‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 46 sur 85 · LOUIS-ZEPHIRIN, EV. DE ST-HYACINTHE · texte numérisé non relu

LOUIS-ZEPHIRIN, EV. DE ST-HYACINTHE

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NY. V'IIT.

Adresse à Notre T-N. Père le Pape Pie IX. par Mgr. Laflèche

député par les Evéques de lu Province de Québec.

TRES-NAINT-PERE,

L'Evèque des Trois-Rivieres, soussigné, député vers le St. Slége par ses Vénérables Frères et Collègues de la Province de Québec pour donner certaines informations demandées par Son Eminence le Cardinal A. Franchi, Préf! de la Propagande, dans une lettre du 18 Mai dernier, est heureux de profiter de ce voyage au tombeau des NS. Apôtres pour déposer aux pieds de Votre Béatitude l'expression des vœux que tous les Evêques de la Province de Québec ne cessent d'adresser au ciel pour la conservation de vos jours précieux, l'assurance de leur profond respect pour Votre personne sacrée, et de leur attachement filial et inébranlable à la Chaire de Pierre.

C'est aussi un bonheur pour lui d’avoir cette occasion de faire connaitre à Votre Nainteté le respect avec lequel ces Vénérables Prélats reçoivent, et la fidélité avec laquelle ils suivent les enseignements et les directions que Votre Sainteté 1e cesse de donner au monde entier pour lui signaler les erreurs contemporaines et les abimes insondables où elles conduisent infailliblement les sociétés humaines qui s'en laissent infatuer.

Dans cette voix du successeur de Pierre dénonçant au peuple chrétien ses égarements et ses prévarications, nous aimons à reconnaitre la voix du Prophète Fidèle à qui le Seigneur disait: «lama, ne cesses, quasi tuba exalta vocem tuam. annunlia populo meo scelera eorum et domui Jacob peccata eorum, (Ts. 58) Nous aimons aussi à y entendre un écho de la voix du Grand Apôtre des nations disant à son disciple Timothée, et dans sa personne aux Evêques de tous les temps: “ Prædica verbum, énsla, opporlune, importune, argue, obsecra, increpa, in omni palientia et doctrin. Erit enim lempus cum sanam doctrinm non sustinebunt. sed ad sua desideria concervabunt sibt magistros prurientes auribus, « verilate quidem avertent, ad Jabulas autem convertentur (2 Tim. LW).

Oui, Très-Saint Pere, les Evéques du Canada recuillent avec le même respect que le disciple de St. Paul les enseignements admirables et les courageux avertissements qui leur viennent constamment de In Chaire Apostolique : et, si j'ose le dire, ils s'appliquent avec le même zèle et la même prudence à les faire passer dans les âmes des Fidèles confiés à leurs soins, afin de leur donner la véritable science du salut des sociétés, aussi bien que celle du salut des individus. “ Ad dandam scientiam salutis plebi ejus, iu remissionem peccatorum eorum. sé

C'est ce qu'il lui serait facile de faire voir à Votre Béatitude, en Lui expo-

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sant brièvement quelques extraits de leurs actes Episcopaux, où ils se ‘ont appliqués à donner cet enseignement et à tracer es règles de prudence que le Clergé et les Fidèles doivent suivre duns l'accomplissement de ces devoirs importants, Mais comme leur dernier document collectif adressé au Clergé et à tous les Fidèles de la Province est un résumé précis de ces enseignements et de ces règles, il suflira d'en mettre quelques passages sons les yeux de Votre Nainteté, pour qu'Elle puisse juger de leur zele et de leur fidélité à transmettre

à leurs ouailles les enseignements de la Chaire Apostolique.

Les fruits précieux et abondants que notre heureuse patrie en a recueillis jusqu'à présent pour le maintien de l'ordre, le respect de l'autorité, la soumission à l'Eglise et la protection de ses droits ont surabondamment prouvé la sagesse et l'efficacité salutaire de ces enseignements. “ Beatus populus cujus Dominus Deus jus est!" Le petit peuple Caaadien est peut-être celui de toute la grande famille Catholique qui jouit aujourd'hui de la plus véritable et de la plus complète liberté religieuse, grâce à sa fidélité à suivre les enseignements salutaires de ses premiers Pasteurs.

