‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 21 sur 85 · IT · texte numérisé non relu

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Position de l'Eglise catholique dans la province de Québec, en droit et en fait.

La grande raison de Mer. l’Archevèque de Québec pour ne pas faire amonder la loi de l'influence indue, est surtout la crainte des protestants qu: 4e voudront point consentir à un tel amendement. C'est aussi là même raison qui a été alléguée en 1876, contre l’ingérence du clergé dans les élections politiques. Or c'est un fait bien connu de tout le monde en Canada et surtout dans la province de Québec, que les protestants ont toujours vécu dans les meilleurs termes avec les catholiques, et que jamais ils ne se sont plaints de l'intervention des prêtres dans la politique.

C'est aussi un fait que l'amendement à la loi électorale en question n’a rien de blessant pour eux puisqu'ils en bénéficieront comme les catholiques, ainsi que le dit Mgr. de Rimouski dans sa lettre du 5 Février à Mgr. l’Archevêque :

“ Au reste comment les protestants pourraient-ils être yalour, puisque “ l'aimendement s’appliquerait à leurs ministres comme aux prêtres catholiques?”

Cette crainte chimérique est une tactique déloyale des Hbéraux qui, de fait. ont cherché bien des fois à soulever la fanatisme protestant contre leurs frères catholiques quand ceux-ci combattaient leurs tendances libérales et leurs projets hostiles à la liberté de l'Eglise et de ses ministres. Alors ils jetaient hypocritement le cri d'alarme, et ils disaient aux protestants que les Ultramontains, en voulaient à leur liberté religieuse. Or la vérité était que ces Ultramontains, qui n'étaient que les catholiques non infatués des fausses idées modernes, c’est-àdire, des erreurs libérales et gallicanes, n'en voulaient nullement à la liberté religieuse des protestants ; mais qu'ils ne faisaient que réclamer pour l'Eglise catholique la liberté de se régir et de se gouverner d'après ses propres lois, et conformément aux rites de l'Eglise de Rome, selon le droit et la garantie que leur en donnaient les traités.

En cffet lorsque le Canada eût été définitivement cédé à l'Angleterre par le traité de Paris le 10 Février 1763, le libre exercice de la religion catholique y fut solennellement stipulé et garanti par les capitulations de Québec et de Montréal, et par le traité lui-même dans lequel on lit cette clause à l’article 4

“ Sa Majesté Britannique, de son côté, consent à accorder la liberté de la “ religion catholique aux habitants du Canada. Elle donnera en conséquence “ les ordres les plus eflicaces pour que ses nouveaux sujets catholiques romains ‘* puissent professer le culte de leur religion, selon les rites de l'Eglise de Rome, ‘autant que les lois de l'Angleterre le permettent. ”

Par ectte restriction l'Eglise catholique cessa d’être religion d'état dans la colonie, mais elle ne fut point sujette aux lois p'nales de l'Angleterre. Elle fut mise sur un pied d'égalité avec les autres dénominations religieuses reconnues par l'Etat, et dont l'Etat reconnait à chacune le droit de se régir el gouverner d'après ses propres lois

Quelques uns des anglais qui s’établirent ensuite dans le pays travaillèrent à faire introduire dans le Canada les lois anglaises, et à éliminer an nom de la loi, tous les droits et priviléges de l'Eglise catholique. Mais leurs efforts échouèrent devant la vigilance et la fermeté des évêques et du clergf, et devant le principe fondamental de notre constitution politique qui fut de nouveau solennellement proclamé dans les termes suivants par la législature Canadienne en 1851:

