PUBLIANT UN BREF APOSTOLIQUE À LUI ADRESSE
Trois-Rivières, 1° Novembre 1876.
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Au Clergé, aux Communautés religieuses et à tous les Fidèles de Notre Diocèse Salut et Bénediction en N. NT. C!
Nos TRES CHERS FRERES,
Nous nous faisons un devoir aujourd’hui de porter à votre connaissance le Bref Apostolique que Notre Très Saint Père le Pape a daigné Nous adresser à pendant Notre séjour dans la Ville éternelle. Pour bien vous faire comprendre le véritable sens de ce vénérable document, et l'importance qne nous devons y
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attacher, il est nécessaire de vous exposer les circonstances dans lesquelles il Nous a été adressé.
Vous vous rappelez sans doute, N. T. C. F., les clameurs quise sont élevées contre le Clergé, à la suite des élections pour la Province de Québec en 1875, et les menaces de poursuites judiciaires contre les Prêtres pour influence indue, qui se faisaient entendre de côté et d’autres. Les Evêques, alarmés de cette recrudescence de haine, comprirent qu’il était nécessaire d'éclairer Îles fidèles sur la gravité des questions soulevées, qui ne touchaïent à rien moins qu'à la constitution de l'Eglise, à ses droits rnprescriptibles, à sa mission divine ; car c'était la liberté de la prédication évangélique que l’on menaçait, et \ que l’on voulait soumettre au jugement des tribunaux civils, contrairement à toutes les défenses et censures de l'Eglise. En conséquence ils adressèrgnt, le 22 Septembre 1875, une Lettre Pastorale collective aux catholiques de toute la Province de Québec, contenant un exposé clair et précis de la constitution divine de l'Eglise, de ses droits et de sa mission divine dans le monde, et une
revendication courageuse de ces mêmes droits.
L'apparition de ce document important fit une sensation profonde, appaisa les clameurs, et fit taire, pour le moment, les menaces de poursuite contre les Prêtres. Mais un travail se commença alors contre cette Lettre Pastorale, que les adversaires n'osaient point attaquer ouvertement. Ils s'appliquèrent à miner son autorité, et à paralyser le bien qu'elle opérait, en jetant habilement, dans l'ombre, des doutes sur sa parfaite orthodoxie, et en s’efforçant de la faire regarder comme une intervention indue dans le domaine politique.
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On faisait méme courir le bruit que le St. Siége pourrait bien la censurer et allait donner un Monitum sévère aux Evêques de la Province. Bien que toutes ces rumeurs fussent sans fondement, il s’en suivit néanmoins un malaise daus un grand nombre d’esprits, et un certain doute su la sureté de la doctrine de ce grave document.
in même temps on faisait auprès du St. Niége des rapports grandement exagérés, et même entièrement faux, contre le Clergé de toute la Province. On le représentait comine intervenant d’une manière tout-à-fait inconvenante dans les élections politiques, et comme agissant avec tant d'imprudence qu'il compromettait l'avenir de la religion en ce pays.
Ce fut au point que N. E. le Cardinal À. Franchi, Préf. de la NS. C. de la Propagande, erut devoir en écrire à Mgr. l'Archevêque de Québec, et demander des renseignements précis à ce sujet.
Cette information officielle du St, Siége fit comprendre aux Evêques de la Province qu'il y avait quelque chose de réel dans les rumeurs malveillantes que certains personnages inconnus faisaient circuler contre eux et leur Clergé, et que leur devoir était d'éclairer au plus tôt le St. Siége sur toutes ces menées d'adversaires qui avaient le soin de se cacher dans l’ombre. Ils décidèrent que le meilleur moyen à cet effet était de députer l’un de leurs Collègues auprès de la Chaire Apostolique, avec mission de répondre à toutes les plaintes et accusations portées contre eux-mêmes et contre le Clergé de la Province, et de faire connaître le véritable état des esprits et des choses dans la Province ecclésiastique de Québec.
Le choix de ce Député tomba sur Nous. Malgré la conviction où Nous étions de Notre incapacité pour mener à bonne fin une mission aussi épineuse, Nous dûmes Nous # résigner, et faire ce sacrifice pour le bien de l’Egli& du Canada.
Tel aété, N.-T.-C.-F, le motif véritable, et le but de Notre voyage à la Ville Sainte; et Nous devons repousser ici les insinuations malveillantes, par lesquelles on attribuait un tout autre motif à ce voyage.
