‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 2 sur 220 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

parlé, pour gouveroante, de la princesse de Chimay ou de la duchesse de Mailly, mais la reine s'est décidée absolument pour madame de Polignac.

La princesse de Guéménée, quoique la plus honnête personne du monde, a toujours été regardée comme inférieure au poste qu'elle occupait et au- (|uel sa naissance seule l'avait appelée. Elle passait pour être entêtée et en même temps sans caractère, la pire espèce des entêtés. Elle était passionnée, sans douceur et sans égalité. Quelques-uns prétendaient qu'elle soupçonnait la position de son mari et qu'elle cherchait à s'étourdir par les plaisirs et le monde, dontelleétail fort éprise; ceux-là la blâmaient. Il faut d'ailleurs toujours blâmer ceux qui sont malheureux, afin de s'éviter la peine de les plaindre; c'est une maxime des égoïstes dont la société fourmille.

Cependant, pour être juste, ajoutons que si elle chercha à réparer la faute, si elle supporta noblement l'infortune, elle y contribua aussi. Les prodigalités inouïes du prince de Guéménée, la somptuosité de sa maison, l'éclat de ses fêtes et les dépenses de sa femme ont amené cette faillite qui ne s'élève pas à moins de trente-cinq millions. Madame de Guéménée était de la maison de la Marck, sœur de M. le duc de Bouillon.

Les sous-gouvernantes étaient :

La baronne de Mackau, nommée en 1771.

La comtesse de Soucy, nommée en 1775.

La marquise de Soucy (mademoiselle de Mackau),

4 ME.MÛIHES DE LA BaHONNE d'OBERKIUCH.

en 1781 ; celle-ci est l'amie de madame Elisabeth de France que sa mère, a élevée.

Mademoiselle de Soucy s'est mariée au comte de Crécfui, ancien maréchal-des-logis des camps et armées du roi. C'est pour elle que la reine a soutenu celui-ci contre les attaques de madame la marquise de Créqui, qui n'en voulait point absolument pour le parent de son fils. Cette dame a beaucoup d'autorité dans le monde par sa position et par son esprit, autant que par son caractère. Elle ne passe point pour bonne ; elle est d'une sévérité souvent cruelle, en propos surtout. Elle est fière, elle est surtout capricieuse ; elle approuvera aujourd'hui ce qu'ielle blâmait hier. Son salon est un aréopage. Elle y distribue des mots contre ses ennemis qui coupent comme des ciseaux affilés. Elle n'a point laissé de patience à ces pauvres Créqui et n'en voulait absolument pas pour ses alliés.

Pendant que j'étais à Strasbourg, M. de La Harpe alla visiter la cour de Montbéliard. Grâce à Dieu, je l'évitai ainsi. Il les ennuya encore plus qu'il ne m'avait ennuyée et plus longtemps. M. le comte d'Artois arrivait d'Espagne ; il était fort aimé et fort loué en ce moment. M. de La Harpe leur inventa tout le voyage du prince dont il ne savait pas un mot. Il se mit en tète de faire l'oraison funèbre du baron de AVangen , prince-évêque de Bàle, et de M. d'Andlau, grand prévôt du chapitre de Murbach, morts à un mois de distance ; personne ne voulut

Page 1