‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 81 sur 85 · QUÉBEC 25 JUILLET · texte numérisé non relu

QUÉBEC 25 JUILLET

Mer F. L. Laflèche, Evéque des Trois-Rivières.

Monseigneur,

Votre Grandeur me répond hier qu'Elle est surprise que d'accord avec l'Université, je veuille amener devant le tribunal de haute surveillance une cause que V. G. à portée devant le St. Siège.

Je dirai que de mon côté j'attendais cette réponse, mais qu'en même temps

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j'attendais de vorre loyauté que vous donneriez aux aceusés une occasion de se faire entendre pour se justifier devant l’épiscopat de la province, J'ai été aussi calomnié dans le mémoire et l'appendice présentés par V. CG: et je me propose de dire ce que j'en pense, Veuillez agréez, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement, FE. À ARCHEVEQUE de Québec,

Il est bien évident, par les lettres citées ci-dessus, que l'Archevèque et l'Université voulaient, au moyen de petites récriminations personnelles, attirer le “ Mémoire entre leur mains, et faire perdre de vue les grandes questions reliwieuses qui y sont exposées. Mais on est vraiment surpris d'entendre l'Archevèque avouer qu'il s'attendait à la récusation de l'Evêque des Trois-Rivières, I] regardait done cette récusation comme légitime. Alors pourquoi entreprenait-il d'amener l'Evèque des Trois-Rivières devant le Conseil de Haute Nurveillance, comme devant un tribunal réguiier ? Voulait-il done surprendre sa bonne foi ? Ou voulait-il simplement l'effrayer ?

Ce qui est encore digne de remarque,c'est qu'il n'est plus question de justice, ni de tribunal, dans cette lettre, il ne s'agit maintenant que de loyauté! L'Evêque des Trois-Rivières aurait dû avoir la loyauté, dit-il, de donner aux aveusés l'occasion de se justifier devant l’épiscopat!! Il est bien malheureux que ces prétendus accusés n'aient pas, enx-mêmes, pris cette précaution avant de demander à Rome les décrets du 13 Septembre 1881, et de les publier par toute la province contre l'épiscopat et le clergé. La pénibie et présente exposition n'eut pas eu sa raison d’être.

Nous les nommons, nous, accusateurs et non pas accusés, comme fait la lettre de l’'Archevêque, parce que ce serait changer absolument les rôles. L'Université et l'Archevêque ne sont pas du tout des aceusés ; ils sont plutôt des accusateurs.

Les décrets de Septembre 1881 contre le clergé, contre un certain suffragant et contre presque tous les Evêques de la Province, sont sortis de Rome sur la voix de la députation de l'Université et de l’Archevêché. Par conséquent ceux qui sont atteints par ces décrets sont les vrais accusés et même les condamnés et ceux qui les ont provoqués, les vrais accusateurs.

L'Evêque des Trois-Rivières est donc resté dans le cas d’une légitime défense ; et il a été heureux de se faire l'avocat des personnes et des corps honorables qui ont été malheureusement frappés avec lui. Ce sont ceux qui veulent renverser sa défense qui devraient avoir la loyauté de le faire là où ils portèrent

leurs premières accusations.

À la fin de la lettre ci-dessus citée, l'Archevèque accentue davantage sa position intéressée dans le débat, ainsi que nous l'avons dit. Il se déclare calomnié. Il termine en annonçant ses “ Remarques sur le Mémoire, ” document dans lequel il prend l'attitude du partisan le plus déclaré, et avec une violence qui n'est pas ordinaire à la dignité archiépiscopale,

Cela ne l'empêchera pas tout à l'heure de ramener encore une fois la cause devant'lui. et d'entreprendre de la juger contre tout droit, comme s'il y était absolument étranger,

Telle à été la première phase des tentatives de Québec pour ruiner le crédit du Mémoire et de son auteur : retrécir infiniment le débat, et le dominer en le déplaçant.

Nous allons voir la seconde, qui est encore plus étrange et déplorable.

Le Recteur de l'Université se voyant frustré dans son attente d'un procès devant le Conseil de Haute Surveillance, où le vote présidentiel devait lui assurer le succès, entreprit d'arriver :ù triomphe par une voie détournée.

