‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 76 sur 85 · PREFET DE LA S. GONGREGATION DE LA PROPAGANDE · texte numérisé non relu

PREFET DE LA S. GONGREGATION DE LA PROPAGANDE

Eminentissime Seigneur.

On m'objectera peut-être que je ne spécifie pas assez les faits particuliers dans le Mémoire que j'ai eu l'honneur d'adresser aux Eminentissimes Cardinaux de la Sacrée-Congrégation de Ja Propagande sur les difficultés religieuses du Canada, en réfutant les accusations portées devant le Saint-Siège, contre les évêques, contre le clergé et contre certains catholiques de la province de Québec au sujet des affaires politiques. C'est vrai: mais aussi je dois dire que ce n'est point ma faute, puis que j'ignore les faits incruisinés sur lesquels reposent ces accusations et les preuves sur lesquelles on prétend les appuyer.

Quatr: documents émanés du Saint-Siège, nous font connaitre que des accusations ont été portées devant cette auguste tribunal, 1° contre les évêques, 2° contre le clergé, 3° contre un certain suffragant, 4° contre certains membres du corps séculier, au sujet des affaires politiques.

Lependant ces accusés se croient innocents, ils sont convaincus que ces accusations sont mal fondées. Ils n'hésitent pas à dire que leur conduite dans ces affaires, et notamment dans les élections politiques, a été conforme aux prescriptions de l'autorité religieuse. C'est pourquoi ils ont déjà demandé, et ils demandent encore une enquête complète sur les faits dont on les accuse. afin d'en faire voir les exagérations et la fausseté, et de se justifier devant le Saint-Siège.

1° Le premier de ces documents est une lettre de Son Eminence le cardinal Franchi, préfet de la Sacrée-Congrégation de la Propagande, à Mgr. l'Archevêque de Québec, en date du 18 mai 1876. Dans cette lettre il est dit que différents personnages ont fait des rapports à la Sacrée-Congrégation de la Propagande, tendant à y faire croire que le clergé de la province comprommettait l'avenir de l'Eglise du Canada par son intervention dans les élections politiques.

Les évèques ont réclamé de suite contre une telle assertion, en déclarant dans une supplique au Naint-Père que la Congrégation avait été induite en erreur par des hommes qui se tenaient cachés dans l'ombre pour porter une accusationf aussi odieuse contre le clergé de toute une province qui, grâce à Dieu, était fidèle à son devoir.

L'Archevêque de Québec lui-même s'est plaint dans une lettre au cardinal Franchi de ce que S. Em. lui laissait ignorer complètement, la nature spéciale des accusations portées contre le clergé.

De mon côté, j'en ai demandé à NS. Em. la communication; mais je n'ai pu l'obtenir.

29 Le deuxième document sont les instructions du Naint-Office données à Mgr. Conroy, délégué au Canada, et datées de la même année.

I y est dit que la cause de si graves inconvénients se trouve dans la division des évêques entr'eux, tant au sujet de la question politique qu'au sujet d'autres questions qui s’agitent au Canada: et aussi dans la #rop grande ingérence du clergé dans les affaires politiques sans se soucier assez de la prudence pustorale.

Ainsi, l’épiscopat et le clergé de la province de Québec ont été accusés d'être la cause des troubles qui agitent les esprits, divisent les catholiques et compromettent les intérêts de l'Eglise du Canada.

Ces instructions du Naint-Oflice étaient d’une nature confidentielle: les évêques eux-mêmes ne les ont connues que plus tard. Cependant, aussitot que j'ai pu en prendre connaissance, je me suis fait un devoir de protester contre de telles accusations dans une lettre que j'ai fait remettre à Votre Eminence par Mgrs. les évêques d'Ottawa et de Saint-Hyacinthe lors de leur visite ad limina en 1878.

8° Le troisième document est la lettre de V. Em. à Mgr. l'Archevèque de Québec, en daie du 13 septembre 1881, dans laquelle il est dit qu'il est venu à la connaissance de la N. C. de la Propagande que certains membres du clergé et du corps séculier de la province continuent à s'ingérer trop dans les élections politiques, en se servant soit de la chaire, soit des journaux et autres publications ; et que cerlain suffragant cherche actuellement à recourir au Parlement pour faire modifier la loi des élections relativement à l'influence dite indue.

Or, cette nouvelle accusation, à l'adresse des membres du clergé et des laïques les plus respectables et les plus sincèrement dévoués à la défense des intérêts religieux de la province, et à l'adresse d'un évêque qui se trouvait par là aussi clairement désigné que s'il eñt été nommé, est aussi mal fondée que les précédentes. Mais cette fois elle n'est pas demeurée dans le secret des chancelleries épiscopales, où elle pouvait être connue sans trop d’inconvénients : elle a été publiée officiellement par ordre de Mgr. l’Archevêque de Québec dans la presse du pays, ainsi que les instructions confidentielles données à Mgr. Conroy

V. Em. peut diflivilement se faire une idée de l’étonnement et de la pénible sensation produite dans la province entière, tant dans le clergé que chez les laiques, par la publication de ces aceusations ; et de la joie au contraire qui éelata dans le camp des adversaires de l'Eglise et du clergé : surtout dans un temps où tout était dans le calme depuis longtemps. puisque les dernières élections avaient eu lieu en 1878.

