‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 45 sur 85 · DS ET PE STE TS · texte numérisé non relu

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l'influence pouvait être d'autant plus funeste qu'elle paraissait soutenue de

l'autorité de la dite Université.

En attendant, ils croient devoir faire observer à Votre Nainteté qu'après le premier désir exprimé au Séminaire, sur qui seul repose toute la responsabilité des faits et gestes de l'Université-Laval, de veiller à ce que ses Professeurs ne se compromissent plus dans les élections, comme ils avaient fait précédemment, il s'écoula un an entier, sans qu'aucune réponse ait été donnée aux soussignés.

Une seconde recommandation, donnée en «es termes plus explicites, comme de juste, demeura encore un an sans réponse. Cette réponse fut évasive et n'était au fond qu'un refus de se conformer au désir des soussignés dont on est allé se plaindre à Rome. Les principaux motifs allégués dans cette réponse du Recteur, pour justifier ce refus, sont au fond ceux qui ont été formulés devant la NS. Congrégation comme sujet de plaintes contre les soussignés.

Rien de plus futile et de plus faux que ces allégués. Car, à entendre ces accusateurs, l'Université-Laval serait exposée à tomber si on en éloignait ces professeurs. Or il n'en est rien du tout : mais, ce qu'il y a de certain, c’est que cette institution jouirait davantage de la confiance des familles si tous ses professeurs avaient la confiance des Evêques. Malheureusement, ce n’est pas le cas: les soussignés ont la douleur d'admettre ce fait regrettable. Pour ce qui les regarde, ils ont fini par déclarer qu'ils ne voulaient plus rien avoir à déméler avec cette Université.

30. Dans sa dite lettre du 18 Mai dernier, Son Eininence s'adresse à N. G. Mgr. l’Archevêque de Québec, pour avoir des informations exactes, concernant les prétendus troubles occasionnés par l'intervention du Clergé de la Province dans les élections politiques, et pour apprendre de lui quels moyens de prudence sa sagesse suggère pour éloigner les difficnltés qui se sont présentées.

Ce n’est pas dans une simple supplique comme celle-ci, que les soussignés peuvent faire un exposé complet de cette malheureuse affaire, pour que Votre Sainteté puisse l’apprécier à sa juste valeur. Mais ils le feront dans un Mémoire particulier ; et forts de la justice de leurs réclamations, ils ont ia pleine confiance de pouvoir lui présenter cette question, qui est si fort embrouillée, sous un jour si lumineux, que ce mémoire devra paraître aux yeux des gens sans préjugés, vraiment inattaquable.

Ils croient devoir, en attendant, présenter ici à Votre Nainteté quelques observations générales qui lui donneront toute la clef de cette sériense diffculté,

Vers la fin de l’année dernière, nos libéraux se montrant plus excités, quelques Evêques proposèrent à S. G. Mgr. l’Archevêque de s'entendre avec ses Suffragants, pour donner une lettre collective, qui serait publiée dans toute la Province, afin de fermer la bouche à ceux qui, pour s'autoriser dans leurs fausses opinions, trouvent toujours des prétextes de se soustraire à l’enseigne-

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nent de leur Evéque, en invoquant l'autorité de quelques autres Evêques dont malheureusement ils abusent pour tromper le bon peuple.

L'Archevéque acquiesça volontiers à cette prop ‘ition, et il voulut bien à la prière de ses suffragants, rédiger lui-méme cette lettre Pastorale qui fut

ensuite souscrite de grand cœur par tous ses Nufragants et publiée le 22 Septembre 1875. Votre Nainteté en jugera Elle-même : car une copie de cette lettre est soumise avec la présente Supplique, à ses sages appréciations.

Mais pendant que la masse du Clergé et des bons Catholiques dans toute la Province applaudissaient à cet important document, les libéraux, qui y voyaient la condamnation de leurs principes et la ruine de leur parti se porterent, dans leurs écrits à des excès inouis. Comme ce moyen ne leur réussissait pas, ils employerent toutes sortes d'intrigues et d'autres moyens condamnables p' ar Éure revenir les Evéques sur leurs pas.

L'Archevéque, à ce qu'il parait, fut ébranlé par toutes les menées secrètes qui se tramaient autour de lui pour le détourner de la voie dans laquelle il était esutré si vénéreusement avec ses suffragants.

Il preta l'oreiile aux propositions qui lui furent faites de modifier la dite Lettre Pastorale, ou plutôt de la regarder comme non avenue.