À Notre grand étonnement, personne ne se présenta pour soutenir les plaintes et accusations portées devant i4 N. C. de la Propagande.
Cependant, Nous avons compris que Notre devoir étsit de présenter à cet auguste tribunal une justification complète des Evêques et du Clergé de la Province. C’est ce que Nous avons fait dans un mémoire où Nous avons exposé d'après les documents officiels : Règlements disciplinaires, Lettres Pastorales, Mandements et Conciles Provinciaux, les enseignements donnés aux Fidèles par les Evêques depuis plus de vingt ans, sur les devoirs que la religion leur prescrit, comme citoyens, dans l'ordre civil et politique, ainsi que les règles de conduite tracées an Clergé dans cet ordre de devoirs.
N. E. le Préfet de la K. C. de la Propagande, après avoir pris connaissance de ce mémoire, n’a pas hésité à Nous déclarer que ces enseignements étaient parfaitement conformes à ceux du St. Siége, dont ils n'étaient que l'écho fidèle et souvent textuel, et que les règles de conduite données au Clergé sur la manière d'instruire et de diriger les Fidèles dans l'accomplissement de leurs devoirs politiques, étaient aussi très-sages, et que les uns et les autres avaient même reçu l'approbation directe du St. Niége dans les décrets des Conciles Provinciaux.
Nous avons aussi exposé avec quel soin les Evéques se sont appliqués à combattre les doctrines libérales, que l'on cherchaït à répandre au milieu des populations confiées à leurs soins, et comment leur vigilance à surveiller les menées de ces adversaires de la vérité a presque toujours réussi à déjouer leurs plans, et empêcher l'expansion de ces doctrines séduisantes.
Dans un autre mémoire, Nous avons démontré combien étaient nécessaires ces mesures prises par les Evèques contre le libéralisme, en faisant l’histoire des doctrines libérales depuis 1848, d'apres leurs journaux, leurs orateurs, et les actes de leurs chefs ; et comment cette erreur, qui s'était d'abord présentée dans le pays avec toute l’impudence du libéralisme radical de la vieille France, se vit forcée de battre en retraite devant l'attitude ferme de l’Episcopat et du Clergé, et comment elle fut forcée d'en venir peu à peu aux allures adoucies dun Dbéralisme catholique, afin de tromper plus facilement les âmes droites, mais trop confiantes, de nos bons Fidèles, encore trop religieux généralement pour accepter sciemment cette funeste erreur.
Nou: avons ensuite démontré par le 5iéme Concile de Québec, et la Lettre collective du 22 Septembre 1875, qui dénoncent et condamnent solennellement le libéralisme catholique, que cette erreur est aujourd’hui, au jugement des Evéques, le grand danger pour l'Eglise du Canada, et que la bresque totalité du Clergé et des Catholiques les plus éclairés de la Province en jugent de même,
Après cette justification de la conduite des Evèques et du Clergé de la Province, jugée pleinement suffisante par l'Eminentissime Préfet de la NS. C. de la Propagande, Nous lui avons fait connaitre la guerre sourde faite à la Pastorale du 22 Septembre, le malaise qui en était résulté chez plusieurs, et les avantages que les libéraux Catholiques, qu'elle avait attérés, s’efforçaient d'en tirer pour paralyser tout le bien qu'elle opérait.
S. Eminence Nous répondit qu'Elle connaissait ce document important, que non seulement la doctrine en était parfaitement sûre et conforme aux enseignements du St. Siége, mais que la rédaction en était fort remarquable par la clarté et la précision. Elle m'engagea à présenter une adresse au St. Père pour lui exposer brièvement la situation de l'Eglise au Canada, et la conduite tenue par les Evèques dans les circonstances difficiles où ils se trouvent, et donner occasion à Sa Sainteté d'approuver cette Lettre.
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Mer. Aunozzi, Pro-Secrétaire de la NS. C. de la Propagande, à qui Nous avons exposé longuement tout ce qui se passait dans la province, et notamment les circonstances relatives à cette Lettre Pastorale, Nous exprima non seulement sa pleine et entière approbation de ce document, comme avait fit l'Eminentissime Préfet, mais encore qu'il la trouvait un magnifique expost de la Constitution divine de l'Eglise, de ses droits, de sa mission dans le monle, et de sa doctrine contre les erreurs libérales. Son Excellence Nous engagea aussi à présenter une adresse au Nt. Père pour lui fournir une occasion d'en faire l'éloge dans la
réponse que Na Nainteté daignerait Nous faire.