Il écrivit donc à Son Emineuve, le Cardinal Préfet de la Propagande une lettre, dont il communique le contenu à l'Archevéque de Québec, en Jui faisant connaitre en même temps la réponse qu'il avait obtenue du Préfet,

Après avoir rapporté en abrégé la correspondance citée plus haut, le Recteur écrit, comme suit, à Monseigneur Taschereau, à la date du 9 Octobre 1882,

4 NÉMINAIRE DE QUÉBEC,

A Sa Grave Mir E. À, Taschereau, Archeveque de Québec.

Monseigneur,

“ Après avoir pris connaissance de cette réponse de Mgr. Lafièche que “ Votre Grâce voulut bien nous communiquer, j'eus l'honneur d'écrire à Son ‘“ Eminence le Cardinal Préfet de la S. Congrégation de la Propagande, en date “ du 2 Août dernier, une lettre dans laquelle, après lui avoir rendu compte de

.‘* la correspondance dont je viens de parler, et spécialement de la lettre où

“Mgr Laflèche déclare que la cause est encore pendante à Rome, et que par ‘“ conséquent rien ne peut être examiné par le Conseil de Haute Surveillance, ‘je finissais par cette prière :

“ Si cependagt Votre Eminence préférait nous informer non officiellement que ces accu.

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salions sont regardées à Rome comme non avenues, nous nous conlenlerions de celle

réponse, Si d'un autre côté, Votre Erminence croit préférable que l'enguéle juridique se

‘fasse, nous la supplions de nous faire l'honneur DE NOUS DÉCLARER QUE LA CAUSE

6 N'EST NULLEMENT PENDANTE 4 ROME, qu'elle EXT DE LA STRICTE COMPETEN-

‘CE pu CONKEIL Dù HAUTE SURVEILLANCE, ET QUE MGR DES TROIS-RIVIERES & NE PEUT PAS REFUSER DE FAIRE SA PREUVE DEVANT CE TRIBUNAL

“ Son Em'vce, le Cardinal Préfet de Ia N. Congrégation de la Propagande

‘a bien voulu me répondre par une lettre datée du 14 Septembre, que néan- “ moins nous avons reçue trop tard, et dont nous n'avons pu nous servir devant

‘le Conseil de Haute Surveillance.

“ Après avoir répété que la question concernant Ja Succursalé de l'Univer- “ sité Laval a été définitivement réglée par la SN. Congrégation de la Propagan- Fe ‘“ de par son décret de 1876, confirmé en entier par le Nouverain Pontife Léon # XIIL et que cette question n'est plus du tout pendante devant le tribunal du “ Nt. Niège, Non Eminence termine ainsi sa lettre? puis qu'en vertu de la Bulle d'érection canonique de P'Universilé ces questions doivent élre réxlées au Conseil (de Hau- “Le Surveillance). il résulte comme conséqrence que lanteur du Mémoire devrail étre présent au Conseil Universilaire pour l'examen qui Sy fera de son écrit: qu'il est tenu en outre d'exhider les preuves névessaires de ce qu'il a affirmé el que finalement les observuions que d'autres voudraient faire à ce sujet doivent étre envoyées 4 ce Conseil lui-méème et non à celle N° Congrégation. C'est dans ce Sens que aujourd'hui meme je me mels à “écrire au susdit éveque.” “ Comme cette lettre de Son Eminence, le Cardinal Préfet de la NX. Congré- “ œation de la Propagande, est arrivée apres li tenue du dernier Conseil de “ Haute Surveillance, nous supplions Votre Grace de vouloir bien convoquer “ aussitot que possible une nouvelle réunion de ce Conseil, afin que Mer l'Eve- “ que des Trois-Rivières soit mis en demeure de produire et de prouver ses avcu-

“ setions et que nous puissions nous défendre.” “ Aoréez, Monseigneur, ete.

