‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 65 sur 85 · LIT · texte numérisé non relu

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L'esprit libéral travaille à faire disparaître de notre code nos anciennes lois catholiques.

Ce ne sont pas les protestants, mais bien les catholiques-libéraux qui ont changé notre ancienne législation et violé les droits de l'Eglise. Aujourd'hui,

l'opposition aux réformes qui sont nécessaires pour remettre les catholiques en possession de leurs droits religieux ne vient pas de la part des protestants, mais bien de la part des catholiques-libéraux.

Remarquons aussi que les francs-maçons sont très-nombreux au Canada.

La grande loge du Canada dirigeait, en 1865, cent trente-neuf succursales ; Québec et Montréal comptaient quarante-deux loges. Le nombre, depuis ce temps, n'a fait qu'augmenter. (1)

Or les franes-maçons sont les alliés naturels des libéraux. Ils les secondent dans toutes leurs mesures contre les libertés de l'Eglise. Les libéraux, de leur côté, leur témoignent une grande bienveillance, et vont jusqu’à les excuser en disant que les francs-maçons de ce pays sont bien ditférents de ceux d'Europe, qu'ils ne forment que des sociétés de bienfaisance. C’est précisément à cause de cette fausse idée des francs-maçons du Canada que des membres de l'Université-Laval voulaient faire accepter à Rome, que le Souverain-Pontife déclara un jour que les francs-maçons d'Amérique sont anssi mauvais que ceux d'Europe et qu'ils envourent la même condamnation.

Une autre preuve de l'entente qu'il y a entre les libéraux et les francsmaçons c'est que, pendant plusieurs années, des francs-maçons étaient professeurs à l'Université-Laval, et les libéraux de l'Université prétendaient justifier leur présence dans ce corps enseignant. Ne soyons donc pas étonnés, si nous allons voir prendre tant de mesures contraires aux libertés de l'Eglise.

Les protestants n'auront pas besoin d'y prendre part, les francs-maçons unis aux libéraux catholiques du Canada travailleront suffisamment pour asservir l'Église à l'Etat. Et jamais l'Université-Laval ne dira un mot pour réclamer en faveur des droits et des libertés de l'Eglise.

Une erreur généralement répandue parmi les catholiques du Canada, c'est que le Syllabus a été reçu dans le pays. Il a été imprimé dans les journaux, mais rejeté entièrement par le gouvernement. Aucune des erreurs qu’il condamne n'a été rejetée de notre Code. Il suflit de rappeler quelques uns des droits de l'Eglise, son droit d'acquérir, de posséder, d'administrer ses biens, de

diriger les écoles; il suffit de rappeler les usurpations sacrilèges des biens

ecclésiastiques dont le gouvernement est encore coupable, pour produire l: plus vive irritation parmi les libéraux-catholiques, surtout parmi ceux qui sont mèlés aux affaires du gouvernement.

Aujourd’hui, le Canada présente un peuple catholique, soumis de tout son cœur aux décisions du Naint-Niège, mais dont les gouvernants, catholiqueslibéraux, et la législation admettent les faux principes condamnés par le Naint- Siège.

(1) En 1873, le Canada comptait 221 loges, et en 1879, il en comptait 535.

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Ceux qui gouvernent se montrent souvent pieux, fréquentent les Kacrements, ont des égards pour le clergé, tout en tenant fortement à leur faux principes.

Certains membres du clergé, par suite d'une déplorable ignorance, regardent comme un droit acquis par l'Etat, d'imposer des lois et des règlements à l'Eglise. Les témoignages de bienveillance et d'amitié que ces prêtres donnent à ces hommes d'Etat libéraux les entretiennent malheureusement dans leurs funestes prétentions, et leurs fausses maximes sont justifiées aux yeux d’un grand nombre d'hommes simples qui disent : si ces hommes d'Etat avaient tort, ils ne seraient pas si intimement liés avoc des prêtres distingués. Et ainsi l’influence des catholiques-libéraux augmente toujours par une espèce de connivence de plusieurs membres du clergé.

D'autres prêtres sont véritablement instruits, ils sont loin d'admettre de faux principes sur les droits de l'Eglise, mais par faiblesse de caractère et par timidité, ils n’osent pas tenir ferme devant des hommes d'Etat qui sont leurs amis et qui exercent une grande influence sur eux.

