‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 113 sur 220 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

— C'est Turenne, Bossuet et Corneille réunis '.

Madame Xecker est plus poëte que je ne pensais.

Tout le monde, même les femmes, discutait sur r ordre mince et l'ordre jirofond^ lors de ses prises avec M. de Mesuil-Duraud; on était Guibertiste-ou Mesnil-Durandiste, comme auparavant Gluckiste ou Picciniste.

Le discours de réception de M. deGuibert fut superbe. M. de Saint-Lambert y répondit. M. de Saint- Lambert est assez connupar ses amours avec madame du Chàtelet,q uiluisacrifiaM.de Voltaire et qui trouva moyen de donner ainsi deux scandales pour un. 11 s'attacha après sa mort à une autre personne, ce qui continua les propos, car ils ne se cachèrent pas plus que la première fois. On parle extrêmement de toute cette société savante et galante, même à l'âge où la galanterie devient ridicule. Cesout de singulières mœurs et de singulières façons de vivre pour des gens d'esprit et pour des chrétiens !

M. Ducis lut un poëme sur l'amitié qui me fit grand plaisir. Il avait à peu près cinquante ans. Sa réputation s'est faite par des traductions et des imitations en vers des pièces de Shakespeare. 11 a peu inventé de lui-même; ses longues périodes et ses épithètes accumulées me semblent fatigantes.

Cette journée fut toute de littérature. Nous vîmes jouer Mêdêe par mademoiselle Raucourt; elle y fut sublime et applaudie à tout rompre. Il y eut tant

' Sa fille est madame de Villeneuve de Cbenonceaux.

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(l'enthousiasme qu'on la redemantla à la fin. Son joù était plein d'énergie, de vérité et de noblesse. Elle était admirablement costumée. Ses progrès sont immenses, et elle devient une grande actrice. Kllc a débuté à seize ans; elle en a maintenant (en 1789; un peu plus de trente. Le genre de sa beauté prête à son talent. Dans les rôles de reines elle est magnifique de toute manière. Madame la duchesse de Bourbon la protège, et la reine encore davantage. Sa Majesté assiste à presque toutes ses représentations et l'encourage par les éloges les plus flatteurs. Mademoiselle Kaucourt est fort grande et s'habille beaucoup en homme , ce qui fait parler d'elle fort sévèrement.

14 février. — Il fit un temps horrible, je restai chez moi matin et soir, excepté pour une visite à madame la marquise de Lacroix. C'est une personne honorée et estimée par tout le monde : elle est pieuse et bienfaisante ; elle a des idées religieuses exaltées, bien que loin de toute intolérance. Remplie de l'esprit de Dieu, elle ne songe qu'à convertir et à soulager. Elle obtient même des riches et sans importunité, en faisant le bien plus qu'eux. Elle n'existe vraiment que pour les pauvres. Ce n'est pas ce qu'on appelle une dévote de profession. Quoiqu'elle ne soit plus très-jeune, elle est cependant gaie; elle aime le monde et parle de tout avec grâce et enjouement. Elle a été fort belle, d'une beauté noble et imposante. Son regard exprime une franchise et un§

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