“M. E. Méruor, Ptre. ” 1 2H D PA

Son Eminence, le Cardinal Préfet, écrivit effectivement à l'Evéque des Trois-Rivières une lettre dans laque EE lui rappelle :

1° Que la question de la Succursale de Montréal a été réglée par le décret susdit de la S. Congrégation de la Propagande, et par la décision de Sa Nainteté Léon XIIL, et qu'il ne reste plus à examiner que la question de l’inexécution de ce décret, question référée au Conseil des Evêques ;

20 Que selon la direction de la Bulle d'érection de l'Université et du décret de 1876, ad tramites Bullæ Pontificie erectionis canonivae Unigersitatis Lavallensis

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et decreti hyus S. Congregaltionis, les questions qui regardent celte institution, ou les changements à faire pour son propre bien, doivent étre renvoyées au Conseil des, Evéques, et qu'en conséquence, ecinde sequitur, l'Evèque des Trois-Rivières doit assister au Conseil de Haute Surveillance, et y donner la preuve des assertions contenues dans son Mémoire contre la régie de l'Université et contre ses directeurs.

Telle fut la réponse obtenue par M. le Recteur pour lui-même et pour l'Evéque des Trois-Rivières. C’est sur cette réponse que l'Université et l’Archevéque ont de nouveau procédé contre l'Evêque des Trois-Rivières.

Avant tout, mettons à nu le plan de l'Université, tel qu'il apparait dans la prière de M. le Recteur.

Première tentative. —Etoutter à Rome la question soulevée par le Mémoire sur les Diffleultés religieuses en Cuuutr. C'est ce que dit, en termes adouvis, la première phrase de la prière: “Ni cependant Votre Eminence préférait nous informer non ofh-iellement que ces accusations sont regardées à Rome comme non avenues, nous nous contenterions de cette réponse ”. En langage clair et sans ambages, cela ne veut-t-11 pas dire : Que Votre Hminence veuille bien faire en sorte que ces acusations meurent au pied du St Siège, et nous nous en tenons là ?

Secon le tentative —Advenant l'insuceès du premier expédient, ramener la question au pays pour l'y étouffer dans le Conseil de Haute Surveillance, sous le vote tout-puissant du Président. C’est ce qu'exprime la seconde phrase de la prière, * Ni, d'un autre côté, Votre Eminence croit préférable que l'enquête juridique se fasse, nous la supplions de nous faire l'honneur de nous déclarer que la cause n’est nullement pendante à Rome, qu'elle est de la tricte compétence du Conseil de Haute Surveillance, et que Mgr. des Trois-Rivières ne peut pas refuser de faire sa preuve devant ce tribunal ”.

Voilà, dégagé de ses voiles et de ses obscurités, le plan de l'Université, tel que contenu dans la supplication de M. le Recteur.

La première tentative d'étouffer le Mémoire officiellement n'a pas réussi, comme il appert par la réponse du Préfet.

Quel est le moyen pris pour assurer le succès de la seconde, ou, en d’autres termes, pour ramener la question de Rome à Québec, et l’étouffer en ce dernier lieu ? C'était là le point difficile, et pour le trancher, il fallait plus que de l’habileté, il fallait du sophisme. Mais on n'y regarda pas de si près, et le moyen sophistique employé est double ; le voici: 10. glisser à la place de la question politico-religieuse, qui est tont, la question incidente de la Succursale, afin de pouvoir faire dire de celle là ce qui esc vrai de celle-ci, qu’elle n’est plus pen dante à Rome; 20. restreindre la question politico-religieuse, qui s'étend à toute l'Eglise du Canada, aux limites relativement étroites de la question uni-

versitaire, afin d'essayer de la faire tomber par là sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance, où il sera facile de la faire résoudre à l'avantage de Québec.

Que ce soit bien là l’'équivoque employé par l'Université, en voici la preuve.

Nous disons d'abord que l’on a glissé la question de la Succursale à la place de la question politico-religieuse. En effet, dans sa lettre au Cardinal Préfet, M. le Recteur supplie “on Eminence de déclarer que la cause n’est plus pendante à Rome. Quelle cause ? où mieux, quelle question ? Est-ce la question des difficuités religieuses du Canada ? Celle qui fait l'objet de notre Mémoire ? Ou bien, est-ce celle de la Succursale ? Cette dernière n’est mentionnée que par une simple allusion dans le Mémoire. Etait-ce bien pourtant la grande question politico-religieuse que M. le Recteur voulait faire entendre ? Ce n’est pas celle là qui parait avoir été comprise, puisque Son Eminence, le Préfet, répond que la question de la Nuccursale à été réglée. Mais nous le savions, et nous n'avions perdu de vue ni le Décret de la N. Congrégation de la Propagande, ni la décision de Sa Nainteté Léon XIII à ce sujet. Nous savions que, sur cette question, il n’y a qu'un point qui reste à régler, c'est celui de l’inexécution du décret, et que ce point est renvoyée au Conseil des Evêques. Mais nous savions également que la grande question des difficultés religieuses est encore pendante à Rome, puisque nous avons eu du Souverain Pontife lui-même la permission d'écrire notre mémoire, que ce mémoire est déposé au pied du SNaint-Niège, et que Na Naïnteté, Léon XIII, nous a promis de le faire examiner.