Nous avions déjà exposé à Na Nainteté ces choses de vive voix dans l'audience privée qu'Elle avait daigné nous accorder ; mais Nous avons compris qu'il était tout-à-fait convenable de le faire par écrit, et un peu plus au long, conformément aux sages conseils de N. Em. le Préfet, et de Mgr. le Pro-Necré-
taire de la N. C. de la Propagande.
C’est cette adresse à Notre Très St. Pere ie Pape, et le Bref Apostolique qu'il a daigné Nous adresser en réponse, que Nous avons la consolation de vous communiquer aujourd'hui. Nous vous exhortons à en écouter attentivement la lecture. Vous y verrez que le Chef infaillible de l'Eglise approuve pleinement le zèle de vos Premiers Pasteurs à vous enseigner la saine doctrine, dont l'exposé lui est fait par la citation même textuelle de leur Lettre Pastorale du 22 Neptembre 1875, et que Na Nainteté loue hautement leur zèle à combattre les erreurs libérales, et qu'Elle y renouvelle Ja condamnation formelle du libéralisme catholique, en le désignant par les caractères les plus propres à nous le faire reconnaitre ici. Elle termine en exhortant les Evêques à continuer de même, dans la concorde et l'union, à travailler au salut des peuples confiés à leurs soins, en les préservant de ces erreurs dangereuses, et leur donne, ainsi qu'à leurs ouailles, la Bénédiction Apostolique.
Apres une aussi haute approbation des mesures prises par vos Evèques pour vous diriger surement dans les sentiers de la vérité et du devoir, en ces temps mauvais que nous traversons, il he nons reste plus. N.T.C.F. qu'à vous exhorter instamment à suivre avec une grande fidélité ces enseignement et ces règles de conduite que Nous vous avons donnés collectivement avec Nos Vénéfables Collègues, dans Nos Mandements, dans Nos Conciles provinciaux, et notamment en dernier lieu dans Notre Lettre Pastorale de Septembre 1875;
Sera Notre présente Lettre Pastorale lue au prône de la messse paroissiale, ainsi que l’adresse au St. Père et le Bref Apostolique qui l’accompagnent, dans toutes les églises et chapelles où se fait l'office divin, et en Chapitre dans les Communautés religieuses le premier dimanche après sa réception.
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Ed QU veus
Donné aux Trois-Rivières, sous Notre seing et sceau et le contre-sving de Notre Secrétaire en la fête de tous les Saints, ce premier de Novembre mil huit cent-soixante-seize,
Ÿ L. F, Ev. DES TROIS-RIVIERES Par ordre,
Ep. LING, PTRE Necrétaire,
à IT. ET:
LETTRE PASTORALE DES EVEQUES DE LA PROVINCE ECCLESIASTIQUE DE QUÉBEC. 11 Octobre 877.
Nous, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Nt. Siége Apostolique, Archevêque et Evêques de la Province Ecelésiastique de Québec.
Au clergé séculier, et régulier, et à tous les fidèles de la dite Province. Salut et Benédiction en Notre-Neicneur La gravité des évènements qui se sont succédé depuis les dernieres élections générales et les difficultés nombreuses et diverses auxquelles ils ont donné lieu, Nous font un devoir de vous rappeler brièvement, Nos Très Chers Frères, les principes et les règles de conduite qui vous ont été donnés jusqu'à présents dans nos Conciles, nos circulaires et nos Pastorales. et notamment dans celle du 22 septembre 1875.
