CHAPITRE XXXII
moiselle Rosalie, qui s'est retirée il y a deux ans, et qui était si charmante dans ce conducteur de l'aveugle. Un jour, qu'elle voulut jouer pièce à Clairval, qui remplissait le personnage deBlondel, elle mit des épingles à sa manche. Celui-ci se piqua outrageusement en s'appuyant sur elle, ce qui valut à l'espiègle quelques jours de prison.
— Pourquoi s'appuyait-il si fort? donnait-elle pour raison au commissaire qui l'interrogea. Une autre fois il y fera attention, je n'aurai plus besoin de le porter.
20 février. — Madame de Longuejoue nous avait conviés à déjeuner avec quelques personnes de notre intimité ordinaire, et la comtesse de Buffevent, chanoinesse du chapitre de Neuville en Bresse, un des plus nobles de France, sinon des plus riches.
Elle avait trois frères : le comte de Buffevent, qui était lieutenant-colonel de Lorraine-Infanterie; le vicomte qui a épousé mademoiselle de Chaumont de La Galaisière, fille de l'intendant d'A.lsace, dont la sœur a épousé le vicomte de Beaumont d'Autichamp; enfin le chevalier de Bufîevent, de l'ordre de Malie, qui était maréchal de camp.
J'emmenai quelques personnes dîner chez moi, et le soir, à la Comédie française, voir Zdire et Bxlpuis et Desronais; assez sotte journée à raconter.
22 février. — Nous déjeunâmes chez la margrave de Hesse-Rothembourg. Elle était une princesse de Lichtenstein, belle-sœur de madame la
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duchesse de Bouillon et de ma chère princesse Antometle de liesse , sœurs du landgrave son mari. Elle avait alors à peu près trente-deux ans.
Nous causâmes longtemps de son beau-frère, le prince de Hesse, tué à Tiflis, deux ans auparavant, en combattant les Perses, et elle nous donna sur lui les détails les plus intéressants. 11 avait une passion dans le cœur, et écrivit à sa maîtresse du champ do bataille. Cette lettre était un chef-d'œuvre d'éloquence, de résignation et d'héroïsme. 11 se jeta à travers les combattants avec un courage de demi-! dieu. On le regretta beaucoup dans sa famille et à l'armée.
En sortant de dîner chez madame la duchesse de Bourbon, nous allâmes avec elle à la Comédie ita-l lienne, où nous eûmes la Fausse mac/fe, ce délicieui:| opéra de Grétry, et le Sylvain, de lui également. Le rôle de Pauline fut parfaitement joué; il y avait ans Y Incendie du Havre^ opéra-comique mêlé de cou* plets, de M. Desfontaines. C'était la seconde repré sentation; on avait donné la première la veille. L' cendie est fort bien représenté. C'est presque u pièce de circonstance, car le sujet est la conduit des soldats du régiment de Poitou et de Picardie q ont éteint ce terrible incendie, et ont refusé la ré compense que leur offraient les magistrats municipaux de la ville du Havre. De pareils traits n'éton neut jamais de la part de soldats français.
23 février. — Madame la duchesse de Bourboi