Parmi eux, il yen a qui défendent, dans leurs écrits, les vérités proclamées dans le Syllabus : mais il n’évitent pas dans la pratique de faire des concessions à l'erreur.

Aperçu général sur la législation actuelle du Canada.

Les codificateurs, au lieu de se borner à résumer les anciennes lois françaises, y ont ajouté des arrêts des parlements et des décisions des légistes, infectés des maximes parlementaires et gallicanes. Le code tout entier ayant été approuvé par les chambres canadiennes, il s'ensuit que les fausses maximes parlementaires infectent notre législation, surtout en ce qui regarde les rapports de l'Eglise et de l'Etat.

Notre législation nouvelle et nos hommes d'Etat libéraux ne reconnaissent pas l'Eglise comme une société indépendante. Dans la partique, ils ne reconnaissent pas au Nouverain-Pontife le droit de faire des lois qui obligent le gouvernement. Si ceux qui nous gouvernent reconnaissaient au Pape ce droit, ils se soumettraient à lui, et au lieu de maintenir et de défendre leur législation, ils en effaceraient tout ce qui est contraire au Syllabus.

D'après notre législation actuelle, l'Eglise n’a pas par elle-même le droit de posséder. Les seules corporations reconnues par le gouvernement en reçoivent ce droit, et ce droit est limité. Il n'y a par conséquent plus do biens ecrlésiastiques, des corporations civiles ne , posséder que des biens civils. De là vient que des taxes peuvent être imposées sur les biens que possèdent ces cor-

porations, et ce n’est que par un privilège de l'Etat et non en vertu de l’immunité ecclésiastique, que certaines corporations seront exemptes de l'impôt. Ainsi les évêchés, les paroisses, les séminaires, les maisons religieuses existent légalement et peuvent posséder comme corporation civile, et non comme corporation religieuse. L'état les établit et leur donne des droits; leur impose des taxes ou les en dispense. Ce que l'Etat établit, l'Etat peut le supprimer. Il peut donc supprimer les établissements religieux comme il supprime les établissements civils. Et alors à qui appartiendront leurs biens ?

L'Eglise n'existe pas comme société indépendante, elle ne peut done pas posséder ; les biens de ces corporations éteintes ne peuvent donc pas revenir à l'Église, ils reviendront à l'Etat comme biens abandonnés.

Le gouvernement agit encore aujourd’hui en vertu de ces faux principes.

Les Jésuites et les Récollets ayant cessé d'exister au commencement de ce siècle, leurs biens sont revenus à l'Etat, car l'Eglise n’a pas par elle-même le droit de posséder. Elle ne possède que par ses corporations, disent les légistes. Les corporations n'existent plus, l'Eglise ne peut plus posséder par elles, et ces biens reviennent à l'Etat.

Ainsi, le nouveau code, en refusant de reconnaitre l'Eglise comme une société indépendante, détruit l’ancienne législation, nie les droits de l'Eglise et rejette le Syllabus.

L'Etat s'arroge le droit de faire des empèchements dirimants du mariage, de prescrire la forme du mariage, de juger les causes matrimoniales et de prononcer sur le lien conjugal,

Le gouvernement, d'après nos anciennes lois, devait protéger les lois ecclésiastiques établies par l'autorité spirituelle contre ceux qui refusent de s’y soumettre.

Sans consulter l'Eglise, contrairement à la volonté de l'Eglise, l'Etat abolit nos anciennes lois ecclésiastiques, en fait de nouvelles et les lui impose. Il à renoncé au rôle d’être le protecteur et le défenseur des lois de l'Eglise, pour s'en faire le législateur ; et on voit des laiques qui ne soupçonnent même pas la constitution et l’organisation de l'Eglise, faire des lois qu'ils lui imposent; et ils ont de sévères punitions pour les chrétiens fidèles et pour les prêtres qui oseraient refuser de s’y soumettre. L'Etat ne reconnaissant pas les tribunaux ecclésiastiques, il s'ensuit que toutes les causes ecclésiastiques sont jugées par les tribunaux laïques; et les prêtres, les grand-vicaires, les Evèques peuvent être légalement cités devant des juges laiques et condamnés par eux pour des causes ecclésiastiques. On a vu des tribunaux laïques examiner la validité des lois de l'Eglise, la validité des excommunications, des lois de l'index, citer devant eux des grands-vicaires, même des évêques, pour des causes purement ecclésiastiques, comme dans la cause Guibord, dans la cause de Poulin et Trem-

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