fait est qu'il n'est pas un Prêtre qui se croirait autorisé à nommer quelqu'un en chaire, sans la permission de son Evêque, même dans le cas où un candidat menacerait ostensiblement d'être hostile à l'Eglise.

Voilà, Eminentissimes Seigneurs, ce qui en est de ces accusations d'ingérence excessive du clergé de la province de Québec dans les élections politiques.

Ce elergé comme corps à rempli fid'lement son devoir, La censure dont il est frapp® dans les instru tions 77 N€ Office et qui a été publiée dans l6s journaux, l'a grandement contrisie et humilié à Ja face du pays, et paralysera en grande partie la salutaire influence qu'il a si légitimement exercée jusqu'ii, pour le plus grand bien de PE ise © 1 Ia province. Les catholiques en général en ont été affiigés ; mais les ennenus du prêtre y ont applaudi et leur audace en a redoublé. J'apprends de source certaine que dans les élections qui viennent d'avoir lieu, en Décembre dernier, l’on à entendu, par les rues d’une ville toute catholique, les libéraux les plus ardents crier: à bas les Jésuites! à bas la saint Vincent de Paul! à bas les Congréganistes ! à bas le cordon de Kt. François ete. ! C’est une impiété dont on n'avait pas encore été témoin et dont personne n'aurait osé se rendre coupable, si on n'avait pas cru que la conduite du clergé a été grandement blämée par le St, Siège.

S'il faut reconnaitre que la principale cause qui ait contribué à faire repousser le parti libéral aux élections qui viennent d'avoir lieu, soit l'incapacité de ses chefs durant le peu de temps qu'ils ont été au pouvoir, il n'y à pas de doute qu'une autre cause a été l’indignité des poursuites que ce parti a été le seul à intenter contre le clergé sous le prétexte d'influence indue ; nos bons catholiques encore si nombreux dans la province, ont voulu protester par là contre les fausses accusations portées contre leurs prêtres, et les venger des perstcutions aux quelles ils ont été en butte de la part des libéraux. C’est ce qui a paru surtout visiblement dans les comtés et dans les paroisses mêmes où ont eu lieu ces persécutions, et dans les quels les libéraux se sont trouvés en plus petit nombre que jamais. En vain ceux ei ont-ils essayé en quelques endroits d’invoquer les décrets en leur faveur, nos bons fidèles n’en ont vonlu rien croire cette

fois.

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