Pourquoi donc faire déclarer par le Préfet que la question de la Nuccursale n’est plus pendante à Rome ? Pourquoi faire décider ce qui n’est pas contesté, sice n’est pour donner le change, et faire croire de la question politico-religieuse ce qui n’est vrai que de celle de la Succursale ? C’est là évidemment le but cherché, au poiut que l’Archevêque dans sa lettre,en date du 15 Nov.,que nous verrons ci-après, se montre embarassé de savoir à quoi le Cardinal répond précinent, Mais cette tentative ne nous parait pas devoir obtenir son effet, du moins auprès de nous.

= Nous disons, en second lieu, que l'on a voulu restreindre la question des Difficultés religieuses, qui s'étend à toute l'Eglise du Canada, aux étroites limites de la question Universitaire, afin d'essayer de la faire tomber par là sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance. M. le Recteur, en effet, dans sa prière au Cardinal Préfet, demande que la question soit déclarée être de la stricte compétence du Conseil de Haute Surveillance, pour que Mgr des Trois-Rivières ne puisse refuser de faire sa preuve devant ce tribunal Or, d'après la Norma, les questions touchant la régie de l'Université et son enseignement, tombent seules sous la juridiction du Conseil de Haute Surveillance. Le Cardinal Préfet de méme ne mentionne, comme devant être déférées à ce Conseil, que les assertions

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du Mémoires concernant la régie de l'Université et ses directeurs, contra Universitalis regimen et ejus antecessores. Au reste, malgré toutes ses autres prétentions, parfois aussi étonnantes que nombreuses, l'Université n’a pas encore eu, croyons nous,celle de soumettre au Conseil de Haute Surveillance Universitaire toutes les difficultés religieuses du pays. Done, c'est par cette étroite filière de la régie de l'Université et de son enseignement, que l’on veut faire arriver notre Mémoire devant le Conseil. Et pour le faire entrer par:cette porte, aux proportions de laquelle il ne convient nullement, on le dépèce, on le morcelle, on en élimine toutes les parties principales.

Avec cette méthode d'élimination, notre Mémoire pourrait finir en effet, par lui donner l'apparence d’un acte d'accusation contre la régie de l'Université et de ses directeurs. Il ne paraitrait plus ce qu'il est : un exposé des grandes difficultés et des grands dangers de l'Eglise du Canada

Mais en saine logique, prend-on ainsi une petite partie pour le tout, ou renverse-t-on le principal par un minime accessoire 2

Aussi, la question n'est pas du tout ce que le Recteur veut en faire croire, et elle ne doit pas être débattue ou l'Université veut la placer. .

Pour l'écarter de Rome, l'Université est forcée non seulement de morceler. mais encore de dénaturer le Mémoire de l'Evêque des Trois-Rivières, et de changer le caractère même de son propre conseil de haute surveillance,

Elle travaille à y parvenir par un faux exposé de la question a Préfet de la Propagande, et pas une interprétation erronnée de la réponse,

Elle qualifie dans la lettre du Recteur la matière dus“ Mémoire ” d'accusutions, comme avait fait l'Archevêque ; et elle induit en même temps le Préfet de

la Congrégation à croire qu'il s'agit de la Suceursale.

Ïl ne s'agit pas de la Succursale dans le Mémoire, comme nous l'avons dit ; mais des difficultés religieuses du Canada.

Or, sur ve sujet quies vraiment celui du Mémoire, ce ne sont pas des accusations que nous sommes allé porter à Rom: contre l'Université, ni contre l'Archevêque, ni contre qui que ce soit.