Le neuvième décret du Quatrième Concile, en 1868, expose en ces termes vos jo obligations comme électeurs : “ Que les Pasteurs instruisent avec soin les Fi- “ dèles sur leurs devoirs dans les élections : qu'ils leur inculquent fortement que la même loi qui confère aux citoyens le droit de suffrage, leur impose en même “temps la grave obligation de donner ce suilrage quand c’est nécessaire et cela
hi ” toujours suivant leur conscience, sous le regard de Dieu et pour le plus grand
fi: “bien de la religion et de la patrie; qu'en conséquence, les électeurs sont ” toujours obligés en conscience devant Dieu, de donner leur suflrage au candi- “ dat qu'ils jugent être véritablement honnête et capable de bien s'acquitter de la charge si importante qui lui est confiée. savoir de veiller au bien de la re- “ligion et de l'Etat, et de travailler fidèlement à le promouvoir cet à le sauve- ‘ garder
ed
Les Pères dp même Concile s'élèvent aussi avec force contre les désordres lamentables des élections et flétrissent énergiquement la corruption électorale. “ Que les prêtres, ministres du Seigneur, disent-ils, élèvent donc la voix contre
.‘ un si grand renversement de tous les principes de la religion et de la morale, ‘ contre une prévarication aussi criminelle et aussi funeste. ’
En 1873, Nous avous jugé qu'il était nécessaire de vous prémunir contre les dangers des doctrines Catholico-libérales. Pour cela, Notre Cinquième Concile, employant les propres expressions du Souverain Pontife, vous a fait connaitre les caracteres et les suites funestes de cette grande erreur des temps modernes.
Enfin, Notre Pastorale du 22 septembre 1875, a exposé plus au long les mêmes enseignements, et vous a mis de nouveau en garde contre le péril. Cette Pastorale déposée par l’un de nous aux pieds du Nouverain Pontife, Nous a valu les éloges et les encouragements de l'Tmmortel Pie IX.
Malheureusement et contre notre intention, quelques uns ont crus voir dans ce document un abandon de la région des principes pour descendre sur le terrain des personnes et des partis politiques. Nous avons voulu vous exposer la vraie doctrine sur la constitution et les droits de l'Eglise, sur les droits et les devoirs du clergé dans la société, sur les obligations de la presse catholique et sur la sainteté du serment, tel a été notre unique but, telle est encore notre intention. En cela nous suivons l'exemple du Saint Niége, qui, en condamnant les erreurs du Libéralisme Catholique, s’est abstenu de signaler les personnes ou les partis politiques. Ils n'existe en effet aucun acte Pontifical condamnant un parti politique quelconque ; toutes les condamnations émanées jusqu’à présent cette de source véntrable,se rapportent seulement aux Catholiques-libéraux et à leurs principes, et c’est dans ce sens que l’on doit entendre le Bref adressé en septembre 1876 à l’un de nous. À l'exemple du Souverain Pontife et suivant la sage prescription de Notre Quatrième Concile, nous laissons à la conscience de chacun de juger, sous le regard de Dieu, quels sont les hommes que ces condamnations peuvent atteindre, quelque soit d’ailleurs le parti politique auquel ils appartiennent,
En portant ce jugement sur le prochain, efforcez-vous toujours, N. T. C. F. de pratiquer cette modération et cette justice avec lesquelles vous voulez vousmêmes être jugés par les hommes et surtout par le juge Souverain des vivants et des morts. Tout en prenant aux questions politiques de votre patrie l’intérèt qu'elles méritent, tout en essayant d'apprécier à leur juste valeur les personnes, les actes et les choses, soyez toujours inquiets pour vous-mêmes, de peur que les affaires du temps qui passe avec la rapidité de l'éclair, ne vous fassent oublier l'unique chose nécessaire, c.-à-d., cette éternité qui ne passe point et qui est votre fin dernière.
La prière qui nous fait approcher du trône de la miséricorde avec confiance ot humilité, nous obtiendra infailliblement à tous cette crainte salutaire avec
laquelle nous devons, à chaque instant de notre vie, travailler à notre salut. Ce commerce intime avec le Dieu de toute charité et de la paix déritable, donnera à vos âmes ce calme dont elle a besoin en tout temps; mais surtout dans les circonstances solennelles et si importantes, où vous êtes appelés à exercer le grand et noble droit de suffrage. Puisez donc souvent à cette source intarissable de grâce et de bénédictions même temporelles, et le Dieu de paix et de miséri-, corde sera avec vous dans le temps et l'éternité. Amen.
Sera le présent mandement lu et publié au prone de toutes les églises et chapelles de paroisses et de missions où se fait l'office, le premier dimanche après sa réception.
Donné à Québec sous nos signatures, le sceau de l'Archidiocèse et le contre-seing du secrétaire de l'Archevéché, le onze octobre mil huit cent soixante dix-sept.
+ E. 4 n ue H. DE QUÉBEC,