‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 103 sur 220 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

beaucoup moins expansif. Cependant feu M. le duc d'Orléans avait d'excellentes qualités; il était lourd, gourmand, timide, mais il était bon. Les femmes eurent trop d'empire sur lui, surtout madame de Montesson qui le conduisait, on le sait, jus(|u'(à la domination. Le prince son fds fit, sur sa belle-mère ^ qu'il ne pouvait souffrir, des plaisanteries qui me parurent de mauvais goût. Les deux princesses se turent et nous imitâmes leur silence.

Le 2 février, madame la duchesse de Bourbon nous lit l'honneur de dîner à notre auberge, et de nous permettre de la suivre au concert spirituel. Je n'en fus pas très-charmée. L'orchestre de ces concerts entendait bien la symphonie, mais il était impossible de distinguer les paroles. 11 semblait que les voix fussent l'accessoire et les instruments le principal. Cette musique était trop bruyante , trop confuse, et les chanteurs ne savaient pas filer les sons.

Ces concerts spirituels remplacent l'Opéra, qu'on ferme le vendredi saint, à Pâques, à Noël et à la Pentecôte. Ce sont les mêmes virtuoses et le même orchestre, seulement ils sont en habit de ville, et non de théâtre. Les motets ont un grand succès et sont fort applaudis. On chante le De profundis et le Miserere à grands chœurs; cela me déplaît. Nos oreilles protestantes ne se font point à entendre psalmodier des histrions. Les catholi([ues y sont si bien habitués que les abbés même s'y rendent en foule et ostensiblement. Parmi les morceaux

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les plus remarquables se trouvait un duo, chanté avec beaucoup d'ensemble par deux actrices de la Comédie italienne , mesdemoiselles Renaud. Les honneurs de la soirée ont été pour mademoiselle Candeille, magnifique personne, aussi agréable à voir qu'à entendre. Ma princesse eut l'amabilité de me faire reconduire chez moi , où M. d'Oberkirch m'attendait pour souper.

3 février. — Nous fîmes un charmant dîner chez Son Altesse royale avec Mademoiselle, fille de M. le duc d'Orléans. Cette enfant n'est pas jolie; elle le deviendra à ce que prédisent les courtisans; je crois, au contraire, qu'elle le sera moins en grandissant. Elle a un air décidé et masculin qui ne me plaît pas dans une jeune fille. Sa gouvernante, ou plutôt son gouverneur, madame de Genlis, en fait un éloge sans bornes. Cette jeune princesse est en effet fort intelligente et fait espérer de grands talents. Son caractère est peu facile, dominant et sans grâces; c'est du moins ce que me dit son auguste tante , car je n'ai guère eu l'occasion de la juger par moi-même.

L'événement du jour était la déclaration faite par la reine de grandes réformes dans sa toilette. Sa xMajesté a mis bien des amours-propres en émoi. Voilà les femmes de trente ans obligées d'abdiquer, comme elle, les plumes, les fleurs et la couleur rose , la reine ayant signifié qu'elle n'en porterait plus, que c'était ridicule à son âge. On aurait volontiers suppruné tous les actes de naissance. Madame la du-

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