4° Le quatrième document enfin. est la lettre de V. Ein. à Mgr. l'Archevéque de Québec, en date du 31 décembre dernier, dans laquelle il est dit que le Saint-Père a appris avec déplaisir que certains catholiques cherchent eucore à fomenter des dissensions, soit par rapport à l'ingérence indue dans les élections politiques, soit par rapport à la succursale de l'Université Laval à Montréal.

Des lettres reçues dernièrement du Canada, écrites par les personnes les plus digne de foi, déclarent que cette nouvelle accusation n’est pas plus fondée que les précédentes. V. Em. a pu voir par les journaux quelle excitation elle a produite dans toute la province et à quels actes sévères d'autorité Mgr. l'Archevèque et l'Evèque de Montréal ont dû recourir pour arrêter les protestations publiques dans la presse, et les suppliques au Naint-Père.

Pour ma part, Eminentissime Seigneur, je suis convaincu que ces accusations sont mal fondées ; qu'elles sont exagérées, erronées et même entièrement fausses, comme je l'ai constaté pour quelques faits qui sont à ma connaissance personnelle. |

Au dire de ces accusateurs ce ne sont point les libéraux, ni les francsmaçons et autres ennemis de l'Eglise qui sont la cause des troubles et de l'agi-

tation qui divisent le catholiques de la province de Québec! Mais ce sont les évêques et le clergé! V. Em. le voit, l’histoire se répete. On veut gêner la liberté de l'Eglise, lui enlever ses droits et ses privilèges, on attaque sa doctrine de toute manière ; et parce que ses Pasteurs et ses plus dévoués enfants résistent courageusement à ses attaynes injustes, et la défendent avec un zèle qui a mérité les éloges de Pie IX en 1876, ces adversaires les accusent d'être les auteurs des troubles !

Ne serait-il pas temps, Eminentissime Seigneur, de mettre un terme à toutes ces accusations malveillantes et intéressées, en les mettant à nû par une enquête sérieuse, impartiale et prudente ? Dans mon humble opinion, c’est le moyen le plus propre à faire la lumière sur ces accusations portées dans l’ombre ; à rétablir la confiance, la concorde et la paix : Justitia et pax osculatæ sunt.

En attendant, on pourrait approcher du même but et peut-être l’atteindre par l’examen contradictoire des faits particuliers sur lesquels sont basées ces accusations. Les accusés ont le droit de connaitre ce dont on les accuse et les faits spéciaux qu'on leur reproche. Ils ont également le droit d'être entendus pour leur défense et de se justifier s'ils sont accusés injustement.

tt

Je prie donc Votre Eminence de me communiquer tous ces faits spéciaux sur lesquels reposent ces accusations, et leurs preuves, afin que je puisse en contrôler l'exactitude et la vérité. Ce n’est pas sans raison que je fais cette demande: car je sais que quelques uns de ces faits sont absolument faux.

C'est ce que demandait Mgr l’Archevêque de Québec en 1876, quand il me disait dans une lettre :

“ J'ai écrit à Son Eminence le cardinal Franchi pour me plaindre de ce “ qu'il me laissait ignorer complètement la nature spéciale des accusations por- ‘’tées contre le clergé. Je lui disais entr'autres choses: ‘“ Quantacumque sit ‘ auctoritas eorum à quibus reclamationes factæ fuerint, inauditi non sumus con- “ demnandi. Nos autem defendere non poterimus quamdiu illæ accusationes #» “ specie nos latuerint. ”

ù Aujourd’hui, l'honneur et l'influence des évêques, du clergé, et des catholiques qui les ont soutenus se trouvent gravement compromis dans toute la province par la publicité donnée à ces accusations, évidemment contre l'intention du Saint-Siège. Le prestige même de la Sacrée Congrégation en ressent une pénible atteinte !

La justice réclame donc que l’on donne à ces accusés le moyen de se défendre et de se justifier devant votre auguste tribunal.

Le Saint-Siège, sans doute, ne manquera pas dans sa sagesse de décider ce qu'il y a de plus juste et de plus propre à rétablir la confiance, la concorde et la paix.

Dans l'espoir que Votre Eminence fera droit à une aussi juste demande, je la prie d’agréer l’assurance de ma plus haute considération et de me croire.

Rome, le 24 mars 1882.

Son très humble et tout dévoué serviteur,

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