Ce n'est pas, Très-Naint Père, que le souflle de /a grande erreur contemporaine ne se soit fait sentir dans la vallée de notre grand fleuve, et que {a voix enchanteresses des Sirénes libérales n'ait fait entendre ses échos sur les bords du Nt. Laurent, et n'ait même pénétré jusque dans la profondeur de nos forêts ! Mais grâce à la vigilance des Premiers Pasteurs, grâce au zele éclairé de leurs dignes coopérateurs dans le Nt. Ministère, le nombre des victimes de cette subtile et séduisante erreur est encore assez restreint, et la masse de notre peuple est demeurée profondément attachée à Notre-Mere la Sainte Eglise Catholique et fidèlement soumise à tous les enseignements de Viecaire de NN. JC.

C’est depuis 25 ans environ que les erreurs contemporaines ont commencé à faire sentir leurs funestes effets dans les élections populaires, et à leur donner un caractère bien prononcé d’hostilité contre l'Eglise de la part de certains Catholiques influents de La Province. Ils formérent un parti et fondèrent des journaux qui se donnèrent la mission de faire prévaloir en Canada les idées subversives de la France, de battre en brèche les doctrines de l'Eglise sur les

rapports des deux Puissances, et d'attaquer ouvertement le Clergé.

Les Evéques justement alarmés de cette tentative hardie et inouie jusque là, au milieu de nos religieuses populations, jetéerent le cri d'alarme, et ils ne cessèrent depuis de surveiller les allures et les menées de ces dangereux ennemis de la foi de leur peuple, afin de déjouer leurs plans et de faire échouer

leurs tentatives hypocrites pour tromper la bonne foi et aecaparer la confiance de notre bon peuple. Dans leurs Lettres Pastorales, dans leurs Mandements, dans leurs Décrets de leurs Conciles provinciaux, il est facile de voir avec quel zèle et quelle assiduité ils veillaient à la garde de leurs troupeaux.

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Votre Sainteté peut en avoir un aperçu dans les extraits suivants de leur dernière Lettre Pastorale collective, qu'ils jugèrent nécessaire d'adresser à tous les Catholiques de la Province au mois de Septembre dernier, pour les prémunir contre de nouveaux dangers. Ce document important résume avec clarté et précision les enseignements et les directions donnés jusque-là. 11 commence par rappeler la constitution divine de l'Eglise, son autorité, sa mission dans le monde.

* Pour remplir, y est-il dit, cette sublime et difficile mission, il fallait, que ‘ l'Eglise fat constituée par son divin fondateur sous forme de société parfaite ‘en elle-même, distincte et indépendante de la société civile,

* Une société quelconque ne peut subsister si elle n’a des lois, et par con- “ séquent des législateurs, des juges et une puissance propre à faire respecter “ses lois; l'Eglise a donc nécessairement reçu de son fondateur, autorité sur ‘ses enfants pour maintenir l'ordre et l'unité. Nier cette autorité, ce serait ‘nier la sagesse du Fils de Dieu. Nubordonner cette autorité à la puissance ‘civile, ce serait donner raison à Néron et à Dioclétien contre ces millions de * carétiens qui ont mieux aimé mourir que de trahir leur foi: ce serait donner “ raison à Pilate et à Hérode contre Jésus-Christ lui-même !

“* Non seulement l'Église est indépendante de la société civile, mais elle “ lui est supérieure par son origine, par son étendue et 0 AN

“ Une socicté civile n'embrasse qu'un peuple ; l'Eglise a reçu en domaine “ Ja terre entière ; Jésus-Christ lui a donné mission d'enseigner toutesdes nations : * docete omnes gentes (Mat. XXVIIT. 20.): l'État est done dans l'Eglise, et non * pas l'Eglise dans l'Etat.

“ Cette subordination n'empêche point que ces sociétés ne solent distinctes ‘à cause de leurs fins et indépendantes chacune dans sa sphère propre. Mais ‘ du moment qu'une question touche à la foi où à la morale ou à la constitu- “ tion divine de l'Eglise, à son indépendance, ou à ce qui lui est nécessaire ‘ pour remplir sa mission spirituelle, c'est à l'Eglise seule à juger, etc.