Mais comme il ne pouvait modifier seul une lettre qui était entrée dans le domaine public revétue des signatures de tout l'Épiscopat de la Province, il comprit qu'il devait avant tout travailler à avoir le concours de ses suffragants. Il leur proposa donc son projet. Mais tous d'une voix unanime, lui répondirent que la position qu'ils avaient prise dans leur lettre collective, qui n’est que le résumé des documents du St-Siége et des Décrets de nos conciles provinciaux. leur paraissait si juste et si honorable pour l'Eglise, qu'ils n’entendaient nullement la quitter, et qu'ils voulaient à tout prix s’y fixer.

Là-dessus, l’Archevèque jugea que le seul moyen possible de se tirer de l'embarras que lui suscitaient ses anis était d'adresser au clergé et au peuple de son Archidiocèse un Mandement dans lequel il omit tout ce qui avait rapport au libéralisme Catholique, et il en formula l'exécution de manière à imposer silence au Clergé, ou à ne Jui permettre que des choses qui n’embarrasseraient nullement les libéraux, qui, par 1ä, demeuraient maitres du chap de bataille.

Tel est le point de la dificulté qu'a prétendu trancher S. Em. le Cardinal Préfet, en chargeant l’Archevéque seul, à l'exclusion de ses Suffragants, de faire les suggestions que, dans sa sagesse, il trouverait convenables et propres à faire cesser ces diflieultés. Il est facile de s'apercevoir que l’Archevêque est appelé ici à juger sa propre cause.

Quoiqu'il en soit, Votre Nainteté conclut facilement que l'Archevêque, au

lieu de soutenir et de protéger ses suffragants, dans la cause qu'ils s'étaient engagés, d'un commun accord, à défendre, les abandonna à la fureur des libéaux. Aussi se sont-ils portés à toutes sortes d'excès dans des écrits furibonds publiés sur ce sujet, dans leurs journaux.

[Il s'est montré également faible, quand il fallu venger ses mêmes sutfragants, quand il a vu l'Université-Laval les traiter avec un mépris affecté : après s'être uni à eux pour demander que le Séminaire de Québec ne permit pas aux Professeurs de Laval de se mêler activement des élections, il a fini par les abandonner, et par approuver les démarches de l'Université contre les vues des Evêques.

Toutes ces observations sont, comme de raison, abandonnées aux apprécinciations de la Suprême sagesse de Votre Nainteté.

Tout ce que les Noussignés attendent aujouid'hui de Votre Nainteté, c'est que Vous daigniez recevoir avec votre bonté paternelle Monseigneur Laflèche, Evèque des Trois-Rivières, qui veut bien consentir à faire le voyage de la Ville Sainte, pour Lui donner toutes les explications qui Lui sont nécessaires pour qu'Elle puisse leur rendre la justice qu'ils croient mériter du Saint-Siége qu'ils vénèrent et honorent d'un culte vraiment filial.

Ils croient devoir déclarer en même temps qu'ils reposent toute confiance dans la prudence, l'impartialité et les intentions droites de ce digne Evéqne. Ils supplient en conséquence Votre Sainteté de vouloir bien croire qu'il est autorisé par eux à Lui exprimer Jeurs vrais sentiments sur les questions qu'il est chargé d'exposer au St-Siége pour le plus grand bien des Eglises confiées à leurs soins.

En recommandant ainsi à Votre bonté paternelle leur bien-aimé Frère, porteur de la présente Supplique, ils vous conjurent, Très-Naint-Père, de vouloir bien en exauçant leurs prières, les bénir tous, avec leur Clergé et les Fidèles confiés à leurs soins.

Vu les efforts inouis faits ici pour répandre furtivement le libéralisme catholique, les Soussignés supplient instamment Votre Sainteté de condamner expressément pour notre Canada cette subtile et dangereuse erreur qui menace de déraciner des cœurs de nos bons catholiques, tout sentiment de foi et de piété. Par cette condamnation solennelle, Votre Nainteté couronnerait glorieusement les combats qu'Elle livre à ce funeste libéralisme depuis tant d'années avec une vigueur vraiment apostolique.

Montréal, le 13 Juillet 1876.

(Nignés) + IGNACE, Ev. DE MONTREAT.

#6 + EDOUARD CHS. Bw. DE GRATIANOPOLIS.

“+ ANTOINE, Ev, DE SHERBROOKE.

“+ JEAN THOMAS, Ev. D'Orrawa.

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