Mémoire de la baronne d'Oberkirch
Faillite du prince de Rohan-Giu'ménëe. — Noble conduite de la princesse. — La duclicsse de Polignac devient gouvernante des enfants de France. — Les sous-gouvernantes. — La comtesse et la marquise de Soucy. — Madame de Créqui. — Encore M. de La Harpe. — Fiançailles de la princesse Elisabetli avec l'arcbiduc François d'Autricbe. — Naissance dune princesse. — Catlicrine IL — Deux lettres de la grande-ducbcssc de Russie. — Lne soirée au château d'Etupes. — La loterie. — Les daines d'honneur. — Le marquis de Vernouiilet. — Mademuisclle de Doms;lorf. Le priuce-abbé de Rathsamhausen. -— M. Tronchin. — Anecdote sur Voltaire. — MM. de ^Vargemont. — Le capitaine Loto. — Le conseiller Ros.sel. — Madame de Schack. — Madame de Paraitz. — Les petites passions de l'intimité.
A Strasbourg comme à Paris, on ne s'occupait que de la faillite du prince de Guéménée. C'était la chose la plus douloureuse du monde; on se demandait comment un Rolian avait pu se laisser amener à une position semblable et à finir ainsi. Il y avait clameur de baro dans le peuple ; les gens les plus II. 1
2 MÉMOIRES DE LA BARONTVE d'OEERKIRCH.
atteints étaient des domestiques , de petits marchands, des portiers, qui portaient leurs épargnes au prince. Il avait tout reçu, tout demandé, même des sommes folles, et il a tout dissipé, tout perdu. Parmi les gens du cardinal-archevêque, il s'en trouvait plusieurs de complètement ruinés; le prince Louis leur a rendu sur-le-champ ce qu'un prince de sa maison leur enlevait. Il a été en cela très-noble et très-généreux.
Tout sera payé ou presque tout, les usures exceptées. Les Rohan se sont réunis pour cela. Madame de Guéménée a été sublime, elle a donné sur-lechamp sa fortune tout entière et ses diamants. La princesse de Marsan (qui était une Rohan-Soubise) ■voulait se mettre au couvent et consacrer sa fortune à sauver Thonneur des Rohan.
Madame la princesse de Guéménée a rendu sa charge de gouvernante des enfants de France, dont sa volonté seule pouvait la dépouiller, puisque c'est une des grandes charges de la couronne. La reine a reçu sa démission, profondément touchée. Elle a donné cette place à madame de Polignac qui n'a pu se refuser au désir de la reine.
— J'avais confié mes enfants à la vertu, a dit cette princesse; maintenant je ne puis mieux faire que de les remettre à l'amitié.
La reine se chargea plus spécialement de Madame Royale et fut secondée par deux sous-gouvernantes. Madame Adélaïde devait suppléer la reine. On avait