“ Mais en revendiquant ainsi les droits de l'Eglise catholique sur ses ‘ enfants, nous ne prétendons nullement envahir ou entraver les droits civils “ de nos frères séparés, avec lesquels nous serons toujours heureux de conser- “ ver les meilleurs rapports dans l'avenir, comme dans le passé. Les principes “ que nous exposons ne sont pas nouveaux ; ils sont aussi anciens que l’Eglis: “elle-même. Ni nous les rappelons aujourd'hui, c'est que certains catholiques ‘ paraissent les avoir mis en oubli.

“ Le pouvoir de législater et de juger dans l'Église existe an suprême ‘“ degré dans le Souverain Pontife, le successeur de saint Pierre, à qui Jésus- “ Christ a confié les clefs du royaume des cieux et ordonné de confirmer ses ‘ frères.

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# Les Conciles généraux convoqués, présidés et conlirmés par le Pape, ont ‘ve même pouvoir.

“ Les Evêques ont été établis par le Saint-Esprit pour régir l'Eglise de * Dieu ; ils ont dans leurs diocèses respectifs pouvoir d'enseigner, de cominan- “ der, de juger; pouvoir néanmoins subordonné à celui du chef de l'Eglise, en “ qui seul réside la plénitude de la puissance apostolique et l'infaillibilité doc- “trinale. Prêtres et laiques doivent aux Evéques la docilité, le respect et * l'obéissance.

* Chaque prêtre, à son tour, lorsqu'il a reçu de son Evèque la mission de * précher et d'administrer les secours spirituels à un certain nombre de fidèles, “a un droit rigoureux au respect, à l'amour et à l'obéissance de ceux dont les “ intérêts spirituels sont confiés à sa sollicitude pastorale.

“ Tel est le plan divin de l'Église catholique que Jésus-Christ a revêtue de ‘Sa puissance, ete...

Après avoir ainsi rappelé la Constitution divine de l'Eglise, son autorité, sa mission dans le monde, les Evêques de la Province ont jugé qu'il était nécessaire de signaler aux Fidèles l'erreur actuelle qui l'attaque le plus directement, et qui fait tant d'efforts en ce temps pour s'implanter au milieu d'eux. Voici en quels termes ils le font :

“ Le libéralisme catholique, dit Pie IX, est l'ennemi le plus acharné et le “ plus dangereux de la divine constitution de l'Eglise. Semblable au serpent “qui se glissa dans le paradis terrestre pour tenter et faire déchoir la race “ humaine, il présente aux enfants d'Adam l'appat trompeur d'une certaine “science du bien et du mal; liberté et science qui aboutissent à la mort. Il “ tente de se glisser imperceptiblement dans les lieux les plus saints ; il facine “ les yeux les plus clairvoyants ; il empoisonne les cœurs les plus simples, pour “ peu que l'on chancelle dans la foi à l'autorité du Souverain Pontife.

“ Les partisans de cette erreur subtile concentrent toutes leurs forces pour ‘ briser les liens qui unissent les peuples aux Evéêques et les Evêqes au Vicaire “ de Jésus-Christ. Ils applaudissent à l'autorité civile chaque fois qu'elle envahit “le sanctuaire ; ils cherchent par tous les moyens à induire les fidèles à tolérer, ‘ sinon à approuver, des lois iniques.........,.......... AT QU de ANNE

“ En présence de cinq brefs apostoliques qui dénoncent /e libéralisme catholi- ‘que comme absolument incompatible avec la doctrine de l'Eglise, quoiqu'il ne “ soit pas encore formellement condamné comme hérétique, il ne peut plus être “ permis en conscience d’être wx libéral catholique.”

Après ce signalement de la grande erreur contemporaine, les Evêques susdits exposent brièvement, d'après St. Thomas, les traits d’une politique vraiment chrétienne. Puis ils établissent les droits et les devoirs du Prêtre dans cet ordre de choses, et les règles de prudence qui doivent guider sa conduite sur ce

torrain mouvant,

* Des hommes disent-ils, qui veulent vous tromper, Nos Très Chers Freres, ‘vous répétent que la religion n'a rien à voir dans la politique; qu'il ne faut “tenir aucun compte des principes religieux dans la discussion des aflaires * publiques ; que le clergé n'a de fonctions à remplir qu'à l'église et à la sneris- “tie, et que le peuple doit en politique pratiquer l'indépendance morale !