“ Attendu que l'admission de l'égalité, aux veux de la loi, de toutes les dénominations religieuses est un principe re-onnu de la Kgislature coloniale ; ‘attendu que dans l'état de la conduite de cette provine, à la quelle il est particulièrement applicable, il est à désirer que ce principe reçoive la sancetion directe de l'assemblée législative qui reconnait et déclare qu'il est le principe foudmental de notre politique civile: à ces causes, qu'il soit déclaré, “et statué par la Très Ex ellente Majesté de la Reine, par et de l'avis et con- * sentement du Conseil législatif et de F'Assemblfe législative de la province * du Canada constituée et assemblée en vertu et sous l'autorité d’un a-te passé “ dans le parlement du royaume uni de la Grande Bretagne et de l'Irlande “intitulé :—Acte pour réunir les provinces du Haut et du Bas Canada, et pour

le gouvernement du Canada:—et il est par le présent déclaré et statué par “ l'autorité susdite que le libre exercice et la jouissance de la profession et du culte religieux, sans distinction ni préférence, mais de manière à ne pas servir ‘ d’ex'use à des actes d’une li-ence outre, ni de justificatien de pratiques ‘incompatibles avec la paix et la sécurité de cette province, sont permis par la

constitution et les lois de cette province, à tous les sujets de Na Majesté en icelles. ” (14 Viet. chap. 17).

Cette déclaration énonce trois principes qui ressortent d'ailleurs de toute notre législation: 1.0 Que la Constitution et les lois de cette province garantissent à tous les sujets de sa majesté le droit d'exercer librement leur religion.

2.° Que la seule restriction qu'elles y apportent, résulterait ‘d'une licence outrée, ou de pratiques incompatibles avec la paër et la sécurité de la province.” 3° Que la loi accorde une prote:tion égale, sans distinetions ni préférence, à toutes les dénomina-

tions religieuses.

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Or dit Portalis, qui n'était pas un Ultramontain, * quand une religion est ad- ‘“ mise, on admet par raison de conséquente, les principes et les règles d'après “les quelles elle se gouverne.”

Il est donc hors de doute que les traités et la Constitution de notre pays accordent et garantissent à l'Eglise catholique la pleine et entière liberté de son culte, et qu'il ne tient véritablement qu'aux catholiques de la province de Québec qui forment l'immense majorité de la population, de conserver ce précieux trésor des libertés de l'Eglise que nous ont léguées nos Pères et d'en faire disparaitre les quelques entraves qu'y ont fait pénétrer les erreurs galliranes.

En fait, nous avons toujours joui de ces libertés à peu d'exceptions près, et les tentatives des protestants pour y porter atteinte dans les premiers temps de la colonie, ont toujours été repoussées victoriensement et efficacement ; depuis longtemps ils ont renoncé à ces idées d'opprimer les catholiques, et nous vivons avec eux paisiblement et dans les meilleurs termes. D'ailleurs que pourraientils faire dans une population où ils ne comptent que pour un dixième, et dans une législature où ils ne peuvent envoyer que 8 où 9 députés sur 65. [est donc évident qu'en fait comme ex droit V'Eglise catholique, dans la province de Québec, n'a rien à craindre des protestants. Toutes les craintes que les libéraux cherchent à soulever de ce côté, n'ont rien de réel: ee n’est qu'une tactique déloyale de leur part, à laquelle ils ont recours pour grossir leurs rangs, en trompant nos compatriotes de croyance différente, Aïnsi, le véritable danger pour nous ne vient nullement de la part des protestants ; mais il vient réellement de la part des libéraux qui ont jeté la division dans les rangs catholiques, en cherchant à répandre parmi eux des doctrines oppostes à l'enseignement de l'Eglise et à sa liberté. Ce danger est devenu formidable surtout depuis qu'ils ont réussi à pénétrer jusque dans les rangs du Sanctuaire, et à se déguiser si bien, comme dit l'illustre Pie IX. “que par une apparence extérieure de “ piété ils trompent beaucoup d'hommes honnêtes, et que, les portant à s’éloi- “ gner de la saine doctrine, nommément dans les questions qui, à première vue, “ semblent plutôt concerner le pouvoir civil que l’ecclésiastique, elles affaiblis- “ sent la foi, rompent l'unité, divisent les forces catholiques, et fournissent un “aide très efficace aux ennemis de l'Eglise, qui enseignent les mêmes erreurs, “quoique avec plus de développement et d'impudence, et amènent insensible- “ ment les esprits à partager leurs desseins pervers.” (P. J. No. IX)

Il était impossible d'exprimer avec plus d'exactitude ce qui se passe dans notre pays depuis une douzaine d'années, c’est-à-dire depuis l’évolution du parti libéral et l’apparition des libéraux catholiques modérés !

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