Ce sont des éirxformations que nous avons été présenter au St. Siège, en notre qualité d'Evéque ou de Pasteur. N'était-ce pas notre droit ? Et pourquoi l’avons-nous fait ? Parceque nous étions intimement convaincu que le St, Siège était mal renseigné sur les affaires religieuses du Canada, et qu'il s'en suivait les conséquences les plus graves et les plus déplorables pour les intérêts de l'Eglise et le salut des âmes.

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Ces informations portaient sur les causes du mal, dont souffre notre société, quelles qu'elles fussent ; qu'elles procédassent des mauvaises doctrines, des tendances libérales de certains professeurs universitaires, ou de toute autre source. L'Université qui prétend travailler au nom des Evéques de la Province, croit-elle que son action sociale n’est plus soumise à l'appréciation des Evéques ? N'imagine-t-elle que les Evéques n'en pourront plus rien dire à leur propre Chef, parce qu'elle est canonique, et sans que ce soit un cas de procédure ?

L'Université est complètement hors de la voie, en voulant transformer les informations épiscopales au Pontife Nouverain en matière litigieuse. Elle oublie les rapports de surveillance et de renseignement nécessaires et inhérents à toute hiérarchie. Elle est aussi mal inspirée en cette affaire que si elle prétendait que ses professeurs sont passibles de poursuite pour avoir donné au Recteur des informations d'office au sujet de leurs élèves.

Notre Mémoire n’est done, ni un acte d'accusation, ni une pièce de proces, mais bien un recueil de renseignements présentés au Nt. Siège, avec l'autorisation du Père commun des fidèles, et destinés à éclairer l'Autorité Suprême sur les maux qui désolent notre sociéte. Ces renseignements, déposés au pied du St.{Siège, sont là où ils devaient être ; et nous n'admettons aucune interprétation, ni aucune transformation, qui pourrait avoir pour résultat de les déplacer ou de les constituer en matière juridique.

Nos ce rapport, le Préfet de la N. Congrégation était donc mis sous une fausse impression par la lettre du Recteur qui parle d'aceusations à paoduire, de preuves à examiner et de fribunal proprement dit.

Mais il n’y à pas que la matière du litige à considérer dans une aflaire de ce genre, il y a aussi la question de tribunal.

L'Université n'ignore pas que son Conseil de Haute Surveillance n'a pas de juridiction sur les Evèques, mais sur leurs subordonnés, prêtres et laics seulement. Elle doit savoir que pour obtenir une juridiction si extraordinaire que celle qui est nécessaire pour juger un Evèque, il fallait à ce Conseil un document pontifical avec mention spééiale et expresse.

Or, telle n’est point la lettre du Cardinal, Préfet de la Propagande.

Son Eminence se borne, dans ses réponses, à expliquer la direction donnée au Conseil de Surveillance universitaire par la Bulle d’érection de l'Université et par le décret de 1876. “ Au sens de la Bulle Pontificale, dit-il etc. Ad tramites vero Bulle Pontificie ete. C'est-à-dire qu'il commente simplement ces deux documents afin d'en donner une entière intelligence. Ut ensuite, il tire ses conclusions,

el exindè sequitur Toute cette seconde partie de la lettre de Non Eminence est, au plus, un

pur jugement d'interprétation, et non une sentence d'autorité.

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Or, le dispositif de la Bulle et du Décret cités, très clair sur ce point, est l'établissement d’un tribunal pour juger des accusations et des plaintes regulières des inférieurs.

D'où il suit que le Préfet n'a pas voulu dire autre chose. A moins qu'on entende ses paroles dans le sens d’exhortations à des communications officieuses à l'égard des collègues, comme elles se font purfois pour le bien général entre les juges d'un même tribunal, dans des circonstances ordinaires; mais ce n'est pas là la prétention formulée par l'Université.

On ne trouve aucune prescription qui constitue, au nom du St-Niège, un tribunal particulier et proprement dit pour juger un Evêque.

On ne peut donc pas conclure de la lettre du Cardinal, comme a fait l'Université, à la création d’un tribunal proprement dit préparé contre l’Evêque des Trois-Rivières, dans l'organisation permanente du&onseil Universitaire.

D'ailleurs, comment Son Eminence, le Préfet, aurait-il pu faire une telle chose ?