“* Erreurs monstrueuses, Nos Très Chers Érères, et malheur au pays où ‘elles viendraient à prendre racine ! En excluant le clergé, on exclut l'Eglise, “et en mettant de côté l'Eglise, on se prive de tout ce qu'elle renferme de salu- “taire et d'immuable, Dieu, la morale, la justice, la vérité ; et quand on fuit ‘ainsi main basse sur tout le reste, on n'a plus à compter qu'avec la force !

* Oui, il y a des questions politiques où le clergé peut et même doit inter-

venir au nom de la religion, La régle de ce droit et de ce devoir se trouve ‘dans la distinction même que nous avons déjà signalée, entre l'Eglise et J'Etat.

“I a en eflet des questions politiques qui touchent aux intéréts spiri- *tuels des âmes, soit parcequ'elles ont rapport à la foi où à la morale, soit par- ‘ cequ'elles peuvent affecter la liberté, l'indépendan: : ou l'existence de l'Eglise . ‘ même sous le rapport temporel...

“ L'on objectera peut être que le prêtre est exposé comme tout homme, à * dépasser la limite qui lui est assignée, et qu'alors c'est à l'Etat à le faire rentrer dans le devoir.

“ À cela nous répondrons d'abord que c'est faire gratuitement injure à “ l'Eglise entière que de supposer qu'il n'y a pas dans sa hiérarchie un remède “à l'injustice ou à l'erreur d'un de ses ministres, In effet, l'Eglise à ses tribu- ‘naux régulièrement constitués, et si quelqu'un croit avoir droit de se plain- ‘ dre d’un ministre de l'Eglise, ce n'est pas au tribunal civil qu'il doit le citer “ mais bien au tribunal ecclésiastique, seul compétent à juger la doctrine et les ‘actes du Prèêtres...……..

Enfin, Très Naint Père, dans une Lettre Circuluire au Clergé accompagnant cette Lettre Pastorale, les Evéques de la Province donnent des avis très-importants à leurs Prêtres sur la prudence qu'ils doivent apporter dans l'accomplissement de ces devrs difficiles, et ils recommandent de s’en tenir aux sages prescriptions du 4e Concile de Québec: “ Nous pensons à propos, ‘“ disent-ils, de vous répéter, Messieurs, les sages prescriptions du IXe décret du “ Quatrième Concile de Québec. Dans les circonstances ordinaires, bornez-vous ‘à développer à votre peuple les règles générales qui doivent le guider dans les “ élections: “ »ec ultra procedant in circumstantiüs consuetis ”. S'il se présente “ quelques circonstances particulières ou extraordinaires, ayez bien soin de ne “ rien dire, de ne rien faire, sans avoir consulté votre Evêque : nec quidquam mo-

Jiantur inconsullo Episcons

* Un prêtre qui, ayant suivi exactement les décrets des Conciles Provin- “ ciaux et les Ordonnances de son Evêque, serait néanmoins condamné pour influence indue par le tribunal civil, devrait souffrir patiemment cette persécu- “tion, par amour pour la sainte Eglise ”

Le soussigné comprend qu'il doit demander pardon à Votre Paternité pour ces longues citations. [l espère néanmoins que le désir de bien faire connaitre à Votre Sainteté les sentiments de dévouement de l'Episcopat, du Clergé et du peuple Canadien à la Chaire Apostolique, ainsi que leur fidélité à suivre ses enseignements, lui servira d’excuse.

En effet, Très-Saint Pere, si votre cœur est souvent contristé par l'indocilité d’un nombre, hélas! bien trop grand de vos enfants, les témoignages de l'amour et de la docilité, même des plus petits et des plus éloignés, ne peuvent manquer d'apporter quelque consolation à votre cœur dans ses grandes tribulations.

Dans l'espoir que cette expression du respect, du dévouement et de l’attachement inébranlable de l’Archevêque et des Evêques de la Province de Québec sera agréée de Votre Sainteté, le soussigné, prosterné à ses pieds, implore avec confiance pour eux, pour leur Clergé et leur peuple la Bénédiction Apostolique, et demeure avec la plus sincère gratitude et le plus profond respect,

De Votre Nainteté, Le Tres-huimble et Très-obéissant Fils en Notre Seigneur Jésus-Christ,

f L. K EVEQUE DES TROIS-RIVIERES.

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