CHAPITRE XXXII
oulut faire une galanterie à ma fille; elle la com- •lait de bontés et ne cessait de chercher le moyen le lui faire plaisir.
Elle invita pour elle, ce matin-là, une quantité ['enfants pour un petit bal. Parmi eux se trouaient Mademoiselle, ses jeunes frères et M. le duc f Enghien, plus âgé que les autres et qui néanmoins 'a pris aucun air d'importance; il fut charmant. Les utres convives étaient les fils et les filles des seigneurs es plus connus et les plus attachés à la cour partiulière de Son Altesse sérénissime et de sa famille.
Ce mignon petit peuple était délicieux. On les vait vêtus avec la dernière élégance ; il fallait voir 3urs coquetteries, leurs manières, leurs prétentions t leurs rivalités. Le monde était déjà là, dans leurs etites tètes et leurs petits cœurs, ils se regardaient anser et s'observaient les uns les autres. Un petit nfant de six ans attira bien vite l'attention de tous, envie d'un côté, les moqueries de l'autre. Il portait n effet le costume le plus étrange et le plus grotesue. L'anglomanie commençait à poindre, on le ait : ses parents l'affublèrent d'un frac anglais de rap bleu, de bottes à retroussis et d'une perruque e cocher. Il se promenait ainsi raide et compassé 'un angle du salon à l'angle opposé, et n'avait point épée, ce qui était une innovation prodigieuse, et î fit critiquer par ses petits amis qui lui demandèent s'il n'était pas gentilhomme.
Ils mangèrent, dansèrent, chantèrent de midi à
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neuf heures du soir. Marie revint la plus heureuse de la terre : la fête était pour elle ; elle avait dansé avec M. le duc d'Enghien et M. le duc de Valois; elle en paraissait fort satisfaite. La princesse avait mis à tout cela une bonne grâce charmante, et parut s'en amuser elle-même beaucoup. Cette fête d'enfants était d'ailleurs une nouveauté que madame de Genlis avait seule essayée. Madame la duchesse de Bourbon, qui veut aussi essayer de tout, et qui malheureusement ne trouve jamais de satisfaction aussi complète que ses désirs, s'en lasserait bientôt pour courir à autre chose. Elle passe vite du plaisir aux idées sérieuses. Dieu seul pourra un jour calmer cette imagination et satisfaire ce cœur. Son caractère et l'insouciante gaieté de M. le duc de Bourbon ne pouvaient sympathiser longtemps, on le devine.
24 février. — J'eus le matin chez moi le comte de Monlbéliard (je dirai plus lard qui c'est) et beaucoup de gens pour affaires ou pour visites. Nous vîmes ou plutôt revîmes le soir Alcesle, de Gluck, qui est la plus belle chose du monde, bien que la musique ne soit, dit-on, ni assez variée, ni assez soutenue. L'attention se portait sur mademoiselle Guimard, qui dansait son fameux pas de bacchante intercalé dans cet opéra assez maladroitement.
Cette célèbre personne, malgré l'argent immense qu'elle a coûté à tant de gens de la cour et de la ville, se trouvait gênée ; elle avait des dettes et vou-
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lait mettre sa maison en loterie. Elle est estimée ciDq cent mille livres, et c'est bien autre chose que celle de mademoiselle Dervieux. On parlait d'un cabinet chinois qui valait des sommes folles, mais elle l'emporta. C'était, assure-t-on , une chose unique en Europe; en Hollande même, il n'en est pas un semblable; on le visitait par curiosité comme une merveille.
Mademoiselle Guimard trouva ce jour-là, à la scène, des grâces nouvelles ; ces gràces-là sont la cause de bien des sottises.
23 février. — J'eus encore beaucoup de visites : le baron de Sponn, premier président du conseil souverain d'Alsace, quia épousé mademoiselle Quatresous de La Molhe, MM. de Buffevent, de Gondrecourt, de Longuejoue, d'Aumont et de Saint-Prest déjeunèrent chez moi. Ce dernier est maître des requêtes et conseiller d'honneur à la cour des comptes. Ce pauvre homme est fort malheureux. Sa femme a eu une aventure telle, que le roi, à la demande de sa famille, l'a fait ari'éter pour la conduire au couvent de Saint-Michel. M. de Saint-Prest (Brochet de Saint-Prest ) a un autre frère qui s'appelle Brochet de Yérigny. Ils sont parents de la famille de Gondrecourt, qui sont, comme on le sait, de qualité, et dont une branche est établie en Poitou, l'autre à Yersailles. Je vis enfin le comte de Hornbourg, dont je parlerai, ainsi que du comte de Montbéliard, dans le chapitre suivant.
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