L'autorité elle-même n'a pas le droit de changer le caractère des actes de ceux qui lui sont soumis, pour les apprécier à son gré. Il faut qu'elle les prenne tels qu’ils sont, et qu'elle les apprécie ou les juges selon leur propre nature. Par conséquent Non Eminence ne pouvait pas régulièrement faire du Mémoire une matière de procès.

Le Cardinal Préfet savait de plus, mieux que personne, que d'apres la Règle du Conseil de Haute Surveillance, lorsqu'il y a divergence d'opinion entre les Evêques dans les matières mêmes du ressort du tribunal, les questions doivent étre réérées au Nt-Niège, et non tranchées par les uns contre les autres, comine le voudrait l'Université pour réduire ses juges au silence.

Eulin, qui croira que le St-Siège organiserait un tribunal contre un Evéque sans plus de formalités, sur la simple demande d'un Recteur, et sans attendre Les explications de cet Evêque ?

D'où il résulte que l'Université a donné une signification erronnée à la réponse de Son Eminence, le Préfet, et une portée qu’elle ne panvait avoir.

Mais il y à bien autre chose: un point capital a été passé sous silence.

Le Recteur n’a point fait connaitre à Son Eminence que le Président du Conseil de haute surveillance devant lequel il s'efforçait de ramener l'affaire était intéressé dins la cause, déjà tout prononcé en sa faveur, et devenu un adversaire déclaré de l'Evêque des Trois-Rivières. Il ne l’a pas prévenu que S. G. Mgr. Taschereau travaillait personnellement dans le temps même, à une réfutation de notre Mémoire sur les difficultés religieuses en Canada. Il n’ignorait pourtant pas cette grave circonstance, puisqu'il était généralement connu à Québec que l’Archevêque s’occupait de ce travail, bien avant que le Recteur écrivit sa lettre, et que les rapports iütiines qui existent entre l’Archevêque et l'Université ne permettent de supposer une telle ignorance.

Cette seule considération était plus que suflisaute pour détourner le Préfet, de déférer à l'Archevêque l'audition d'une telle cause, et de la soumettre, par un acte de partialité manifeste, à la décision presque souveraine de son vote présidentiel. Elle aurait sufli pour obliger Son Eminence à retenir la cause près le St-Siège, lors même que celle-ci eut été régulière sur tous les autres points.

De sorte que cette déloyale petition de l'Université au Préfet de la Propagande contre l’auteur du Mémoire, et l'interprétation de la réponse du Cardinal plus déloyale #ncore, constituait un véritable guet-à-pens sous tous les rapports contre l'Evêque des Trois-Rivières.

I] restera donc établi, aux yeux du St-Siège comme à ceux de l'épiscopat canadien, que l’Université Laval a fait tous les efforts possibles, ici et à Rome, pour transformer en matière de procès les informations données par un de ses juges à l'autorité Suprême, et qu'elle a tenté de le faire juger et condamner par un tribunal irrégulier et incompétent, contre tout droit et toute justice.

C'est dans ces circonstances que l'Archevêèque de Québec, acceptant de nouveau la plainte irrégulière de l'Université, sans autre document pour appui que la lettre du Recteur que nous avons vue ci-dessus, et après avoir mis au jour ses violentes ‘“ Remarques” contre l’auteur du Mémoire, somma pour la deuxième fois celui-ci de comparaitre devant le Conseil de Haute Surveillance ; c'està-dire de se mettre à la discrétion d’un juge intéressé puisque, ce Cons ‘il était impuissant sans son vote.

Voici cette deuxième sommation, aussi anti-canonique que la première, dont elle est la persistante répétion.

VT Québec, 11 Octobre 1882.

Mer L. F. Laflèche, Evéque des Trois-Rivières.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-inclus une lettre que le Recteur de, l'Université-Laval m'a adressée le 9 du courant, concernant certaines accusations portées par V. G. devant le St. Siége contre quelques professeurs de la faculté de théologie. Veuillez me faire connaitre: 1o les noms de ces professeurs, afin qu'ils se tiennent prêts à comparaitre ; 20 en quel temps V. G sera prête à produire et à prouver ses accusations, afin que je puisse convoquer le conseil de haute surveillance.

Veuillez agréer, Monseigneur, l'assurance de mon dévouement, + E. À. ArucC. DE Québec.

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